Lettre de liaison n¡2 du 11 novembre 2007
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

ComitŽ de rŽdaction provisoire : Christian Barlo (83, )Sylvie Bonnin (03), Jean-Franois Chalot (77), Mayeul Chamussy (38), Olivier Delbeke (94), Franois Ferrette (61), StŽphane Fustec (75), Bernard Grangeon (63), Joelle Losson (54), Claude Luchetta (43), Franck Marsal (94), Marianne Olivier (94), Vincent PrŽsumey (03 – directeur de la publication), Raymond Debord (75), Salima Jamili (75) É

 

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Sommaire :

 

- le billet du jour,

- Sarkozy et Thatcher.

- Boute-feu et vas-tÕen guerre.

- Dans quelles conditions se prŽpare la grve des cheminots.

- Pourquoi pas tous ensemble ?

- DŽbouchŽ politique et rŽfŽrendum.

- Belgique : crise d'identitŽ ou crise de rŽgime ?

- Une lettre de Belgique sur le site Droit de grve.

 

* * *

Le billet du jour.

 

Les cheminots entrent en grve mardi ˆ 20 h.

Les piquets de grve se multiplient dans les universitŽs.

Soutien total de tout le monde du travail aux cheminots et aux Žtudiants !

Ils dŽfendent le droit de tous, contre le capital qui menace la sociŽtŽ.

Droit ˆ la retraite, droit ˆ l'instruction qualifiŽe.

Avenir des vieux, avenir des jeunes : notre avenir ˆ tous contre le capital.

 

SARKOZY : NO PASARAN !

 

PAS TOUCHE A NOTRE DROIT DE GREVE.

SECU, SALAIRES, SERVICES PUBLICS :

BAS LES PATTES !

RETRAITE A 60 ANS A TAUX PLEIN,

37,5 ANNUITES POUR TOUS.

 

BRANCHES PAR BRANCHES NOUS PERDRONS,

TOUS ENSEMBLE NOUS GAGNERONS.

POURQUOI PAS LE 20 NOVEMBRE ?

 

 

Avant la bataille.

 

Sarkozy et Thatcher.

 

Sarkozy Žructe. Entre une menace de saut en parachute sur le Tchad et une sŽance de courbettes devant le Congrs des Etats-Unis, il a dŽclarŽ que "la rue" et "la violence" n'auraient pas le dessus. Pourquoi diable le prŽsident de la V¡ RŽpublique nous parle-t-il soudain de violence ? O y a-t-il eu des violences ˆ ce jour en dehors des agressions quotidiennes commises par ses forces dites de l'ordre contre les travailleurs Žtrangers sans papiers ? Dans ce discours, Sarkozy entendait par "violence" ce qu'un cheminot lui avait dŽclarŽ au dŽp™t de Saint-Denis : qu'on allait le faire cŽder. Voila donc ce que Sarkozy entend par "violence". Et voila pourquoi il pense ˆ l'emploi de la violence, de la force de l'Etat du capital, contre la sociŽtŽ.

 

Sauf de la part d'un Fillon condamnŽ au silence puis soudain sommŽ de parler lui aussi, il faut remarquer que les milieux dominants sont beaucoup plus prudents, ou silencieux. Le MEDEF n'en pense pas moins mais il est bombardŽ par les scandales qui rŽvlent son fonctionnement rŽel, fait de dŽtournements de fonds, de rentes de situation et de pots-de-vin. Affaires qui sont en train de se redoubler avec les "rŽvŽlations" sur la MŽdecine du Travail. Le MEDEF prŽpare quand mme la suite : "rŽforme des relations sociales" et du financement des syndicats ... de salariŽs, application de la loi anti-grve dans les transports terrestres et extension de celle-ci ˆ d'autres secteurs, rŽforme du contrat de travail, rŽforme de l'Etat par privatisation et contractualisation de toute la fonction publique. Mais la suite suppose que l'Žtape prŽsente soit franchie.

Dans un important Žditorial, le commentateur pro-patronal Eric Le Boucher explique dans le Monde :

En ce novembre du mŽcontentement qui s'ouvre, on s'interroge sur la mŽthode des rŽformes de Nicolas Sarkozy. Est-ce bien la bonne ? SNCF, RATP, fonctionnaires, juges et maintenant Žtudiants : et si tout coagulait ? Fallait-il que le prŽsident de la RŽpublique ouvre tant de dossiers ˆ la fois pour qu'ils fassent masse ? "Il ne faut pas vous inquiŽter", a-t-il dit, mardi 6 novembre ˆ Washington, aux grands patrons franais et amŽricains du French-American Business Council. Mais, s'il l'a dit, c'est justement parce qu'il sait que les milieux Žconomiques franais s'inquitent.

L'Žditorialiste poursuit en expliquant clairement ou entre les lignes que "on" ne craint pas trop que Sarkozy cde sur les rŽgimes spŽciaux de retraite, parce qu'il n'a pas le choix, mais que les "troupes" (c'est ainsi qu'il appelle les salariŽs) risquent de ne pas sortir battues du tout de cette premire manche mais encore plus endurcies et dŽcidŽes au combat, cela au dŽtriment de "la CGT" et ˆ l'avantage des "gauchistes" (c'est ainsi qu'il prŽsente les choses, ignorant ou feignant d'ignorer au passage que les combattants dont le r™le est dŽcisif dans cette affaire, ce sont avant tout les syndicalistes de base dans les syndicats "traditionnels").

 

Ici intervient la faiblesse de Sarkozy par rapport au modle, Thatcher -l'article est titrŽ Les grves Sarkozy et Thatcher : Thatcher aurait raisonnŽ dans la durŽe et gagnŽ sur un affrontement de cinq ans o la grande grve des mineurs, prŽalablement isolŽs, est intervenue ˆ la fin, alors que Sarkozy se prŽcipite dans tous les sens et sme non seulement le vent et la tempte, mais le doute et la crise.

