Lettre de Liaison NĦ 65 du 12 juin 2009
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

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Sommaire :

      A nos lecteurs.

      Contre les rŽformes Sarkozy-Darcos-PŽcresse, la place de la FSU est un enjeu central, par V.PrŽsumey.

      Position du SNESUP-FSU.

      Remettre le combat la•que sur ses rails, par Robert Duguet.

      Deux livres, par J.F. Chalot.

      Document : article de Catherine Kintzler sur RUE 89.

A NOS LECTEURS.

Ce numŽro de la Lettre de liaison de Militant traite presque exclusivement de questions "scolaires", qui sont d'une grande importance pour toute la sociŽtŽ. D'ici fin juin, nous reviendrons sur le bilan que l'on peut faire de plusieurs mois de lutte contre les licenciements dans les entreprises et sur la manire d'agir pour une manifestation nationale contre les licenciements, et nous reviendrons sur le bilan des Žlections europŽennes, la situation ˆ gauche et la nature du regroupement "Europe ƒcologie". Les contributions, remarques et critiques sont et seront les bienvenus. Le compte-rendu de l'assemblŽe gŽnŽrale de Militant (voir dŽjˆ sur notre site, http://www.le-militant.org/) sera Žgalement publiŽ.

Signalons tout de suite la bonne nouvelle annoncŽe ˆ cette AG par la responsable du cercle Logement, Houaria Moualek : M. et Mme Melliti ont  reu un engagement de relogement de Paris Habitat, il reste nŽanmoins que cet engagement se concrŽtise au plus vite. Le dŽbut de campagne, exigeant le respect du droit, a rapidement payŽ alors qu'ils s'Žtaient rŽinstallŽs dans l'appartement d'o on les avait expulsŽs,. EfficacitŽ dans les rŽsultats et dŽtermination politique sur la dŽfense imprescriptible des revendications et des droits vont ensemble. Les tracts tirŽs ne seront pas perdus, ils seront diffusŽs sur les marchŽs en informant du rŽsultat positif.

* * * *

Contre les rŽformes Sarkozy-Darcos-PŽcresse, la place de la FSU est un enjeu central, par Vincent PrŽsumey.

 

Le mouvement contre les dŽcrets d'application de la loi PŽcresse contre les universitŽs publiques, sur le statut des enseignants-chercheurs et sur la formation des professeurs des Žcoles, collges et lycŽes, et pour la dŽfense de la recherche publique, est terminŽ et n'a pas abouti sur ses revendications, mme s'il est vrai qu'il a contraint le gouvernement ˆ des reculs partiels et a fortement ralenti l'application de ses plans.

DŽjˆ, le mouvement massif des Žtudiants contre la loi LRU (loi "PŽcresse) ˆ l'automne 2007 n'avait pas abouti. Cette fois-ci, c'est une lutte sans prŽcŽdent par son caractre ultra majoritaire dans le monde universitaire, et par sa durŽe, qui s'est dressŽe contre cette mme loi, car, partie du refus de dŽcrets d'application de celle-ci, elle l'a rapidement remis en cause dans son ensemble. La force de l'un et l'autre mouvements, celui de 2007 et  celui du printemps 2009, est indŽniable. Qu'a-t-il manquŽ ?

Il a manquŽ une centralisation nationale avec une revendication claire, car les principales organisations syndicales, plus exactement leurs directions nationales, ne l'ont pas voulu et permis. En 2007, la direction de l'UNEF ne voulait pas du mot d'ordre de RETRAIT de la loi PŽcresse qui Žtait celui des Žtudiants (et de la tendance TDU de l'UNEF). En 2009, des mots d'ordre clairs se sont mieux imposŽs, tout du moins en ce qui concerne le RETRAIT des dŽcrets sur la formation et les statuts, et le SNESUP-FSU, principal syndicat des universitaires, a refusŽ de mener des nŽgociations bidons et a tenu sa place dans le cadre de la Coordination nationale des universitŽs. Cependant, toutes les formes d'action possibles et imaginables ont ŽtŽ envisagŽes et bien souvent mises en Ïuvre, sauf une : une manifestation nationale centrale, des Žtudiants et des universitaires, ˆ laquelle tout le monde de l'enseignement public aurait ŽtŽ invitŽ, ˆ l'ƒlysŽe et au ministre. Car sur les revendications, il ne s'agit pas de montrer par des rondes son "obstination infinie", il s'agit de gagner.

Soyons justes : les actions du type "ronde infinie des obstinŽs" et certains types de blocages de facs ont participŽ d'un isolement ˆ la longue dŽsespŽrant du mouvement, mais ce ne sont pas leurs protagonistes qui en sont responsables. La responsabilitŽ premire incombe aux directions nationales des organisations syndicales, et cette fois-ci pas au niveau des seules universitŽs, ni mme de la seule ƒducation nationale, mais au niveau interprofessionnel. Car le mouvement des universitŽs du printemps 2009 a ŽtŽ portŽ et encouragŽ par le sentiment d'un mouvement d'ensemble possible du monde du travail, comme l'ont montrŽ les grandes mobilisations des 29 janvier, 19 mars et 1Ħ mai, ainsi que la rŽsistance manifestŽe par les travailleurs victimes de licenciements comme ˆ Continental et Caterpillar. Or, cette perspective a ŽtŽ ŽcartŽe, ou plus exactement il est apparu que l'unitŽ syndicale tant invoquŽe, ˆ l'inverse de l'unitŽ rŽelle rŽalisŽe en Guadeloupe dans le LKP, lui a ŽtŽ opposŽe. Soyons clairs, le calendrier rŽel des faits est implacable : c'est le 5 mai que l' "intersyndicale des huit" (CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, Solidaires, CFTC, CFE-CGC) fait savoir qu'il n'y aura pas de combat national contre les licenciements ni sur aucune revendication d'ici septembre -c'est le sens de l'appel ˆ faire, les 26 mai et 13 juin, moins que les 29 janvier, 19 mars et 1Ħ mai ! -, et c'est le 7 mai que Sarkozy, Darcos et PŽcresse se dŽcha”nent contre les Žtudiants bloqueurs en les prŽsentant comme une minoritŽ, lanant la rŽpression fac par fac.

Dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 juin, le dernier blocus de fac, ˆ Toulouse, a ŽtŽ dŽfait par une intervention policire. Est-ce ˆ dire que la force de ce mouvement soit perdue et que les Žtudiants et universitaires ne soient pas en Žtat de continuer la lutte ? Probablement pas. Globalement les forces du monde du travail, sa disposition ˆ lutter, sont intactes. Mais ils ne seront pas prts, et cela se comprend, ˆ refaire pareil. Ils vont rŽflŽchir et ce dont ils ont besoin, c'est d'imposer un Tous ensemble rapide, efficace, se centralisant contre l'adversaire. Ils ont vu, en outre, qu'ils devaient plus encore que durant ces mois de printemps, s'organiser par eux-mmes pour contraindre leurs syndicats ˆ jouer leur vŽritable r™le.

De cela, illustration a ŽtŽ donnŽe par ce qui s'est passŽ au CTPMEN (ComitŽ Technique Paritaire MinistŽriel de l'ƒducation Nationale, organisme consultatif) o Darcos a soumis ses dŽcrets adaptant les statuts des diffŽrents corps de professeurs ˆ sa rŽforme de la formation. L'Žtonnement gŽnŽral et un vif mŽcontentement accompagnent depuis la nouvelle : alors que les autres syndicats (CGT, FO, CFDT, UNSA, Solidaires, et la FSU sur une partie des textes) ont votŽ en commun Non aux dŽcrets ministŽriels, les textes concernant les professeurs de l'enseignement gŽnŽral du second degrŽ (certifiŽs, agrŽgŽs et conseillers d'Žducation) ont vu l'abstention de la FSU, celui sur les professeurs d'EPS (ƒducation Physique et Sportive, les "profs de gym") leur refus de prendre part au vote. Ainsi Žtait brisŽe l'unitŽ contre Darcos, et cela par la FSU (la position similaire d'une petite organisation classŽe ˆ droite, le CSEN, n'Žtant pas quant ˆ elle une surprise et ne pesant gure).

Il convient de bien comprendre deux choses. Premirement il n'y a pas lieu de se rŽjouir d'une "trahison" qui "prouverait" on ne sait trop quoi. Ce sont les travailleurs de l'enseignement et les syndicats de la FSU, leurs principales organisations, qui sont atteints par cet acte, contre lequel il faut les dŽfendre. Deuximement, le problme ne vient pas du caractre "catŽgoriel" des syndicats de la FSU ˆ l'origine de ce vote, le SNES (enseignants des lycŽes et collges) et le SNEP (profs de gym). D'abord leur caractre de syndicats s'identifiant fortement ˆ des mŽtiers, ˆ des identitŽs professionnelles, n'est pas une faiblesse mais bien une force pour les personnels reprŽsentŽs, contre le ministre et les politiques gouvernementales. Ensuite, le choix de leurs dirigeants ne fait pas du tout l'affaire des intŽrts catŽgoriels bien compris des personnels qu'ils reprŽsentent, c'est une Žvidence.

Dans le CTPMEN, les votes de la FSU s'alignent sur les choix faits par les syndicats nationaux reprŽsentant les catŽgories concernŽes par les textes proposŽs. C'est ainsi qu'ˆ la demande du SNUIPP, pour les professeurs des Žcoles, et du SNUEP, pour les professeurs de lycŽes professionnels (PLP), la FSU a votŽ contre des dŽcrets relevant exactement des mmes logique et contenu que ceux sur lesquels les dirigeants du SNES et du SNEP ont brisŽ non seulement l'unitŽ syndicale, mais l'unitŽ de la FSU !

Selon la direction du SNES, l'abstention (et pas le refus) se justifie par deux choses (pour rŽsumer).

Premirement, l' "ŽlŽvation du niveau de formation" des professeurs que la rŽforme Darcos est censŽe comporter serait en soi une bonne chose. S'il est en soi souhaitable, il n'est pourtant pas en soi une bonne chose indŽpendamment des politiques gouvernementales dans lesquelles il se situe : cela devrait tre clair. De plus, le projet de Darcos ne relve mme pas rŽellement le niveau de formation, il ne fait qu'ajouter une exigence de dipl™me ˆ l'obtention du concours et allonge la durŽe des Žtudes. Rappelons quand mme qu'aujourd'hui c'est bien, dans les faits, ˆ Bac + 5 que l'on devient prof, puisque licence + annŽe du concours + annŽe de stage et de titularisation = 5 ans.

Deuximement, le pire aurait ŽtŽ ŽvitŽ, car dans le projet initial soumis au CTPMEN figurait la rŽgionalisation totale de la gestion des carrires des profs du secondaire. Ainsi le ministre montre ses intentions : achever la destruction de l'enseignement secondaire public et la•que de caractre national et Žgal, qu'un certain Claude Allgre a mise sur les rails en rŽgionalisant les modalitŽs d'affectation finale des professeurs il y a dŽjˆ 11 ans. La direction du SNES affirme avoir vaillamment empchŽ cette terrible menace de devenir rŽalitŽ pour tout de suite. Il est permis d'tre sceptique : il semble plus probable qu'on avait lˆ un ballon d'essai du ministre, prt ˆ le retirer en donnant ainsi une "satisfaction" apparente ... ˆ qui ne demandait que de para”tre "satisfait", quitte ˆ revenir bien sžr plus tard (trs bient™t, peut-tre) ˆ la charge. Il est curieux de s'abstenir aprs que l'adversaire ait montrŽ les dents et affichŽ ses intentions, tout simplement parce qu'il a mordu moins fort qu'il ne disait vouloir le faire !

