Lettre de liaison n¡38 du 2 novembre 2008
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

 
ComitŽ de rŽdaction Žlu ˆ l'assemblŽe gŽnŽrale de Militant le 8 mars 2008 : Christian BARLO (83) Sylvie BONNIN (03) Jean-Franois CHALOT (77) Dominique CORNET (75) Raymond DEBORD (75) Olivier DELBEKE (94) Paul ERNST (94) Franois FERRETTE (61) StŽphane FUSTEC (75) Franck MARSAL (94) Claude MONNIER (91) Houaria MOUALEK (75) Vincent PRESUMEY (03) Franoise RIOU (75) Ouarda YAHI (75) Kamel ZORGUI (95)

Pour soutenir et Žlargir la diffusion de Militant-la Lettre de liaison :

Fa”tes circuler notre bulletin !

Abonnez-vous ˆ notre liste de diffusion : e-MILITANT_LIAISON-subscribe@yahoogroupes.fr

Visitez notre site Web : http://www.le-militant.org

 

Sommaire :

Cela suffit ! Mesures urgentes immŽdiates !

Militant n¡ 15 est paru.

Huit questions sur la crise Žconomique :

- Quelles sont les causes de la crise ?

- Le plus gros de la crise est-il passŽ ?

- Quelle est la portŽe historique exacte de cette crise ?

- Que faut-il faire pour en sortir ?

- Quel jeu joue Sarkozy ?

- Et l'Union EuropŽenne ?

- Et les Žlections prŽsidentielles amŽricaines ?

- Et la Chine ?

Manif de FO du 23 octobre.

Soutien ˆ l'UL CGT de Douai.

Congrs du PC.

Monsieur Kouchner et le Kivu.

* * * *

 

 

 

M.M. Sarkozy et Fillon aident les banquiers et les patrons, et veulent imposer le travail le dimanche et la retraite ˆ 70 ans au moment o les licenciements et le ch™mage partiel explosent.

Nous disons NON, et nous exigeons immŽdiatement des mesures urgentes pour le pouvoir d'achat :

- BLOCAGE DES PRIX DE LÕALIMENTATION, DU CARBURANT ET DES TRANSPORTS
- BLOCAGE DES LOYERS
- SMIC A 1 500 Û NET TOUT DE SUITE
- INDEXATION DES SALAIRES SUR LES PRIX
- AUGMENTATION DE 500 Û DE TOUS LES MINIMA SOCIAUX.

 

* * * *

Achetez, commandez, diffusez, discutez MILITANT n¡ 15, pour 1 euro, alors que POUR 20 euros, T'AS PLUS RIEN !

Par contre dans ce numŽro, t'as :

Campagne pouvoir d'achat.

Campagne pour la grve tous ensemble.

Campagne pour la dŽsobŽissance civile des Žlus en dŽfense du droit de grve.

Correspondance avec Franois Hollande.

Le droit opposable au logement ne fait pas boom mais couac.

Pour le rassemblement des professionnels non subventionnŽs de la culture et du spectacle.

Afrique du Sud, Maroc.

Infos sur l'Offensive Socialiste, la gauche du PS, le congrs du PCF, la CGT-Celm Toulon.

Le Capital et la crise.

Un ouvrier amŽricain nous parle d'Obama et Mc-Cain.

DŽbats sur le nuclŽaire, sur Charlie et SinŽ Hebdo ...

 

* * * * *

 

 

Huit questions sur la crise Žconomique.

 

I. Quelles sont les causes de la crise ?

 

Indiquons d'abord quelles sont les rŽponses fausses ou insuffisantes ˆ cette question que tout le monde se pose.

Les partisans du systme, tel le bonimenteur de radio bien connu M. Jean-Marc Sylvestre, aprs nous avoir expliquŽ que la bourse crŽait de la valeur, croyance ridicule qui rena”t pourtant ˆ chaque boom financier, nous expliquent maintenant que ce sont les "excs" de "certains" qui ont causŽ tous ces malheurs, et qu'il faut "moraliser" ou "rŽgulariser" le systme. Bref, ce serait le manque de morale et de rgles qui aurait provoquŽ la crise. A lire certains articles du Figaro, tout le mal viendrait des subprimes, ces prts ˆ risque faits ˆ des familles pauvres aux Etats-Unis. A la limite, la faute serait ˆ ces pauvres, souvent ngres de surcro”t, pas foutus de rembourser leurs crŽdits ...

Ce n'est Žvidemment pas sŽrieux. Alan Greespan, qui s'il fallait chercher un "coupable" serait certainement le meilleur candidat ˆ ce titre, puisqu'il fut patron de la Fed (la banque centrale des Etats-Unis) pendant la formation de la bulle financire qui a ŽclatŽ, a lui-mme avouŽ, dans une dŽclaration remarquable, son "Žtat de choc et d'incrŽdulitŽ" pour avoir trouvŽ dans l' "idŽologie capitaliste" une "faille" dont il ne comprend pas en quoi elle peut bien consister !

Mais rŽciproquement, se contenter de dire "on l'avait bien dit, c'est le capitalisme", est un peu court, car cela n'explique ni les spŽcificitŽs ni surtout la gravitŽ de cette crise. Une vraie analyse marxiste doit procŽder concrtement et historiquement. Les facteurs fondamentaux correspondent ˆ des faits prŽcis, des modalitŽs concrtes.

Depuis les annŽes 1970, le taux de profit moyen ˆ l'Žchelle mondiale, c'est-ˆ-dire le taux de profit rapportŽ aux investissements nŽcessaires dans la production, a baissŽ et aurait bien plus fortement baissŽ encore sans l'augmentation du taux d'exploitation brute des travailleurs obtenu par la diminution des salaires rŽels et par l'entrŽe dans la production capitaliste des masses de plusieurs pays pauvres, notamment de la Chine, ˆ une Žchelle sans prŽcŽdent depuis une quinzaine d'annŽes.

Ce phŽnomne de tendance ˆ la baisse du taux gŽnŽral de profit a une signification forte : le capitalisme repose sur l'exploitation de la force humaine de travail, alors qu'il crŽe les conditions o cette exploitation est de moins en moins rentable et o l'humanitŽ aurait intŽrt ˆ s'en passer enfin, alors que lui ne le peut pas.

Contrairement ˆ la croyance que vŽhicule la propagande qui les entoure, les "NTIC" ("nouvelles technologies de l'information et de la communication") ne font pas remonter le taux gŽnŽral de profit, car ce sont maintenant des investissements obligŽs -on est pratiquement obligŽ d'avoir plusieurs ordinateurs pour ouvrir un salon de coiffure ! - qui alourdissent les cožts : ils ne procurent plus de surprofits ˆ ceux qui les font, bien qu'il soit obligatoire de les faire pour tenir dans la concurrence.

Pour les couches supŽrieures du capital, il a ŽtŽ possible d'Žchapper ˆ cette tendance ˆ la baisse, pendant trois dŽcennies, au moyen des profits financiers : ˆ partir du moment o l'on dŽtient une certaine masse de capital, ou, mme si on n'en est pas propriŽtaire, ˆ partir du moment o on peut la contr™ler si on est actionnaire prŽpondŽrant ou investisseur institutionnel drainant l'Žpargne de la population et la dette des Etats, on peut "faire de l'argent avec de l'argent" en bourse, sur les marchŽs monŽtaires et les marchŽs des produits dŽrivŽs de crŽdit. Cela a Žvidemment des limites ˆ terme, puisque l'argent ne crŽe en rŽalitŽ pas de valeur : la "bulle" n'est pas dŽconnectŽe, contrairement ˆ ce que se sont souvent imaginŽs aussi bien ses dŽtracteurs que ses partisans, et elle doit ou bien Žclater en un ou plusieurs krachs boursiers (effondrement des valeurs fictives des actions) ou bien rŽaliser la valeur qu'elle rŽclame en la pompant dans l' "Žconomie rŽelle", comme on dit. D'ailleurs, mme quand elle Žclate, les plus puissants capitalistes parviennent ˆ Žponger leurs pertes en pompant celle-ci.

En 1997-1998, les pays o la production capitaliste avait le plus progressŽ les annŽes prŽcŽdentes, ˆ savoir les "nouveaux pays industriels"' d'Asie (Tha•lande, IndonŽsie, Philippines, Malaisie, CorŽe du Sud),  ne pouvant vendre leurs produits ˆ cause de la compression mondiale des salaires et donc de la demande solvable, entrrent en crise de surproduction, doublŽe d'une crise de suraccumulation de capital car une grande partie des capitaux flottants de la bulle financire Žtait venue se greffer sur eux.  Leurs Žconomies furent alors littŽralement siphonnŽes par ceux-ci (qui n'avaient d'ailleurs pas le choix, car c'Žtait a ou l'effondrement de la valeur de leurs actions, qui avait commencŽ), avec la complicitŽ active du FMI (Fonds MonŽtaire International). L'on vit alors, pour la premire fois, le scŽnario qui domine maintenant l'Žconomie mondiale se mettre en route : crise de surproduction des nouveaux pays industriels, et dŽbut de dŽgazage de la bulle financire. La bulle financire, qui passait pour permettre une accumulation illimitŽe de dividendes, aprs avoir ŽtŽ le grand palliatif ˆ l'encontre de la tendance ˆ la baisse du taux gŽnŽral de profit, en devenait un facteur aggravant et moteur, car avec elle il y a encore plus de capitaux et donc proportionnellement encore moins de profits.