 

Eric Le Boucher a certainement lu l'excellent livre de Pierre-Franois Gouifffs, Margaret Thatcher face aux mineurs, 13 annŽes qui ont changŽ l'Angleterre, 1972-1985, qui vient de para”tre ; l'auteur Žtait au cabinent de Jean-Louis Borloo et a dŽcidŽ de faire ce livre lors d'une conversation avec le conseiller budgŽtaire de De Villepin au printemps 2006, comme il l'explique lui-mme (voir sur le site Droit de grve http://droitdegreve.wordpress.com/2007/10/01/le-manuel-de-l-ennemi le compte-rendu de ce livre et un message de l'auteur en personne). Ce livre est Žcrit pour servir de rŽfŽrence aux dŽcideurs. D'une lecture agrŽable, nous le conseillons vivement aux militants ouvriers !

 

Au nom de ce "on'" anonyme et de cette "nŽcessitŽ de la rŽforme" impersonnelle qu'il invoque incessamment, et qui ne sont rien autre que le patronat lui-mme, E. Le Boucher voudrait donc que Sarkozy s'inspire mieux de la graine Thatcher et est visiblement inquiet

 

Mais Sarkozy n'est pas non plus si bte, mme si l'on peut admettre que sa dimension fondamentale de petite frappette flambeuse le situe un cran nettement en dessous de Maggy Thatcher, produit raffinŽ et brutal du puritanisme bourgeois anglais.

 

D'abord, l'offensive a bien ŽtŽ pensŽe lˆ aussi dans la durŽe. En tŽmoigne notamment la loi anti-grve dans les transports terrestres votŽe cet ŽtŽ. Thatcher elle aussi a commencŽ tout de suite mais elle y est allŽe progressivement.

1. L' Employment Act de 1980 rend illŽgaux les piquets de grve volants, c'est-ˆ-dire l'Žquivalent des Žquipes de cheminots, profs, jeunes, marins ... que l'on a vu ˆ l'oeuvre dans certaines villes en France en 2003 par exemple, et surtout en 2006. Aucun doute que cette prŽoccupation est au centre des pensŽes de nos adversaires en ce moment mme.

2. L'Employment Act de 1982 rŽduit la lŽgalitŽ des grves ˆ celles qui concernent ˆ titre exclusif ou principal un diffŽrend interne ˆ l'entreprise concernŽe, interdit donc les grves de solidaritŽ, et permet de frapper les syndicats dans leurs caisses.

3. Le Trade Union Act de 1983 impose un vote majoritaire ˆ bulletin secret sous contr™le lŽgal avant toute grve.

4. Ces textes n'entrent vraiment dans la vie qu'aprs la dŽfaite des mineurs en 1984-1985.

En France aujourd'hui, la loi anti-grve est Žgalement conue comme une premire Žtape, rien de plus, mais rien de moins. Les dirigeants syndicaux observent ˆ son sujet un grave silence, alors que ce "novembre du mŽcontentement", pour reprendre l'expression de M. Le Boucher, serait l'occasion magnifique d'en exiger l'abrogation avant mme qu'elle ne s'applique, en refusant bien entendu de nŽgocier cette application.

 

En outre, nous devons ˆ la place de M. Le Boucher nous demander si Sarkozy a rŽellement le choix de sa "prŽcipitation". Ici interviennent deux facteurs.

La crise dite financire : pas plus que le nuage de Tchernobyl, elle n'Žpargnera la France, comme l'Žcrit Philippe Cohen dans Marianne. L'Žtat du grand patronat franais, reflŽtŽ dans la crise du MEDEF avec l'affaire de la caisse noire de M. Gautier-Sauvagnac, profondŽment emptrŽ dans ses liens avec l'Etat comme les affaires de la firme EADS l'Žtalent jours aprs jours, doit s'en remettre au Bonaparte de service aussi futile soit-il : il n'a pas d'autres conseil d'administration global -il est, ˆ cet Žgard, plus faible que le patronat anglais en 1980.

Second facteur : le rapport de force en France est tel que Sarkozy pour avancer "avec mŽthode" sur son quinquennat est obligŽ de montrer d'abord qu'il peut, sinon vaincre, du moins ne pas cŽder, aux secteurs qui ont arrachŽ des reculs au patronat et ˆ l'Etat depuis 12 ans, ˆ savoir : les cheminots et la jeunesse Žtudiante et lycŽenne. Cet affrontement n'est pas la Finale. Il est un passage obligŽ avant toute finale. Profitons-en !

 

Boute-feu et vas-t'en-guerre.

 

En dŽcoudre : dans le camp d'en face, on y pense aussi.

 

Si beaucoup sont officiellement silencieux, remarquons que parmi les institutions qui appellent de fait ˆ la rŽpression, figure la vŽnŽrable ConfŽrence des PrŽsidents d'UniversitŽs, caste de "patrons-dŽcideurs" qui voudraient, justement, tre rŽellement des patrons-dŽcideurs, libŽrŽs du poids des Žtudiants, des syndicats et des principes et missions du service public. Son porte-parole, Michel Lussaut, prŽsident de l'universitŽ de Tours, dŽclare :

"Nous sommes beaucoup ˆ penser que l'appel ˆ l'abrogation de la loi est un prŽtexte ˆ une contestation contre le gouvernement. Il y a manifestement une orchestration pour qu'il y ait convergence des luttesÉ"

 

Pour cet Žminent universitaire, revendiquer l'abrogation d'une loi est un "prŽtexte". Qu'il se complique donc la vie : abrogation de la loi PŽcresse, protestation contre les conditions de vie et d'Žtudes des jeunes, contestation contre le gouvernement, volontŽ d'extension et de convergence des luttes, tout cela se tient, tout cela se forme naturellement sur le terreau du quotidien rŽel que vivent les Žtudiants de maintenant, bacheliers de la gŽnŽration anti-CPE, et point n'est besoin de manipulation ou d'orchestration pour que cela monte, monte, monte ... Les militants des diverses organisations ayant depuis son adoption appelŽ au combat pour l'abrogation de la loi PŽcresse jouent bien entendu un r™le clef, et trs transparent pour nos amateurs de "chefs d'orchestre clandestins". Cela s'appelle la dŽmocratie, la vraie, celle par laquelle les personnes concernŽes essayent de prendre en main ce dont dŽpend leur vie, en l'arrachant aux vrais manipulateurs, ceux qui dŽtiennent le pouvoir.

