Lettre de Liaison
NĦ 65 du 12 juin 2009
Le courage, c'est
de chercher la vrit et de la dire. Jean Jaurs.
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Sommaire :
A nos lecteurs.
Contre les rformes Sarkozy-Darcos-Pcresse, la place de la FSU est un enjeu central, par V.Prsumey.
Position du SNESUP-FSU.
Remettre le combat laque sur ses rails, par Robert Duguet.
Deux livres, par J.F. Chalot.
Document : article de Catherine Kintzler sur RUE 89.
A
NOS LECTEURS.
Ce numro de la Lettre de liaison de Militant traite presque
exclusivement de questions "scolaires", qui sont d'une grande
importance pour toute la socit. D'ici fin juin, nous reviendrons sur le bilan
que l'on peut faire de plusieurs mois de lutte contre les licenciements dans
les entreprises et sur la manire d'agir pour une manifestation nationale
contre les licenciements, et nous reviendrons sur le bilan des lections europennes,
la situation gauche et la nature du regroupement "Europe cologie".
Les contributions, remarques et critiques sont et seront les bienvenus. Le
compte-rendu de l'assemble gnrale de Militant (voir dj sur notre site,
http://www.le-militant.org/) sera galement publi.
Signalons tout de suite la bonne nouvelle annonce cette AG par la responsable du cercle Logement, Houaria Moualek : M. et Mme Melliti ont reu un engagement de relogement de Paris Habitat, il reste nanmoins que cet engagement se concrtise au plus vite. Le dbut de campagne, exigeant le respect du droit, a rapidement pay alors qu'ils s'taient rinstalls dans l'appartement d'o on les avait expulss,. Efficacit dans les rsultats et dtermination politique sur la dfense imprescriptible des revendications et des droits vont ensemble. Les tracts tirs ne seront pas perdus, ils seront diffuss sur les marchs en informant du rsultat positif.
* * * *
Contre les rformes
Sarkozy-Darcos-Pcresse, la place de la FSU est un enjeu central, par Vincent
Prsumey.
Le mouvement contre les dcrets
d'application de la loi Pcresse contre les universits publiques, sur le
statut des enseignants-chercheurs et sur la formation des professeurs des
coles, collges et lyces, et pour la dfense de la recherche publique, est
termin et n'a pas abouti sur ses revendications, mme s'il est vrai qu'il a
contraint le gouvernement des reculs partiels et a fortement ralenti
l'application de ses plans.
Dj, le mouvement massif des tudiants contre la loi LRU (loi "Pcresse) l'automne 2007 n'avait pas abouti. Cette fois-ci, c'est une lutte sans prcdent par son caractre ultra majoritaire dans le monde universitaire, et par sa dure, qui s'est dresse contre cette mme loi, car, partie du refus de dcrets d'application de celle-ci, elle l'a rapidement remis en cause dans son ensemble. La force de l'un et l'autre mouvements, celui de 2007 et celui du printemps 2009, est indniable. Qu'a-t-il manqu ?
Il a manqu une centralisation nationale avec une revendication claire, car les principales organisations syndicales, plus exactement leurs directions nationales, ne l'ont pas voulu et permis. En 2007, la direction de l'UNEF ne voulait pas du mot d'ordre de RETRAIT de la loi Pcresse qui tait celui des tudiants (et de la tendance TDU de l'UNEF). En 2009, des mots d'ordre clairs se sont mieux imposs, tout du moins en ce qui concerne le RETRAIT des dcrets sur la formation et les statuts, et le SNESUP-FSU, principal syndicat des universitaires, a refus de mener des ngociations bidons et a tenu sa place dans le cadre de la Coordination nationale des universits. Cependant, toutes les formes d'action possibles et imaginables ont t envisages et bien souvent mises en Ïuvre, sauf une : une manifestation nationale centrale, des tudiants et des universitaires, laquelle tout le monde de l'enseignement public aurait t invit, l'lyse et au ministre. Car sur les revendications, il ne s'agit pas de montrer par des rondes son "obstination infinie", il s'agit de gagner.
Soyons justes : les actions du type
"ronde infinie des obstins" et certains types de blocages de facs
ont particip d'un isolement la longue dsesprant du mouvement, mais ce ne
sont pas leurs protagonistes qui en sont responsables. La responsabilit
premire incombe aux directions nationales des organisations syndicales, et
cette fois-ci pas au niveau des seules universits, ni mme de la seule
ducation nationale, mais au niveau interprofessionnel. Car le mouvement des
universits du printemps 2009 a t port et encourag par le sentiment d'un
mouvement d'ensemble possible du monde du travail, comme l'ont montr les
grandes mobilisations des 29 janvier, 19 mars et 1Ħ mai, ainsi que la
rsistance manifeste par les travailleurs victimes de licenciements comme
Continental et Caterpillar. Or, cette perspective a t carte, ou plus
exactement il est apparu que l'unit syndicale tant invoque, l'inverse de
l'unit relle ralise en Guadeloupe dans le LKP, lui a t oppose. Soyons
clairs, le calendrier rel des faits est implacable : c'est le 5 mai que l'
"intersyndicale des huit" (CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, Solidaires,
CFTC, CFE-CGC) fait savoir qu'il n'y aura pas de combat national contre les
licenciements ni sur aucune revendication d'ici septembre -c'est le sens de
l'appel faire, les 26 mai et 13 juin, moins que les 29 janvier, 19 mars et 1Ħ
mai ! -, et c'est le 7 mai que Sarkozy, Darcos et Pcresse se dchanent contre
les tudiants bloqueurs en les prsentant comme une minorit, lanant la
rpression fac par fac.
Dans la nuit du mardi 2 au mercredi
3 juin, le dernier blocus de fac, Toulouse, a t dfait par une intervention
policire. Est-ce dire que la force de ce mouvement soit perdue et que les
tudiants et universitaires ne soient pas en tat de continuer la lutte ?
Probablement pas. Globalement les forces du monde du travail, sa disposition
lutter, sont intactes. Mais ils ne seront pas prts, et cela se comprend,
refaire pareil. Ils vont rflchir et ce dont ils ont besoin, c'est d'imposer
un Tous ensemble rapide, efficace, se centralisant contre l'adversaire. Ils ont
vu, en outre, qu'ils devaient plus encore que durant ces mois de printemps,
s'organiser par eux-mmes pour contraindre leurs syndicats jouer leur vritable
rle.
De cela, illustration a t donne par ce qui s'est pass au CTPMEN (Comit Technique Paritaire Ministriel de l'ducation Nationale, organisme consultatif) o Darcos a soumis ses dcrets adaptant les statuts des diffrents corps de professeurs sa rforme de la formation. L'tonnement gnral et un vif mcontentement accompagnent depuis la nouvelle : alors que les autres syndicats (CGT, FO, CFDT, UNSA, Solidaires, et la FSU sur une partie des textes) ont vot en commun Non aux dcrets ministriels, les textes concernant les professeurs de l'enseignement gnral du second degr (certifis, agrgs et conseillers d'ducation) ont vu l'abstention de la FSU, celui sur les professeurs d'EPS (ducation Physique et Sportive, les "profs de gym") leur refus de prendre part au vote. Ainsi tait brise l'unit contre Darcos, et cela par la FSU (la position similaire d'une petite organisation classe droite, le CSEN, n'tant pas quant elle une surprise et ne pesant gure).
Il convient de bien comprendre deux choses. Premirement il n'y a pas lieu de se rjouir d'une "trahison" qui "prouverait" on ne sait trop quoi. Ce sont les travailleurs de l'enseignement et les syndicats de la FSU, leurs principales organisations, qui sont atteints par cet acte, contre lequel il faut les dfendre. Deuximement, le problme ne vient pas du caractre "catgoriel" des syndicats de la FSU l'origine de ce vote, le SNES (enseignants des lyces et collges) et le SNEP (profs de gym). D'abord leur caractre de syndicats s'identifiant fortement des mtiers, des identits professionnelles, n'est pas une faiblesse mais bien une force pour les personnels reprsents, contre le ministre et les politiques gouvernementales. Ensuite, le choix de leurs dirigeants ne fait pas du tout l'affaire des intrts catgoriels bien compris des personnels qu'ils reprsentent, c'est une vidence.
Dans le CTPMEN, les votes de la FSU s'alignent sur les choix faits par les syndicats nationaux reprsentant les catgories concernes par les textes proposs. C'est ainsi qu' la demande du SNUIPP, pour les professeurs des coles, et du SNUEP, pour les professeurs de lyces professionnels (PLP), la FSU a vot contre des dcrets relevant exactement des mmes logique et contenu que ceux sur lesquels les dirigeants du SNES et du SNEP ont bris non seulement l'unit syndicale, mais l'unit de la FSU !
Selon la direction du SNES, l'abstention (et pas le refus) se justifie par deux choses (pour rsumer).