L'alerte de 1997-1998, abusivement appelŽe "crise asiatique'" (en ce temps lˆ, ce n'Žtait pas la faute aux subprimes mais c'Žtait la faute ˆ l'Asie !), fut surmontŽe par la relance des dŽpenses d'armements des Etats-Unis (1999 : guerre de l'OTAN dans les Balkans) et par le rŽinvestissement en AmŽrique surtout, et en Europe, dans la "bulle Internet", des capitaux siphonnŽs en Asie puis en AmŽrique du Sud. Rappelons qu'en ces temps pas si lointains, on nous bassinait avec des discours sur le dŽmarrage d'une "nouvelle onde longue expansive", considŽrant que les "NTIC" avaient permis de surmonter totalement la pŽriode rŽcessive ouverte depuis les annŽes 1970. L'illusion Žclata trs vite : cette fois-ci, le "krach de la net Žconomie" en 2000-2001, avec la surproduction ne trouvant pas de dŽbouchŽs, et la suraccumulation de capitaux ne trouvant plus ˆ s'investir et ne procurant donc plus de profits, touchait directement les Etats-Unis. Mais, ˆ nouveau, la crise fut "rŽsorbŽe", en fait dissimulŽe sous la moquette en quelque sorte, par une nouvelle fuite en avant impulsŽe par l'Etat nord-amŽricain. Le 11 septembre 2001 fut dŽcisif pour permettre cela. L'explosion des dŽpenses militaires d'une part, et d'autre part les baisses d'imp™ts et de taux d'intŽrts, les mŽnages nord-amŽricains Žtant invitŽs ˆ s'endetter sans que leurs salaires n'augmentent, assurrent cette "reprise".

Jusqu'ˆ la culbute prŽsente, donc. Dans cette sŽquence des annŽes 2001-2007, la financiarisation de l'Žconomie a franchi un nouveau palier, celui des produits dŽrivŽs de crŽdit et de la titrisation des risques, consistant ˆ diluer, comme on feint de le dŽplorer aujourd'hui, les risques de crŽdit et donc ˆ les Žtendre ˆ toute l'Žconomie mondiale, en les rendant opaques. Surtout, au nom de l'idŽologie du "tous propriŽtaires", la majoritŽ des populations des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l'Irlande, des Pays-Bas, de l'Espagne, du Portugal, de l'Australie et de la Nouvelle-ZŽlande, et de larges secteurs des "classes moyennes" ailleurs, fut lourdement endettŽe avec des taux variables et des emprunts immobiliers risquŽs. Avec le systme des fonds de pension pour les retraites, ce dispositif permet au capital de siphonner une grande partie des salaires et cela ˆ l'encontre de la classe ouvrire du plus important pays capitaliste, les Etats-Unis.

Durant la mme sŽquence 2001-2007, autre volet d'un processus mondial unique, la Chine "communiste" prit une place nouvelle, centrale, dans la production mondiale de plus-value rŽelle, ainsi, ˆ un moindre degrŽ, que l'Inde. La demande de matires premires agricoles et ŽnergŽtiques provoquŽe par cet essor permit une accumulation de capital en Russie d'une part, et renfora l'accumulation dans divers pays "Žmergents" ˆ leur tour demandeurs, dŽmultipliant donc le phŽnomne, qui par la hausse des prix qu'il produisit sur le pŽtrole, le gaz et les produits agricoles, mit fin ˆ un autre fait qui, depuis les annŽes 1980, avait contribuŽ ˆ pallier ˆ la baisse du taux gŽnŽral de profit : les prix relativement bas des matires premires. Quand les prodromes de l'Žclatement de la bulle immobilire d'une part, et d'une crise de surproduction cette fois-ci en Chine d'autre part, se firent sentir ˆ partir du dŽbut de l'annŽe 2007, une effroyable vague de spŽculation sur les prix du pŽtrole, du blŽ et du riz affama les masses de dizaines de pays. DŽs ce moment, l' "objectif du millŽnaire" de ces messieurs des Nations Unies, ˆ savoir Žradiquer la "faim dans le monde" ˆ l' "horizon 2015", fut officiellement abandonnŽ, et le nombre de personnes vivant en dessous du minimum alimentaire franchit le cap du milliard : pour l'humanitŽ, la crise avait commencŽ avant celle des bourses.

Ce bref rappel montre au passage que la croyance selon laquelle il se produirait maintenant un "retour des Etats" repose sur du vent, car les Etats ont toujours ŽtŽ au fondement de l'accumulation capitaliste et plus encore dans les dix dernires annŽes : la politique de G.W. Bush et celle des dirigeants du PC chinois en particulier, sont au fondement de toute la dynamique rŽcente du capitalisme. Pas de "libŽralisme" ni de "nŽolibŽralisme" sans la poigne de l'Etat.

Il nous montre aussi la spŽcificitŽ de la crise actuelle : cela fait en rŽalitŽ 10-11 ans, depuis la "crise asiatique", que le systme mondial combinant bulle financire et accumulation industrielle dans des pays ˆ rŽservoir de main-d'oeuvre a atteint ses limites, et qu'il a ŽtŽ relancŽ en une vŽritable fuite en avant, dont les deux traits massifs ont ŽtŽ l'endettement dramatique de la masse des citoyens nord-amŽricains et de quelques autres pays, d'une part, et la mise au travail salariŽ de centaines de millions de jeunes chinois et indiens, plus la ruine de centaines de millions de paysans formant la main-d'oeuvre flottante de rŽserve qui sert ˆ maintenir un bas niveau des salaires, d'autre part. Les projecteurs braquŽs sur les salles boursires occultent donc les dimensions rŽelles de la crise :

- celle de la crise de surproduction qui a commencŽ en Chine et dans les pays dits Žmergents,

- celle de la crise des prix alimentaires et ŽnergŽtiques qui est la rŽalitŽ premire pour la majeure partie des habitants de la plante,

- et, ˆ l'intŽrieur du volet "bulle financire" de la crise, le fait capital que ce sont des dizaines de millions de salariŽs des pays anglo-saxons notamment, mais aussi d'Espagne, etc., qui sont menacŽs de saisie et de misre.

 

 

II. Le plus gros de la crise est-il passŽ ?

 

Pour le capital et donc pour les mŽdias et l'opinion dominante, ce qui compte ce sont les indices boursiers. Pour eux, donc, des dizaines de pays pouvaient bien crever et cramer, la "crise" n'a vraiment commencŽ qu'en septembre 2008 ˆ partir de la faillite de Lehman Brothers et de l'implosion du systme bancaire nord-amŽricain qui a suivi, faisant plonger les bourses dans des proportions qui sont grosso modo entre le double et une fois et demi celles de 1929. Fin octobre, ˆ travers des mouvements de yoyo d'une ampleur sans prŽcŽdent, ce moment lˆ semble terminŽ. A un prix monumental : en Europe occidentale, en AmŽrique du Nord et au Japon, les Etats ont mis sous tutelle le systme bancaire et entrepris de socialiser ses pertes. Mais que sera l'Žtape suivante ?

Rien n'incite ˆ l'optimisme, pour de nombreuses raisons.

Si la bulle financire des subprimes a ŽclatŽ, toutes les autres bulles financires ne sont pas encore dŽgonflŽes, et les "actifs toxiques" sont loin de se rŽduire ˆ ceux qui comportaient des subprimes titrisŽs. En fait la seconde phase de la crise financire a commencŽ : aprs l'explosion des subprimes s'est produit le dŽgonflage du Yen Carry Trade, spŽculation consistant ˆ acheter des titres en yen japonais (sous-ŽvaluŽ) pour les revendre en dollars par exemple, dont la plaque tournante Žtait ... l'Islande, le premier Etat officiellement en faillite de cette crise. Plus gŽnŽralement ce sont des masses monŽtaires bien supŽrieures encore ˆ celles des subprimes, comme les CDS (Credit Default Swaps : contrats d'assurance entre acheteurs et vendeurs de produits financiers), LBO (leveraged buy-out, achats de sociŽtŽs financŽs par des emprunts eux-mmes alimentŽs par des titres de dettes ...) et autres, que reprŽsentent la plupart des produits dŽrivŽs de crŽdit dŽsormais tenus pour "toxiques" sur les marchŽs financiers. La crise financire au sens strict (Žclatement de la bulle) n'est donc pas terminŽe. Les interventions des Etats et des banques centrales, en saucissonnant son Žclatement, l'Žtalent aussi dans le temps.