 

Le message que font passer ces chers prŽsidents d'UniversitŽ ˆ Sarkozy, c'est qu'ils aimeraient bien que l'on frappe maintenant, sur les "minoritŽs agissantes" dans la jeunesse, avant qu'elles n'entra”nent des majoritŽs. C'est pourquoi les mŽdia insistent sur le caractre minoritaire des premires AG, grves et blocages -ils disent blocages, mais la coordination Žtudiante dit piquets de grve- en ciblant le tir sur la Sorbonne et la rŽgion parisienne. Ces aspects Žtaient dŽjˆ prŽsents dans le mouvement contre le CPE. DŽjˆ alors, on Žvitait de trop nous dire qu'ˆ Pau, ou ˆ Rennes, ce sont des AG massives, des mouvements majoritaires qui s'organisent. Et que la question n'est pas celle de la "violence des bloqueurs" contre la soi-disant dŽmocratie de l'administration, mais qu'il n'est de dŽmocratie que si le mouvement se contr™le et s'organise lui-mme. Pour pouvoir annoncer, comme on nous l'indique depuis Pau, que dans une Žnorme assemblŽe gŽnŽrale, il y a eu 1129 voix pour la grve et 295 contre, puis 1009 voix pour un blocage et 591 contre, il faut qu'il y ait eu dŽbat, dŽcompte et respect rŽciproque dans une rŽunion tenue et organisŽe par les Žtudiants eux-mmes. C'est en rŽalitŽ cela qui fait enrager nos chers prŽsidents. C'est contre cela que l'UNI, le groupuscule estudiantin dont est issu le militant Sarkozy, se restructure et cherche ˆ monter une campagne anti-"blocages", c'est-ˆ-dire anti-grve.

 

Plus gŽnŽralement, au delˆ du monde universitaire, c'est contre le monde du travail que la France qui prŽtend travailler et qui ne fait qu'exploiter rve de passer ˆ l'attaque. Leur problme est simple : s'ils ne transforment pas l'essai que la gabegie ˆ gauche leur a permis de marquer en Žlisant Sarkozy avec 53 % des suffrages exprimŽs le 6 mai dernier, alors cela risque de devenir de plus en plus difficile. Dans le vote Sarkozy, il y avait (sinon il n'aurait pas gagnŽ) une part importante, dŽterminante, de voix de petits producteurs, commerants, artisans, professions indŽpendante, petits patrons, et de salariŽs dŽsorientŽs, ouvriers, employŽs. Structurer cette plbe comme force de frappe du prŽsident, l'emmener au combat contre les grŽvistes prŽsentŽs comme des jeunes tordus ou des privilŽgiŽs, ils en rvent. Mais il y a loin de la coupe aux lvres.

 

Des mails circulent et certains nous parviennent, le monde du Web Žtant poreux. Ainsi ce message courageusement anonyme :

Nous n'en pouvons plus!!!

Il est grand temps que cesse la domination de la sociŽtŽ par une minoritŽ qui impose ses choix ˆ une majoritŽ.

Nous venons d'Žlire un prŽsident de la rŽpublique et une majoritŽ gouvernementale qui pour la premire fois depuis 20 ans a dŽcidŽ de s'attaquer aux problmes de notre pays et qui s'est fait Žlire sur un dŽsir profond de rŽformes.

Nous ne pouvons laisser agir une minoritŽ d'agitateurs corporatistes qui ne pensent qu'ˆ dŽfendre leurs interet au dŽpend de notre pays.  Nous ne pouvons laisser agir sans crainte un petit nombre de personnes animŽs d'un dŽsir de revanche politique, ou de dŽsir de dŽsordre social.  Les franais dans leur grande majoritŽ sont pour ces rŽformes, et ont votŽ il y a six mois en toute connaissance de cause.

A la veille de grves en tout genre, qui ne vise qu'ˆ prendre la grande majoritŽ des franais en otage, qui n'ont pour but que de dŽfendre des acquis sociaux d'un autre temps, ou de quelques Žtudiants d'extrme gauche pŽnalisant la grande majoritŽ des Žtudiants qui ne souhaitent qu'Žtudier, nous ne laisserons pas faire.  Non, nous ne laisserons pas faire!

Que tous ceux, quelles que soient leurs pensŽes politiques, qui se sentent convaincu des rŽformes nŽcessaires pour notre pays, qui ont envie de soutenir le gouvernement en place, et qui font partie de cette grande majoritŽ des franais qui ne font jamais grve, et qui ne peuvent plus supporter tous ces mouvements sociaux se tiennent prts.  Le temps va venir de se regrouper en masse, et manifester le plus nombreux possible notre soutien au gouvernement, et aux dirigeants politiques qui travaillent dans le sens des rŽformes.

Le temps va venir de dŽmontrer qu'une majoritŽ de franais tient ˆ faire avancer notre pays, sur la voie des rŽformes nŽcessaires, sur l'abolition des corporatismes, sur l'anŽantissement de privilges d'une minoritŽ.  Le temps va venir o la France du travail, des valeurs humaines, du dŽsir de rŽussite va se lever et ne marcher comme un seul homme.  La lutte de la majoritŽ ne fait que commencer, et que chacun se tienne prt ˆ le manifester dans les jours prochains.  Des points de ralliements vous seront communiquŽs au fur et ˆ mesure des ŽvŽnements.  Faites passer ce message au plus de gens possible afin que la portŽe soit maximum. [Nous avons respectŽ syntaxe et orthographe.]