Premirement, l' "lvation du niveau de formation" des professeurs que la rforme Darcos est cense comporter serait en soi une bonne chose. S'il est en soi souhaitable, il n'est pourtant pas en soi une bonne chose indpendamment des politiques gouvernementales dans lesquelles il se situe : cela devrait tre clair. De plus, le projet de Darcos ne relve mme pas rellement le niveau de formation, il ne fait qu'ajouter une exigence de diplme l'obtention du concours et allonge la dure des tudes. Rappelons quand mme qu'aujourd'hui c'est bien, dans les faits, Bac + 5 que l'on devient prof, puisque licence + anne du concours + anne de stage et de titularisation = 5 ans.
Deuximement, le pire aurait t
vit, car dans le projet initial soumis au CTPMEN figurait la rgionalisation
totale de la gestion des carrires des profs du secondaire. Ainsi le ministre
montre ses intentions : achever la destruction de l'enseignement secondaire
public et laque de caractre national et
gal, qu'un certain Claude Allgre a mise sur les rails en rgionalisant les
modalits d'affectation finale des professeurs il y a dj 11 ans. La direction
du SNES affirme avoir vaillamment empch cette terrible menace de devenir
ralit pour tout de suite. Il est permis d'tre sceptique : il semble plus
probable qu'on avait l un ballon d'essai du ministre, prt le retirer en
donnant ainsi une "satisfaction" apparente ... qui ne demandait que
de paratre "satisfait", quitte revenir bien sr plus tard (trs
bientt, peut-tre) la charge. Il est curieux de s'abstenir aprs que l'adversaire
ait montr les dents et affich ses intentions, tout simplement parce qu'il a
mordu moins fort qu'il ne disait vouloir le faire !
A ces arguments la direction du SNEP
ajoute pour sa part que l'identit de la profession de prof d'EPS avait t
gravement menace dans les projets initiaux, s'en prenant leur double mission
qui fait leur spcificit comme corps, savoir non seulement le service public
d'ducation des jeunes, mais l'ducation populaire et l'animation du sport
scolaire et universitaire. L encore, ces menaces sont bien relles (et
cautionnes par les directions du SE UNSA et du SGEN CFDT) mais on ne voit pas
en quoi le fait qu'elles ait t diffres pour faire passer ce qui, dans
l'immdiat, paraissait essentiel au ministre, peut justifier qu'on ne vote pas
contre le texte de celui-ci !
Aucun argument de circonstance ou de dfense des statuts ne pouvant justifier les positions des directions du SNES et du SNEP, celles-ci doivent donc tre comprises comme un choix politique, et non syndical : celui du dialogue social avec le ministre, ou son successeur, en tout cas avec Sarkozy. C'est la poursuite de ce "dialogue", c'est--dire non pas de ngociations sur les revendications, mais sur l'accompagnement syndical de la mise en Ïuvre des "rformes" dont la premire est la suppression massive des postes de fonctionnaires, "dialogue" engag au printemps 2008 suite la signature de l'accord sur le dit "dialogue social dans la fonction publique". Pour que la possibilit mme d'un tel "dialogue" soit prserve, alors que tout le monde universitaire s'oppose aux consquences de la loi LRU, que le SNESUP boycotte les concertations bidons qui ne sont pas de vraies ngociations, et que les lycens avaient fait sauter la premire mouture du projet de "rforme du lyce" ds dcembre 2008, il fallait qu'une partie de la FSU renoue officiellement le fil, quitte faire le plus grand mal la FSU, son unit, sa place, sa force. Ils l'ont fait.
C'est la place du syndicat qui est
en jeu. Ces lignes sont crites la veille d'un conseil suprieur de la fonction
publique o les mmes textes seront soumis au vote. Le SNESUP, dans un texte
reproduit ci-dessous, a demand toute la FSU de se rtablir et cette fois-ci
de voter contre. De mme que la bataille contre l'accord et la loi rsultante
d'aot 2008 sur la reprsentativit syndicale n'est pas une bataille contre la
CGT, mais pour la CGT, pour la sortir des mains des patrons qui veulent la
ligoter, la bataille pour que tous les syndicats de la FSU reviennent sur ce
vote et disent Non Darcos (ou son successeur) est une bataille pour la
FSU,
pour que le syndicat soit au service des syndiqus et des personnels.
Cette bataille prpare la suite. Nul
doute que les principaux affrontements pour l'cole publique sont encore devant
nous, mais proches. Comme en tmoigne le texte que nous reproduisons
ci-dessous, de Catherine Kintzler, sur l'accord entre l'excutif sarkozyste et
le Vatican contre la lacit et contre l'ensemble de la fonction publique
franaise.
VP.
Traduction des sigles :
SNES = Syndicat National des Enseignements Secondaires, SNEP = Syndicat National de l'Education Physique, SNUIPP = Syndicat National Unifi des Instituteurs et Professeurs d'coles, SNUEP = Syndicat National de l'Enseignement Professionnel, SNESUP = Syndicat National de l'Enseignement Suprieur et Universitaire Public.
Tous ces syndicats sont adhrents de la FSU.
* * * *
Document
FORMATION DES MAITRES
POUR UN VOTE CONTRE AU CSFPE (1) DU 12 JUIN :
Lettre Flash du
SNES-UP (2 juin 2009)
Depuis le moment o le prsident de
la Rpublique a annonc devant les prsidents et les recteurs ses projets sur
la Ç mastrisation È, il y a un an jour pour jour, le gouvernement nĠa eu de
cesse de poursuivre ses attaques frontales contre la formation des enseignants
et les Instituts Universitaires de Formation des Matres (IUFM). La volont du
ministre de lĠEducation Nationale dĠimposer et de mettre en Ïuvre cette
rforme dans la prcipitation absolue et sans cadrage national, nĠa t entame
que par la puissante mobilisation dans les universits avec notamment le refus
massif de dpt des maquettes, qui a permis de repousser une application prvue
initialement pour la rentre 2009.
Convoqu le 28 mai dernier dans la prcipitation, le CTPMEN(2) a mis un avis favorable obtenu par les voix de la seule parit administrative sur les projets de dcrets statutaires concernant la formation et le recrutement des enseignants. Cela constitue un passage en force sur ces projets et cela prjuge de lĠincidence des auditions par les Ç groupes de travail È et la commission Marois-Filtre. Au sein de la FSU, le SNESUP, qui ne sige pas dans ce CTP, a Ïuvr pour obtenir le boycott de la premire runion du CTPMEN(2) –re-convoqu le lendemain par lĠadministration sans contrainte de quorum comme le prvoient les textes– et pour obtenir une position commune. Le SNESUP condamne lĠensemble de la mthode utilise par le gouvernement. Si le texte tait appliqu en lĠtat, ses consquences sur la formation et le recrutement des matres seraient dsastreuses tant pour la formation disciplinaire que professionnelle des futurs enseignants que lĠavenir des lves.
Pour fragiliser lĠopposition ses projets, le gouvernement a instill, dans les projets de dcrets concernant les statuts des personnels, certains reculs tels que le maintien dĠun mouvement national pour les certifis et agrgs et des prrequis spcifiques pour le recrutement des enseignants dĠEPS. Le SNESUP dnonce tout autant le saucissonnage de ce dossier, et le travail impos dans lĠurgence. Il dnonce cette mthode politicienne du ministre, incompatible avec la rflexion grande chelle que ncessite une rforme de cette ampleur ! Ces lments ont pes sur certains votes mis par les syndicats de la FSU (abstention sur les statuts dĠagrg et de certifi, refus de vote sur les catgories dĠEPS) qui suscitent la rprobation de nombreux acteurs du mouvement dans les universits et les IUFM, au SNESUP, et font dbat dans la FSU. Le SNESUP dsapprouve ces votes. Il estime que la question de la conception du fdralisme devra faire lĠobjet dĠun dbat approfondi tous les niveaux de la FSU et notamment lors du prochain Congrs de la FSU de 2010. Le SNESUP, de son ct, rendra publique une contribution au dbat prparatoire lĠissue dĠune commission administrative nationale.
Le SNESUP porte une responsabilit singulire sur la question de la formation des enseignants. La relle lvation des qualifications des enseignants de 1er et 2nd degrs, sous lĠangle tant disciplinaire que professionnel, passant par une formation reconnue par un master, est un mandat du SNESUP. Ces formations devront tre conues et mises en Ïuvre par les universits fondes sur les comptences avres des UFR et des IUFM -dont le SNESUP dnonce la mise en extinction clairement acte dans les textes prsents au CTPM-. Les analyses sur le fond du SNESUP, en phase avec les universitaires et lĠensemble des formateurs, sur la complexit de la mise en Ïuvre dĠune telle rforme, dveloppes rcemment lors de son audition par la commission Marois-Filtre sont renforces par la dcision des diffrentes confrences (CPU, CDIUFM, CDUS, CDUL, É) de suspendre en chane leur participation aux travaux de la commission Marois-Filtre si le MEN persiste maintenir les dispositifs permanents des dcrets.