De plus, le fait que la crise financire ait ŽclatŽ dans le secteur immobilier n'est pas fortuit. La rente foncire et immobilire reste un rapport social fondamental du capitalisme contemporain, qui s'est durement rŽaffirmŽ dans ces Žvnements. Par les prix fonciers et immobiliers, par le niveau des loyers, et par les intŽrts d'emprunts, il permet un prŽlvement considŽrable sur l'ensemble de la sociŽtŽ, et en particulier sur les salariŽs. Les hausses de taux vont, aux Etats-Unis, s'abattre sur les emprunts subprimes ou mme "prime" (censŽs non risquŽs, mais qui le deviennent vu le recul gŽnŽral des revenus des salariŽs) faits en 2005-2007 : mme la bulle immobilire proprement dite n'a donc pas fini d'Žclater, et par nature ce type de crise est long -le rŽfŽrent est la crise immobilire japonaise, commencŽe en 1987-1989 et qui a durŽ ... 15 ans.

Cependant, la crise financire est d'ores et dŽjˆ devenue une crise des changes monŽtaires, mettant donc Žvidemment en jeu les rapports de force entre Etats. Fondamentalement, on assiste ˆ l'Žpuisement des Etats-Unis comme pilier de l'ordre mondial, devenus progressivement Žpicentre du dŽsordre (premire Žtape : la chute du Mur de Berlin qui les laisse "tout seuls", deuxime Žtape : le 11 septembre 2001,  troisime Žtape : maintenant). Mais ils s'effondrent en l'absence de toute solution de remplacement. Aprs avoir initiŽ le mouvement de socialisation Žtatique des pertes des banques, ils ont dž s'aligner sur les procŽdures mises en place, dans la panique, en Europe pour opŽrer ce mouvement : le plan Paulson s'applique par des prises de participation dans les banques, ce qui n'Žtait pas encore Žvident lors de sa laborieuse adoption par le Congrs, le 3 octobre. Mais il est interdit aux autres puissances capitalistes de trop profiter de la situation des Etats-Unis dont l'effondrement les entra”nerait tous dans le gouffre. A dŽfaut d'en profiter, ils peuvent tre simplement tentŽs de se mettre ˆ l'abri : Argentine et BrŽsil viennent de dŽcider de ne plus facturer leurs Žchanges en dollars ...

Mais, chose significative, c'est le premier ministre chinois qui a fait ˆ ce sujet le rappel ˆ l'ordre de rigueur :

"Nous devons nous unir. En ces temps difficiles, la Chine a rejoint les Etats-Unis. Et nous pensons qu'un tel coup de main devra aider ˆ stabiliser l'Žconomie et la finance mondiales, et empcher un chaos majeur. Je crois que la coopŽration est indispensable. Si cela allait mal du c™tŽ du secteur financier amŽricain [admirons ce conditionnel !!!] nous serions inquiets pour la sŽcuritŽ des capitaux chinois." (Wen Jiabao, premier ministre chinois, au magazine Newsweek, 6 octobre 2008).

D'o ce paradoxe monŽtaire du mois d'octobre 2008 : une remontŽe du dollar par rapport ˆ l'euro, qui baisse aussi par rapport au franc suisse et conna”t des variations erratiques envers la livre Sterling qui baisse elle aussi par rapport au dollar, cependant que la forte remontŽe du yen a produit un krach boursier ˆ Tokyo, mettant fin au systme spŽculatif du Yen Carry Trade.

Une rŽaffirmation extrmement brutale de la domination nord-amŽricaine, ˆ la suite des Žlections prŽsidentielles du 4 novembre, devrait donc logiquement se prŽparer. Tout Žtant liŽ, l'agression aŽrienne contre un village syrien frontalier de l'Irak par les forces nord-amŽricaines doit tre situŽe dans ce contexte. Si la Russie a marquŽ des points en GŽorgie en aožt 2008, elle a perdu sur le front financier et monŽtaire en octobre : ˆ la diffŽrence des racines du capitalisme chinois, celles du capitalisme russe sont beaucoup plus fragiles et fondŽes sur les matires premires. Or, le krach boursier s'est, ˆ Moscou, combinŽ avec le reflux des prix pŽtroliers et gaziers, produisant une vŽritable catastrophe qui met fin aux "annŽes Gazprom" qui furent aussi les "annŽes Poutine", les annŽes 1999-2008.

Le quasi arrt du marchŽ boursier russe a sonnŽ comme un signal d'alarme pour l'ensemble des bulles financires formŽes sur les "marchŽs Žmergents" (comme la Hongrie en Europe centrale, l'Argentine en AmŽrique latine, la CorŽe et le Vietnam en Asie, certains ˆ peine remis des siphonages subis dans les deux dernires dŽcennies ...), dŽsignŽs par un responsable de la banque Morgan Stanley comme le "deuxime Žpicentre" -aprs les subprimes- "de la crise financire mondiale".

Sauf que cette fois-ci ce sont les banques des pays de la zone euro qui sont en premire ligne. La marche des Etats vers la faillite, annoncŽe par l'Islande, a donc vraiment commencŽ avec la Hongrie, puis l'Ukraine. Bulgarie, Croatie, Roumanie, Serbie sont menacŽes, ainsi que le Pakistan, tous retombŽs sous la tutelle du FMI de Mister DSK, dont les fonds sont en rŽalitŽ faibles au vu de ce qui s'annonce, et qui devra donc nŽgocier, contre contreparties, avec les pays ayant encore des rŽserves -Chine et golfe persique. Les vieux pays capitalistes de la ligne de front bancaire de l'Europe occidentale faisant face aux pays soi-disant "Žmergents"  -la Suisse hors Union EuropŽenne (UE), la Sude dans l'UE mais hors zone euro,le  Danemark dont la monnaie a touchŽ le plancher de sa bande de fluctuation "autorisŽe" par rapport ˆ l'euro, l'Autriche et la Grce dans la zone euro, voire l'Italie- sont directement menacŽs par cette crise lˆ, car ils sont les principaux crŽanciers de la zone en faillite que pourrait devenir, Pologne comprise, l'Europe centrale.

Enfin, bien sžr, le tarissement du crŽdit est le vŽhicule par lequel la menace d'insolvabilitŽ des banques est rŽpercutŽe sur l'ensemble des entreprises capitalistes et donc sur les salariŽs. Les mesures prises par les Etats injectant des milliards ont maintenu le crŽdit ˆ un niveau minimum, n'hŽsitant pas ˆ voler les fonds de nature salariale (comme les allocations ch™mages) ou provenant des Žconomies des salariŽs (comme les livrets A) pour aider les "PME" (petites et moyennes entreprises), c'est-ˆ-dire leurs crŽanciers. Une montŽe rapide du ch™mage, plusieurs centaines de licenciements Žtant maintenant annoncŽs tous les jours -beaucoup plus rapide, en France, qu'en 1929, pour reprendre cette comparaison ...-, une diminution des salaires rŽels sous l'impact du ch™mage et des prix des biens de subsistance, des loyers et des crŽdits, sont en train, comme chacun peut le constater, de produire une rŽcession gŽnŽrale. A cet Žgard, tout le monde se rend Žgalement compte de l'inanitŽ des statistiques officielles et de leur manipulation : la rŽcession est lˆ, et elle Žtait lˆ depuis quelques mois dŽjˆ, ce qui n'enlve rien ˆ la brutalitŽ de la dŽtŽrioration en cours pour un nombre croissant de foyers.

Dernier point qui conduit ˆ dire que nous ne sommes pas au terme de cette crise : sa combinaison avec les catastrophes qui menacent et atteignent dŽjˆ l'environnement. Naomie Klein, dans La stratŽgie du choc. Le capitalisme du dŽsastre (Acte Sud, 2008) dŽcrit de faon rŽaliste, documentŽe et saisissante la faon dont le capitalisme contemporain, qu'elle appelle "libŽralisme", loin d'tre perturbŽ par les dŽsastres -guerres, coups d'Etat, massacres, catastrophes naturelles- cherche systŽmatiquement ˆ en profiter, spŽculant ˆ l'avance sur les millions de morts de guerres et d'ŽpidŽmie, liquidant les services publics ou ce qui en reste, Žcrasant les populations par la violence et la spoliation ˆ la faveur, par exemple, du tsunami sur les c™tes d'Asie dŽbut 2005 ou de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-OrlŽans, qui furent des bonnes occasions pour le capital, non de rŽparer les dŽg‰ts, mais d'en profiter.

Aucune illusion ne doit tre de mise : pour le capital et ses hommes d'Etat, la crise actuelle est une telle occasion. Non qu'il seraient intrinsquement mŽchants ou convertis ˆ une idŽologie particulire (ici rŽside la seule faiblesse du livre de Naomie Klein qui rapporte cette attitude seulement ˆ une idŽologie, celle du nŽolibŽralisme), mais ils n'ont pas le choix : aprs le choc, devant le dŽsastre, celui-lˆ et les prochains, le capitalisme doit poursuivre sa fuite en avant ou tre dŽtruit par celles et ceux qui veulent vivre, s'ils parviennent ˆ s'organiser pour en finir.

 

 

III. Quelle est la portŽe historique exacte de cette crise ?

Nous n'avons pas affaire ˆ une simple fluctuation cyclique conjoncturelle, mais ˆ une crise majeure.