Trois aspects caractŽrisent ce genre de message :

1) le style est stŽrŽotypŽ et n'a rien de populaire, rien de plŽbŽien ; dans sa pauvretŽ, il dŽnote l'origine : une permanence de l'UMP, voire une quelconque annexe de sous-prŽfecture.

2) le but est de prŽparer des contre-manifestations, des affrontements, supposŽs montrer la prŽsence dans la rue de la base sarkozyste, mais cela reste au niveau des voeux gŽnŽraux, sans prŽcision sur le jour et l'heure.

3) on se rŽclame chez ces gens lˆ de la "majoritŽ", silencieuse comme il se doit, mais les mŽthodes sont des mŽthodes de conspirateurs appointŽs. En rŽalitŽ, ils se savent minoritaires. Les 53% de Sarkozy le 6 mai sont leur atout pour appeler de leur voeu l'abolition de la dŽmocratie -le moment o "la France" marchera "comme un seul homme".

 

Ils en sont loin ! Mais l'enjeu est bien celui-lˆ. Vous avez bien dit "Se rassembler pour anŽantir les privilges d'une minoritŽ" ? C'est ce que font les grŽvistes. Plus ils seront forts, plus leur force agira comme un aimant sur tous les ŽlŽments isolŽs, abrutis et dŽboussolŽs qui avaient votŽ Sarkozy et/ou Le Pen.

Selon certaines informations, dans les rŽseaux des "anti-grves", les chefs, pour l'instant, calment leur petite base. En effet, des excitŽs rvent d'en dŽcoudre dŽs le 14 ou le 20 novembre, mais l'Žchec ˆ orchestrer la "colre des usagers" le 18 octobre, puis lors de la grve des h™tesses et stewards d'Air France, a montrŽ le vrai rapport de force. Alors les chefs expliquent ˆ leurs petites troupes que ce sur quoi il faut compter, c'est sur un pourrissement ˆ la SNCF : ˆ la longue, ils esprent qu'il serait possible de monter de vraies contre-manifestations pour briser les grves. Bref, ils misent sur l'isolement des cheminots et plus gŽnŽralement sur ce que nous dŽnonons depuis le dŽbut : la stratŽgie branche par branche, alors que c'est tous ensemble que nous gagnerons.

 

Dans quelles conditions se prŽpare la grve des cheminots.

 

Les cheminots ont ŽtŽ ragaillardis et encouragŽs par ce qu'ils ont rŽalisŽ le 18 octobre, et par la prŽsence massive de leur propre encadrement dans la grve. Ils ont dŽjˆ des petites retraites, et ce qu'on veut leur imposer, c'est une chute d'une retraite ayant en moyenne 1400 euros ˆ environ 1150 euros. Ils ne peuvent accepter, et dans leur refus, leur intŽrt salarial se mle Žtroitement ˆ la dŽfense du statut, du mŽtier et de l'esprit de service public si mis ˆ mal par les contre-rŽformes successives, la sŽparation de RŽseau FerrŽ de France et de la SNCF, la destruction en cours du fret.

 

Comme tous les salariŽs, les cheminots ne savent pas s'il sera possible de sauver le nombre d'annuitŽs de retraite, c'est-ˆ-dire rester, pour eux comme pour les Žlectriciens, les gaziers, les agents de la RATP, les marins, les mineurs, les clercs d'huissiers, ˆ 37,5 annuitŽs, car tout le monde leur explique que c'est impossible, y compris leurs propres fŽdŽrations syndicales qui ont abandonnŽ la revendication du retour de tous ˆ 37,5 annuitŽs, revendication qui serait pourtant nŽcessaire pour que le combat des salariŽs ˆ rŽgime dit spŽcial n'apparaisse pas comme limitŽ aux catŽgories directement concernŽes. Mais ils sentent que ce n'est pas pour des raisons comptables, financires ou Žconomiques, que ce sera difficile, mais pour des raisons politiques. De fait, selon le propre avis du COR (Conseil d'Orientation des Retraites, structure officielle), le maintien des 37,5 annuitŽs pour tous ne cožterait que 0,3% du produit intŽrieur brut  chaque annŽe ! Si c'est difficile, c'est parce que revenir lˆ-dessus, c'est revenir sur toutes les contre-rŽformes : dŽcret Balladur de 1993 mettant les salariŽs des entreprises, ouvriers, cadres et employŽs, ˆ 40 annuitŽs, loi Fillon de 2003 y mettant les fonctionnaires. Revenir lˆ-dessus, c'est contester toute la logique de destruction qu'impose le capitalisme : mais n'est-ce pas ce qu'il faut faire sous peine de tout perdre ? Revenir lˆ-dessus, c'est en effet refuser que l'on "sauve", soi-disant, les retraites par d'autres mŽthodes que la hausse des salaires et de l'emploi, donc de la part socialisŽ des salaires. C'est donc refuser que l'on "sauve", en fait que l'on dŽtruise, les retraites, par la capitalisation et les franchises. Abandonner cette revendication, c'est abandonner ce combat. On ne battra pas la prochaine manche de la loi Fillon, celle qui nous ferait tous passer ˆ 41 annuitŽs dŽs l'annŽe prochaine, si l'on commence par accepter la loi Fillon !

 

Tout cela, les cheminots comme tous les salariŽs, le sentent s'ils ne le savent. Ce qui est clair pour eux, c'est qu'ils feront grve contre le gouvernement, contre Sarkozy, contre Mme Idrac, pour qu'ils retirent leur plan de destruction du rŽgime de retraite et d'attaque contre les statuts des cheminots et les missions de la SNCF. Les cheminots seront en grve pour le retrait total du plan Sarkozy contre leurs retraites.

 

Cette volontŽ parfaitement claire ne se retrouve pas au sommet des fŽdŽrations qui appellent ˆ la grve reconductible.