A ces arguments la direction du SNEP ajoute pour sa part que l'identitŽ de la profession de prof d'EPS avait ŽtŽ gravement menacŽe dans les projets initiaux, s'en prenant ˆ leur double mission qui fait leur spŽcificitŽ comme corps, ˆ savoir non seulement le service public d'Žducation des jeunes, mais l'Žducation populaire et l'animation du sport scolaire et universitaire. Lˆ encore, ces menaces sont bien rŽelles (et cautionnŽes par les directions du SE UNSA et du SGEN CFDT) mais on ne voit pas en quoi le fait qu'elles ait ŽtŽ diffŽrŽes pour faire passer ce qui, dans l'immŽdiat, paraissait essentiel au ministre, peut justifier qu'on ne vote pas contre le texte de celui-ci !

Aucun argument de circonstance ou de dŽfense des statuts ne pouvant justifier les positions des directions du SNES et du SNEP, celles-ci doivent donc tre comprises comme un choix politique, et non syndical : celui du dialogue social avec le ministre, ou son successeur, en tout cas avec Sarkozy. C'est la poursuite de ce "dialogue", c'est-ˆ-dire non pas de nŽgociations sur les revendications, mais sur l'accompagnement syndical de la mise en Ïuvre des "rŽformes" dont la premire est la suppression massive des postes de fonctionnaires, "dialogue" engagŽ au printemps 2008 suite ˆ la signature de l'accord sur le dit "dialogue social dans la fonction publique". Pour que la possibilitŽ mme d'un tel "dialogue" soit prŽservŽe, alors que tout le monde universitaire s'oppose aux consŽquences de la loi LRU, que le SNESUP boycotte les concertations bidons qui ne sont pas de vraies nŽgociations, et que les lycŽens avaient fait sauter la premire mouture du projet de "rŽforme du lycŽe" dŽs dŽcembre 2008, il fallait qu'une partie de la FSU renoue officiellement le fil, quitte ˆ faire le plus grand mal ˆ la FSU, ˆ son unitŽ, ˆ sa place, ˆ sa force. Ils l'ont fait.

C'est la place du syndicat qui est en jeu. Ces lignes sont Žcrites la veille d'un conseil supŽrieur de la fonction publique o les mmes textes seront soumis au vote. Le SNESUP, dans un texte reproduit ci-dessous, a demandŽ ˆ toute la FSU de se rŽtablir et cette fois-ci de voter contre. De mme que la bataille contre l'accord et la loi rŽsultante d'aožt 2008 sur la reprŽsentativitŽ syndicale n'est pas une bataille contre la CGT, mais pour la CGT, pour la sortir des mains des patrons qui veulent la ligoter, la bataille pour que tous les syndicats de la FSU reviennent sur ce vote et disent Non ˆ Darcos (ou ˆ son successeur) est une bataille pour la FSU, pour que le syndicat soit au service des syndiquŽs et des personnels.

Cette bataille prŽpare la suite. Nul doute que les principaux affrontements pour l'Žcole publique sont encore devant nous, mais proches. Comme en tŽmoigne le texte que nous reproduisons ci-dessous, de Catherine Kintzler, sur l'accord entre l'exŽcutif sarkozyste et le Vatican contre la la•citŽ et contre l'ensemble de la fonction publique franaise.

VP.

Traduction des sigles :

SNES = Syndicat National des Enseignements Secondaires, SNEP = Syndicat National de l'Education Physique, SNUIPP = Syndicat National UnifiŽ des Instituteurs et Professeurs d'Žcoles, SNUEP = Syndicat National de l'Enseignement Professionnel, SNESUP = Syndicat National de l'Enseignement SupŽrieur et Universitaire Public.

Tous ces syndicats sont adhŽrents de la FSU.

* * * *

Document

FORMATION DES MAITRES POUR UN VOTE CONTRE AU CSFPE (1) DU 12 JUIN :

Lettre Flash du SNES-UP (2 juin 2009)

Depuis le moment o le prŽsident de la RŽpublique a annoncŽ devant les prŽsidents et les recteurs ses projets sur la Ç mastŽrisation È, il y a un an jour pour jour, le gouvernement nĠa eu de cesse de poursuivre ses attaques frontales contre la formation des enseignants et les Instituts Universitaires de Formation des Ma”tres (IUFM). La volontŽ du ministre de lĠEducation Nationale dĠimposer et de mettre en Ïuvre cette rŽforme dans la prŽcipitation absolue et sans cadrage national, nĠa ŽtŽ entamŽe que par la puissante mobilisation dans les universitŽs avec notamment le refus massif de dŽp™t des maquettes, qui a permis de repousser une application prŽvue initialement pour la rentrŽe 2009.

ConvoquŽ le 28 mai dernier dans la prŽcipitation, le CTPMEN(2) a Žmis un avis favorable obtenu par les voix de la seule paritŽ administrative sur les projets de dŽcrets statutaires concernant la formation et le recrutement des enseignants. Cela constitue un passage en force sur ces projets et cela prŽjuge de lĠincidence des auditions par les Ç groupes de travail È et la commission Marois-Fil‰tre. Au sein de la FSU, le SNESUP, qui ne sige pas dans ce CTP, a ÏuvrŽ pour obtenir le boycott de la premire rŽunion du CTPMEN(2) –re-convoquŽ le lendemain par lĠadministration sans contrainte de quorum comme le prŽvoient les textes– et pour obtenir une position commune. Le SNESUP condamne lĠensemble de la mŽthode utilisŽe par le gouvernement. Si le texte Žtait appliquŽ en lĠŽtat, ses consŽquences sur la formation et le recrutement des ma”tres seraient dŽsastreuses tant pour la formation disciplinaire que professionnelle des futurs enseignants que lĠavenir des Žlves.

Pour fragiliser lĠopposition ˆ ses projets, le gouvernement a instillŽ, dans les projets de dŽcrets concernant les statuts des personnels, certains reculs tels que le maintien dĠun mouvement national pour les certifiŽs et agrŽgŽs et des prŽrequis spŽcifiques pour le recrutement des enseignants dĠEPS. Le SNESUP dŽnonce tout autant le saucissonnage de ce dossier, et le travail imposŽ dans lĠurgence. Il dŽnonce cette mŽthode politicienne du ministre, incompatible avec la rŽflexion ˆ grande Žchelle que nŽcessite une rŽforme de cette ampleur ! Ces ŽlŽments ont pesŽ sur certains votes Žmis par les syndicats de la FSU (abstention sur les statuts dĠagrŽgŽ et de certifiŽ, refus de vote sur les catŽgories dĠEPS) qui suscitent la rŽprobation de nombreux acteurs du mouvement dans les universitŽs et les IUFM, au SNESUP, et font dŽbat dans la FSU. Le SNESUP dŽsapprouve ces votes. Il estime que la question de la conception du fŽdŽralisme devra faire lĠobjet dĠun dŽbat approfondi ˆ tous les niveaux de la FSU et notamment lors du prochain Congrs de la FSU de 2010. Le SNESUP, de son c™tŽ, rendra publique une contribution au dŽbat prŽparatoire ˆ lĠissue dĠune commission administrative nationale.

Le SNESUP porte une responsabilitŽ singulire sur la question de la formation des enseignants. La rŽelle ŽlŽvation des qualifications des enseignants de 1er et 2nd degrŽs, sous lĠangle tant disciplinaire que professionnel, passant par une formation reconnue par un master, est un mandat du SNESUP. Ces formations devront tre conues et mises en Ïuvre par les universitŽs fondŽes sur les compŽtences avŽrŽes des UFR et des IUFM -dont le SNESUP dŽnonce la mise en extinction clairement actŽe dans les textes prŽsentŽs au CTPM-. Les analyses sur le fond du SNESUP, en phase avec les universitaires et lĠensemble des formateurs, sur la complexitŽ de la mise en Ïuvre dĠune telle rŽforme, dŽveloppŽes rŽcemment lors de son audition par la commission Marois-Fil‰tre sont renforcŽes par la dŽcision des diffŽrentes confŽrences (CPU, CDIUFM, CDUS, CDUL, É) de suspendre en cha”ne leur participation aux travaux de la commission Marois-Fil‰tre si le MEN persiste ˆ maintenir les dispositifs permanents des dŽcrets.

Le SNESUP rappelle quĠil sĠest adressŽ le 26 Mai ˆ la FSU Ç pour quĠelle construise une rŽponse commune et solidaire et pour quĠelle suspende sa participation aux groupes de travail È. La prŽsentation au CTPMEN(2) des projets de dŽcrets rend obsolte et caduc lĠensemble des dispositifs ministŽriels de Ç concertation È. Le SNESUP dŽcide, ds ce mardi 2 Juin, de cesser sa participation aux diffŽrentes auditions (Ç groupes de travail È, commission Marois-Fil‰tre) tant que les conditions dĠune rŽelle remise ˆ plat totale de la rŽforme de la formation et du recrutement ne seront pas rŽunies.

Compte tenu de lĠampleur et des enjeux que constitue la Ç mastŽrisation È, le SNESUP exige la crŽation dĠune commission thŽmatique permanente issue du CNESER et du CSE(3), dotŽe du temps et des moyens lui permettant de mener tous les dŽbats nŽcessaires avec lĠensemble des organisations syndicales, notamment la FSU, et des acteurs concernŽs par la formation des enseignants. Il appelle ˆ unifier les ripostes dans les CA, avec les sociŽtŽs savantes et les directeurs dĠUFR et dĠIUFM.

Prenant en compte ses propres mandats, la gravitŽ de la rŽforme Darcos-PŽcresse, les intŽrts de toutes les catŽgories et les points de vue des syndicats concernŽs, la situation politique crŽŽe par les annonces massives de suppressions dĠemplois dans la fonction publique et lĠimportance du mouvement dĠopposition ˆ cette rŽforme de la formation des enseignants qui sĠest dŽveloppŽ dans les universitŽs pendant les quatre derniers mois, le SNESUP travaillera ˆ la construction dĠune position commune de la FSU pour le CSFPE(1), du 12 juin, en vote contre.

Le SNESUP appelle les universitaires ˆ participer nombreux ˆ la Marche de tous les savoirs (Academic Pride) du 4 Juin, et ˆ y exprimer leur refus de voir mise en Ïuvre entre autres cette rŽforme de la formation des enseignants et de voir appliquŽes les suppressions dĠemplois prŽvues dans la fonction publique, qui condamneraient de nombreux jeunes ˆ la prŽcaritŽ.

AdoptŽ ˆ lĠunanimitŽ par le bureau national du SNESUP du 2 juin 2009

(1) CSFPE : Conseil SupŽrieur de la Fonction Publique dĠEtat ; (2) CTPMEN : ComitŽ Technique Paritaire MinistŽriel du Ministre de lĠEducation Nationale ; (3) CSE : Conseil SupŽrieur de lĠEducation

 

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Remettre le combat la•que sur les bons rails,

par Robert Duguet.

Texte envoyŽ par Robert DuguŽ, disponible sur http://www.socialisme-maintenant.org/.