La situant dans la pŽriode de recul du taux gŽnŽral de profit ouverte depuis les annŽes 1970, nous pourrions dire que cette crise lˆ met fin, non ˆ cette pŽriode, mais ˆ la parenthse ouverte par la politique de Reagan et Thatcher qui avait permis de reconstituer des marges de profits, en combinant ˆ l'Žchelle mondiale la financiarisation de l'Žconomie, la hausse du taux d'exploitation et la conqute de tout ce qui Žchappait encore en tout ou en partie ˆ l'accumulation capitaliste o que ce soit.

Cet effondrement est bien lisible dans les indices boursiers. Les indices boursiers ne rŽsument pas toute la crise, mais ils sont une chose que les militants ouvriers doivent apprendre ˆ comprendre : une sorte de baromtre de la confiance des capitalistes dans leurs possibilitŽs futures de faire des profits (quelle qu'en soit la source). Grosso modo depuis 2007 le Dow Jones, l'indice nord-amŽricain, est tombŽ de 14 400 points ˆ 9000, le CAC 40 franais de 6100 ˆ 3400. Dans les deux cas ceci ramne la valeur des actions, parts de capital des entreprises dont les bourses sont la foire permanente, ˆ leur niveau de 1995 pour le Dow Jones, 1997 pour le CAC 40. Leurs trajectoires sont diffŽrentes : le CAC avait fr™lŽ les 7000 points en 2000 et Žtait tombŽ ˆ 2400 points en mars 2003, alors que le Dow Jones tout en Žtant ˆ la source des fluctuations du CAC 40 et des autres indices boursiers mondiaux, se portait beaucoup mieux jusqu'ˆ maintenant. Ces diffŽrences sont celles de l'impŽrialisme dominant et d'un impŽrialisme secondaire qu'est la France. Ceci dit, l'image de l'effacement de la capitalisation effectuŽe depuis la veille de la crise dite "asiatique" de 1997-1998 est sommairement assez juste pour mesurer ce qui vient de se produire, et qui n'est pas fini.

Il est dans la pratique impossible de dire ˆ quel moment commence la capitalisation fictive -c'est-ˆ-dire lorsque la valeur des actifs (actions et obligations, qui sont des titres de propriŽtŽ, des parts de capital) est surestimŽe par rapport ˆ la part de propriŽtŽ "rŽelle" de l'entreprise capitaliste sur laquelle elle repose- mais dans le cas du CAC 40 on pourrait estimer que les 3000 points sont ˆ peu prŽs le niveau moyen d'une estimation "au rŽel" de ces parts (obtenue en additionnant la valeur des biens immobiliers des entreprises plus les stocks plus les titres boursiers ˆ leur prix de lancement plus ou moins les crŽances plus les liquiditŽs de l'entreprise), et 3000 points finiraient de ramener le CAC 40 ˆ 1995, comme le Dow Jones. Cependant il peut trs bien y avoir sous-Žvaluation des actions et descente en dessous, surtout si la liquidation des bulles de produits dŽrivŽs de crŽdit, qui ne sont pas des actions mais des produits circulant paralllement entre les banques, les fonds spŽculatifs et les Etats, et reprŽsentant une valeur thŽorique bien plus grande, rŽclame son tribut en exigeant paiement des dettes et des titres "toxiques" : le marchŽ monŽtaire (Žchanges de titres et de crŽdits interbancaires) reprŽsentait plus de 10 fois la valeur des marchŽs boursiers avant la crise, et les marchŽs des dŽrivŽs de crŽdit ... 35 ˆ 40 fois. Que signifie tout ce micmac ? Que les capitalistes ont le pouvoir social de siphonner les capitalistes plus petits qu'eux et finalement toute la sociŽtŽ, de rŽduire tout le monde ˆ la misre, de raser la nature et la sociŽtŽ, pour Žponger leurs pertes en capital fictif, mme si cela ne suffira pas ˆ les sauver tous ...

Un recul de la capitalisation boursire mondiale de son niveau de 2007 ˆ son niveau de 1995, sans mme parler d'un Žventuel plongeon en dessous de la valeur "rŽelle" des actifs, signifie que la plus-value rŽelle produite par les travailleurs, dont le supplŽment important apportŽ par les travailleurs chinois dans cette pŽriode, n'aurait finalement rien rapportŽ de plus au capital par rapport ˆ l'ensemble de ses investissements -ce qui nous renvoie ˆ la tendance ˆ la baisse du taux gŽnŽral de profit. La capitalisation fictive rŽalisŽe dans cet intervalle se serait envolŽe, soit dans des circuits financiers non productifs, soit dans la consommation dŽlirante du 1% le plus riche de la population mondiale, soit encore dans des opŽrations de destructions et de "sŽcuritŽ", qui ont un cožt (Irak, Isra‘l, Congo ...), et finalement en partie purement et simplement perdue. Par le prix du crŽdit et des marchandises de premire nŽcessitŽ, alimentaires et ŽnergŽtiques, le capital financier rŽcupre une partie de ses pertes sur le dos des autres capitaux et surtout sur le dos des travailleurs. En clair, tout ce qui a ŽtŽ produit par les travailleurs pendant 12 ans doit en principe de nouveau leur tre arrachŽ, brutalement, sans pitiŽ et sans dŽlais. La crise dŽbouche donc sur des situations de "choc" au sens de Naomi Klein, de guerre et de famine.

Nous n'exagŽrons pas. L'une des nouvelles de ce mois d'octobre 2008 est que la production mondiale de blŽ a diminuŽ de prŽs de 4,5% cette fois-ci ni ˆ cause de la mŽtŽo, ni ˆ cause du rŽchauffement climatique qui a dŽjˆ produit une grave contraction en Australie, mais ˆ cause du tarissement du crŽdit qui empche les achats d'engrais. Forme spectaculaire du gel des crŽdits : au BrŽsil on se dirige vers une recul de 20% de la rŽcolte de ma•s car les clients nord-amŽricains n'ont pas avancŽ, comme auparavant, de fonds avant la rŽcolte. En Russie les taux d'intŽrts aux fermiers et aux kolkhozes devenus des "entreprises" atteignent couramment 20%. Ces donnŽes vont se cumuler avec le scŽnario 2008 des "Žmeutes de la faim" pour composer un scŽnario encore plus noir en 2009.

Voila qui condamne le capitalisme au regard des intŽrts rŽels de l'humanitŽ et de la plante. L'absence de redŽmarrage, malgrŽ la production de plus-value chinoise et indienne, vers une "nouvelle onde longue expansive", aprs maintenant 35 ans d'entrŽe dans une phase de taux de profits rŽels, hors capitalisation fictive, orientŽs ˆ la baisse, est une donnŽe importante si on la compare aux fluctuations antŽrieures du taux de profit gŽnŽral, car cette pŽriode est exceptionnellement longue. Les phases ascendantes du capitalisme, auparavant, avaient ŽtŽ portŽes par des innovations technologiques et organisationnelles du travail, dans le mode de production lui-mme. De telles innovations aujourd'hui, consisteraient en une sortie du machinisme et de l'automation traditionnels depuis la rŽvolution industrielle, o le capitalisme excelle, et dans l'entrŽe dans les technologies du vivant, de caractre durable voire rŽparateur pour le milieu terrestre : nous en sommes trs loin, non pas au plan des connaissances scientifiques, mais au plan de la capacitŽ, de l'intŽrt financier et de la volontŽ du capital d'aller dans ce sens. Soyons clairs : ce qu'ils appellent "dŽveloppement durable", c'est la capacitŽ durable ˆ toujours faire des profits quel que soit l'Žtat du milieu. Aujourd'hui, les meilleures valorisations boursires affectent les entreprises de sŽcuritŽ, de destruction, de gestion des situations de catastrophes, pas les secteurs susceptibles de refonder une agriculture, une aquaculture, une sylviculture et des systmes de santŽ humains, efficaces et rŽellement durables. Voila o en est le capitalisme : dans une fuite en avant destructrice.

N'empche que cette crise, pas plus que toute autre, n'est la crise finale du capitalisme. Par nature le capitalisme, valorisation du capital, n'a pas de fin. Soit il prendra par inadvertance fin en dŽtruisant la nature et la sociŽtŽ dont il pompe la substance vitale, soit nous y mettrons fin. Ce qui est la seule solution raisonnable, rationnelle et prudente.

 

IV. Que faut-il faire pour en sortir ?

 

S'il s'agit d'en sortir dans le cadre du capitalisme, il faut faire exactement ce qui est fait par tous les gouvernements du monde :

- socialiser les pertes des banques en alourdissant la dette publique dont ces messieurs nous rebattrons encore les oreilles pour qu'on se serre la ceinture,

- encadrer temporairement le crŽdit, entrer si besoin au capital des banques, ce que rŽclame SŽgolne Royal de Nicolas Sarkozy dans une interview au journal  La Tribune.

- licencier en masse et baisser les salaires rŽels, poursuivre la privatisation des services publics comme La Poste en France,

- se battre entre eux pour dŽterminer qui paiera le plus, et prŽparer la guerre en relanant encore les budgets militaires, dont il vient d'tre confirmŽ, en France, que pour eux ce n'est pas "la crise".

- dans la mesure du nŽcessaire, jouer la petite musique compassionnelle pour les travailleurs victimes de la crise en leur proposant de s'en remettre ˆ Dieu, ˆ la patrie, ou aux mafias, mais surtout pas de s'organiser par eux-mmes pour exiger leur dž.