Ainsi, la fŽdŽration CFDT sera dans la grve, tant mieux, mais elle le fait en annonant qu'elle accepte le passage ˆ 40 annuitŽs, mais veut nŽgocier sur la dŽcote (la perte du niveau des retraites).

Dans sa lettre aux cheminots, la patronne, Mme Idrac, fait une sŽrie de propositions qui vont dans ce sens : elle propose d'octroyer des hausses de salaires au plus de 55 ans (plus de 50 ans pour les conducteurs) dont elle ne prŽcise pas le montant, elle propose d'affecter les vieux trop fatiguŽs pour travailler dehors ou sur les machines ˆ la formation des jeunes, elle propose de crŽer des comptes Žpargne temps et des plans d'Žpargne complŽmentaire en lieu et place de la retraite par rŽpartition et prŽsente a comme des bonus, et quelques charitables miettes concernant la prise en compte des annŽes d'apprentissage ou l'aide aux orphelins de cheminots morts pour cause d'accidents du travail ... 

Selon un porte-parole de la SNCF dans une dŽclaration du 10 novembre, la mŽthode suivie ici s'inspire de l'accord aberrant passŽ par la FGAAC le 18 octobre au soir, prŽsentant comme une grande victoire le passage des conducteurs de la retraite ˆ 50 ans ˆ la retraite ˆ 55 ans.

La CFDT demande donc les 40 annuitŽs, hŽ oui, avec "Žtalement du passage de la durŽe de cotisation de 37,5 ˆ 40 ans, une montŽe en charge moins rapide de la dŽcote, la prise en compte de la pŽnibilitŽ de certains mŽtiers ou encore l'intŽgration d'une partie des primes dans le salaire." (DŽclaration du nŽgociateur CFDT Jean-Louis Malys au sortir du Ministre du Travail le 24 octobre) et explique qu'ainsi, il serait effectif qu'aucun salariŽ ne perdrait un centime d'euro sur le montant de sa retraite ! Non seulement ce n'est en rien assurŽ, mais cela s'assoit tranquillement sur le nombre d'annuitŽs : 2 ans et demi de plus, a ne vaut donc pas un centime pour la CFDT !

 

Cependant, dans sa lettre au ministre Xavier Bertrand du 9 novembre, Bernard Thibault qui dŽclare refuser "le cadre global de la rŽforme" ( ?) et exiger des nŽgociations globales et pas sŽparŽes entre SNCF, EDF, GDF, etc.,  prŽcise ce qu'il demande exactement : "une approche transparente sur le cadre global de la rŽforme et la dŽtermination d'un programme concret de discussion dans chaque entreprise ou branche concernŽe." Que ceux qui ont compris lvent le doigt ! Si cela voulait dire retrait du projet Sarkozy sur les rŽgimes spŽciaux et refus effectif de pseudo-nŽgociations dans les entreprises, cela pourrait se dire clairement : ce qui se comprend clairement s'Žnonce clairement. Mais ce n'est malheureusement pas le cas. Bernard Thibault Žnumre ensuite points par points ce sur quoi devrait porter une "rŽunion tripartite gouvernement-syndicats-directions" :

– la pŽnibilitŽ des mŽtiers et les contraintes liŽes ˆ lÕexercice de mission publique doivent tre reconnues par des dispositions applicables ˆ lÕensemble des gŽnŽrations (bonifications, dŽparts anticipŽs É). La Cgt est opposŽe ˆ des dispositifs pŽnalisant les jeunes embauchŽs ;

– les primes et rŽmunŽrations complŽmentaires doivent tre intŽgrŽes dans la base de calcul des pensions ;

– les retraites doivent demeurer indexŽes sur lÕŽvolution des salaires ;

– les pŽriodes dÕŽtude, dÕapprentissage, de formation doivent tre incluses dans la durŽe de cotisations.

Le principe mme de la suppression du rŽgime des cheminots et du passage ˆ 40 annuitŽs dans l'immŽdiat (pour aller ˆ 41, etc. ..., par la suite) n'est pas mis en cause par Bernard Thibault. Peut-on dans ces conditions parler de refus du "cadre global de la rŽforme" ? En fait, ces propositions se situent dans le cadre de la rŽforme de Sarkozy. Mais celui-ci ˆ cette Žtape n'en veut pas car il ne veut pas avoir l'air de reculer sur quoi que ce soit et surtout parce que le mouvement est engagŽ du c™tŽ des cheminots contre toute sa rŽforme, son "cadre" et son "cadre global" y compris, et que ces fausses concessions n'enrayeraient pas le mouvement. C'est logique de la part de Sarkozy. Cela l'est moins de la part du syndicat qui devrait porter les revendications des travailleurs et ne nŽgocier que sur la base de ces revendications. Ce faisant, cette lettre de Bernard Thibault n'a pas contribuŽ ˆ prŽparer la grve, mais ˆ faire apercevoir ce que pourraient tre les "ouvertures acceptables" au bout de trois ou quatre jours de grve reconduite. Car de quoi s'agit-il finalement, sinon de propositions au fond assez analogues ˆ celles de la CFDT et recoupant celles de Mme Idrac, le discours sur la "pŽnibilitŽ" ouvrant la voie aux mesures strictement catŽgorielles contre les droits de tous comme base de toute compensation ? Sauf que ce n'est pas pour "a" que les cheminots vont partir en grve reconductible.

 

Dans leur dŽclaration commune lanant le mot d'ordre de grve reconductible ˆ partir du 13 novembre ˆ 20h, toutes les fŽdŽrations de cheminots protestent contre la "double peine" dont sont victimes les cheminots : la dŽsindexation des pensions sur les salaires et la mise en place d'un double statut pour les nouveaux embauchŽs. Ni le retrait de la contre-rŽforme des rŽgimes dits spŽciaux, ni le maintien des 37,5 annuitŽs pour les cheminots (sans parler du retour du tous aux 37,5 annuitŽs !) ne figurent dans le texte de l'appel.