Ç Dans la sociŽtŽ o le capitalisme se rŽvle pourvoyeur de guerre et de ch™mage, ˆ une Žpoque o des millions et des millions d'tres humains sont jetŽs dans la misre ou massacrŽs sur les champs de bataille par le seul jeu d'un monstrueux rŽgime d'exploitation, les principes essentiels d'une la•citŽ telle que nous l'avons dŽfinie apparaissent bien comme une sorte de Ç catŽgorie mentale È du prolŽtariat rŽvolutionnaire. En elle se retrouve l'esprit d'indŽpendance, la rŽaction contre l'autoritŽ, le besoin de justice et de raison de la vieille civilisation grecque. En elle se symbolise tout l'effort des travailleurs en lutte continuelle contre les forces de la nature et les iniquitŽs sociales. En elle se rŽfugie le vŽritable optimisme humain, rŽaliste et scientifique, diamŽtralement opposŽ au pessimisme chrŽtien qui ne peut pas imaginer l'homme en dehors d'un gendarme pour le punir ou d'un prtre pour l'absoudre. En face d'une sociŽtŽ corrompue, d'une classe bourgeoise qui revient ˆ la religiositŽ et au mysticisme, qui n'a plus confiance dans la valeur de l'intelligence humaine et qui se blottit peureusement, abdiquant toute dignitŽ, ˆ l'ombre des Žglises et des hiŽrarchies ecclŽsiastiques, oui, la classe ouvrire demeure le seul support de la la•citŽ, la seule sauvegarde du libre examen. È

Marceau Pivert, extrait de la conclusion du livre Ç LĠŽglise et lĠŽcole È (1932)


La Vme RŽpublique et tous ses gouvernements ont tous mŽthodiquement portŽ atteinte ˆ la la•citŽ de lĠŽcole et de l'ƒtat. LĠactuel prŽsident est allŽ se prosterner devant Benoit 16 au Vatican en dŽcembre 2007, en rupture avec toutes les traditions de la RŽpublique Franaise. Mme De Gaulle, gŽnŽral maurrassien, avait traitŽ avec indiffŽrence le titre honorifique de Ç chanoine du Latran È, que la hiŽrarchie catholique accorde aux prŽsidents de la RŽpublique Franaise, lĠŽglise marquant par lˆ sa volontŽ de continuer ˆ reconna”tre la France comme Ç la fille a”nŽe de l'ƒglise È. Pompidou avait refusŽ cette distinction relevant du droit canonique catholique. NŽanmoins, la mise en cause des valeurs instituŽes par la RŽvolution Franaise nĠest pas un cas dĠespce rŽservŽ ˆ la droite, simplement, ˆ lĠimage de sa politique sociale, avec ses prŽtentions de petit histrion bonapartiste, Sarkozy va un peu plus loin que les autres. La•citŽ amputŽe, la•citŽ dŽfigurŽe, aujourdĠhui cĠest la question de la destruction de l'ƒtat la•que qui est posŽe, au nom dĠune prŽtendue Ç la•citŽ È moderne, qui nĠest pas autre chose quĠune adaptation aux institutions de lĠUnion EuropŽenne, dĠune Žducation privŽe associŽe aux projets de reconfessionnalisation du corps social, compatible avec le principe de la Ç concurrence libre et non faussŽe È. CĠest lĠEurope de la mondialisation capitaliste, qui sĠest donnŽe pour drapeau la couronne dĠŽtoile sur fond bleu, cet emblme nĠŽtant pas autre chose que le symbole du culte de la vierge Marie dans la religion catholique. Europe des traitŽs qui, de Maastricht ˆ Lisbonne, font rŽfŽrence centrale au Ç principe de subsidiaritŽ È, forme modernisŽe de la vieille doctrine Žconomique de l'ƒglise, manteau idŽologique de lĠOccident chrŽtien. Qui veut comprendre ce qui se passe, doit honntement exercer un droit dĠinventaire, sur ce qui sĠest passŽ depuis le dŽbut de la V me RŽpublique, mais aussi depuis lĠŽlection de Franois Mitterrand en mai 1981. Tout doit tre passŽ au crible du libre examenÉ

Au moment o une attaque centrale contre un principe fondateur de la la•citŽ de lĠŽcole, celui du monopole d'ƒtat de la collation des grades universitaire, vient dĠtre pris par voie de dŽcret, suscitant une Žmotion profonde chez nos concitoyens, il convient de faire ce travail, notamment aussi pour rejeter les utilisations politicardes ou frauduleuses de la la•citŽ, comme celles auxquelles se livre le journal Ç Riposte La•que È ˆ longueur de colonnes.

Travaillant actuellement sur des Žcrits de Marceau Pivert portant sur les rapports de lĠŽglise et de lĠŽcole, de lĠŽglise et de lĠŽtat, je place en exergue de cet article un extrait de la conclusion du livre de Marceau, ce dirigeant socialiste rŽvolutionnaire, qui a forgŽ son tempŽrament et sa pensŽe dans la bataille la•que. Combien ces ŽlŽments de sa conclusion sont dĠune Žblouissante actualitŽÉ nous Žtions en 1932, comme vous savez cĠŽtait la veille de 1933, nous sommes ˆ lĠautomne 2008 entrŽs dans une crise du mode de production capitaliste aussi sinon plus menaante pour toute la civilisation humaine.

Le mouvement ouvrier et la bataille la•que

A la fin du rgne de Louis XVI, un jeune noble anticlŽrical dĠAbbeville, refuse de se dŽcouvrir au passage dĠune procession. Il est condamnŽ et suppliciŽ. Dans les annŽes qui prŽcŽderont le vote de la loi de 1905, le mouvement ouvrier et les libres penseurs manifestaient traditionnellement tous les ans aux pieds dĠun monument qui porte lĠinscription suivante : Ç Monument ŽlevŽ par le prolŽtariat au chevalier de La Barre pour lĠŽmancipation complte de la pensŽe humaine. È

La premire fois que jĠai participŽ ˆ une manifestation la•que dans cette ville, lĠinscription mĠavait frappŽ par son contenu politique tellement ŽloignŽ de ce que nous avons vŽcu durant les dernires dŽcennies. La la•citŽ ayant ŽtŽ tellement pervertie, notamment depuis 1981 et lĠŽmergence des majoritŽs de gauche ˆ la direction du pays, tellement utilisŽe ˆ droite comme ˆ gauche par des manÏuvres politicardes, quĠil est utile de revenir aux racines.

PortŽe par lĠŽlan de la grande rŽvolution bourgeoise et les travaux de la LŽgislative, le plan Condorcet, saluŽ par Jaurs dans son Histoire de la RŽvolution Franaise, pose le projet dĠune instruction publique la•que, fondŽe sur lĠenseignement de la science positive. Ds Thermidor et tous les rŽgimes semi-monarchistes ou bonapartistes qui se succŽderont au cours du 19me sicle, la bourgeoisie ne reconna”tra pas son propre enfant. Face aux classes dangereuses, elle prŽfŽrera le concordat, c'est-ˆ-dire un rŽgime o l'ƒtat sĠappuie sur lĠautel, et ce que Marx nomme Ç la gendarmerie des consciences È.

A la Ç forme enfin dŽcouverte de lĠŽmancipation du travail È, caractŽrisation que Marx porte ˆ lĠendroit de la Commune de Paris, se posent dĠemblŽe les bases institutionnelles indispensables Ç ˆ lĠŽmancipation complte de la pensŽe humaine È. Le prolŽtariat pousse les feux, cĠest lui qui met ˆ lĠordre du jour lĠaffranchissement de la pensŽe. Ainsi on trouve au Journal Officiel de la Commune (nĦ du 20 avril 1871), les textes suivants :

Ç Les dŽlŽguŽs de la sociŽtŽ Ç L'Education Nouvelle È ont ŽtŽ reus hier par les membres de la Commune, auxquels ils ont remis une requte :

Ç A la Commune de Paris,

ConsidŽrant la nŽcessitŽ qu'il y a dans une RŽpublique ˆ prŽparer la jeunesse au gouvernement d'elle-mme par une Žducation rŽpublicaine qui est ˆ crŽer ;

ConsidŽrant que la question d'Žducation, laquelle n'est exclusive d'aucune autre, est la question mre, qui embrasse toutes les questions politiques et agricoles, et sans la solution de laquelle il ne sera jamais fait de rŽformes sŽrieuses et durables ;

ConsidŽrant que les maisons d'instruction et d'Žducation entretenues par la commune ou par le dŽpartement ou par l'ƒtat doivent tre ouvertes aux enfants de la collectivitŽ, quelles que soient les croyances intimes de chacun d'eux ;

Les soussignŽs demandent d'urgence, au nom de la libertŽ de conscience, au nom de la justice :

Que l'instruction religieuse ou dogmatique soit laissŽe tout entire ˆ l'initiative et ˆ la discrŽtion libre des familles, et qu'elle soit immŽdiatement et radicalement supprimŽe, pour les deux sexes, dans toutes les Žcoles, dans tous les Žtablissements dont les frais sont payŽs par l'imp™t ;

Que ces maisons d'instruction et d'Žducation ne contiennent, aux places exposŽes aux regards des Žlves ou du public, aucun objet de culte, aucune image religieuse ;

Qu'il n'y soit enseignŽ ou pratiquŽ en commun ni prires, ni dogmes, ni rien de ce qui est rŽservŽ ˆ la conscience individuelle ;

Qu'on n'y emploie exclusivement que la mŽthode expŽrimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l'observation des faits, quelle qu'en soit la nature, physiques, moraux, intellectuels ;

Que toutes les questions du domaine religieux soient compltement supprimŽes dans tous les examens publics et principalement dans les examens pour brevets de capacitŽ ;

Qu'enfin les corporations enseignantes ne puissent plus exister que comme Žtablissements privŽs ou libres.

La qualitŽ de l'enseignement Žtant dŽterminŽe tout d'abord par l'instruction rationnelle, intŽgrale, qui deviendra le meilleur apprentissage possible de la vie privŽe, de la vie professionnelle, de la vie politique et sociale - la sociŽtŽ l'Education nouvelle Žmet, en outre, le vÏu que l'instruction soit considŽrŽe comme un service public de premier ordre - qu'en consŽquence elle soit gratuite et complte pour tous les enfants des deux sexes, ˆ la seule condition du concours pour les spŽcialitŽs professionnelles. Enfin, elle demande que l'instruction soit obligatoire, en ce sens qu'elle devienne un droit ˆ la portŽe de tout enfant, quelle que soit sa position sociale et un devoir pour les parents ou pour les tuteurs ou pour la sociŽtŽ.

Au nom de la sociŽtŽ "l'Education Nouvelle", les dŽlŽguŽs nommŽs ˆ la sŽance du 26 mars 1871 ˆ l'Ecole Turgot : Henriette Garotte, J. Manier, J. Rama, Rheimo, Maria Verdure, È

Le Journal Officiel ajoute :

Ç Il a ŽtŽ rŽpondu aux dŽlŽguŽs que la Commune Žtait entirement favorable ˆ une rŽforme radicale de l'Žducation dans le sens qu'ils indiquaient; qu'elle comprenait l'importance capitale de cette rŽforme et qu'elle considŽrait la prŽsente demande comme un encouragement ˆ entrer dans la voie o elle Žtait rŽsolue ˆ marcher. È

La rŽpublique bourgeoise et franc-maonne face ˆ lĠhŽritage rŽvolutionnaire

Lorsque le parti bourgeois rŽpublicain fonde en 1876 la 3me RŽpublique, il est conduit ˆ sĠopposer ˆ une partie de la classe dominante qui reste attachŽe aux rŽgimes concordataires et qui est hantŽe par le spectre des rŽvolutions. Le spectre de 1848 est lˆ. Le besoin pour des raisons dĠexpansion du capitalisme dĠune classe ouvrire qualifiŽe conduit les Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Gambetta et autres libŽraux ˆ sŽculariser partiellement l'ƒtat et la•ciser lĠŽcole, la rendre obligatoire du moins pour son cycle ŽlŽmentaire. La la•citŽ de la 3me RŽpublique nĠa rien dĠun temple dĠunion, o les classes sociales se rŽconcilient dans les valeurs dĠun rationalisme abstrait et universel, pensŽ dans lĠespace des loges maonnique. En fait, la bourgeoisie Žvoluera toujours sur la question la•que en fonction de sa confrontation permanente avec dĠun c™tŽ ses ennemis fŽodaux et de lĠautre la montŽe prolŽtarienne. Elle se jette avec fureur du c™tŽ du parti clŽrical avec Thiers, avec la loi Falloux aprs lĠexplosion rŽvolutionnaire de 1848, puis, en fonction des besoins propres du capitalisme franais, se place timidement avec Jules Ferry du c™tŽ des lois la•ques. Le mme Jules Ferry qui considŽrera que pour lĠempire colonial, les frres ignorantins des Žcoles chrŽtiennes suffiront largement pour enseigner les petits arabes.