Les paragraphes prŽcŽdents indiquent dans quelle mesure ces politiques conduiront ˆ la sortie de la crise : en beaucoup de temps, et avec un maximum de dŽg‰ts, mais l'essentiel sera sauf puisque le capital sera toujours lˆ et qu'une partie des riches se seront encore bien plus riches.

Inversement, les mesures de protection pour le plus grand nombre devraient consister :

- ˆ interdire les licenciements pour motif de "crise" comme les licenciements boursiers, ce qui conduirait pour que ce soit possible ˆ des moratoires ou des suppressions de dettes pour les PME prises ˆ la gorge, et souvent ˆ leur mise en tutelle publique.

- ˆ rŽguler les prix alimentaires, de l'Žnergie et des loyers ˆ la baisse, en supprimant au passage les imp™ts indirects sur la consommation populaire (TVA et TIPP).

De telles mesures sont totalement impossibles si l'on "sauve les banques" en mme temps. Il faut donc choisir. Mais, dira-t-on, on ne peut laisser choir le systme de crŽdit, car celui-ci n'est pas seulement parasitaire, c'est aussi lui qui assure la ventilation des investissements nŽcessaires et des moyens de fonctionnement de tout ce qui est vital et utile. Exact. On ne laissera donc pas tomber le systme de crŽdit. Les aides massives apportŽes aux banques par les Etats ont montrŽ qu'il est parfaitement possible de les mettre en tutelles. Tout le monde parle de nationalisations, hŽ bien c'est une vraie nationalisation qui s'impose : le crŽdit doit passer sous contr™le public et les directions qu'il prend, donc les choix d'investissements, faire l'objet de dŽbats et de dŽcisions publics. Moins pour les armes, plus pour la santŽ, les transports publics, les investissements utiles en gŽnŽral ...

Une telle politique de bon sens rŽsorberait la crise trs rapidement, car elle n'a aucun fondement dans la nature des choses. Naturellement, ˆ condition de ne pas s'imaginer qu'il faut payer les dettes aux capitalistes, d'autant plus qu'elles ont dŽjˆ ŽtŽ payŽes plusieurs fois : l'abrogation de la dette publique, ce matelas de la finance mondialisŽe, serait une mesure salutaire pour libŽrer nos enfants et petits-enfants d'un poids inadmissible dont les moralisateurs du vol gŽnŽralisŽ osent aujourd'hui nous rebattre les oreilles, comme si cette dette Žtait la notre.

Une fois la crise rŽsorbŽe et les engagements futurs pris par les exploiteurs jetŽs aux orties, il resterait ˆ s'occuper du plus important : assurer de bonnes conditions de vie et de culture ˆ l'humanitŽ en prŽservant ou en restaurant le milieu naturel. Cela demandera du temps, mais pour avoir ce temps il faut justement se dŽbarrasser au  plus vite de l'hŽritage du capitalisme.

PrŽcisons que le petit commerce et les activitŽs privŽes et individuelles n'ont aucune raison d'tre supprimŽs par cette politique de bon sens, mais pourraient probablement trouver un sens et des champs d'application nouveaux.

Le seul problme, c'est que mme si un gouvernement Žlu voulait engager cette politique anticapitaliste de bon sens, il se heurterait ˆ son propre appareil d'Etat et ˆ ses voisins. Les Etats ne sont pas neutres. Ce sont les Etats du capital. Ces mesures de bon sens ne sont donc possibles que par de puissants mouvements populaires contre les capitalistes et leurs Etats et dans plusieurs pays. C'est cela qui rend la partie difficile, et pas l'aspect Žconomique en soi : la question est politique, elle nŽcessite l'organisation politique des exploitŽs.

V. Quel jeu joue Sarkozy ?

 

Les mŽdias franais sont inŽnarrables. Un seul chef d'Etat Žtranger les surpasse. C'est Chavez, qui vient de donner un brevet de "socialisme" au "camarade Sarkozy", qui s'en tenait les c™tes en tapant dans le dos de son camarade militaire. En dehors des mŽdias franais et du prŽsident Chavez, personne au monde ne fait croire que Sarkozy "rŽgule le capitalisme".

La vŽritŽ est qu'il a jouŽ un r™le remarquablement bien rŽglŽ en faisant croire qu'il Žtait ˆ l'origine de dŽcisions similaires prises sous l'emprise de la panique, et qui ne relvent en rien d'une quelconque coordination europŽenne, mais bien au contraire qui se sont imposŽes par le jeu de la concurrence ˆ partir du moment o un pays (en l'occurrence l'Irlande) a dŽcidŽ de "garantir les dŽp™ts" et que tout le monde a ŽtŽ obligŽ d'en faire autant pour Žviter la fuite des capitaux. Mais, pendant que les mŽdias franais (et Chavez) cherchent ˆ nous faire croire en un Sarkozy "rŽgulateur" et "socialiste", le vrai Sarkozy a dŽcidŽ :

- d'engager des centaines de milliards d'euro pour aider les banques,

- de voler les cotisations ch™mages pour "aider les PME" ˆ payer leurs banquiers ...

- de baisser les taux sur les livrets A pour que le diffŽrentiel aille aussi aux banques ...

- d'imposer le travail le dimanche,

- de dŽrŽguler l'embauche de contrats ˆ durŽe dŽterminŽe (CDD) pour que les patrons puissent embaucher et dŽbaucher plus vite, "en temps rŽel", en tant que de besoin.

- de mettre un coup d'accŽlŽrateur au "contrats de transition professionnelle" qu'il a mis au point dŽs 2004 pour mettre les ch™meurs ˆ disposition du patronat local pour un moindre salaire.

- de reporter la possibilitŽ de partir en retraite de 55 ˆ 65 ans pour les h™tesses et stewards d'Air France, et de 60 ˆ 65 ans pour les pilotes, prolongeant ainsi la contre-rŽforme des rŽgimes dits spŽciaux de retraite et annonant ce qui se prŽpare contre toute la population. Et au moment o sont Žcrites ces lignes, on voit o ils veulent en venir : "La retraite ˆ 70 ans ? On en parle ! " titre la presse indŽpendante ...

- d'instaurer les salaires au mŽrite pour 200.000 fonctionnaires dits d'autoritŽ, avant d'Žtendre ce systme ˆ tous les fonctionnaires afin de pouvoir baisser massivement leurs salaires (parmi les nouveaux "mŽritants", les intendants des Žtablissements scolaires, dont le travail consiste ˆ contr™ler les comptes en appliquant des rgles lŽgales et les ordres des chefs d'Žtablissement et conseils d'administration : quelle peut bien tre la marge du "mŽrite" lˆ-dedans, mystre ... ˆ moins qu'il ne s'agisse de faire des Žtablissements scolaires des petites entreprises ?)

- d'accŽlŽrer la suppression des postes de fonctionnaires,

- de relancer les embauches de contrats aidŽs et contrats dits d'accession ˆ l'emploi, contrats temporaires sous-payŽs permettant d'entretenir un volant de ch™mage chronique.

- de supprimer les ... dŽpartements comme Žchelon de la fonction publique, et les "dŽpenses" affŽrentes.

- de rŽaffirmer la pire des politiques en matire d'immigration, dite "choisie" (par l'Etat et les patrons) : sŽlections de personnels sous-payŽ, refus du regroupement familial, nŽgation du droit d'asile (sauf pour les criminels contre l'humanitŽ rwandais).

Et ce n'est qu'un dŽbut. En mme temps, les patrons licencient, dans les services et les banques, mais aussi le b‰timent, mais aussi la mŽtallurgie et l'automobile qui sont tout bonnement en train de s'arrter compltement par le jeu du ch™mage technique et de la restriction des carnets de commandes. La premire grande faillite est emblŽmatique, c'est celle de la CAMIF, l'ancienne "coopŽrative" des enseignants, devenue une vraie entreprise, improductive et siphonnŽe par ses patrons comme seule peut l'tre une entreprise !

Si Sarkozy a pu commencer ˆ "rŽagir" ainsi ˆ la crise, c'est parce qu'il n'a pas d'opposition politique et que les sommets syndicaux sont occupŽs ˆ se diviser sur fond de participation aux accords de "dialogue social" qu'il leur a fait signer pendant la premire moitiŽ de l'annŽe 2008 : accord sur le marchŽ du travail (signŽ par FO et CFDT), sur la reprŽsentativitŽ ouvrant la voie ˆ la destruction du principe de faveur dans le droit social (signŽ par CGT et CFDT), sur le "dialogue social dans la fonction publique (signe par FSU, Solidaires, CGT, UNSA ...).

L'ampleur de la crise pourrait l'acculer ˆ une "stratŽgie du choc" ˆ la franaise qui correspondrait ˆ son programme politique. Mais il sait que mme sans cela tout conduit ˆ l'affrontement social, cette fois-ci centralement, dans les entreprises. Le dŽroulement de la crise et la politique de Sarkozy nous donnent la direction "naturelle" que doit prendre la lutte des classes en France prochainement : ˆ partir des entreprises et contre le pouvoir exŽcutif de l'Etat.