Le SNESUP rappelle quĠil sĠest adress le 26 Mai la FSU Ç pour quĠelle construise une rponse commune et solidaire et pour quĠelle suspende sa participation aux groupes de travail È. La prsentation au CTPMEN(2) des projets de dcrets rend obsolte et caduc lĠensemble des dispositifs ministriels de Ç concertation È. Le SNESUP dcide, ds ce mardi 2 Juin, de cesser sa participation aux diffrentes auditions (Ç groupes de travail È, commission Marois-Filtre) tant que les conditions dĠune relle remise plat totale de la rforme de la formation et du recrutement ne seront pas runies.
Compte tenu de lĠampleur et des enjeux que constitue la Ç mastrisation È, le SNESUP exige la cration dĠune commission thmatique permanente issue du CNESER et du CSE(3), dote du temps et des moyens lui permettant de mener tous les dbats ncessaires avec lĠensemble des organisations syndicales, notamment la FSU, et des acteurs concerns par la formation des enseignants. Il appelle unifier les ripostes dans les CA, avec les socits savantes et les directeurs dĠUFR et dĠIUFM.
Prenant en compte ses propres mandats, la gravit de la rforme Darcos-Pcresse, les intrts de toutes les catgories et les points de vue des syndicats concerns, la situation politique cre par les annonces massives de suppressions dĠemplois dans la fonction publique et lĠimportance du mouvement dĠopposition cette rforme de la formation des enseignants qui sĠest dvelopp dans les universits pendant les quatre derniers mois, le SNESUP travaillera la construction dĠune position commune de la FSU pour le CSFPE(1), du 12 juin, en vote contre.
Le SNESUP appelle les universitaires participer nombreux la Marche de tous les savoirs (Academic Pride) du 4 Juin, et y exprimer leur refus de voir mise en Ïuvre entre autres cette rforme de la formation des enseignants et de voir appliques les suppressions dĠemplois prvues dans la fonction publique, qui condamneraient de nombreux jeunes la prcarit.
Adopt lĠunanimit par le bureau national du SNESUP du 2 juin 2009
(1) CSFPE : Conseil Suprieur de la Fonction Publique dĠEtat ; (2) CTPMEN : Comit Technique Paritaire Ministriel du Ministre de lĠEducation Nationale ; (3) CSE : Conseil Suprieur de lĠEducation
* * * *
Remettre le combat laque sur les bons rails,
par Robert Duguet.
Texte envoy par Robert Dugu, disponible sur
http://www.socialisme-maintenant.org/.
Ç Dans la socit o le
capitalisme se rvle pourvoyeur de guerre et de chmage, une poque o des
millions et des millions d'tres humains sont jets dans la misre ou massacrs
sur les champs de bataille par le seul jeu d'un monstrueux rgime
d'exploitation, les principes essentiels d'une lacit telle que nous l'avons
dfinie apparaissent bien comme une sorte de Ç catgorie mentale È du
proltariat rvolutionnaire. En elle se retrouve l'esprit d'indpendance, la
raction contre l'autorit, le besoin de justice et de raison de la vieille
civilisation grecque. En elle se symbolise tout l'effort des travailleurs en
lutte continuelle contre les forces de la nature et les iniquits sociales. En
elle se rfugie le vritable optimisme humain, raliste et scientifique,
diamtralement oppos au pessimisme chrtien qui ne peut pas imaginer l'homme
en dehors d'un gendarme pour le punir ou d'un prtre pour l'absoudre. En face
d'une socit corrompue, d'une classe bourgeoise qui revient la religiosit
et au mysticisme, qui n'a plus confiance dans la valeur de l'intelligence
humaine et qui se blottit peureusement, abdiquant toute dignit, l'ombre des
glises et des hirarchies ecclsiastiques, oui, la classe ouvrire demeure le
seul support de la lacit, la seule sauvegarde du libre examen. È
Marceau Pivert, extrait de la conclusion du livre Ç
LĠglise et lĠcole È (1932)
La Vme Rpublique et tous ses gouvernements ont tous mthodiquement port
atteinte la lacit de lĠcole et de l'tat. LĠactuel prsident est all se
prosterner devant Benoit 16 au Vatican en dcembre 2007, en rupture avec toutes
les traditions de la Rpublique Franaise. Mme De Gaulle, gnral maurrassien,
avait trait avec indiffrence le titre honorifique de Ç chanoine du Latran È,
que la hirarchie catholique accorde aux prsidents de la Rpublique Franaise,
lĠglise marquant par l sa volont de continuer reconnatre la France comme
Ç la fille ane de l'glise È. Pompidou avait refus cette distinction
relevant du droit canonique catholique. Nanmoins, la mise en cause des valeurs
institues par la Rvolution Franaise nĠest pas un cas dĠespce rserv la
droite, simplement, lĠimage de sa politique sociale, avec ses prtentions de
petit histrion bonapartiste, Sarkozy va un peu plus loin que les autres.
Lacit ampute, lacit dfigure, aujourdĠhui cĠest la question de la destruction
de l'tat laque qui est pose, au nom dĠune prtendue Ç lacit È moderne, qui
nĠest pas autre chose quĠune adaptation aux institutions de lĠUnion Europenne,
dĠune ducation prive associe aux projets de reconfessionnalisation du corps
social, compatible avec le principe de la Ç concurrence libre et non fausse È.
CĠest lĠEurope de la mondialisation capitaliste, qui sĠest donne pour drapeau
la couronne dĠtoile sur fond bleu, cet emblme nĠtant pas autre chose que le
symbole du culte de la vierge Marie dans la religion catholique. Europe des
traits qui, de Maastricht Lisbonne, font rfrence centrale au Ç principe de
subsidiarit È, forme modernise de la vieille doctrine conomique de l'glise,
manteau idologique de lĠOccident chrtien. Qui veut comprendre ce qui se
passe, doit honntement exercer un droit dĠinventaire, sur ce qui sĠest pass
depuis le dbut de la V me Rpublique, mais aussi depuis lĠlection de
Franois Mitterrand en mai 1981. Tout doit tre pass au crible du libre examenÉ
Au moment o une attaque centrale contre un principe fondateur de la lacit de lĠcole, celui du monopole d'tat de la collation des grades universitaire, vient dĠtre pris par voie de dcret, suscitant une motion profonde chez nos concitoyens, il convient de faire ce travail, notamment aussi pour rejeter les utilisations politicardes ou frauduleuses de la lacit, comme celles auxquelles se livre le journal Ç Riposte Laque È longueur de colonnes.
Travaillant actuellement sur des crits de Marceau Pivert portant sur les rapports de lĠglise et de lĠcole, de lĠglise et de lĠtat, je place en exergue de cet article un extrait de la conclusion du livre de Marceau, ce dirigeant socialiste rvolutionnaire, qui a forg son temprament et sa pense dans la bataille laque. Combien ces lments de sa conclusion sont dĠune blouissante actualitÉ nous tions en 1932, comme vous savez cĠtait la veille de 1933, nous sommes lĠautomne 2008 entrs dans une crise du mode de production capitaliste aussi sinon plus menaante pour toute la civilisation humaine.
Le mouvement ouvrier
et la bataille laque
A la fin du rgne de Louis XVI, un
jeune noble anticlrical dĠAbbeville, refuse de se dcouvrir au passage dĠune
procession. Il est condamn et supplici. Dans les annes qui prcderont le
vote de la loi de 1905, le mouvement ouvrier et les libres penseurs
manifestaient traditionnellement tous les ans aux pieds dĠun monument qui porte
lĠinscription suivante : Ç Monument lev par le proltariat au chevalier de La
Barre pour lĠmancipation complte de la pense humaine. È
La premire fois que jĠai particip une manifestation laque dans cette ville, lĠinscription mĠavait frapp par son contenu politique tellement loign de ce que nous avons vcu durant les dernires dcennies. La lacit ayant t tellement pervertie, notamment depuis 1981 et lĠmergence des majorits de gauche la direction du pays, tellement utilise droite comme gauche par des manÏuvres politicardes, quĠil est utile de revenir aux racines.
Porte par lĠlan de la grande rvolution bourgeoise et les travaux de la Lgislative, le plan Condorcet, salu par Jaurs dans son Histoire de la Rvolution Franaise, pose le projet dĠune instruction publique laque, fonde sur lĠenseignement de la science positive. Ds Thermidor et tous les rgimes semi-monarchistes ou bonapartistes qui se succderont au cours du 19me sicle, la bourgeoisie ne reconnatra pas son propre enfant. Face aux classes dangereuses, elle prfrera le concordat, c'est--dire un rgime o l'tat sĠappuie sur lĠautel, et ce que Marx nomme Ç la gendarmerie des consciences È.