Le dernier acte significativement progressiste de la bourgeoisie rŽpublicaine sera la loi de sŽparation de l'ƒglise et de l'ƒtat du 9 dŽcembre 1905, o cette dernire fait entrer dans sa constitution le principe de Ç la libertŽ absolue de conscience È, qui a pour consŽquence directe que : Ç la rŽpublique ne salarie et ne subventionne aucun culteÉ È Il sĠen suit une sŽrie de dispositions trs prŽcises qui engage le processus dŽfinitif de sŽparation du domaine de la citoyennetŽ et de celui de la libertŽ privŽe. La loi de 1905 est un cas dĠespce, aucune des lŽgislations europŽennes, ne parlons pas de la constitution amŽricaine, nĠa poussŽ aussi loin ce processus dĠaffranchissement de la pensŽe. Par exemple, le dŽlit de blasphme est toujours inscrit dans la constitution allemande, italienne ou espagnole. LĠesprit de 1905 en fait sĠŽteint avec le dŽbut de la premire guerre mondiale. La bourgeoisie regarde ˆ nouveau vers la religion, et les toutes premires mesures anti-la•ques datent des lendemains du premier conflit mondial. CĠest avec la V me RŽpublique que sĠordonnent avec la mise en place dĠun rŽgime bonapartiste des dispositions qui relvent dĠun esprit concordataire, ˆ travers le financement de lĠŽcole confessionnelle. Ni les majoritŽs rŽpublicaines nĠont ŽtŽ capables de rŽgler la question des statuts dĠexception dĠAlsace et Moselle, hŽritage des bottes de Bismark, ni les majoritŽs socialistes dĠappliquer le mandat la•que et de remettre en cause la lŽgislation issue du coup d'ƒtat gaulliste.

SpŽcificitŽ de l'ƒglise catholique

A la diffŽrence des communautŽs musulmanes, juives ou protestantes, lĠŽglise catholique est organisŽe comme un ƒtat dans l'ƒtat, une thŽocratie face ˆ l'ƒtat. CĠest le bonapartisme qui a imposŽ dans lĠhistoire la constitution dĠinstances reprŽsentatives de ces religions en face de l'ƒtat. NapolŽon 1er avec la crŽation du Consistoire pour les juifs. Puis plus tard la fŽdŽration protestante de France. Et ce cher Chevnement avec son Islam de France. Mais ni les juifs, ni les protestants, ni les musulmans ne se considrent reprŽsentŽs par ces instances, cela ne correspond absolument pas ˆ leur culture religieuse. De plus depuis les lois mussoliniennes, les accords du Latran de 1922, le Vatican est reconnu comme un Žtat. Aucun gouvernement dŽmocratique bourgeois, ni aucune majoritŽ de gauche, nĠa ŽtŽ capable de remettre en cause cet Žtat de fait Žtranger ˆ la dŽmocratie imposŽ par des lois fascistes. Mieux, on a maintenant un prŽsident de la RŽpublique qui va faire allŽgeance aux pieds de leur saintetŽ Beno”t 16 pour dŽclarer que le curŽ sera toujours supŽrieur ˆ lĠinstituteur.

La France est ce vieux pays o les affrontements entre les communautŽs religieuses, au moment du dŽveloppement de la religion rŽformŽe au 16me sicle, conduisit ˆ une longue guerre civile. CĠest le philosophe Montaigne, alors Ždile de la ville de Bordeaux, qui formule dŽjˆ la nŽcessitŽ de la la•citŽ des institutions publiques. Le problme de la la•citŽ en France sĠest toujours posŽ par rapport ˆ lĠŽglise catholique. Le processus de sŽparation de 1905 est lĠaboutissement dĠun long processus historique de lutte pour rompre les liens du tr™ne et de lĠautel. La question des empiŽtements des autres communautŽs par rapport ˆ la la•citŽ est parfaitement secondaire. Si dĠautres communautŽs aujourdĠhui empitent elles aussi sur le domaine de la citoyennetŽ, que l'ƒtat commence par balayer devant sa porte et rompe, conformŽment ˆ lĠarticle 2 de la loi de 1905, avec l'ƒglise catholique. Le mouvement ouvrier dŽfend la rupture du Concordat, la religion affaire privŽe, la religion libre dans l'ƒtat libre de toute prise de position religieuse. Il refuse lĠentreprise de Ç gendarmerie des consciences È, contenue dans le Concordat, qui implique que le pouvoir civil est lĠauxiliaire et le bras sŽculier du pouvoir spirituel.

La V me RŽpublique et les lois anti-la•ques.

Le rŽgime bonapartiste qui se met en place en 1958 prend des mesures dĠemblŽe concordataires : la loi DebrŽ subventionne lĠenseignement privŽ, catholique ˆ 90%. Le 19 juin 1960, 500.000 la•ques, reprŽsentant 10 millions de pŽtitionnaires, se rassemblent ˆ Vincennes :

Ç Nous dŽlŽguŽs des pŽtitionnaires des communes de France, reprŽsentant 10.813. 697 franaises et franais de toutes origines et de toutes opinions, ayant signŽ la protestation solennelle contre la loi scolaire de division du 31/12/1959, faisons le serment solennel :

- de manifester en toutes circonstances et en tout lieux notre irrŽductible opposition ˆ cette loi contraire ˆ lĠŽvolution historique de la nation ;

- de lutter sans trve et sans dŽfaillance jusquĠˆ son abrogation ;

- et dĠobtenir que lĠeffort scolaire de la RŽpublique soit uniquement rŽservŽ ˆ lĠŽcole de la Nation, espoir de notre jeunesse. È

A lĠissue de ce rassemblement, le CNAL (ComitŽ National dĠAction La•que), dont lĠaxe organisateur est le syndicalisme unitaire enseignant, la FEN et le SNI. Le mouvement ouvrier, sous sa forme syndicale et politique soutient. De mme le courant humaniste, particulirement le Grand Orient de France.

La trahison Ç socialiste È de 1983-1984.

Elle nĠŽclate pas comme un Žclair au milieu dĠun ciel serein, elle est le produit dĠune longue Žvolution rŽtrograde, en particulier de la majoritŽ UID (UnitŽ IndŽpendance et DŽmocratie) de la FEN, proche dĠune fraction du courant mitterrandiste du PS ; je dis proche du mitterrandisme. Toutefois un certain nombre de responsables mitterrandistes, notamment Louis Mexandeau, alors responsable de la dŽlŽgation du parti ˆ lĠenseignement, sont souvent opposŽs ˆ la direction de la FEN. Au sein de la fŽdŽration syndicale unitaire enseignante, le courant UnitŽ et Action, alors liŽ organiquement au PCF, combat pour une la•citŽ ouverte. Il faut le dire trs clairement : cĠest le courant UnitŽ et Action, impulsŽ au sein de la fŽdŽration unitaire par le parti stalinien, qui le premier a instillŽ le poison de la prŽtendue Ç la•citŽ ouverte È. Le mot dĠordre des fonds publics ˆ lĠŽcole publique, fonds privŽs ˆ lĠŽcole privŽe nĠest plus au premier plan. Pour mieux comprendre, il faut rappeler que cĠest lĠŽpoque o le PCF est sur la ligne de lĠouverture aux chrŽtiens et o lĠhomologue italien du PCF dŽfend la ligne du compromis historique avec la DŽmocratie ChrŽtienne. En 1971, le nouveau parti socialiste est constituŽ ˆ Epinay, ouvrant sa reprŽsentation aux personnalistes chrŽtiens saluŽs par le discours inaugural de Franois Mitterrand, c'est-ˆ-dire ˆ des fractions de lĠŽglise catholique Ç Vie Nouvelle È et lĠACO (Action Catholique Ouvrire). En 1972, le CNAL tient un colloque o pour la premire fois appara”t la notion Ç dĠunification È la•que, notion qui nĠa plus rien ˆ voir avec le mandat la•que de 1960. En outre, pour la premire fois, le cartel dĠorganisations soutenant lĠaction du CNAL est Žlargi ˆ la CFDT, c'est-ˆ-dire aux tenants mme dŽconfessionnalisŽs en 1964 de la doctrine sociale de lĠŽglise.

Le PS arrivant au pouvoir reprend ˆ son compte le programme de la FEN. Le passage de Louis Mexandeau au ministre des PTT, qui sĠŽtait marquŽ dans la pŽriode prŽcŽdente pour ses prises de position intransigeantes pour lĠabrogation des lois DebrŽ et Guermeur, au profit dĠAlain Savary nĠest pas anodin. Savary dira ˆ la droite qui lĠattaque : Ç nous avions le pouvoir dĠabroger les lois anti-la•ques en une nuit, nous ne lĠavons pas faitÉ È

Le cours politique nouveau dŽmarrŽ dans les annŽes 1971-1972 allait avec lĠexercice du pouvoir rŽvŽler une vŽritable trahison. QuĠŽtait la soi-disant Ç unification la•que È ? Un projet nŽgociŽ avec la hiŽrarchie catholique reconnaissant le caractre propre de lĠŽcole confessionnelle au sein dĠun service unique, tandis que lĠŽcole publique elle-mme pouvait Žclater en autant de projets propres quĠil y a dĠŽcoles sur le territoire. La loi Savary mit les deux France dans la rue lĠune contre lĠautre, mais comme le gouvernement se soumettait aux conditions fixŽes par lĠadversaire, ce fut lĠadversaire qui gagna. La hiŽrarchie catholique qui ne pouvait accepter que les personnels de ses Žcoles ne soient fonctionnarisŽs rompit les accords. Le camp la•c essuya une dŽfaite historique. De nombreux militants socialistes quitteront le PS, des fŽdŽrations entires se fissureront. De lˆ date la mise en sommeil du CNAL et sa quasi-disparition, puis lĠŽclatement de la FEN quelques dix ans plus tard.

La politique de Jack Lang et le protocole Lang-Cloupet

Jack Lang Žtant ministre de la culture, un projet de construction de cathŽdrale ˆ ƒvry, partiellement financŽ par des fonds publics, sous couvert de subventions ˆ un musŽe dĠart sacrŽ dans lĠenceinte de lĠŽdifice, est mis en Ïuvre en 1992. La pilule sur le plan architectural est prŽsentŽe par une mise en parallle du rite catholique et de la symbolique maonnique (lĠŽdifice se prŽsentant sous la forme dĠune colonne tronquŽe) : lĠunitŽ entre les deux cultures, la culture la•que et la culture chrŽtienne, cĠest la ligne du Parti dĠEpinay. Une premire grande rupture intervenant sous un gouvernement socialiste, avec la loi de 1905. Un protocole dĠaccord signŽ entre avril 1992 et mars 1993 entre Lang et le chanoine Cloupet, secrŽtaire gŽnŽral de lĠenseignement catholique, instaure la paritŽ public-privŽ pour les personnels de lĠenseignement privŽ. Les signataires appellent cela : Ç du droit et de la reconnaissance de la contribution de lĠenseignement privŽ au systme Žducatif È. La loi Savary stipulait : Ç lĠenseignement privŽ concourt au service publicÉ È La mme logique que celle de 1984 continue de sĠappliquer. Le contentieux est Žnorme entre la gauche institutionnelle et les militants la•ques. Jack Lang se distinguera par la suite en autorisant les adventistes du septime jour ˆ ne pas aller en cours le samedi. Il marquera aussi sa volontŽ dĠintŽgrer les Žcoles Diwan en langue bretonne dans le service public ; rappelons que le fondateur Diwan de cette Žcole en langue bretonne Žtait un sŽparatiste qui a fini dans les wagons de la collaboration avec les nazis : les indŽpendantistes bretons, courant fort heureusement ultra-minoritaire, avaient cette particularitŽ, cĠest quĠils ne passaient pas par PŽtain, ils nŽgociaient directement avec la GestapoÉ

1994, la dernire offensive la•que.