 

VI. Et l'Union EuropŽenne ?

 

On lit assez souvent en cette fin octobre que finalement, l' "euro nous a protŽgŽs". Ce sont les mmes qui prŽtendent que "l'Europe parle d'une seule voix" et qui ajoutent que tout a, c'est gr‰ce ˆ Sarkozy !

Il y a lˆ un vŽritable tour de prestidigitation qui risque de s'estomper rapidement. En effet, comme nous l'avons dit, la similitude des politiques envers les banques, non seulement des pays de l'Union EuropŽenne, mais avec eux des Etats-Unis, du Japon et de la Suisse, ne rŽsulte pas d'une concertation qui, lorsqu'elle a commencŽ, a montrŽ en fait l'inŽgalitŽ -Sarkozy commenant par rŽunir les seules puissances impŽrialistes dominantes de l'UE en un "G4", Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, ˆ l'exclusion des autres- et la cacophonie dans le "G4". Cette similitude est l'effet d'une seule et mme panique qui a conduit tout le monde aux mmes mesures en catastrophe, et le pays qui a donnŽ le ton en Europe a ŽtŽ ... l'Irlande (dont le peuple avait vote Non en juin), suivie du Royaume-Uni.

Le repli de l'euro par rapport au dollar en octobre, alors que jamais les Etats-Unis n'ont ŽtŽ autant en difficultŽ, indique que pour remplacer le dollar comme monnaie mondiale de rŽserve et premier moyen des Žchanges internationaux, l'euro manque de quelque chose de fondamental : tre la monnaie d'une puissance impŽrialiste unique.

La crise financire des Etats d'Europe centrale et orientale met bien en Žvidence les stratŽgies divergentes des puissances europŽennes. Il semblerait que l'Allemagne ou certains cercles financiers allemands poussent ˆ cette crise dans l'espoir de contraindre ces pays ˆ une entrŽe brutale et soumise dans l'euro, le ch™mage et l'inflation y cassant les mobilisations ouvrires nombreuses cette annŽe (Pologne, Roumanie), alors que le Royaume-Uni demande que le FMI et l'UE les aident rapidement pour Žviter des faillites d'Etat, la France tenant une position intermŽdiaire et jouant, lˆ encore, les grands coordonnateurs, l'Italie enfin Žtant partiellement dans la mme posture que l'Autriche, ˆ savoir que la contagion la menace directement.

Son agitation de mouche du coche se faisant passer pour le sauveur suprme du capitalisme, conduit Sarkozy ˆ prŽtendre assumer la prŽsidence de la zone euro durant le premier semestre 2009, alors mme qu'il ne sera plus "prŽsident de l'Europe", ce qui a produit les protestations tchque et allemande. Le pouvoir exŽcutif allemand est de plus en plus irritŽ par cette agitation.

Le tout se produisant sur fond de dŽpression grave de toute la zone, partie pour tre plus grave que celle que connaissent les Etats-Unis, Žtant donnŽ qu'une grande partie des fonds des pays europŽens dŽbloquŽs pour "sauver les banques" iront en fait en AmŽrique.

Pour rŽsumer, la crise est en train de mettre au clair que l'euro n'est pas une alternative au dollar et que l'Union EuropŽenne ne peut pas fonctionner comme un Etat unifiŽ.

 

 

VII. Et les Žlections prŽsidentielles amŽricaines ?

 

Ces lignes sont Žcrites deux jours avant le scrutin.

Il est clair que le capital financier a choisi Barack Obama, et c'est pour cela qu'il sera probablement Žlu. En tous cas, une Žlection de Mc-Cain serait maintenant un facteur d'aggravation de la crise : lui mme ne mise pas dessus, car elle rŽsulterait de la mobilisation d'un Žlectorat "petit blanc" frappŽ par la crise et hostile au grand capital. Ce qui a dŽfinitivement perdu Mc-Cain, ce sont ses variations face au plan Paulson, alors qu'Obama a ŽtŽ de bout en bout "responsable" du point de vue du capital.

Le visage de repoussoirs de Mc-Cain et de la vice-prŽsidente Sara Pahlin dont il s'est affublŽ fait ressortir, en contraste, Barack Obama comme un jeune homme ouvert et Žminemment sympathique. N'ayons nulle illusion : sit™t Žlu, il sera l'homme d'une nouvelle tentative de "retour de l'AmŽrique", sans doute appuyŽe au moins dans un premier temps par une remontŽe de Wall Street, et ce "retour" veut d'ores et dŽjˆ dire drones et bombes pour les irakiens, les frontaliers syriens, les afghans et les villageois des zones frontires pakistanaises. Le Pakistan a ŽtŽ, dŽs le dŽbut de la campagne, dŽsignŽ par Obama comme la cible.

Nous ne devons cependant pas nŽgliger l'aspiration au changement et la volontŽ d'en bas qui s'exprimera en partie dans le vote Obama. Dans Militant n¡ 15, notre camarade John Reimann, syndicaliste charpentier ˆ San Francisco, tout en estimant avec sa raison que Obama rendra (au moins dans un premier temps, ajouterons-nous) plus difficile l'organisation indŽpendante des travailleurs amŽricains, ne cache pas qu'avec son coeur, "je dois admettre qu'une partie de moi espre qu'Obama va tre Žlu.", ne serait-ce que par la rigolade que ce sera de voir les ttes de certains devant un prŽsident noir. Cet Žtat dÕesprit est rŽpandu : beaucoup ne se font pas d'illusions rŽelles sur Obama mais ont envie de se faire un petit peu plaisir, pour repasser trs bient™t aux choses sŽrieuses.

N'ayons aucune illusion : les choses sŽrieuses commenceront tout de suite, et elles opposeront sans dŽlais la prŽsidence nord-amŽricaine ˆ la classe ouvrire. La hausse des salaires, le moratoire de toute les dettes populaires et expulsions, le remplacement des fonds de pension en faillite par de vrais systmes de retraite, et le retour de tous les boys immŽdiatement non seulement d'Irak, mais aussi d'Afghanistan et du Pakistan, voila quelles seront les lignes immŽdiates de l'affrontement ... contre Obama.

 

 

VIII. Et la Chine ?

 

Aprs Nicolas Sarkozy, l'Union EuropŽenne et Barack Obama, la Chine fait partie des gri-gri rŽgulirement invoquŽs par la presse franaise dans la catŽgorie de ce qui doit nous protŽger et protŽger le monde de la crise.

Cet espoir capitaliste envers la crise trouve son reflet chez quelques militants qui pensent encore qu'il y aurait une certaine dose (10% ? 20 % ? 60% ? ... !) de "socialisme" ou de "communisme" dans ce rŽgime, et que ceci aurait assurŽ un plus grand contr™le de l'Etat et une meilleure "rŽgulation", ainsi qu'une moindre exposition aux produits financiers dŽrivŽs. Comme si l'antithse du capitalisme et du libŽralisme Žtait l'Žtatisme alors qu'ils vont si bien ensemble ...

Le contr™le Žtatique du sol et du crŽdit en Chine n'est plus une conqute socialiste, mais la garantie pour le capital chinois de se dŽvelopper de manire relativement indŽpendante par rapport aux capitaux Žtrangers auquel il fait massivement appel, d'une part, et un moyen de coercition contre la paysannerie et les habitants des villes, d'autre part.

En rŽalitŽ, la crise prŽsente a l'une de ses racines en Chine, puisque le dŽveloppement capitaliste mondial des annŽes 2001-2007, qui a directement dŽbouchŽ dans la culbute actuelle, avait l'un de ses deux piliers en Chine. En Chine, la production rŽelle de plus-value, aux Etats-Unis, le parasitisme financier et militaire, en simplifiant un peu.

De mme que ce systme mondial a abouti en AmŽrique ˆ la crise financire, il s'est paralllement dŽveloppŽ en crise de surproduction pour le capitalisme chinois, d'abord au niveau de ses exportations vers les Etats-Unis, et maintenant, de plein fouet, vers l'Union EuropŽenne (qui est passŽe devant les EU dans ses revenus d'exportations depuis 2006), ensuite au niveau du marchŽ intŽrieur, insuffisamment dŽveloppŽ bien qu'Žnorme en soi, car consistant avant tout en dŽpenses des "nouvelles classes moyennes urbaines", soit environ 80 ˆ 100 millions de nouveaux riches aux bases cependant fragiles, et en dŽpenses Žtatiques d'infrastructures. Ce parallŽlisme est visible dŽs le printemps 2007 quand la crise des subprimes pointe ˆ l'horizon (cf. la lettre de Liaisons n¡ 208 du 3 mars 2007).

Justement, le marchŽ intŽrieur chinois est souvent invoquŽ comme la planche de salut : il devrait dŽjˆ assurer des arrires qui Žpargnent le plus dur de la crise ˆ la Chine et lui permettent ensuite, Žventuellement, de sauver le monde en commenant par le dollar.