En outre le ministre a commencŽ ˆ laisser filtrer que la mise en route de la "rŽforme" pourrait tre le 1¡ juillet et non le 1¡ janvier 2008. Si ce sont lˆ de "premiers reculs" comme le dŽclare la CGT, il s'agit d'encouragement ˆ exiger le retrait de tout le plan Sarkozy anti-cheminots. Non pas "faire bouger le cadre de la rŽforme", mais empcher la rŽforme.

D'ailleurs, l'Žditorial de Didier Le Reste de la Tribune du cheminot du 30 octobre ne parle pas, lui, de "double peine", mais de "triple peine", ajoutant l' "Allongement de la durŽe de cotisation" ˆ la liste des peines. Il ne parle pas le jargon incomprŽhensible de "la remise en cause du cadrage global" et dŽclare "inacceptable" toute cette "mauvaise musique" dont le "chef d'orchestre" "demeure le chef de l'Etat".  C'est lˆ en rŽalitŽ une autre orientation, plus proche de ce pour quoi les cheminots vont rŽellement faire grve et qui est trs simple ˆ rŽsumer : le retrait total de la contre-rŽforme de leurs retraites et de leurs statuts.

 

Pourquoi pas tous ensemble ?

 

La bataille pour l'unitŽ et la bataille pour la clartŽ des revendications, qui sont claires dans les motivations des grŽvistes, sont insŽparables.

 

De la mme faon exactement, une question essentielle pour le mouvement Žtudiant est que l'UNEF ne se contente pas d' "accompagner le mouvement", mais prenne position pour l'abrogation de la loi PŽcresse. La direction de l'UNEF explique maintenant qu'elle ne s'oppose pas ˆ cette revendication mais qu'elle ne la reprend pas ˆ son compte ! Elle explique qu'elle est impossible ˆ satisfaire, ce qui ne l'empche pas de revendiquer des hausses massives du budget universitaire et des moyens attribuŽs aux oeuvres universitaires et au logement Žtudiant, dont la "difficultŽ" est la mme que l'abrogation de la loi PŽcresse puisque de telles attributions de moyens publics tourneraient le dos ˆ la politique du gouvernement. Mais il ne faut pas mettre en cause l'accord Julliard-Sarkozy pour faire passer la loi PŽcresse. Tout en restant un syndicat, alors qu'entre les deux, il faut choisir : la place de l'UNEF est bien entendu avec les Žtudiants et nulle part ailleurs. En ne reprenant pas leur principale revendication, la direction du syndicat prend la lourde responsabilitŽ de laisser le champ libre ˆ toutes les provocations dont elle prŽtend avoir si peur. Aux dernires nouvelles l'UNEF demande officiellement "des modifications profondes" de la loi. La comŽdie du "cadre de la rŽforme" sera-t-elle jouŽe ici aussi ?

La vraie revendication, celle qui construit, qui prŽpare l'avenir en combattant l'ordre existant, celle qu'expriment grŽvistes et jeunes, tient en trois lettres : NON.

 

La question de la grve gŽnŽrale est Žvidemment posŽe, comme un dŽbat nŽcessaire et lŽgitime. Mais cette question en pose une autre, celle du dŽbouchŽ politique. Discussion donc tout aussi nŽcessaire et lŽgitime, et pressante. Car soyons sŽrieux : l'agitation sur la simple "convergence des luttes" ne rŽsout pas les problmes posŽs ; tout faire endosser aux cheminots, dans les conditions rŽelles exposŽs ci-dessus en ce qui concerne les positions de leurs fŽdŽrations, serait dangereux ; et exiger des directions syndicales qu'elles appellent ˆ la grve gŽnŽrale dŽs maintenant, grve gŽnŽrale d'o surgirait un "gouvernement des travailleurs", c'est plonger devant un ocŽan de perplexitŽ tout cheminots, tout travailleur qui s'apprte au combat et cherche ˆ en mesurer les chances.

Ce qui est concrtement possible aujourd'hui, c'est d'imposer le tous ensemble le mme jour. Il ne s'agirait pas dÕune classique "journŽe d'action", mais de la centralisation le mme jour des revendications contre l'ensemble de la politique de Sarkozy et des patrons. Le mardi 20 novembre, jour prŽvu en principe pour le vote du budget 2008 ˆ l'AssemblŽe nationale, les fonctionnaires sont appelŽs ˆ la grve par toutes leurs fŽdŽrations. En outre, ce qui est peu connu mais mŽrite de l'tre, la fŽdŽration CGT de la Construction appelle ˆ la grve le mme jour (voir prŽcŽdente lettre de liaison). Si les cheminots, les Žlectriciens, les gaziers et les agents de la RATP n'ont pas arrachŽ leur revendication rŽelle de retrait du projet anti-rŽgimes spŽciaux ce jour lˆ (et encore plus au cas o ils auraient gagnŽ d'ailleurs !), la question se pose, parce que cela sera rŽellement rŽalisable, d'une grve gŽnŽrale ce jour lˆ.

 

Dans quel but ? Infliger un coup de boutoir, un coup d'arrt, ˆ l'agression gŽnŽralisŽe du gouvernement Sarkozy contre la sociŽtŽ. Il veut une premire Žpreuve de force : qu'il l'aie, et qu'il la perde. Sur cette base, et rapidement, la situation devra alors se modifier, pour aller vers l'affrontement gŽnŽral imposant un dŽbouchŽ politique.

 

DŽbouchŽ politique et rŽfŽrendum.

 

La dŽcision du premier secrŽtaire du PS, Franois Hollande, de demander un vote au bureau national du PS du 6 novembre en faveur du projet de traitŽ constitutionnel europŽen "simplifiŽ" dont Sarkozy affirme tre le pre (le traitŽ dit de Lisbonne, dont le texte complet n'est pas encore connu), a une portŽe historique pour le Parti socialiste.