On se souvient du combat de Victor Hugo contre la loi du vicomte de Falloux, reprŽsentant du parti clŽrical qui impose au pays une loi faisant passer lĠenseignement semi-public primaire sous la coupe du clergŽ. Toutefois, en matire dĠaide ˆ la construction dĠŽcoles privŽes catholiques, les pouvoirs publics limitaient la subvention accordŽe ˆ 10% du cožt de construction. Aprs la dŽfaite du PS aux lŽgislatives de 1993, lĠoffensive contre la la•citŽ reprend. Monsieur Bayrou Žtant ministre de lĠŽducation, la loi Bourg-Broc levait la limitation de lĠaide publique ˆ 10% et donc proposait que la loi Falloux, loi antila•que sĠil en est et jamais abrogŽe, soit encore aggravŽe. Mitterrand fait un croc en jambes ˆ la droite et refuse de signer. Partis sur un coup politique, les premiers surpris par la mobilisation furent les organisateurs de la manifestation du 16 janvier 1994, un million de personnes dŽfilent pour le retrait du projet gouvernemental visant ˆ libŽraliser totalement le taux de financement ˆ lĠinvestissement pouvant tre attribuŽ par les collectivitŽs territoriales aux Žtablissements privŽs. 300.000 bretons ouvriront le cortge et les manifestants prŽsents depuis le matin ne commenceront ˆ dŽfiler que le soir ˆ 18 heures !


Le projet gouvernemental est retirŽ. Alors que cette mobilisation reprŽsentait un vŽritable appel dĠair pour laver la dŽfaite de 1984, les grandes organisations, notamment la FSU, qui vient de rŽaliser une percŽe spectaculaire aux Žlections professionnelles en reprenant le drapeau du syndicalisme unitaire maintenu, restent lĠarme au pied. Un million de personnes dans la rue, et on se contente de faire retirer un projet rŽactionnaire, sans contre-attaquer !

Les manÏuvres de diversion : la question du foulard islamique.

Au terme de ce rappel historique, nous insistons sur le fait que le combat la•que a une carte dĠidentitŽ, il revendique la rupture dŽfinitive entre le pouvoir, les services publics et les religions ; en France cette question sĠest toujours concentrŽ sur les rapports spŽcifiques de l'ƒtat et de la hiŽrarchie catholique ; les la•ques revendiquent lĠapplication intŽgrale du principe rŽpublicain de 1905, la RŽpublique ne subventionne aucun culte ; fonds publics ˆ lĠŽcole publique ! Nous avons connu depuis bien des manÏuvres de diversion.

CĠest le cas des affaires qui ont tournŽ autour du port du foulard. La premire remonte ˆ 1989 dans un collge de Creil, dont le proviseur sera ensuite candidat du RPR aux Žlections lŽgislatives qui suivront. Une campagne mŽdiatique outrancire monte en flche le fait que trois Žlves refusent de retirer leur voile ˆ la porte de lĠŽtablissement scolaire. CĠest aussi lĠŽpoque o lĠElysŽe et Franois Mitterrand en particulier utilise la question du vote des immigrŽs dans les Žlections locales pour diviser la droite et favoriser le vote populiste en faveur de Le Pen. La question du foulard est purement et simplement une manÏuvre politicienne qui nĠa pas grand-chose ˆ voir avec le combat des la•ques.

A lĠŽpoque, un courant jouant sur ses relations au sein du Grand Orient de France, avec le soutien de plusieurs associations (dont Europe et La•citŽ et le CNAFAL), se dŽcha”ne contre le port du voile ˆ lĠŽcole. Ainsi donc les trois gamines de Creil menaceraient la puissante RŽpublique une et indivisible et la ferait trembler sur ses basesÉ Bernard Teper, un des responsables de cette mouvance montera en 1992 un ŽphŽmre mouvement politique, Initiative RŽpublicaine.

Les ambigu•tŽs de la ligne rŽpublicaineÉ

Aprs la dŽfaite la•que de 1984, le PS conna”tra une premire hŽmorragie; de nombreux militants le quitteront en raison de la trahison du mandat la•que que reprŽsentait la loi Savary, assortie ˆ lĠŽpoque de plans de rŽforme du lycŽe (rapport Prost) et du collge (rapport Legrand) largement rejetŽs par la profession enseignante. Des fŽdŽrations entires du parti se casseront en deux. Le dŽpart de nombreux militants accro”tra encore le poids des Žlus dans le contr™le de lĠorganisation politique. Parmi ces militants beaucoup chercheront des engagements qui, ˆ leurs yeux, pouvaient leur permettre de continuer le combat la•que. Les annŽes 1984 verront un mouvement vers la franc maonnerie, en particulier le Grand Orient. Sain au point de dŽpart, ce mouvement sera progressivement endiguŽ dans les limites offertes par lĠorganisation qui les accueillait. Quelque part, il y avait la nostalgie de la rŽpublique franc-maonne, lĠillusion dĠune la•citŽ Ç centre de lĠunion È et bien des ambigu•tŽs sur la question du voile, par exempleÉ

Le mouvement Initiative RŽpublicaine jouera un r™le dans la naissance de la Coordination Nationale de la Gauche RŽpublicaine ou Gauche RŽpublicaine dans la perspective de rassembler lĠensemble de lĠarc politique de la gauche rŽpublicaine. Son secrŽtaire national est lĠancien dŽputŽ Pierre Carassus. On retrouve dans ce rassemblement lĠAssociation pour une Gauche RŽpublicaine, Initiative RŽpublicaine (Bernard Teper), le club SociŽtŽ et DŽmocratie, des dissidents du MRC et plusieurs groupes locaux. Le projet politique de la CNGR se dŽfinit par sa fidŽlitŽ aux valeurs fondatrices de la RŽvolution Franaise, telles que celles-ci sont dŽfinies dans la dŽclaration des droits de lĠhomme et du citoyen, et du programme du Conseil National de la RŽsistance.

La montŽe de la discussion dans lĠŽlectorat socialiste et au sein du PS ˆ la fin de lĠannŽe 2004 conduit un certain nombre de ses membres ˆ adhŽrer ou rŽadhŽrer au PS, tandis quĠune partie des autres soutiennent le PCF. En 2005, la CNGR jouera un r™le dans la campagne et au sein des collectifs pour le Non au TCE. Par la suite, elle participera aux collectifs du 29 mai, qui ont rŽdigŽ la charte antilibŽrale, ainsi quĠau collectif national dĠinitiative pour un rassemblement antilibŽral de gauche et des candidatures communes, en vue des Žlections prŽsidentielles de 2007. En juillet 2006, la CNGR, rebaptisŽe Gauche RŽpublicaine, et le Mouvement pour une alternative rŽpublicaine et sociale annoncent leur rapprochement, qui doit aboutir ˆ terme ˆ la fusion des deux organisations. Les deux mouvements fusionnent le 27 mars 2007 et donnent naissance au MARS-Gauche RŽpublicaine. Lorsque les courants Forces Militantes (Marc Dolez) et PRS (Jean Luc MŽlenchon) rompent avec le PS au congrs de Reims (octobre 2008) pour fonder le Parti de Gauche, le MARS de Eric Coquerel rejoint le nouveau parti.

La gauche rŽpublicaine, comme son nom lĠindique, se fonde sur les valeurs de la RŽpublique, pas sur le socialisme, cĠest une composante Ç rŽpublicaine È qui a sans doute sa respectabilitŽ, ce nĠest pas une orientation anticapitaliste, dont la lutte pour lĠŽmancipation sociale met comme prŽalable dĠaffranchir Ç les organes de la pensŽe publique È (Jaurs) de tout lien avec les religions. De plus lĠitinŽraire des rŽpublicains de gauche sĠest plus concentrŽ sur le combat contre le port de signes dĠappartenance communautaire dans les services publics que sur la revendication la•que de rupture du concordat imposŽ par les gouvernements de la V me RŽpublique. LĠensemble des courants de la gauche rŽpublicaine ne se sont jamais fixŽs comme objectif de remettre clairement cette question ˆ lĠordre du jourÉ

Au bout de la cha”ne, Riposte la•que ou la dŽrive outrancire.

En septembre 2007 une composante du journal Respublica, dont Bernard Teper a ŽtŽ une cheville ouvrire, fondait le journal Riposte La•que ; le texte de la dŽclaration de principes stipule ceci :

Ç Nous sommes, pour un certain nombre dĠentre nous, issus du journal en ligne Respublica. Aprs avoir participŽ avec beaucoup de plaisir ˆ cette aventure, le rŽdacteur en chef, ainsi que celui qui Žcrivait la plupart du temps la chronique dĠEvariste et dĠautres collaborateurs ont dŽcidŽ de crŽer un nouveau mŽdia plus spŽcifiquement ancrŽ dans la prioritŽ du combat la•que. Nous pensons que le moment est venu pour cela. È

Troublant ! A la lecture de cette citation on peut se demander sĠil sĠagit dĠune scission ou dĠun complŽment ? JĠaimerais bien recevoir une rŽponse sur ce pointÉ

Il suffit de prendre quelques thmes traitŽs par ce journal pour tre ŽdifiŽ sur son orientation. Le lundi 12 janvier, alors quĠun mouvement dĠinstituteurs se dŽveloppe contre Darcos, une certaine Christine Tassin dans un article intitulŽ Ç halte ˆ lĠimposture des enseignants dŽsobŽisseurs È Žcrit :

Ç Depuis plus dĠun mois, un mouvement dĠ Ç enseignants-dŽsobŽisseurs È se dŽveloppe. Il concerne environ 1 millier de professeurs des Žcoles qui refusent dĠappliquer les programmes du primaire 2008 et dĠorganiser lĠaide personnalisŽe. On croit rver. Non seulement ces enseignants, qui, comme fonctionnaires, doivent (devraient) appliquer les textes et les programmes ne le font pas, mais, en plus, non seulement ils sĠen targuent mais ils osent protester contre les sanctions administratives dont ils font lĠobjet, avec le soutien, comme dĠhabitude, de plusieurs syndicats co-responsables de lĠŽtat de dŽliquescence de lĠŽcole publique. È

Dans un article du 12 janvier, intitulŽ Ç les la•ques doivent abandonner ˆ lĠextrme droite le combat contre lĠoffensive islamiste È, un certain Pierre Cassen Žcrit :