A la Ç forme enfin dcouverte de lĠmancipation du travail È, caractrisation que Marx porte lĠendroit de la Commune de Paris, se posent dĠemble les bases institutionnelles indispensables Ç lĠmancipation complte de la pense humaine È. Le proltariat pousse les feux, cĠest lui qui met lĠordre du jour lĠaffranchissement de la pense. Ainsi on trouve au Journal Officiel de la Commune (nĦ du 20 avril 1871), les textes suivants :
Ç Les dlgus de la socit Ç L'Education Nouvelle È ont t reus hier par les membres de la Commune, auxquels ils ont remis une requte :
Ç A la Commune de Paris,
Considrant la ncessit qu'il y a dans une Rpublique prparer la jeunesse au gouvernement d'elle-mme par une ducation rpublicaine qui est crer ;
Considrant que la question d'ducation, laquelle n'est exclusive d'aucune autre, est la question mre, qui embrasse toutes les questions politiques et agricoles, et sans la solution de laquelle il ne sera jamais fait de rformes srieuses et durables ;
Considrant que les maisons d'instruction et d'ducation entretenues par la commune ou par le dpartement ou par l'tat doivent tre ouvertes aux enfants de la collectivit, quelles que soient les croyances intimes de chacun d'eux ;
Les soussigns demandent d'urgence, au nom de la libert de conscience, au nom de la justice :
Que l'instruction religieuse ou dogmatique soit laisse tout entire l'initiative et la discrtion libre des familles, et qu'elle soit immdiatement et radicalement supprime, pour les deux sexes, dans toutes les coles, dans tous les tablissements dont les frais sont pays par l'impt ;
Que ces maisons d'instruction et d'ducation ne contiennent, aux places exposes aux regards des lves ou du public, aucun objet de culte, aucune image religieuse ;
Qu'il n'y soit enseign ou pratiqu en commun ni prires, ni dogmes, ni rien de ce qui est rserv la conscience individuelle ;
Qu'on n'y emploie exclusivement que la mthode exprimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l'observation des faits, quelle qu'en soit la nature, physiques, moraux, intellectuels ;
Que toutes les questions du domaine religieux soient compltement supprimes dans tous les examens publics et principalement dans les examens pour brevets de capacit ;
Qu'enfin les corporations enseignantes ne puissent plus exister que comme tablissements privs ou libres.
La qualit de l'enseignement tant dtermine tout d'abord
par l'instruction rationnelle, intgrale, qui deviendra le meilleur
apprentissage possible de la vie prive, de la vie professionnelle, de la vie
politique et sociale - la socit l'Education nouvelle met, en outre, le vÏu
que l'instruction soit considre comme un service public de premier ordre -
qu'en consquence elle soit gratuite et complte pour tous les enfants des deux
sexes, la seule condition du concours pour les spcialits professionnelles.
Enfin, elle demande que l'instruction soit obligatoire, en ce sens qu'elle
devienne un droit la porte de tout enfant, quelle que soit sa position
sociale et un devoir pour les parents ou pour les tuteurs ou pour la socit.
Au nom de la socit "l'Education Nouvelle", les dlgus nomms la sance du 26 mars 1871 l'Ecole Turgot : Henriette Garotte, J. Manier, J. Rama, Rheimo, Maria Verdure, È
Le Journal Officiel ajoute :
Ç Il a t rpondu aux dlgus que la Commune tait entirement favorable une rforme radicale de l'ducation dans le sens qu'ils indiquaient; qu'elle comprenait l'importance capitale de cette rforme et qu'elle considrait la prsente demande comme un encouragement entrer dans la voie o elle tait rsolue marcher. È
La rpublique
bourgeoise et franc-maonne face lĠhritage rvolutionnaire
Lorsque le parti bourgeois
rpublicain fonde en 1876 la 3me Rpublique, il est conduit sĠopposer une
partie de la classe dominante qui reste attache aux rgimes concordataires et
qui est hante par le spectre des rvolutions. Le spectre de 1848 est l. Le
besoin pour des raisons dĠexpansion du capitalisme dĠune classe ouvrire
qualifie conduit les Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Gambetta et autres
libraux sculariser partiellement l'tat et laciser lĠcole, la rendre
obligatoire du moins pour son cycle lmentaire. La lacit de la 3me
Rpublique nĠa rien dĠun temple dĠunion, o les classes sociales se
rconcilient dans les valeurs dĠun rationalisme abstrait et universel, pens
dans lĠespace des loges maonnique. En fait, la bourgeoisie voluera toujours
sur la question laque en fonction de sa confrontation permanente avec dĠun
ct ses ennemis fodaux et de lĠautre la monte proltarienne. Elle se jette
avec fureur du ct du parti clrical avec Thiers, avec la loi Falloux aprs lĠexplosion
rvolutionnaire de 1848, puis, en fonction des besoins propres du capitalisme
franais, se place timidement avec Jules Ferry du ct des lois laques. Le
mme Jules Ferry qui considrera que pour lĠempire colonial, les frres
ignorantins des coles chrtiennes suffiront largement pour enseigner les
petits arabes.
Le dernier acte significativement progressiste de la bourgeoisie rpublicaine sera la loi de sparation de l'glise et de l'tat du 9 dcembre 1905, o cette dernire fait entrer dans sa constitution le principe de Ç la libert absolue de conscience È, qui a pour consquence directe que : Ç la rpublique ne salarie et ne subventionne aucun culteÉ È Il sĠen suit une srie de dispositions trs prcises qui engage le processus dfinitif de sparation du domaine de la citoyennet et de celui de la libert prive. La loi de 1905 est un cas dĠespce, aucune des lgislations europennes, ne parlons pas de la constitution amricaine, nĠa pouss aussi loin ce processus dĠaffranchissement de la pense. Par exemple, le dlit de blasphme est toujours inscrit dans la constitution allemande, italienne ou espagnole. LĠesprit de 1905 en fait sĠteint avec le dbut de la premire guerre mondiale. La bourgeoisie regarde nouveau vers la religion, et les toutes premires mesures anti-laques datent des lendemains du premier conflit mondial. CĠest avec la V me Rpublique que sĠordonnent avec la mise en place dĠun rgime bonapartiste des dispositions qui relvent dĠun esprit concordataire, travers le financement de lĠcole confessionnelle. Ni les majorits rpublicaines nĠont t capables de rgler la question des statuts dĠexception dĠAlsace et Moselle, hritage des bottes de Bismark, ni les majorits socialistes dĠappliquer le mandat laque et de remettre en cause la lgislation issue du coup d'tat gaulliste.
Spcificit de
l'glise catholique
A la diffrence des communauts
musulmanes, juives ou protestantes, lĠglise catholique est organise comme un
tat dans l'tat, une thocratie face l'tat. CĠest le bonapartisme qui a
impos dans lĠhistoire la constitution dĠinstances reprsentatives de ces
religions en face de l'tat. Napolon 1er avec la cration du Consistoire pour
les juifs. Puis plus tard la fdration protestante de France. Et ce cher
Chevnement avec son Islam de France. Mais ni les juifs, ni les protestants, ni
les musulmans ne se considrent reprsents par ces instances, cela ne
correspond absolument pas leur culture religieuse. De plus depuis les lois
mussoliniennes, les accords du Latran de 1922, le Vatican est reconnu comme un
tat. Aucun gouvernement dmocratique bourgeois, ni aucune majorit de gauche,
nĠa t capable de remettre en cause cet tat de fait tranger la dmocratie
impos par des lois fascistes. Mieux, on a maintenant un prsident de la
Rpublique qui va faire allgeance aux pieds de leur saintet Benot 16 pour
dclarer que le cur sera toujours suprieur lĠinstituteur.
La France est ce vieux pays o les affrontements entre les communauts religieuses, au moment du dveloppement de la religion rforme au 16me sicle, conduisit une longue guerre civile. CĠest le philosophe Montaigne, alors dile de la ville de Bordeaux, qui formule dj la ncessit de la lacit des institutions publiques. Le problme de la lacit en France sĠest toujours pos par rapport lĠglise catholique. Le processus de sparation de 1905 est lĠaboutissement dĠun long processus historique de lutte pour rompre les liens du trne et de lĠautel. La question des empitements des autres communauts par rapport la lacit est parfaitement secondaire. Si dĠautres communauts aujourdĠhui empitent elles aussi sur le domaine de la citoyennet, que l'tat commence par balayer devant sa porte et rompe, conformment lĠarticle 2 de la loi de 1905, avec l'glise catholique. Le mouvement ouvrier dfend la rupture du Concordat, la religion affaire prive, la religion libre dans l'tat libre de toute prise de position religieuse. Il refuse lĠentreprise de Ç gendarmerie des consciences È, contenue dans le Concordat, qui implique que le pouvoir civil est lĠauxiliaire et le bras sculier du pouvoir spirituel.
La V me Rpublique
et les lois anti-laques.