Mais la prŽoccupation premire des dirigeants chinois dans leurs dŽclarations actuelles est justement de dŽvelopper ce marchŽ intŽrieur, indiquant par lˆ mme qu'il ne l'est pas assez pour assurer des dŽbouchŽs ˆ une industrie dont la crise est d'ores et dŽjˆ la plus grave ˆ l'Žchelle mondiale : de 1 ˆ 2 millions de licenciements sont ˆ prŽvoir dans le semestre ˆ venir dans la seule zone de la rivire des perles (Hong Kong, Shenzhen) !

On veut aussi se rassurer en expliquant qu'une "rŽcession" de la croissance chinoise ne ferait selon toute probabilitŽ qu'effacer la "surchauffe" et faire tomber le rythme annuel de croissance de 11-14% du PIB ˆ 6-7%, chiffre qui en soi reste de l'ordre de la rverie Žrotique pour n'importe quel "dŽcideur" europŽen ...

C'est nŽgliger que, surtout en matire d'accumulation du capital, ce qui compte vraiment, plus que les chiffres absolus, ce sont les proportions, et que la proportion dont il est ici question est une contraction de moitiŽ de la croissance chinoise. Ce qui signifie : aggravation radicale de la lutte des classes en Chine. Entre capitalistes et appareil du parti, d'un c™tŽ, ouvriers et paysans, de l'autre.

Enfin, en ce qui concerne la moindre insertion de la Chine dans les circuits de produits financiers dŽrivŽs, notons cette phrase de Martine Bullard dans un article de fond du Monde diplomatique de novembre consacrŽ justement ˆ caresser l'espoir que la Chine et quelques autres pays vont damer le pion des mŽchants amŽricains :

"On peut cependant s'interroger sur la rŽcente dŽcision d'autoriser les ventes ˆ terme dans les Bourses chinoises, alors que certains pays occidentaux en ont limitŽ l'usage pour cause de spirale spŽculative."

Martine Bullard note aussi, mais pour ne surtout pas s'y attarder, l'existence d'une belle "bulle immobilire", en Chine aussi ...

Mais rassurons-nous, les "communistes" chinois sont des gens vertueux, de vŽritables auvergnats, la main sur la tirelire en permanence !

Ces remarques sur la Chine valent, ˆ plus forte raison car la Chine est l'Etat de loin le plus fort du groupe, pour les autres pays "Žmergents" qu'un discours plus ou moins altermondialiste aimerait voir s'affirmer pour b‰tir un monde "multipolaire", Inde, Russie, BrŽsil (on a mme inventŽ un acronyme qui a dŽjˆ contaminŽ les manuels de GŽo de Terminale, rŽceptacles de toutes les modes idŽologiques : BRIC, pour BrŽsil-Russie-Inde-Chine !).

La crise de l'impŽrialisme nord-amŽricain, historiquement sans issue hors guerre mondiale, est le fondement de ces espoirs d'alternative ... capitaliste au capitalisme.

Mais pas plus que l'UE, les pays "Žmergents", rŽgimes bureaucratiques staliniens transformŽs en nouveaux impŽrialismes comme la Chine et la Russie, ce qui conduit ˆ la confrontation violente avec les Etats-Unis (GŽorgie, missiles anti-missiles, Tibet, CorŽe, Taiwan ...), ou pays capitalistes pŽriphŽriques ayant une place clef dans la division internationale du travail (industrielle pour l'Inde, agricole pour le BrŽsil, minire pour l'Afrique du Sud ...), n'ont la capacitŽ, ni d'ailleurs la volontŽ politique, de faire front contre les Etats-Unis.

Soyons clairs : mme s'il existait, nous ne serions pas de ce front ! Notre camp, c'est le camp ouvrier internationaliste.

 

 * * * *

 

Manif de FO du 23 octobre.

 

La manifestation Fonction publique de FO le jeudi 23 octobre, peu mŽdiatisŽe, a rŽuni environ 25.000 participants.

 

Comme les 85.000 enseignants et parents dÕŽlves du dimanche 19 octobre, dont le gros Žtait composŽ des militants et syndiquŽs de la FSU, c'est lˆ un bon chiffre qui indique une disposition au combat montante ˆ la base.

Voyage et manifestations ont permis des rencontres et discussions entre travailleurs de l'Equipement, des municipaux, des enseignants, des hospitaliers, y compris quelques dŽlŽgations du privŽ et quelques militants CGT ayant dŽcidŽ de venir.

En effet, cette manifestation Žtait appelŽe contre la "rŽforme" qui devrait unir tous les travailleurs des trois fonctions publiques et des services publiques et au delˆ l'ensemble des salariŽs, de la population et des Žlus locaux : la RGPP ("RŽvision GŽnŽrale des Politiques Publiques"), conue pour supprimer en masse des postes de fonctionnaires, contre laquelle agents de MŽtŽo et des Eaux et Forts sont en premire ligne, et ne devrait pas tre laissŽs tout seuls !

Dans un de ses discours pour aider les banquiers et refonder le capitalisme, Sarkozy a dŽnoncŽ ces fonctionnaires qui manifestaient le 19 octobre et qui ne se rendent pas compte des rŽalitŽs de la crise ! Il a Žgalement essayŽ de diviser les travailleurs en expliquant que supprimer un poste de fonctionnaire c'est pouvoir crŽer 4 postes de contrats aidŽs ou de contrats d'accs ˆ l'emploi. Outre qu'il n'a pas du tout l'intention d'en crŽer autant, c'est une manoeuvre dŽgueulasse car aucun fonctionnaire de base (je ne parle pas de hauts fonctionnaires, prŽfets et autres) ne gagne 4 fois comme un CA ou CAE, et puis les CA et CAE sont des emplois prŽcaires faits pour maintenir les gens dans la prŽcaritŽ alors que Sarkozy supprime des postes aux concours de la fonction publique !

Les manifestants du 23 octobre, comme ceux du 19, comme les grŽvistes de la MŽtŽo et des Eaux et Forts ont un adversaire commun : Sarkozy.

Le bilan positif de cette manifestation doit tre tempŽrŽ par trois choses.

D'abord, elle a ŽtŽ conue par la confŽdŽration pour rester tout seuls et ne rien faire ensuite d'ici les Žlections dans la territoriale du 6 novembre et les Žlections professionnelles enseignantes du 2 dŽcembre et prudÕhomales du 3 dŽcembre. RŽsultat : un bon chiffre de manifestant, mais pratiquement aucun grŽviste ce jour-lˆ, les grŽvistes Žtant ceux qui sont montŽs manifester, et mme un peu moins car il y a ceux qui se sont dŽbrouillŽs pour prendre une RTT ce jour-lˆ, et les dŽlŽguŽs syndicaux venus sur leur temps de dŽcharge.

Ensuite, il y avait un grand absent, c'est la fŽdŽration des postiers de FO, qui aurait dž tre lˆ mais dont le dirigeant Lemercier semble ne pas avoir voulu l'unitŽ, mme dans FO, contre la RGPP et Sarkozy.

Par contre, il y a eu une prŽsence Žquivoque, et assez massive, celle des policiers de l'UNSA qui vont rejoindre FO. D'accord qu'ils ne veulent pas fusionner avec "Alliance", le pseudo-syndicat de flics, affiliŽ ˆ la CGC, mais ils Žtaient lˆ en corps constituŽ avec des tenues fluo, on aurait vraiment dit ... des flics, quoi, et les flics, en gŽnŽral, c'est contre les manifs. Cela faisait franchement bizarre. Quand au devenir de l'UNSA il ne nous est pas indiffŽrent mais en laissant les enseignants attachŽs ˆ la la•citŽ seuls pour s'opposer Žventuellement ˆ la fusion UNSA-CGC aprs les prudÕhomales, n'en fait-on pas le jeu ?

SB.

 

* * *

 

On nous communique :

Collectif Unitaire pour un Front Syndical de Classe (fondŽ en 2005 par des militants CGT et FSU afin de regrouper les efforts pour la dŽfense du syndicalisme de classe)

Soutien ˆ l'UL CGT de Douai

A mesure que l'offensive antisociale et anti-dŽmocratique s'accentue contre les travailleurs sous l'Žgide de Sarko-Medef et d'une Union europŽenne d'autant plus dŽcidŽs ˆ "accŽlŽrer les rŽformes" que leur crise entame encore un peu plus leur lŽgitimitŽ ˆ casser tous les acquis populaires, les directions syndicales rivalisent d'attentisme alors que les luttes se dŽveloppent ˆ la base dans l'automobile, dans l'Education, ˆ la poste, chez les ouvriers du Livre... et que rien n'est fait pour les renforcer par la construction d'un combat d'ensemble contre leur adversaire commun. Va-t-on continuer encore longtemps ˆ laisser les mobilisations sectorielles s'Žpuiser face ˆ un adversaire qui a dŽclarŽ la guerre ˆ l'ensemble du monde du travail ?

Pire, la confŽdŽration CGT semble dŽsormais avoir franchi un cap en dŽcidant d'ouvrir la chasse aux syndicalistes combatifs et d'attaquer les organisations qui refusent une Žvolution vers le syndicalisme d'accompagnement si contraire ˆ l'histoire et ˆ l'hŽritage de la grande CGT. A Dreux, ˆ Saint-Rapha‘l ou ˆ Toulouse, des UL CGT subissent ainsi d'importantes pressions (en particulier financires par l'intermŽdiaire du systme Cogetise qui sert ˆ faire rentrer dans le rang les organisations "rŽcalcitrantes" ˆ l'image de ce qui s'est passŽ ˆ la CFDT il y a plusieurs annŽes). Mais c'est l'UL de Douai qui conna”t la situation ˆ la fois la plus difficile et la plus emblŽmatique.