Ç LĠarrogante offensive de lĠislam contre la la•citŽ exaspre de plus en plus de citoyens de notre pays qui ont en mŽmoire la bataille de leurs anctres contre lĠhŽgŽmonie de lĠŽglise catholique. La prolifŽration de voiles et de burquas est ressentie comme une agression par de nombreuses femmes, pour qui cet accoutrement constitue une rŽgression et nie les combats fŽministes et la•ques. DĠautres faits, piscines communautaristes, constructions de mosquŽes de plus en plus visibles, souvent payŽes par le contribuable, annulation du mariage de Lille, affaire des caricatures, revendication de viande halal dans les cantines scolaires, refus de mixitŽ ˆ lĠh™pital, etc font comprendre aux moins politisŽs quĠaujourdĠhui lĠislam est le fer de lance dĠune vaste offensive contre la la•citŽ, et plus largement la libertŽ et lĠŽgalitŽ, en France et dĠautres pays dĠEurope. È

LĠoffensive contre la la•citŽ cĠest lĠIslam. Le paragraphe que nous venons de citer aurait pu parfaitement tre rŽdigŽ par Jean Marie Le PenÉ

Sous le pseudonyme de Cyrano, un collectif dĠauteurs nous crŽdite toutes les semaines de textes, dont ce dernier rŽdigŽ aprs les grandes manifestations en France contre le carnage de Gaza :

Ç On se souvient des manifestations ˆ lĠŽpoque de Gaza. Nul nĠa oubliŽ ces dŽmonstrations ahurissantes de haine de certains manifestants, cet amalgame systŽmatique entre Isra‘l et le rŽgime nazi, entre Isra‘l et lĠAfrique du Sud, la rŽfŽrence ˆ des crimes de guerre, lĠantisŽmitisme dŽguisŽ en antisionisme. Nous avions, sans aucune concession, dŽnoncŽ les Buffet, Besanenot et MŽlenchon qui, en participant ˆ des manifestations, notamment ˆ Paris et ˆ Marseille, o les Allah akbar faisaient bien plus de bruit que lĠInternationale, sĠŽtaient dŽshonorŽs en marchant avec les adorateurs dĠun parti religieux fasciste, le Hamas. Il est particulirement intŽressant de regarder la composition de nos nouveaux miliciens, avec lĠuniforme vert (quel symbole !) On y voit trs peu de femmes arabo-musulmanes, et pas de voile de service. On y voit beaucoup de militants Ç souchiens È, comme dirait lĠinimitable porte-parole des indignes de la RŽpublique, Houria Bouteldja. Les islamistes ont ŽtŽ assez malins pour instrumentaliser leurs idiots inutiles, et les mettre en avant. LĠhomme qui finit dans une prise de parole est tellement dans cette caricature quĠon ne sait si on doit rire ou pleurer. Il ressemble tellement ˆ tous ces marxistes, en Iran, qui ont aidŽ lĠayatollah Khomeiny ˆ prendre le pouvoir, et qui ont compris leur erreur le jour o ils se sont retrouvŽs en prison, avant dĠtre exŽcutŽs. Tous ces gauchistes compassionnels dŽgŽnŽrŽs, qui doivent lire la prose dĠAlain Gresh, ont lĠair trs fiers dĠeux, et sont convaincus de lutter contre lĠimpŽrialisme et ses alliŽs. Ils oublient juste quĠils sont en train, en France, dĠexporter le conflit israŽlo-palestinien, et de servir la soupe aux Hamas et ˆ ses militants hexagonaux. Ils sont incurables, irrŽcupŽrables, et nous savons que nous aurons ces collabos en face de nous, comme lors de la bataille pour une loi contre les signes religieux ˆ lĠŽcole, quand il sĠagira de dŽfendre la RŽpublique la•que, face aux communautaristes religieux islamistes. Nous avons eu droit ˆ un discours du barbu de service, qui ose dire, au-delˆ des diatribes habituelles sur le conflit israŽlo-palestinien : Ç on est chez nous, chez nous cĠest la France, et on va prendre les choses en main pour imposer le boycott dĠIsra‘l. È

Lors des dernires Žlections municipales, Riposte La•que a produit un modle de lettre aux listes se prŽsentant aux suffrages des Žlecteurs, o lĠon peut lire ceci :
Ç Si, une fois Žlu, vous tes lĠobjet de demandes directes (ou indirectes par le biais de baux emphytŽotiques portant sur des terrains) de financement public de construction ou dĠentretien de lieux de culte (Žglise, synagogue, mosquŽe,templeÉ.), quelle sera votre rŽponse ?...

Si vous tes soumis ˆ des revendications de type communautariste portant sur des spŽcificitŽs alimentaires, comportementales, vestimentaires (ou autres), quelle sera votre dŽcision ? Par exemple, si dans une des Žcoles publiques de votre commune, des accompagnatrices de sorties scolaires prŽtendent imposer leur Ç voile islamique È, comment rŽagirez-vous ?.. È

Les Žglises, temples et synagogues Žtant construites dans ce pays depuis longtemps, lĠaide publique par le biais de baux emphytŽotiques ne peut donc concerner que les communautŽs musulmanes (pour les non-initiŽs, un bail emphytŽotique est le prt dĠun terrain pour y construire un b‰timent pour une pŽriode de 33 ans et en gŽnŽral pour un euro symbolique accordŽ par une collectivitŽ locale). Quant ˆ la question vestimentaire, elle nĠest envisagŽe naturellement que pour le port du voileÉ

 
Une Ç discussion È de Riposte La•que avec Henry Pena Ruiz.

Le philosophe et Žcrivain Henry Pena Ruiz est intervenu lors des rencontres internationales de Saint Denis sur la la•citŽ le 5 avril, rencontres organisŽes par diverses associations la•ques europŽennes. Il y disait en substance ceci :

Ç Du Maghreb, de France, dĠEurope et du monde entier, osons dire les principes dĠune humanitŽ rŽconciliŽe de la seule faon qui permette dĠŽviter le retour des fanatismes meurtriers : lĠunion des hommes par ce qui les Žlve au meilleur dĠeux-mmes. LibertŽ authentique fondŽe sur lĠautonomie de jugement, ŽgalitŽ des droits rendue crŽdible par la justice sociale et internationale, se conjugueront alors, et elles le feront gr‰ce ˆ lĠŽmancipation la•que des sociŽtŽs comme des personnes.
Un tel idŽal nĠest le produit dĠaucune civilisation. Il a ŽtŽ conquis de haute lutte dans lĠOccident comme il peut lĠtre ailleurs. A lĠŽpoque cĠŽtait le clŽricalisme catholique, essentiellement qui lui faisait obstacle. Rompons aussi avec les illusions de perspective et avec les amnŽsies sŽlectives. Il ne faut pas que la gŽographie prŽsente rende aveugle sur lĠhistoire passŽe. Chaque monothŽisme a engendrŽ ses formes dĠoppression et de communautarisme, et nul ne peut donner la leon ˆ lĠautre en la matire. CĠest en Occident Ç chrŽtien È que furent inventŽes les croisades, les bžchers de lĠinquisition, lĠ Ç index des livres interdits È, les expŽditions coloniales assorties dĠethnocides, les bombardements massifs de populations civiles et les camps dĠextermination ˆ caractre raciste. Joli bilan. CĠest en terre arabo-musulmane quĠa ŽtŽ sauvŽ lĠimmense hŽritage de la civilisation grecque, quĠon a inaugurŽ une coexistence harmonieuse et un dialogue exigeant des grandes cultures, que sĠest inventŽ le principe de lecture rationnelle des textes (avec Averros) : les Ç Lumires È y ont devancŽ les Lumires europŽennes de plusieurs sicles. Serions-nous assez amnŽsiques pour lĠoublier, et feindre de croire aujourdĠhui quĠil nĠy a dĠislam quĠintŽgriste et de Christianisme que libŽrateur ? Certes, la figure intŽgriste de lĠIslam politique est venue depuis ternir singulirement lĠimage ŽvoquŽe. Mais faut-il oublier Averros sous prŽtexte quĠil y a eu Ben Laden ? A suivre un tel amalgame, il faudrait oublier le Christ, sous prŽtexte quĠil y a eu Torquemada.

En rŽalitŽ, nulle civilisation nĠest rŽductible ˆ un de ses moments, et cĠest faire preuve dĠune lecture partisane – ˆ moins quĠelle ne soit simplement mal instruite – que de vouloir hiŽrarchiser les civilisations, comme prŽtend le faire Samuel Huttington dans vision apocalyptique du Ç clash des civilisations È. Ceux qui dressent la croix contre le croissant en prŽtendant faire de lĠEurope un club chrŽtien sont les anctres momifiŽs des fous de Dieu qui dressent lĠIslamisme politique contre les Ç croisŽs È. SymŽtrie des ostracismes. Les uns et les autres dŽveloppent une critique de la modernitŽ la•que, de la Raison, des Lumires, comme si on pouvait leur imposer les pires maux de notre Žpoque. Il est si commode de prendre ˆ tŽmoin lĠopinion en insistant sur les indŽniables ravages produits par la mondialisation capitaliste inhumaine, et de faire semblant de les imputer aux idŽaux la•ques et dŽmocratiques !

CĠest pourquoi aujourdĠhui on ne peut sĠacharner unilatŽralement contre une figure thŽologico-politique particulire, celle de lĠislamisme politique, Žvidemment distincte de lĠIslam. Certes, il ne faut lui faire aucune concession, et tre intraitable tant sur la la•citŽ des institutions publiques que sur lĠŽgalitŽ des femmes. Mais cela doit se faire au nom dĠune la•citŽ universaliste, qui ne soit pas ˆ gŽomŽtrie variable. La France la•que de la loi sur les signes religieux de mars 2004 a demandŽ aux Žlves dĠ™ter le voile, la kipa ou la croix charismatique en entrant dans les espaces scolaires. La mme France, entre 1883 et 1905 a fait ™ter les crucifix des salles de classes, des mairies, des palais de justice. Et en 1937, une circulaire de Jean Zay avait dŽjˆ prohibŽ les religieux dans les Žtablissements scolaires. Ce nĠest donc pas Ç une loi sur le voile È qui a ŽtŽ votŽe sur proposition de la commission Stasi, mais une loi sur lĠensemble des manifestations ostentatoires des religions. Il faut y insister, afin de rendre lisible lĠexigence universelle qui lŽgitime la loi. Et dĠŽviter toute stigmatisation. È

LĠintervention de Henry Pena Ruiz a suscitŽ une violente polŽmique provoquŽe par un thurifŽraire de Ç Riposte la•que È dans un article intitulŽ : Ç lĠaffligeante complaisance de Henry Pena Ruiz avec lĠoffensive islamique È, o lĠauteur polŽmique sous lĠangle habituel, lĠennemi principal de la la•citŽ cĠest lĠislamisme, dŽformant grossirement lĠargumentation de notre Žcrivain. Ce dernier demande un droit de rŽponse, et il dŽsignera assez justement ce qui fonde in fine la dŽmarche de ce journal :

Ç LĠheure nĠest pas, ou ne devrait pas tre, aux invectives contre des personnes qui entendent dŽfendre la la•citŽ. Le dŽbat oui, mais pas la dŽformation polŽmique. A moins que sous prŽtexte de la•citŽ on ne nourrisse un autre projet politique. Mais alors, il faut le dire. La dŽfense dĠIsra‘l par Riposte La•que au moment o il bombardait les populations civiles de Gaza ne me semble pas prŽcisŽment relever de lĠesprit la•que. En fait, Riposte la•que ne combat pas seulement lĠislamisme, mais aussi et surtout lĠIslam, et dissimule mal sa volontŽ de hiŽrarchiser les religions, mais aussi les diffŽrentes cultures. Elle reprend en fait ˆ son compte la thse du Ç choc des civilisations È, de si triste mŽmoire. Je crains donc quĠavec elle la dŽfense de la la•citŽ ne devienne la couverture dĠun autre combat, qui nĠest pas du tout le mien. De lˆ ˆ dŽformer mes propos pour mieux me disqualifier il nĠy avait quĠun pas, et il a ŽtŽ franchi. È

Quelques ŽlŽments de conclusion.