Le rgime bonapartiste qui se met en
place en 1958 prend des mesures dĠemble concordataires : la loi Debr
subventionne lĠenseignement priv, catholique 90%. Le 19 juin 1960, 500.000
laques, reprsentant 10 millions de ptitionnaires, se rassemblent Vincennes
:
Ç Nous dlgus des ptitionnaires des communes de France, reprsentant 10.813. 697 franaises et franais de toutes origines et de toutes opinions, ayant sign la protestation solennelle contre la loi scolaire de division du 31/12/1959, faisons le serment solennel :
- de manifester en toutes circonstances et en tout lieux
notre irrductible opposition cette loi contraire lĠvolution historique de
la nation ;
- de lutter sans trve et sans dfaillance jusquĠ son abrogation ;
- et dĠobtenir que lĠeffort scolaire de la Rpublique soit uniquement rserv lĠcole de la Nation, espoir de notre jeunesse. È
A lĠissue de ce rassemblement, le
CNAL (Comit National dĠAction Laque), dont lĠaxe organisateur est le
syndicalisme unitaire enseignant, la FEN et le SNI. Le mouvement ouvrier, sous
sa forme syndicale et politique soutient. De mme le courant humaniste,
particulirement le Grand Orient de France.
La trahison Ç
socialiste È de 1983-1984.
Elle nĠclate pas comme un clair au
milieu dĠun ciel serein, elle est le produit dĠune longue volution rtrograde,
en particulier de la majorit UID (Unit Indpendance et Dmocratie) de la FEN,
proche dĠune fraction du courant mitterrandiste du PS ; je dis proche du
mitterrandisme. Toutefois un certain nombre de responsables mitterrandistes,
notamment Louis Mexandeau, alors responsable de la dlgation du parti
lĠenseignement, sont souvent opposs la direction de la FEN. Au sein de la
fdration syndicale unitaire enseignante, le courant Unit et Action, alors
li organiquement au PCF, combat pour une lacit ouverte. Il faut le dire trs
clairement : cĠest le courant Unit et Action, impuls au sein de la fdration
unitaire par le parti stalinien, qui le premier a instill le poison de la
prtendue Ç lacit ouverte È. Le mot dĠordre des fonds publics lĠcole
publique, fonds privs lĠcole prive nĠest plus au premier plan. Pour mieux
comprendre, il faut rappeler que cĠest lĠpoque o le PCF est sur la ligne de
lĠouverture aux chrtiens et o lĠhomologue italien du PCF dfend la ligne du
compromis historique avec la Dmocratie Chrtienne. En 1971, le nouveau parti
socialiste est constitu Epinay, ouvrant sa reprsentation aux personnalistes
chrtiens salus par le discours inaugural de Franois Mitterrand, c'est--dire
des fractions de lĠglise catholique Ç Vie Nouvelle È et lĠACO (Action
Catholique Ouvrire). En 1972, le CNAL tient un colloque o pour la premire
fois apparat la notion Ç dĠunification È laque, notion qui nĠa plus rien
voir avec le mandat laque de 1960. En outre, pour la premire fois, le cartel
dĠorganisations soutenant lĠaction du CNAL est largi la CFDT, c'est--dire
aux tenants mme dconfessionnaliss en 1964 de la doctrine sociale de
lĠglise.
Le PS arrivant au pouvoir reprend son compte le programme de la FEN. Le passage de Louis Mexandeau au ministre des PTT, qui sĠtait marqu dans la priode prcdente pour ses prises de position intransigeantes pour lĠabrogation des lois Debr et Guermeur, au profit dĠAlain Savary nĠest pas anodin. Savary dira la droite qui lĠattaque : Ç nous avions le pouvoir dĠabroger les lois anti-laques en une nuit, nous ne lĠavons pas faitÉ È
Le cours politique nouveau dmarr dans les annes 1971-1972 allait avec lĠexercice du pouvoir rvler une vritable trahison. QuĠtait la soi-disant Ç unification laque È ? Un projet ngoci avec la hirarchie catholique reconnaissant le caractre propre de lĠcole confessionnelle au sein dĠun service unique, tandis que lĠcole publique elle-mme pouvait clater en autant de projets propres quĠil y a dĠcoles sur le territoire. La loi Savary mit les deux France dans la rue lĠune contre lĠautre, mais comme le gouvernement se soumettait aux conditions fixes par lĠadversaire, ce fut lĠadversaire qui gagna. La hirarchie catholique qui ne pouvait accepter que les personnels de ses coles ne soient fonctionnariss rompit les accords. Le camp lac essuya une dfaite historique. De nombreux militants socialistes quitteront le PS, des fdrations entires se fissureront. De l date la mise en sommeil du CNAL et sa quasi-disparition, puis lĠclatement de la FEN quelques dix ans plus tard.
La politique de Jack
Lang et le protocole Lang-Cloupet
Jack Lang tant ministre de la
culture, un projet de construction de cathdrale vry, partiellement financ
par des fonds publics, sous couvert de subventions un muse dĠart sacr dans
lĠenceinte de lĠdifice, est mis en Ïuvre en 1992. La pilule sur le plan
architectural est prsente par une mise en parallle du rite catholique et de
la symbolique maonnique (lĠdifice se prsentant sous la forme dĠune colonne
tronque) : lĠunit entre les deux cultures, la culture laque et la culture
chrtienne, cĠest la ligne du Parti dĠEpinay. Une premire grande rupture
intervenant sous un gouvernement socialiste, avec la loi de 1905. Un protocole
dĠaccord sign entre avril 1992 et mars 1993 entre Lang et le chanoine Cloupet,
secrtaire gnral de lĠenseignement catholique, instaure la parit
public-priv pour les personnels de lĠenseignement priv. Les signataires
appellent cela : Ç du droit et de la reconnaissance de la contribution de lĠenseignement
priv au systme ducatif È. La loi Savary stipulait : Ç lĠenseignement priv
concourt au service publicÉ È La mme logique que celle de 1984 continue de
sĠappliquer. Le contentieux est norme entre la gauche institutionnelle et les
militants laques. Jack Lang se distinguera par la suite en autorisant les
adventistes du septime jour ne pas aller en cours le samedi. Il marquera
aussi sa volont dĠintgrer les coles Diwan en langue bretonne dans le service
public ; rappelons que le fondateur Diwan de cette cole en langue bretonne
tait un sparatiste qui a fini dans les wagons de la collaboration avec les
nazis : les indpendantistes bretons, courant fort heureusement
ultra-minoritaire, avaient cette particularit, cĠest quĠils ne passaient pas
par Ptain, ils ngociaient directement avec la GestapoÉ
1994, la dernire
offensive laque.
On se souvient du combat de Victor
Hugo contre la loi du vicomte de Falloux, reprsentant du parti clrical qui
impose au pays une loi faisant passer lĠenseignement semi-public primaire sous
la coupe du clerg. Toutefois, en matire dĠaide la construction dĠcoles
prives catholiques, les pouvoirs publics limitaient la subvention accorde
10% du cot de construction. Aprs la dfaite du PS aux lgislatives de 1993,
lĠoffensive contre la lacit reprend. Monsieur Bayrou tant ministre de
lĠducation, la loi Bourg-Broc levait la limitation de lĠaide publique 10% et
donc proposait que la loi Falloux, loi antilaque sĠil en est et jamais
abroge, soit encore aggrave. Mitterrand fait un croc en jambes la droite et
refuse de signer. Partis sur un coup politique, les premiers surpris par la
mobilisation furent les organisateurs de la manifestation du 16 janvier 1994,
un million de personnes dfilent pour le retrait du projet gouvernemental
visant libraliser totalement le taux de financement lĠinvestissement
pouvant tre attribu par les collectivits territoriales aux tablissements
privs. 300.000 bretons ouvriront le cortge et les manifestants prsents depuis
le matin ne commenceront dfiler que le soir 18 heures !
Le projet gouvernemental est retir. Alors que cette mobilisation reprsentait
un vritable appel dĠair pour laver la dfaite de 1984, les grandes
organisations, notamment la FSU, qui vient de raliser une perce spectaculaire
aux lections professionnelles en reprenant le drapeau du syndicalisme unitaire
maintenu, restent lĠarme au pied. Un million de personnes dans la rue, et on se
contente de faire retirer un projet ractionnaire, sans contre-attaquer !
Les manÏuvres de
diversion : la question du foulard islamique.
Au terme de ce rappel historique,
nous insistons sur le fait que le combat laque a une carte dĠidentit, il
revendique la rupture dfinitive entre le pouvoir, les services publics et les
religions ; en France cette question sĠest toujours concentr sur les rapports
spcifiques de l'tat et de la hirarchie catholique ; les laques revendiquent
lĠapplication intgrale du principe rpublicain de 1905, la Rpublique ne
subventionne aucun culte ; fonds publics lĠcole publique ! Nous avons connu
depuis bien des manÏuvres de diversion.