En effet, alors que l'on pouvait considŽrer jusque lˆ que le ralliement au gouvernement et ˆ Sarkozy de leaders et de tŽnors de ce parti Žtait l'aboutissement de la dŽrive lancŽe avec l'orientation qui a fait perdre sa candidate aux Žlections prŽsidentielles, celle qui tente de rompre avec le monde du travail, base sociale et Žlectorale du PS, mais que, pour grave qu'ils soient, il s'agissait d'acte de rupture par rapport au PS en tant que tel, cette fois, c'est, si l'on peut dire, le PS en tant que tel qui veut rompre avec les fondements du PS en tant que tel ! HŽ oui, en bref : Hollande appelle ˆ soutenir Sarkozy. Il tente une coalition politique de fait qui ne dit pas son nom, au moment prŽcis o toute trve sociale avec Sarkozy prend fin.

A sa surprise apparente, il s'est heurtŽ ˆ une vingtaine de voix contre (face ˆ 36 pour) son soutien au traitŽ de Sarkozy. Et la protestation ne fait que monter dans la mesure o cette question donne la possibilitŽ politique aux militants socialistes du Parti qui porte ce nom de chercher ˆ nouveau ˆ se regrouper, pour imposer un rŽfŽrendum.

 

Mais toute la contradiction dans laquelle se trouve Sarkozy est rŽsumŽe par cette situation : qu'il ait besoin de Hollande pour faire passer sa politique. Et qu'il n'ose pas aller au rŽfŽrendum, lui l' "hyperprŽsident", lui dont la commission Balladur-Lang veut faire celui "qui conduit la politique de la nation", lui le prŽtendant ˆ la restauration de la V¡ RŽpublique. Au plan institutionnel, son entreprise de restauration commence donc par piŽtiner ce pour quoi la majoritŽ a bel et bien votŽ lors du rŽfŽrendum de 2005.

Or, si les dŽputŽs PS et bien entendu ceux du reste de la gauche votent contre le projet de loi constitutionnelle prŽalable ˆ la ratification du TraitŽ europŽen "'simplifiŽ", comme cela est prŽvu au calendrier de l'AssemblŽe nationale et du SŽnat rŽunis en congrs pour le mois de dŽcembre, une majoritŽ des trois cinquimes Žtant requise, Sarkozy serait trs probablement contraint au rŽfŽrendum. Tous les petits manoeuvriers lamentables ˆ la Montebourg qui expliquent qu'ils n'iront pas au congrs aident Sarkozy ˆ faire passer son traitŽ, traitŽ qui est, selon l'avis d'un connaisseur -ValŽry Giscard d'Estaing au Monde du 26 octobre- le mme que celui qui a ŽtŽ repoussŽ en 2005.

Tous les bonimenteurs qui expliquent que la dŽmocratie, c'est respecter l'Žlection de Sarkozy le 6 mai dernier, s'apprtent en mme temps ˆ piŽtiner le vote d'une majoritŽ plus importante, de 2005.

 

Par contre, si une majoritŽ de dŽputŽs PS pressionnŽs par leur Žlectorat (on notera par exemple que le patron de la fŽdŽration du Pas-de-Calais a votŽ Non au bureau national du PS du 6 novembre : ce n'est pas par hasard ! ) obligent Sarkozy ˆ aller au rŽfŽrendum, alors le Non a de vraies chances de l'emporter, s'appuyant sur le vote de 2005 et les grves de novembre 2007, malgrŽ les Hollande, les Royal et les Montebourg et ce sera un Non ˆ Sarkozy et au TCE, comme en 2005 et plus encore. Battre Sarkozy dans la rue et dans les urnes deviendrait alors possible. L'alternative politique ne serait pas un gouvernement "de gauche" de cohabitation pour faire encore et toujours la mme politique, mais la rupture avec ce rŽgime de la V¡ RŽpublique qu'il tente de sauver.

 

Le dŽbouchŽ politique alternatif ˆ Sarkozy ne viendra ni de la gauche actuelle dans son Žtat actuel, ni d'une gŽnŽration spontanŽe qui na”trait par l'enchantement d'une grve d'automne. Il na”tra ˆ l'intersection des deux, et l'intervention des militants organisŽs qui comprennent qu'il faut en finir avec le capitalisme sera dŽcisive dans ce processus. Le regroupement de militants d'origines et d'appartenances diverses que constitue le Militant, les discussions qu'il engage avec d'autres regroupements, veulent s'inscrire activement dans ce travail.

 

* * *

Belgique :

Crise dÕidentitŽ ou crise de rŽgime ?

 

¡ Les Belges redoutaient le dŽbut dÕune scission entre francophones et flamands. Malheureusement, mercredi 7 novembre, dans le cadre Žtroit de la commission de lÕintŽrieur qui compte 17 dŽputŽs dont 11 flamands et 6 francophones, un coup de force a ŽtŽ entŽrinŽ.

¡ En effet, le prŽsident chrŽtien dŽmocrate de cette commission a annoncŽ ˆ lÕouverture des dŽbats et la mise aux voix dÕune proposition de scission de lÕarrondissement Žlectoral bilingue de Bruxelles Hall Vilvoorde. (BHV)

¡ Aussit™t les 6 dŽputŽs francophones quittrent la sŽance en signe de protestation face ˆ cet OUKASE. LÕensemble des flamands prŽsents a donc votŽ cette proposition explosive de rupture consommŽe entre flamands et francophones. MalgrŽ une ultime tentative mŽdiatrice dÕYves LETERME (CD et V) pressentie comme futur Premier ministre par le roi belge afin de concilier les diffŽrents points de vue.