Le combat la•que doit tre remis sur les bons rails, cĠest ce que nous Žnoncions dans le titre de lĠarticle.

DĠabord la question de la la•citŽ de l'ƒtat : ce nĠest pas lĠaffaire de vieux la•card attardŽ. Lorsque Nicolas Sarkozy est allŽ au Latran, Žtat du Vatican, le 20 dŽcembre 2007 prononcer devant le pape un discours sur sa conception dĠune la•citŽ nouvelle, il lĠa fait en relation directe ˆ la fois avec la politique Žtrangre qui est la sienne et celle dĠune fraction de la bourgeoisie franaise aujourdĠhui, et sur le plan de la situation intŽrieure en continuitŽ avec la politique de tous les prŽsidents de la V me RŽpublique, Mitterrand compris, sur la la•citŽ de lĠŽcole et des services publics. Le sŽnateur MŽlenchon a produit dŽbut 2008 une Ç rŽplique au discours de Nicolas Sarkozy, chanoine de Latran È, o il Žcrit en particulier ceci :

Ç É (page 45 Žditions Bruno Leprince) le discours prononcŽ ˆ Latran nĠest pas le rglement compte dĠun homme de droite dŽcomplexŽ avec le rŽcit rŽpublicain traditionnel marquŽ par la domination intellectuelle du courant issu des Lumires. CĠest un discours pour lĠactualitŽ et ˆ propos de lĠactualitŽ telle que la voit le prŽsident et dans laquelle il pense que la France doit prendre place. Mais elle ne peut le faire en tant quĠEtat rŽpublicain construit sur les bases la•ques telles quĠelles sont constituŽ par son histoire et en particulier celle de la loi de 1905. La RŽpublique la•que ne peut conna”tre ni sĠintŽgrer dans la logique du choc des civilisations. Cette impossibilitŽ a ŽclatŽ ds son discours sur la politique Žtrangre de la France prononcŽ en novembre 2007. Il y affirmait que Ç le premier dŽfi È que le monde aurait ˆ relever ce serait Ç le risque de confrontation entre lĠislam et lĠoccident È.

Cette lecture de lĠŽtat du monde ˆ partir du fait religieux plut™t quĠen partant des politiques pratiquŽes par les Žtats marquait une rupture du discours de politique Žtrangre de la France. Mais surtout il implique une consŽquence inacceptable pour la France elle-mme. Car les citoyens franais de confession musulmane sĠy trouvent immŽdiatement placŽ en situation dĠimpasse et de soupon. La tension que cette vision du monde dŽclenche pour notre pays lui-mme montre lĠobstacle que reprŽsente pour cette vision la dŽfinition la•que de lĠidentitŽ de la RŽpublique franaise. On ne doit pas perdre de vue quĠil sĠagit dĠune opposition des principes fondamentaux mis en Ïuvre. La•citŽ et politique du choc des civilisations sĠopposent point par point sur le plan des principes sur lesquels elles reposent. CotŽ choc des civilisations, la diversitŽ est la donnŽe indŽpassable, c™tŽ la•citŽ cĠest lĠunitŽ en soi de lĠespce humaine qui est le point dĠappui. Lˆ o la politique de civilisation pr™ne la coexistence dĠintŽrts intrinsquement diffŽrents, la vision la•que postule quĠil existe un intŽrt gŽnŽral que la raison des citoyens peut discerner et promouvoir. Lˆ o la politique de civilisation vise une identification ˆ une Ç famille È, la la•citŽ pr™ne lĠindiffŽrence au religieux en politique pour rendre possible lĠunitŽ et lĠindivisibilitŽ de la communautŽ civique. CĠest pourquoi, point pour point le prŽsident est aussi mŽthodique dans lĠaffirmation et la mise en Ïuvre de sa vision du monde. Globalement son projet avŽrŽ est la reconfessionalisation de la sociŽtŽÉ È

Reconfessionnaliser la sociŽtŽ me semble difficile, notamment sur les questions du mode de vie, les citoyens de confession chrŽtienne sont trs largement en rupture avec la politique papale ; les dernires prises de position de la hiŽrarchie sur le sida ou le mariage des prtres nĠont rien arrangŽ. En revanche chercher ˆ Žtablir, comme tout rŽgime bonapartiste lĠa fait dans le passŽ, un rŽgime de fait concordataire dans lequel l'ƒtat considre la religion comme son auxiliaire spirituel, cĠest lˆ o lĠon voudrait ramener le corps social. Mais lˆ aussi quelles difficultŽs ! Monsieur Bayrou lui-mme, qui avait pourtant contribuŽ ˆ mettre 1 million de citoyens dans la rue contre la rŽvision de la loi Falloux, a pris des positions proches des milieux chrŽtiens dŽmocrates, dans la tradition gallicane, revendiquant dĠun point de vue chrŽtien la sŽparation de l'ƒglise et de l'ƒtatÉ Pourtant la volontŽ qui est celle de Sarkozy de se dŽbarrasser de la la•citŽ pour les besoins propres de la politique quĠil incarne est bien lˆ : engager la France dans de nouvelles aventures guerrires, retour de la France dans le commandement intŽgrŽ de lĠOTAN, installation dĠune base militaire aux Žmirats arabesÉ Le sŽnateur MŽlenchon a raison de pointer cette volontŽ de dŽtruire cet acquis de civilisation fondamental quĠest la la•citŽ, pour engager la France dans la logique du Ç choc des civilisations È.

Le deuxime point concerne la la•citŽ de lĠŽcole ; je dirai du reste trs librement vis-ˆ-vis du sŽnateur, que ce qui vient de se passer dans ce domaine ˆ travers le dŽcret du 19 avril 2009, est le fruit pourri de la trahison Ç socialiste È de 1984. En 1962, la loi DebrŽ, dans le droit fil du coup dĠŽtat bonapartiste de 1958, impose le financement public de lĠenseignement privŽ catholique, mais impose dans le contrat une sŽrie de dispositions qui garantissent les droits de l'ƒtat Ç la•que È, en particulier le monopole de la collation des grades. En 1983, la loi Savary marque la volontŽ du gouvernement prŽsidŽ par Franois Mitterrand dĠŽtablir une paritŽ public-privŽ, selon le prŽambule de la loi, lĠŽcole privŽe catholique Ç concourt au service public È. Le protocole Lang-Cloupet rŽcidive. JusquĠˆ prŽsent, dans la tradition rŽpublicaine les universitŽs publiques sont seules habilitŽes ˆ dŽlivrer des dipl™mes. DŽsormais les dipl™mes dŽlivrŽs par les Žtablissements dĠenseignement supŽrieur catholiques pourront obtenir une reconnaissance directe de leur grade ˆ lĠuniversitŽ publique.

Le journal Ç A gauche È (publiŽ par le Parti de Gauche) du 14 mai 2009 ajoute ceci :
Ç Cet accord ouvre aussi la voie, par transitivitŽ, ˆ la reconnaissance de lĠensemble des dipl™mes de lĠenseignement privŽ au nom Ç de la concurrence libre et non faussŽe È inscrite dans les TraitŽs europŽens et appliquŽs au domaine de lĠEducation par le processus de Bologne et lĠagenda de Lisbonne. A des dipl™mes immanquablement dŽvalorisŽs, se substituerait une certification des connaissances dont les travailleurs seraient bien en peine de se rŽclamer ensuite en termes de conventions collectives. La coalition de la religion et des marchands menace ainsi ˆ la fois la la•citŽ et lĠŽgalitŽ sociale. È

Il y a quelques semaines, un collectif dĠorganisations du Maine et Loire (Le Collectif Vigilance La•citŽ de ce dŽpartement regroupant DDEN – FCPE – FOL – FRANCAS – FSU – JPA – LDH – OCCE - SDEN CGT –SE - SNEP - SNES – SNUipp - SolidaritŽ La•que – UNSA Education) lance une pŽtition sous lĠangle de la rŽsistance ˆ la privatisation : Ç Il faut, ds maintenant, penser mettre fin ˆ un financement public de la concurrence scolaireÉ È Aux questions que jĠai posŽ au principal initiateur de cette pŽtition, Jack Proult, secrŽtaire de la FOL du 44, me rŽpond :

Ç Le projet "d'unification-complŽmentaritŽ" n'est pas dans les cartons du gouvernement Sarkozy, mais dans ceux du P.S. et dans ceux de la Ligue de l'enseignement. A l'assemblŽe gŽnŽrale de Paris (2007), Tournemire, secrŽtaire national de la ligue, ˆ ma question sur l'unification la•que, me rŽpondait: "La ligue reste plus que jamais (. . . ) partisane d'un service public d'Žducation dans le respect de la diversitŽ" (soulignŽ par moi). Que signifie cette diversitŽ ? Sinon le caractre propre, ethnique (Žcole D'iwan) ou religieux. Lors d'une rŽunion ˆ Paris en dŽcembre 2008, Eric Favey, autre secrŽtaire national, ˆ la mme question rŽpondait que la Ligue pensait ˆ une initiative d'unification qui n'aurait rien ˆ voir avec celle que demandait Jack Proult. Suite ˆ la suppression de la carte scolaire, la ligue a proposŽ son Žlargissement et d'y inclure les Žtablissements privŽs (ce qui consistait ˆ une reconnaissance et ˆ une forme d'intŽgration). L'argument avancŽ Žtait de circonscrire l'enseignement privŽ.
Par ailleurs, le Conseil rŽgional des Pays de la Loire, prŽsidŽ par Jacques Auxiette avait prŽvu un service d'Žducation intŽgrant le privŽ. Suite aux protestions des la•ques, la formule n'est plus avancŽe, mais les initiatives prises dans le domaine de l'Žducation concerne aussi bien le privŽ que le public. Vous comprendrez que nous pouvions mettre cela dans l'exposŽ des motifs. Toutefois nous insistons sur le danger de service rŽgionaux d'Žducation qui, en s'appuyant sur les SIG (Services dĠIntŽrt GŽnŽraux) europŽens, associeraient public et privŽ. Naturellement, la formule "unification-complŽmentaritŽ" est de notre crž. Cordialement.

Par ailleurs, le conseil rŽgional des pays de la Loire prŽsidŽe par Jacques Auxiette Žmettait l'idŽe d'un service rŽgional d'Žducation. È

Mon point de vue est lŽgrement diffŽrent : nous sommes toujours, quĠil sĠagisse du dŽcret du gouvernement de Sarkozy, ou dans celle du PS et de la Ligue de lĠEnseignement dans la mme logique, celle de la loi Savary-Lang-Cloupet, celle de lĠUnification public-privŽ. Nous portons la mme accusation quĠen 1984, cĠest une privatisation de lĠenseignement public, totalement conforme avec la politique de lĠUnion EuropŽenne. De ce point de vue lˆ, les tenants du Oui de gauche au TCE de 2005 et la politique de Sarkozy dans le domaine de la la•citŽ se rejoignent.

Le combat la•que doit se mener lˆ-dessus et Žcarter au passage les ambigŸitŽs des courants rŽpublicains, plus grave les manÏuvres de diversion comme celle promue par Ç Riposte La•que È, qui elle cherche ˆ engager le camp la•que dans la logique du Ç choc des civilisations È.

* * *

Notes de lecture

Ç Je veux une bonne Žcole pour mon enfant ! Pourquoi il est urgent d'en finir avec le marchŽ scolaire È livre de Nico Hirtt

ƒditions Aden, 120 pages, 14 Û, Avril 2009

Une prioritŽ Žducative et sociale: CHANGER L'ECOLE!