CĠest le cas des affaires qui ont tourn autour du port du foulard. La premire remonte 1989 dans un collge de Creil, dont le proviseur sera ensuite candidat du RPR aux lections lgislatives qui suivront. Une campagne mdiatique outrancire monte en flche le fait que trois lves refusent de retirer leur voile la porte de lĠtablissement scolaire. CĠest aussi lĠpoque o lĠElyse et Franois Mitterrand en particulier utilise la question du vote des immigrs dans les lections locales pour diviser la droite et favoriser le vote populiste en faveur de Le Pen. La question du foulard est purement et simplement une manÏuvre politicienne qui nĠa pas grand-chose voir avec le combat des laques.
A lĠpoque, un courant jouant sur ses relations au sein du Grand Orient de France, avec le soutien de plusieurs associations (dont Europe et Lacit et le CNAFAL), se dchane contre le port du voile lĠcole. Ainsi donc les trois gamines de Creil menaceraient la puissante Rpublique une et indivisible et la ferait trembler sur ses basesÉ Bernard Teper, un des responsables de cette mouvance montera en 1992 un phmre mouvement politique, Initiative Rpublicaine.
Les ambiguts de la
ligne rpublicaineÉ
Aprs la dfaite laque de 1984, le
PS connatra une premire hmorragie; de nombreux militants le quitteront en
raison de la trahison du mandat laque que reprsentait la loi Savary, assortie
lĠpoque de plans de rforme du lyce (rapport Prost) et du collge (rapport
Legrand) largement rejets par la profession enseignante. Des fdrations
entires du parti se casseront en deux. Le dpart de nombreux militants
accrotra encore le poids des lus dans le contrle de lĠorganisation
politique. Parmi ces militants beaucoup chercheront des engagements qui,
leurs yeux, pouvaient leur permettre de continuer le combat laque. Les annes
1984 verront un mouvement vers la franc maonnerie, en particulier le Grand Orient.
Sain au point de dpart, ce mouvement sera progressivement endigu dans les
limites offertes par lĠorganisation qui les accueillait. Quelque part, il y
avait la nostalgie de la rpublique franc-maonne, lĠillusion dĠune lacit Ç
centre de lĠunion È et bien des ambiguts sur la question du voile, par
exempleÉ
Le mouvement Initiative Rpublicaine jouera un rle dans la naissance de la Coordination Nationale de la Gauche Rpublicaine ou Gauche Rpublicaine dans la perspective de rassembler lĠensemble de lĠarc politique de la gauche rpublicaine. Son secrtaire national est lĠancien dput Pierre Carassus. On retrouve dans ce rassemblement lĠAssociation pour une Gauche Rpublicaine, Initiative Rpublicaine (Bernard Teper), le club Socit et Dmocratie, des dissidents du MRC et plusieurs groupes locaux. Le projet politique de la CNGR se dfinit par sa fidlit aux valeurs fondatrices de la Rvolution Franaise, telles que celles-ci sont dfinies dans la dclaration des droits de lĠhomme et du citoyen, et du programme du Conseil National de la Rsistance.
La monte de la discussion dans lĠlectorat socialiste et au sein du PS la fin de lĠanne 2004 conduit un certain nombre de ses membres adhrer ou radhrer au PS, tandis quĠune partie des autres soutiennent le PCF. En 2005, la CNGR jouera un rle dans la campagne et au sein des collectifs pour le Non au TCE. Par la suite, elle participera aux collectifs du 29 mai, qui ont rdig la charte antilibrale, ainsi quĠau collectif national dĠinitiative pour un rassemblement antilibral de gauche et des candidatures communes, en vue des lections prsidentielles de 2007. En juillet 2006, la CNGR, rebaptise Gauche Rpublicaine, et le Mouvement pour une alternative rpublicaine et sociale annoncent leur rapprochement, qui doit aboutir terme la fusion des deux organisations. Les deux mouvements fusionnent le 27 mars 2007 et donnent naissance au MARS-Gauche Rpublicaine. Lorsque les courants Forces Militantes (Marc Dolez) et PRS (Jean Luc Mlenchon) rompent avec le PS au congrs de Reims (octobre 2008) pour fonder le Parti de Gauche, le MARS de Eric Coquerel rejoint le nouveau parti.
La gauche rpublicaine, comme son nom lĠindique, se fonde sur les valeurs de la Rpublique, pas sur le socialisme, cĠest une composante Ç rpublicaine È qui a sans doute sa respectabilit, ce nĠest pas une orientation anticapitaliste, dont la lutte pour lĠmancipation sociale met comme pralable dĠaffranchir Ç les organes de la pense publique È (Jaurs) de tout lien avec les religions. De plus lĠitinraire des rpublicains de gauche sĠest plus concentr sur le combat contre le port de signes dĠappartenance communautaire dans les services publics que sur la revendication laque de rupture du concordat impos par les gouvernements de la V me Rpublique. LĠensemble des courants de la gauche rpublicaine ne se sont jamais fixs comme objectif de remettre clairement cette question lĠordre du jourÉ
Au bout de la
chane, Riposte laque ou la drive outrancire.
En septembre 2007 une composante du
journal Respublica, dont Bernard Teper a t une cheville ouvrire, fondait le
journal Riposte Laque ; le texte de la dclaration de principes stipule ceci :
Ç Nous sommes, pour un certain nombre dĠentre nous, issus du journal en ligne Respublica. Aprs avoir particip avec beaucoup de plaisir cette aventure, le rdacteur en chef, ainsi que celui qui crivait la plupart du temps la chronique dĠEvariste et dĠautres collaborateurs ont dcid de crer un nouveau mdia plus spcifiquement ancr dans la priorit du combat laque. Nous pensons que le moment est venu pour cela. È
Troublant ! A la lecture de cette citation on peut se demander sĠil sĠagit dĠune scission ou dĠun complment ? JĠaimerais bien recevoir une rponse sur ce pointÉ
Il suffit de prendre quelques thmes traits par ce journal pour tre difi sur son orientation. Le lundi 12 janvier, alors quĠun mouvement dĠinstituteurs se dveloppe contre Darcos, une certaine Christine Tassin dans un article intitul Ç halte lĠimposture des enseignants dsobisseurs È crit :
Ç Depuis plus dĠun mois, un mouvement dĠ Ç enseignants-dsobisseurs È se dveloppe. Il concerne environ 1 millier de professeurs des coles qui refusent dĠappliquer les programmes du primaire 2008 et dĠorganiser lĠaide personnalise. On croit rver. Non seulement ces enseignants, qui, comme fonctionnaires, doivent (devraient) appliquer les textes et les programmes ne le font pas, mais, en plus, non seulement ils sĠen targuent mais ils osent protester contre les sanctions administratives dont ils font lĠobjet, avec le soutien, comme dĠhabitude, de plusieurs syndicats co-responsables de lĠtat de dliquescence de lĠcole publique. È
Dans un article du 12 janvier, intitul Ç les laques doivent abandonner lĠextrme droite le combat contre lĠoffensive islamiste È, un certain Pierre Cassen crit :
Ç LĠarrogante offensive de lĠislam contre la lacit exaspre de plus en plus de citoyens de notre pays qui ont en mmoire la bataille de leurs anctres contre lĠhgmonie de lĠglise catholique. La prolifration de voiles et de burquas est ressentie comme une agression par de nombreuses femmes, pour qui cet accoutrement constitue une rgression et nie les combats fministes et laques. DĠautres faits, piscines communautaristes, constructions de mosques de plus en plus visibles, souvent payes par le contribuable, annulation du mariage de Lille, affaire des caricatures, revendication de viande halal dans les cantines scolaires, refus de mixit lĠhpital, etc font comprendre aux moins politiss quĠaujourdĠhui lĠislam est le fer de lance dĠune vaste offensive contre la lacit, et plus largement la libert et lĠgalit, en France et dĠautres pays dĠEurope. È
LĠoffensive contre la lacit cĠest lĠIslam. Le paragraphe que nous venons de citer aurait pu parfaitement tre rdig par Jean Marie Le PenÉ
Sous le pseudonyme de Cyrano, un collectif dĠauteurs nous crdite toutes les semaines de textes, dont ce dernier rdig aprs les grandes manifestations en France contre le carnage de Gaza :
Ç On se souvient des manifestations lĠpoque de Gaza. Nul nĠa oubli ces dmonstrations ahurissantes de haine de certains manifestants, cet amalgame systmatique entre Isral et le rgime nazi, entre Isral et lĠAfrique du Sud, la rfrence des crimes de guerre, lĠantismitisme dguis en antisionisme. Nous avions, sans aucune concession, dnonc les Buffet, Besanenot et Mlenchon qui, en participant des manifestations, notamment Paris et Marseille, o les Allah akbar faisaient bien plus de bruit que lĠInternationale, sĠtaient dshonors en marchant avec les adorateurs dĠun parti religieux fasciste, le Hamas. Il est particulirement intressant de regarder la composition de nos nouveaux miliciens, avec lĠuniforme vert (quel symbole !) On y voit trs peu de femmes arabo-musulmanes, et pas de voile de service. On y voit beaucoup de militants Ç souchiens È, comme dirait lĠinimitable porte-parole des indignes de la Rpublique, Houria Bouteldja. Les islamistes ont t assez malins pour instrumentaliser leurs idiots inutiles, et les mettre en avant. LĠhomme qui finit dans une prise de parole est tellement dans cette caricature quĠon ne sait si on doit rire ou pleurer. Il ressemble tellement tous ces marxistes, en Iran, qui ont aid lĠayatollah Khomeiny prendre le pouvoir, et qui ont compris leur erreur le jour o ils se sont retrouvs en prison, avant dĠtre excuts. Tous ces gauchistes compassionnels dgnrs, qui doivent lire la prose dĠAlain Gresh, ont lĠair trs fiers dĠeux, et sont convaincus de lutter contre lĠimprialisme et ses allis. Ils oublient juste quĠils sont en train, en France, dĠexporter le conflit isralo-palestinien, et de servir la soupe aux Hamas et ses militants hexagonaux. Ils sont incurables, irrcuprables, et nous savons que nous aurons ces collabos en face de nous, comme lors de la bataille pour une loi contre les signes religieux lĠcole, quand il sĠagira de dfendre la Rpublique laque, face aux communautaristes religieux islamistes. Nous avons eu droit un discours du barbu de service, qui ose dire, au-del des diatribes habituelles sur le conflit isralo-palestinien : Ç on est chez nous, chez nous cĠest la France, et on va prendre les choses en main pour imposer le boycott dĠIsral. È
Lors
des dernires lections municipales, Riposte Laque a produit un modle de
lettre aux listes se prsentant aux suffrages des lecteurs, o lĠon peut lire
ceci :
Ç Si, une fois lu, vous tes lĠobjet de demandes directes (ou indirectes par
le biais de baux emphytotiques portant sur des terrains) de financement public
de construction ou dĠentretien de lieux de culte (glise, synagogue,
mosque,templeÉ.), quelle sera votre rponse ?...