¡ Rappel :

Cet arrondissement BHV rŽunit les 19 communes qui comptent Bruxelles, seule partie du territoire belge ˆ conserver un statut de rŽgion bilingue et 35 communes de la pŽriphŽrie situŽe en territoire flamand mais dont six communes sont peuplŽes majoritairement de francophones. Ces derniers ont des facilitŽs linguistiques reconnues qui leur permettent de bŽnŽficier dÕŽcoles, dÕinstitutions culturelles en Franais, de voter pour des candidats francophones, de recevoir leurs documents administratifs en Franais. Ce sont ces facilitŽs que veut supprimer la majoritŽ flamande aiguillonnŽe par la propagande extrŽmiste de droite du VLAAMS BELANG. (Nationalistes d extrme droite)

Les 19 bourgmestres de Bruxelles et leurs six collgues des communes ˆ facilitŽs rŽunies et ˆ majoritŽ francophone ont fait solennellement part de leur refus de la scission envisagŽe.

¡ Ils rŽclament une consultation commune par commune suivant lÕalternative suivante :

* soit le maintien des 6 communes rŽunies ˆ garder leurs facilitŽs linguistiques !

* soit ces 6 communes pourraient rejoindre lÕagglomŽration de Bruxelles capitale en terme dÕexception culturelle et linguistique.

¡ Le bras de fer est bel et bien engagŽ en Belgique entre Flamands et francophones !

¡ CÕest toute lÕorganisation fŽdŽrale et politique belge telle quÕelle fonctionne aujourdÕhui qui risque donc dÕtre remise en cause par le vote dÕhier, mercredi 7 novembre 07.

¡ Ce dernier doit tre malgrŽ tout confirmŽ par la Chambre o les francophones peuvent activer diverses procŽdures telle que la Ç sonnette dÕalarme È qui bloquerait pendant 60 jours lÕexŽcution de la dŽcision.

¡ Alors il serait mis en place une commission dÕarbitrage avec une dŽcision ultime ˆ prendre.

¡ En attendant, les nŽgociations pour la formation du futur gouvernement belge introuvable depuis plusieurs mois vont pouvoir se poursuivre, mais dans un nouveau climat de tension nŽe de cette dŽcision du 7 novembre 07.

¡ Si cela devait perdurer, Yves LETERME, pressenti comme futur Premier ministre par le roi ALBERT II pourrait rendre son tablier ministŽriel !

¡ DŽcidŽment, et au-delˆ de la problŽmatique des langues, la montŽe des extrŽmistes dÕextrme droite en Hongrie, en Bulgarie, en Autriche, en Allemagne et aujourdÕhui en Belgique consacre la division des Žtats, sacralise les affrontements des habitants entre eux et atomise le sentiment dÕappartenir ˆ une mme nation ˆ cultures diffŽrentes ainsi que lÕorganisation politique des Žtats souverains.

¡ 60 ans aprs lÕholocauste et la barbarie nazie, la bte immonde du racisme et de la xŽnophobie a rejailli sous dÕautres formes, mais fait encore des ravages dans les consciences et dans les sociŽtŽs.

¡ Les Belges font tous les jours lÕamre expŽrience de la sauvagerie incarnŽe par les politiciens dÕextrme droite !

¡ Le capitalisme a plusieurs visages, tant™t la droite molle ou dure, tant™t sa composante social-dŽmocrate, tant™t sa composante extrŽmiste fascisante ou trs religieusement conservatrice.

¡ Cette dernire (la forme la plus abjecte qui soit) cÕest le rejet de lÕautre !

¡ Le fascisme et lÕextrme droite vŽhiculent toujours leur poison et qui sont un affront ˆ lÕespce humaine et au progrs de la civilisation tout entire.

 

Ç Le capitalisme dŽcha”nŽ dans lequel nous vivons ne porte pas de sens vŽritable. È

Alain BADIOU, philosophe

 

Christian BARLO, Louis BLANC, Joseph PENTAGROSSA, militants communistes

 

Toujours en relation avec la Belgique, sujet sur lequel il nous faudra revenir et om nous appelons nos lecteurs ˆ contribution, car il est important pour les militants ouvriers franais, nous ne rŽsistons au plaisir de citer ici ce message reu sur le site Droit de grve :

 

NÕoubliez jamais courageux franais, que lÕEurope vous regarde, attend vos rŽactions pour en bŽnŽficier, les gouvernements Žtrangers sont ˆ lÕaffžt de vos rŽactions. Vous tes les seuls ˆ avoir le courage de montrer le chemin ˆ suivre pour le bien de lÕEurope et finalement pour lÕhumanitŽ.
Vous savez, quÕune Žconomie ne sait pas tre ŽquilibrŽe avec une population qui vit dans la prŽcaritŽ, vous savez que vous tes, vous, travailleurs, le coeur du fonctionnement de la machine Žconomique, votre existence, qui apporte la force travail et le pouvoir dÕachat sont les mamelles qui font tourner la machine Žconomique, a il ne faut pas lÕoublier.

La force travail, le pouvoir dÕachat, les revenus de remplacements sont aussi un pouvoir dÕachat, lÕargent doit circuler pour faire tourner cette machine Žconomique, notre vie, est la base de tout le systme, systme composŽ de deux ŽlŽments indissociable le fabricant, le consommateur, deux valeurs EGALES !, dont on a tendance ˆ minimiser le consommateur qui finalement est le plus important.

La grve est une force considŽrable, qui fait baisser lÕŽchine au monde des affaires, ils en ont peur, une peur bleue. JÕai entendu dÕun patron dÕune trs grosse entreprise, qui disait parlant des grŽvistes : Ils ne savent pas le pouvoir quÕil dŽtiennent avec les grves, ils le sauraient, nous serions perdus !

Voilˆ ce quÕest la grve, la puissance quÕon les grŽvistes, quÕils ne doivent sous aucun prŽtexte laisser toucher, cÕest leur capital qui les prŽserves de la folie du monde des affaires, il faut que vous sachiez que vous tes une force considŽrable!

MAINTENANT IL FAUT LÕEMPLOYER, Sarkozy LÕOBLIGE !

Franaise rŽsidant en Belgique, mais je me dŽplacerai en cas de grve gŽnŽrale.