Nicot Hirtt est ˆ la fois enseignant, syndicaliste et chercheur marxiste.

Cet ouvrage comme tous ceux qu'ils a Žcrits nous invite ˆ une rŽflexion poussŽe sur la situation de l'Žcole d'aujourd'hui et sur les voies du changement ˆ opŽrer.

Tous ceux et toutes celles qui s'inquitent sur le devenir de l'Žcole publique en France depuis que Sarkozy tient les manettes devraient lire attentivement ce livre o l'auteur analyse avec rigueur la rŽalitŽ d'une des Žcoles les plus libŽrales d'Europe: celle de Belgique.

Les nombreux graphiques et tableaux prŽsentŽs et commentŽs nous montrent les effets d'une politique o le marchŽ est roi, y compris dans le systme Žducatif.

La recherche de la meilleure Žcole pour ses enfants est lˆ bas un sport national surtout pratiquŽ par les Ç Žlites È et tous ceux qui ma”trisent les rouages et connaissent les circuits...Il faut chercher la Ç bonne È Žcole , quitte ˆ faire la queue lors des inscriptions... Ce systme est profondŽment inŽgalitaire et conduit ˆ l'existence d'Žcoles ghettos d'un c™tŽ et ˆ des Žtablissements cotŽs o les Žlves sont presque tous semblables.

Certaines associations mnent des campagnes mŽdiatiques et politiques au nom du slogan rŽducteur et simpliste : Ç laissez choisir les parents È...

Nico Hirtt montre comment pratiquent ces zŽlateurs du libŽralisme ˆ tout crin qui veulent maintenir les Žcoles d'Žlite :

Ç Ils poussrent l'odieux jusqu'ˆ recruter une maman voilŽe de noir et l'envoyer en premire ligne dans les dŽbats publics pour y dŽfendre le droit de choisir son Žcole, au nom de son appartenance ˆ la CommunautŽ musulmane. Alors que des milliers d'enfants issus de l'immigration turque et maghrŽbine sont parquŽs dans des Žcoles de relŽgation. È

Le diagnostic de l'institution produisant des Žchecs en masse se termine par des propositions ambitieuses...

Il s'agit de changer l'Žcole- et non de changer d'Žcole- en rŽvisant les contenus de la formation commune, en Žtablissant une mixitŽ sociale profitant ˆ tous les Žlves... L'auteur rejette ˆ la fois la spŽcialisation Žtroite et ˆ la fois le repli frileux sur les seules Ç compŽtences de base È pour proposer une formation gŽnŽrale et polytechnique...La voie technique optionnelle ensuite devenant non une voie de garage mais un chemin d'excellence comme les autres orientations.

Nico Hirtt se prononce clairement pour une Žcole o les parents puissent trouver une Žcole accessible, de qualitŽ et de proximitŽ.

Jean-Franois CHALOT.

* * * *

Ç Carte scolaire et MarchŽ scolaire È  de Choukri Ben Ayed,  prŽface de GŽrard AschiŽri

Institut de recherche de la FSU, Žditions du temps, 137 pages, 16 Û, avril 2009.

 

Une autopsie rigoureuse mais une zone d'ombre !

 

 L'auteur de cette recherche explique comment l'assouplissement de la carte scolaire, voire sa suppression pure et simple conduit ˆ dŽtruire un Ždifice consensuel : l'Žcole rŽpublicaine garantissant une ŽgalitŽ d'accs aux savoirs.

 

Le prŽsident de la RŽpublique en exercice mne effectivement une politique de rupture... avec tous les principes rappelŽs aux frontons de nos mairies. Non content d'instaurer une concurrence entre Žtablissements et de favoriser la sŽgrŽgation sociale, le systme mis en place va augmenter l'Žchec scolaire !

L'exploitation de l'enqute PISA (Žvaluation comparative des savoirs et savoir faire essentiels ˆ la vie quotidienne) montre par ailleurs que les pays les plus libŽraux europŽens que veut imiter Sarkozy: la Belgique et l'Angleterre connaissent les inŽgalitŽs scolaires les plus fortes.

L'instauration d'un rŽel marchŽ scolaire et la ghetto•sation qui va s'en suivre =vont inŽvitablement accentuer les tensions et les contradictions qui traversent l'Žcole.

L'auteur qui rejette cette politique propose des pistes de rŽflexion et de transformation qui visent ˆ une requalification de la scolaritŽ dans les territoires fragilisŽs.

Il met en perspective l'Žlaboration de nouveaux pŽrimtres scolaires faisant vivre une vŽritable mixitŽ sociale en englobant des quartiers diffŽrents.

 

Ce livre est un document utile et indispensable puisqu'il Žtablit un diagnostic sŽvre mais juste de la politique scolaire libŽrale en cours. Je regrette pourtant que l'auteur puisse dans un livre prŽfacŽ par le secrŽtaire gŽnŽral de la FSU  faire le commentaire suivant, sans guillemets ni points d'exclamation :

 

Ç C'est pourquoi l'ƒtat contr™le et finance les Žtablissements privŽs sous contrat en contrepartie du respect des programmes nationaux. Le choix de l'Žcole n'est donc pas un avatar de l'Žcole rŽpublicaine, il en constitue au contraire un des piliers car il incarne le principe de la•citŽ, celui qui garantit le droit fondamental ˆ choisir pour son enfant un contexte Žducatif en conformitŽ avec ses croyances et ses valeurs. È

 

J'ai du mal comprendre et mal interprŽter : ce n'est pas possible qu'il s'agisse d'une acceptation ou d'une justification du dualisme scolaire!?

 Jean-Franois CHALOT.

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Document : article de Catherine Kintzler, philosophe, biographe de Condorcet, sur le site RUE 89.

 

Catherine Kintzler, philosophe et professeur ŽmŽrite ˆ l'UniversitŽ de Lille 3 nous a envoyŽ cette tribune au titre du Collectif pour la promotion de la la•citŽ. Celui-ci, inquiet de l'accord entre la France et le Vatican sur la reconnaissance des dipl™mes, organise ce mercredi avec quinze parlementaires une confŽrence de presse pour demander l'annulation du dŽcret. Par ailleurs, une pŽtition sur ce sujet a dŽjˆ recueilli 12 000 signatures.

Dans la lignŽe des discours sur la Ç la•citŽ positive È prononcŽs par Nicolas Sarkozy ˆ Latran et ˆ Riyad, la France a signŽ le 18 dŽcembre avec le Saint-Sige un accord ayant pour objet Ç la reconnaissance mutuelle des grades et des dipl™mes de l'enseignement supŽrieur dŽlivrŽs sous l'autoritŽ de l'une des parties È.

Cela veut dire qu'un dipl™me dŽlivrŽ par l'enseignement supŽrieur catholique habilitŽ par le Saint-Sige sera reconnu, ˆ niveau comparable, par la RŽpublique. On peut lire ici le dŽcret du 16 avril 2009.

A premire vue, pas de quoi s'alarmer : ce genre d'accord est frŽquemment signŽ avec d'autres ƒtats europŽensÉ Alors pourquoi pas le Saint-Sige ? C'est un ƒtat comme un autre, et puis nous sommes dans un vaste mouvement de reconnaissance des dipl™mes au niveau europŽen. Sauf que le Saint-Sige n'est pas un ƒtat comme un autre.

DirigŽ par un monarque, il ne fait pas partie de l'Union europŽenne, laquelle impose des conditions dŽmocratiques pour toute admission, conditions que le Saint-Sige ne remplit pas. Et, comme chacun sait, ce n'est pas seulement un ƒtat : c'est une instance religieuse fixant une doctrine qu'elle a pour mission de rŽpandre - une puissance religieuse prosŽlyte.

La RŽpublique Franaise, supposŽe Ç la•que et sociale È

La RŽpublique ne l'empche nullement de rŽpandre sa parole dans la sociŽtŽ civile, mais, jusqu'ˆ nouvel ordre, elle ne lui accorde aucune prŽrogative dans le champ des compŽtences publiques. DŽmocratique, la RŽpublique franaise n'est pas comme un autre ƒtat dŽmocratique : elle est de plus Ç la•que et sociale È.

Elle laisse ses chercheurs et universitaires travailler librement sans leur fixer d'objectif idŽologique ou religieux. Elle leur interdit toute propagande, tout prosŽlytisme dans le cadre de leur enseignement, a fortiori dans celui des dipl™mes.

Lorsqu'on lit de prs le dŽcret, on s'aperoit qu'il reconna”t au Saint-Sige la compŽtence pour nommer les Žtablissements catholiques concernŽs par l'accord - on comprend alors que la nouvelle ait ŽtŽ accueillie par nombre d'instituts catholiques avec une certaine rŽticence.

Il y a lˆ un consentement donnŽ par la RŽpublique ˆ une Žventuelle reprise en main par le Vatican de l'enseignement supŽrieur catholique franais, qui se fait ainsi court-circuiter (voir l'analyse parue dans Le Monde Ç DŽcret France-Vatican, flou et mŽcontentement È). Et pour faire bonne mesure, l'accord porte sur toutes les disciplines.

Double violation du principe constitutionnel de la•citŽ

Faisons la fiction d'un Žtablissement habilitŽ par le Saint-Sige qui dŽlivrerait un doctorat en mŽdecine comportant un module obligatoire d'Žthique mŽdicale condamnant les prŽservatifs, les contraceptifs et l'IVGÉ

Est-ce le r™le de la RŽpublique franaise, dŽmocratique, la•que et sociale, de reconna”tre des dipl™mes dŽlivrŽs par une puissance monarchique religieuse dont l'une des fins est la propagande et le prosŽlytisme ?

RŽciproquement, est-ce le r™le d'un ƒtat la•que de s'immiscer dans les affaires religieuses en se prononant sur le contr™le que l'enseignement catholique supŽrieur franais devrait recevoir de telle ou telle instance religieuse ?

Faire entrer les affaires religieuses dans le champ de l'autoritŽ publique, accorder ˆ l'autoritŽ publique le droit de mettre son nez dans les affaires d'une religion : il y a lˆ une grave et double violation du principe constitutionnel de la•citŽ.

De plus, l'accord court-circuite le Parlement, qui est pourtant seul compŽtent car seule la voie lŽgislative peut prendre des dispositions en la matire.
Cela fait beaucoup. Alors pourquoi avoir signŽ un tel accord, si ce n'est pour dŽmolir une fois de plus la la•citŽ, et pour rŽduire une fois de plus l'action de la reprŽsentation nationale ?

Une saisine du Conseil d'ƒtat pour excs de pouvoir est en prŽparation.

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ComitŽ de rŽdaction Žlu ˆ l'AG du 6 juin 2009 :

Eric AUGNET (Syndicaliste CFDT -14), Fathia Ç Nadia È BENAMAR (militante pour le droit au logement Paris 18me), Sylvie BONNIN (syndicaliste FO -03), Raymond DEBORD(militant du PS - Paris 3e), Olivier DELBEKE (syndicaliste CGT IGN -94), Franois FERRETTE (responsable acadŽmique et membre du bureau national du SNASUB-FSU -Alenon), Franck MARSAL (militant PCF -59), Houaria MOUALEK (militante pour le droit au logement -Paris 18me), Vincent PRESUMEY (militant PS et secrŽtaire dŽpartemental de la FSU - 03), Farida SAIDOUNI (militante pour le droit au logement -Paris 18me), Yves THEIS (conseiller municipal PCF, syndicaliste CGT -Cosnes dĠAllier), Kamel ZORGUI (ouvrier sans-papiers -95).

 

 

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