Si vous tes soumis des revendications de type communautariste portant sur des spcificits alimentaires, comportementales, vestimentaires (ou autres), quelle sera votre dcision ? Par exemple, si dans une des coles publiques de votre commune, des accompagnatrices de sorties scolaires prtendent imposer leur Ç voile islamique È, comment ragirez-vous ?.. È
Les glises, temples et synagogues tant construites dans ce
pays depuis longtemps, lĠaide publique par le biais de baux emphytotiques ne
peut donc concerner que les communauts musulmanes (pour les non-initis, un
bail emphytotique est le prt dĠun terrain pour y construire un btiment pour
une priode de 33 ans et en gnral pour un euro symbolique accord par une
collectivit locale). Quant la question vestimentaire, elle nĠest envisage
naturellement que pour le port du voileÉ
Une Ç discussion È de Riposte Laque avec Henry Pena Ruiz.
Le philosophe et crivain Henry Pena
Ruiz est intervenu lors des rencontres internationales de Saint Denis sur la
lacit le 5 avril, rencontres organises par diverses associations laques
europennes. Il y disait en substance ceci :
Ç
Du Maghreb, de France, dĠEurope et du monde entier, osons dire les principes
dĠune humanit rconcilie de la seule faon qui permette dĠviter le retour
des fanatismes meurtriers : lĠunion des hommes par ce qui les lve au meilleur
dĠeux-mmes. Libert authentique fonde sur lĠautonomie de jugement, galit
des droits rendue crdible par la justice sociale et internationale, se
conjugueront alors, et elles le feront grce lĠmancipation laque des
socits comme des personnes.
Un tel idal nĠest le produit dĠaucune civilisation. Il a t conquis de haute
lutte dans lĠOccident comme il peut lĠtre ailleurs. A lĠpoque cĠtait le
clricalisme catholique, essentiellement qui lui faisait obstacle. Rompons
aussi avec les illusions de perspective et avec les amnsies slectives. Il ne
faut pas que la gographie prsente rende aveugle sur lĠhistoire passe. Chaque
monothisme a engendr ses formes dĠoppression et de communautarisme, et nul ne
peut donner la leon lĠautre en la matire. CĠest en Occident Ç chrtien È
que furent inventes les croisades, les bchers de lĠinquisition, lĠ Ç index
des livres interdits È, les expditions coloniales assorties dĠethnocides, les
bombardements massifs de populations civiles et les camps dĠextermination
caractre raciste. Joli bilan. CĠest en terre arabo-musulmane quĠa t sauv
lĠimmense hritage de la civilisation grecque, quĠon a inaugur une coexistence
harmonieuse et un dialogue exigeant des grandes cultures, que sĠest invent le
principe de lecture rationnelle des textes (avec Averros) : les Ç Lumires È y
ont devanc les Lumires europennes de plusieurs sicles. Serions-nous assez
amnsiques pour lĠoublier, et feindre de croire aujourdĠhui quĠil nĠy a dĠislam
quĠintgriste et de Christianisme que librateur ? Certes, la figure intgriste
de lĠIslam politique est venue depuis ternir singulirement lĠimage voque.
Mais faut-il oublier Averros sous prtexte quĠil y a eu Ben Laden ? A suivre
un tel amalgame, il faudrait oublier le Christ, sous prtexte quĠil y a eu
Torquemada.
En ralit, nulle civilisation nĠest rductible un de ses moments, et cĠest faire preuve dĠune lecture partisane – moins quĠelle ne soit simplement mal instruite – que de vouloir hirarchiser les civilisations, comme prtend le faire Samuel Huttington dans vision apocalyptique du Ç clash des civilisations È. Ceux qui dressent la croix contre le croissant en prtendant faire de lĠEurope un club chrtien sont les anctres momifis des fous de Dieu qui dressent lĠIslamisme politique contre les Ç croiss È. Symtrie des ostracismes. Les uns et les autres dveloppent une critique de la modernit laque, de la Raison, des Lumires, comme si on pouvait leur imposer les pires maux de notre poque. Il est si commode de prendre tmoin lĠopinion en insistant sur les indniables ravages produits par la mondialisation capitaliste inhumaine, et de faire semblant de les imputer aux idaux laques et dmocratiques !
CĠest pourquoi aujourdĠhui on ne peut sĠacharner unilatralement contre une figure thologico-politique particulire, celle de lĠislamisme politique, videmment distincte de lĠIslam. Certes, il ne faut lui faire aucune concession, et tre intraitable tant sur la lacit des institutions publiques que sur lĠgalit des femmes. Mais cela doit se faire au nom dĠune lacit universaliste, qui ne soit pas gomtrie variable. La France laque de la loi sur les signes religieux de mars 2004 a demand aux lves dĠter le voile, la kipa ou la croix charismatique en entrant dans les espaces scolaires. La mme France, entre 1883 et 1905 a fait ter les crucifix des salles de classes, des mairies, des palais de justice. Et en 1937, une circulaire de Jean Zay avait dj prohib les religieux dans les tablissements scolaires. Ce nĠest donc pas Ç une loi sur le voile È qui a t vote sur proposition de la commission Stasi, mais une loi sur lĠensemble des manifestations ostentatoires des religions. Il faut y insister, afin de rendre lisible lĠexigence universelle qui lgitime la loi. Et dĠviter toute stigmatisation. È
LĠintervention de Henry Pena Ruiz a suscit une violente polmique provoque par un thurifraire de Ç Riposte laque È dans un article intitul : Ç lĠaffligeante complaisance de Henry Pena Ruiz avec lĠoffensive islamique È, o lĠauteur polmique sous lĠangle habituel, lĠennemi principal de la lacit cĠest lĠislamisme, dformant grossirement lĠargumentation de notre crivain. Ce dernier demande un droit de rponse, et il dsignera assez justement ce qui fonde in fine la dmarche de ce journal :
Ç LĠheure nĠest pas, ou ne devrait pas tre, aux invectives contre des personnes qui entendent dfendre la lacit. Le dbat oui, mais pas la dformation polmique. A moins que sous prtexte de lacit on ne nourrisse un autre projet politique. Mais alors, il faut le dire. La dfense dĠIsral par Riposte Laque au moment o il bombardait les populations civiles de Gaza ne me semble pas prcisment relever de lĠesprit laque. En fait, Riposte laque ne combat pas seulement lĠislamisme, mais aussi et surtout lĠIslam, et dissimule mal sa volont de hirarchiser les religions, mais aussi les diffrentes cultures. Elle reprend en fait son compte la thse du Ç choc des civilisations È, de si triste mmoire. Je crains donc quĠavec elle la dfense de la lacit ne devienne la couverture dĠun autre combat, qui nĠest pas du tout le mien. De l dformer mes propos pour mieux me disqualifier il nĠy avait quĠun pas, et il a t franchi. È
Quelques lments de
conclusion.
Le combat laque doit tre remis sur
les bons rails, cĠest ce que nous noncions dans le titre de lĠarticle.