Alors que cette UL est fortement ancrŽe dans son territoire avec des dirigeants lŽgitimes et reconnus par les travailleurs, elle est victime d'une offensive concertŽe de l'UD et de la ConfŽdŽration qui cherchent ˆ lui casser les reins au seul motif qu'elle conserve des positions de classe et refuse l'accompagnement de la "rupture sarkozyste". L'UD vient ainsi de saisir les tribunaux afin de : faire dŽfense au secrŽtaire gŽnŽral de l'UL de tenir le congrs de l'UL de Douai sous astreinte de 20000 euros en cas d'infraction ; suspendre toute opŽration ou acte statutaire de l'UL CGT de Douai ; de dŽsigner un administrateur ad hoc afin d'organiser un congrs selon des dispositions dŽcrŽtŽes par l'UD CGT NORD.

Il s'agit purement et simplement d'un dŽni de dŽmocratie syndicale et d'une tentative d'obtenir par voie judiciaire ce que l'UD et la confŽdŽration ne peuvent obtenir par la voie syndicale normale.

Les militants syndicaux CGT du CUFSC, qui sont pour beaucoup dans le lancement et le succs de la "lettre ouverte de masse aux Žtats-majors syndicaux", s'indignent des manÏuvres de la confŽdŽration CGT qui trouve davantage d'Žnergie pour attaquer des organisations dŽmocratiques de la CGT que pour combattre le gouvernement aux ordres du MEDEF et de l'UE. Ils assurent l'UL de Douai, ses dirigeants et son secrŽtaire gŽnŽral Jacques Leclercq, de leur plein soutien. Ils appellent l'ensemble des militants syndicaux, des syndicats et collectifs syndicaux ˆ manifester leur solidaritŽ et ˆ se regrouper dans le combat contre la casse anti-sociale et ceux qui ont choisi de l'accompagner.

Le 27 Octobre 2008

* * *

 

Le vote des communistes prŽparatoire au congrs du PCF.

 

 

Le vote des adhŽrents du PCF pour son 34me congrs, prŽvu les 11-14 dŽcembre ˆ Paris-La DŽfense, a eu lieu les 29 et 30 octobre.

Selon le communiquŽ de la direction du parti, les rŽsultats sont les suivants.

D'abord, sur 134.000 adhŽrents revendiquŽs, il y a 78.779 "inscrits", c'est-ˆ-dire cotisants. Cette diffŽrence, peu commentŽe par ceux qui analysent ces rŽsultats, est pourtant ici le chiffre le plus important sur la santŽ, ˆ l'Žvidence mauvaise, de ce parti.

Ensuite, il n'y a que 39.692 votants sur ces 78.779, soit 50,38%, et 3959 d'entre eux soit 9,22%, se sont dŽplacŽs pour voter blanc ou nul, ce qui indique que les militants motivŽs qui payent leur cotisation sont majoritairement compltement sceptique sur ce que peut donner le prochain congrs du PCF !

Parmi les suffrages exprimŽs qui sont donc au nombre de 36.033, soit seulement le quart des adhŽrents du PCF, la direction de Marie Georges Buffet est majoritaire, comme on pouvait s'y attendre, mais nullement hŽgŽmonique. Elle n'obtient en effet "que" 21 946 voix sur sa "base commune", soit 60,91% des exprimŽs.

Un premier texte oppositionnel, celui soutenu notamment par AndrŽ GŽrin, dŽputŽ-maire de VŽnissieux, la section du 15¡ arrondissement de Paris et Jean-Jacques Karman du courant Gauche communiste, fait 8659 voix et 24,03%.

Un second texte, prŽconisant de "renouer avec le marxisme", issu du groupe La Riposte, liŽ ˆ lÕInternational Marxist Tendency issue du courant trotskyste de Ted Grant, fait 5419 voix et 15,04%, succs important pour ce courant qui a, ˆ l'Žvidence, rempli en partie un vide.

Les rŽsultats -participation et rŽsultats des textes- ne justifient donc aucunement l'auto satisfecit que la direction du parti s'est dŽcernŽe en les annonant.

Au contraire, ils expriment ce qu'Žcrit notre camarade Christian Barlo dans Militant n¡ 15 :

"La caractŽristique du moment politique prŽsent est l'accentuation de l'affaiblissement du PCF accolŽ ˆ l'image d'un PS mauvais opposant au rŽgime SARKOZYEN."

 

  * * *

Monsieur Kouchner et le Kivu.

Monsieur Kouchner est allŽ en Afrique. La presse franaise, Žtrangement muette sur le rapport rwandais qui accable l'armŽe franaise, complice active du gŽnocide de 1994, redŽcouvre donc soudain qu'il se passe des horreurs dans l'Est du Congo. Dans cette trs riche rŽgion minire, trois forces armŽes et une multitude de satellites mercenaires s'affrontent : l'armŽe officielle du Congo, les milices de Laurent Nkunda adossŽes au Ruanda, et les anciens gŽnocidaires de ce pays. Suite ˆ une nouvelle aggravation de leur guerre permanente qui n'interrompt pas les affaires mais qui, au contraire, en crŽe les conditions (le pire exemple du "capitalisme de catastrophe", prospŽrant au milieu des pillages et des viols de masse), M. Kouchner s'en est allŽ et a prononcŽ la phrase suivante, qui demanderait l'attention des vrais journalistes :

ÇCÕest un massacre comme il nÕy en a probablement jamais eu en Afrique qui est en train de se dŽrouler presque sous nos yeux, avec plus dÕun million de rŽfugiŽs, avec des attaques trs prŽcises, des mutilations sexuelles qui font partie des actes ŽlŽmentaires de la guerre dans cet endroitÈ.

Les mots clefs sont ici "comme il n'y en a probablement jamais eu en Afrique." Cela sous-entend que les massacres actuels n'ont pas de prŽcŽdents, ce qui revient ˆ nier le gŽnocide commis en 1994 par les milices hutus au Ruanda contre les Tutsis et les hutus refusant de massacrer, avec la complicitŽ active et directe, rŽpŽtons-le, de l'armŽe franaise. On ignore l'ampleur des massacres commis actuellement dans la rŽgion de Goma, ce que l'on sait indique des centaines de morts pour le moins, mais pas des centaines de milliers comme au Ruanda en 1994. Les petits mots de M. Kouchner ne sont pas prononcŽs au hasard : ils visent 1¡) ˆ nier le gŽnocide sans le dire, 2¡) ˆ accuser le Ruanda actuel, par l'intermŽdiaire des milices de Laurent Nkunda qui lui sont liŽes, de faire pire que ses bourreaux avaient fait en 1994, lˆ encore sans le dire, toujours avec cette manire insidieuse des vieux barbouzes et agents des services franais, si typique de M. Kouchner.

La notion de "mutilations sexuelles qui font partie des actes ŽlŽmentaires de la guerre dans cet endroit" mŽrite elle aussi un commentaire. L'adjectif "ŽlŽmentaire" suggre qu'on a affaire ˆ des forces ŽlŽmentaires,  des pulsions et des actes rituels, il renvoie donc ˆ tout un ensemble de fantasme ˆ propos de l'Afrique profonde ("cet endroit", un "endroit" qui serait en quelque sorte maudit). Lˆ encore, consciemment ou inconsciemment (nous avons la faiblesse de penser, mais peut-tre le surestimons-nous, que dans le cas de M. Kouchner ce genre de chose est maniŽ consciemment), cela couvre la rŽalitŽ historique et donc la responsabilitŽ franaise. Car les mutilations sexuelles et les viols effroyables qui psent sur les peuples de cette rŽgion ont ŽtŽ introduits par les miliciens hutus, passŽs du Ruanda an Congo en 1994 ˆ la faveur de l'opŽration "humanitaire" franaise "Turquoise" qui leur a permis de s'Žchapper avec toute leur infrastructure et leur commandement. Des milliers de jeunes garons embarquŽs dans le gŽnocide et rendus fous par ce qu'ils ont vu et commis sont depuis restŽs, la Kalach' dans une main et la machette dans l'autre, pour mener la "grande vie" de terroristes de la fort avec comme cibles favorites les jeunes femmes et les petites filles qui vivent et travaillent dans les champs et les villes de la rŽgion. Cette tragŽdie humaine et sociale n'a rien d' "ŽlŽmentaire" et d' "africain" : elle procde entirement des conditions crŽes par l'action mortifre de l'impŽrialisme franais.

Et ils veulent se poser en redresseurs de tort au Kivu ? Pas a, et pas eux !

VP.

 

Devenez correspondant(e) / diffuseur de Militant dans votre ville ou votre secteur professionnel :

 Adressez un chque de 20 Û ˆ lÕordre dÕAPE ˆ : Militant, 18 rue Victor MassŽ 75009 Paris