DĠabord la question de la lacit de l'tat : ce nĠest pas lĠaffaire de vieux lacard attard. Lorsque Nicolas Sarkozy est all au Latran, tat du Vatican, le 20 dcembre 2007 prononcer devant le pape un discours sur sa conception dĠune lacit nouvelle, il lĠa fait en relation directe la fois avec la politique trangre qui est la sienne et celle dĠune fraction de la bourgeoisie franaise aujourdĠhui, et sur le plan de la situation intrieure en continuit avec la politique de tous les prsidents de la V me Rpublique, Mitterrand compris, sur la lacit de lĠcole et des services publics. Le snateur Mlenchon a produit dbut 2008 une Ç rplique au discours de Nicolas Sarkozy, chanoine de Latran È, o il crit en particulier ceci :
Ç É (page 45 ditions Bruno Leprince) le discours prononc Latran nĠest pas le rglement compte dĠun homme de droite dcomplex avec le rcit rpublicain traditionnel marqu par la domination intellectuelle du courant issu des Lumires. CĠest un discours pour lĠactualit et propos de lĠactualit telle que la voit le prsident et dans laquelle il pense que la France doit prendre place. Mais elle ne peut le faire en tant quĠEtat rpublicain construit sur les bases laques telles quĠelles sont constitu par son histoire et en particulier celle de la loi de 1905. La Rpublique laque ne peut connatre ni sĠintgrer dans la logique du choc des civilisations. Cette impossibilit a clat ds son discours sur la politique trangre de la France prononc en novembre 2007. Il y affirmait que Ç le premier dfi È que le monde aurait relever ce serait Ç le risque de confrontation entre lĠislam et lĠoccident È.
Cette lecture de lĠtat du monde partir du fait religieux plutt quĠen partant des politiques pratiques par les tats marquait une rupture du discours de politique trangre de la France. Mais surtout il implique une consquence inacceptable pour la France elle-mme. Car les citoyens franais de confession musulmane sĠy trouvent immdiatement plac en situation dĠimpasse et de soupon. La tension que cette vision du monde dclenche pour notre pays lui-mme montre lĠobstacle que reprsente pour cette vision la dfinition laque de lĠidentit de la Rpublique franaise. On ne doit pas perdre de vue quĠil sĠagit dĠune opposition des principes fondamentaux mis en Ïuvre. Lacit et politique du choc des civilisations sĠopposent point par point sur le plan des principes sur lesquels elles reposent. Cot choc des civilisations, la diversit est la donne indpassable, ct lacit cĠest lĠunit en soi de lĠespce humaine qui est le point dĠappui. L o la politique de civilisation prne la coexistence dĠintrts intrinsquement diffrents, la vision laque postule quĠil existe un intrt gnral que la raison des citoyens peut discerner et promouvoir. L o la politique de civilisation vise une identification une Ç famille È, la lacit prne lĠindiffrence au religieux en politique pour rendre possible lĠunit et lĠindivisibilit de la communaut civique. CĠest pourquoi, point pour point le prsident est aussi mthodique dans lĠaffirmation et la mise en Ïuvre de sa vision du monde. Globalement son projet avr est la reconfessionalisation de la socitÉ È
Reconfessionnaliser la socit me semble difficile, notamment sur les questions du mode de vie, les citoyens de confession chrtienne sont trs largement en rupture avec la politique papale ; les dernires prises de position de la hirarchie sur le sida ou le mariage des prtres nĠont rien arrang. En revanche chercher tablir, comme tout rgime bonapartiste lĠa fait dans le pass, un rgime de fait concordataire dans lequel l'tat considre la religion comme son auxiliaire spirituel, cĠest l o lĠon voudrait ramener le corps social. Mais l aussi quelles difficults ! Monsieur Bayrou lui-mme, qui avait pourtant contribu mettre 1 million de citoyens dans la rue contre la rvision de la loi Falloux, a pris des positions proches des milieux chrtiens dmocrates, dans la tradition gallicane, revendiquant dĠun point de vue chrtien la sparation de l'glise et de l'tatÉ Pourtant la volont qui est celle de Sarkozy de se dbarrasser de la lacit pour les besoins propres de la politique quĠil incarne est bien l : engager la France dans de nouvelles aventures guerrires, retour de la France dans le commandement intgr de lĠOTAN, installation dĠune base militaire aux mirats arabesÉ Le snateur Mlenchon a raison de pointer cette volont de dtruire cet acquis de civilisation fondamental quĠest la lacit, pour engager la France dans la logique du Ç choc des civilisations È.
Le deuxime point concerne la lacit de lĠcole ; je dirai du reste trs librement vis--vis du snateur, que ce qui vient de se passer dans ce domaine travers le dcret du 19 avril 2009, est le fruit pourri de la trahison Ç socialiste È de 1984. En 1962, la loi Debr, dans le droit fil du coup dĠtat bonapartiste de 1958, impose le financement public de lĠenseignement priv catholique, mais impose dans le contrat une srie de dispositions qui garantissent les droits de l'tat Ç laque È, en particulier le monopole de la collation des grades. En 1983, la loi Savary marque la volont du gouvernement prsid par Franois Mitterrand dĠtablir une parit public-priv, selon le prambule de la loi, lĠcole prive catholique Ç concourt au service public È. Le protocole Lang-Cloupet rcidive. JusquĠ prsent, dans la tradition rpublicaine les universits publiques sont seules habilites dlivrer des diplmes. Dsormais les diplmes dlivrs par les tablissements dĠenseignement suprieur catholiques pourront obtenir une reconnaissance directe de leur grade lĠuniversit publique.
Le journal Ç A gauche È (publi par le Parti de Gauche)
du 14 mai 2009 ajoute ceci :
Ç Cet accord ouvre aussi la voie, par transitivit, la reconnaissance de
lĠensemble des diplmes de lĠenseignement priv au nom Ç de la concurrence
libre et non fausse È inscrite dans les Traits europens et appliqus au domaine
de lĠEducation par le processus de Bologne et lĠagenda de Lisbonne. A des
diplmes immanquablement dvaloriss, se substituerait une certification des
connaissances dont les travailleurs seraient bien en peine de se rclamer
ensuite en termes de conventions collectives. La coalition de la religion et
des marchands menace ainsi la fois la lacit et lĠgalit sociale. È
Il y a quelques semaines, un
collectif dĠorganisations du Maine et Loire (Le Collectif Vigilance Lacit de
ce dpartement regroupant DDEN – FCPE – FOL – FRANCAS –
FSU – JPA – LDH – OCCE - SDEN CGT –SE - SNEP - SNES
– SNUipp - Solidarit Laque – UNSA Education) lance une ptition
sous lĠangle de la rsistance la privatisation : Ç Il faut, ds maintenant,
penser mettre fin un financement public de la concurrence scolaireÉ È Aux
questions que jĠai pos au principal initiateur de cette ptition, Jack Proult,
secrtaire de la FOL du 44, me rpond :
Ç
Le projet "d'unification-complmentarit" n'est pas dans les cartons
du gouvernement Sarkozy, mais dans ceux du P.S. et dans ceux de la Ligue de
l'enseignement. A l'assemble gnrale de Paris (2007), Tournemire, secrtaire
national de la ligue, ma question sur l'unification laque, me rpondait:
"La ligue reste plus que jamais (. . . ) partisane d'un service public
d'ducation dans le respect de la diversit" (soulign par moi). Que
signifie cette diversit ? Sinon le caractre propre, ethnique (cole D'iwan)
ou religieux. Lors d'une runion Paris en dcembre 2008, Eric Favey, autre
secrtaire national, la mme question rpondait que la Ligue pensait une
initiative d'unification qui n'aurait rien voir avec celle que demandait Jack
Proult. Suite la suppression de la carte scolaire, la ligue a propos son
largissement et d'y inclure les tablissements privs (ce qui consistait une
reconnaissance et une forme d'intgration). L'argument avanc tait de
circonscrire l'enseignement priv.
Par ailleurs, le Conseil rgional des Pays de la Loire, prsid par Jacques
Auxiette avait prvu un service d'ducation intgrant le priv. Suite aux
protestions des laques, la formule n'est plus avance, mais les initiatives
prises dans le domaine de l'ducation concerne aussi bien le priv que le
public. Vous comprendrez que nous pouvions mettre cela dans l'expos des
motifs. Toutefois nous insistons sur le danger de service rgionaux d'ducation
qui, en s'appuyant sur les SIG (Services dĠIntrt Gnraux) europens,
associeraient public et priv. Naturellement, la formule "unification-complmentarit"
est de notre cr. Cordialement.
Par ailleurs, le conseil rgional des pays de la Loire prside par Jacques Auxiette mettait l'ide d'un service rgional d'ducation. È
Mon point de vue est lgrement diffrent : nous sommes toujours, quĠil sĠagisse du dcret du gouvernement de Sarkozy, ou dans celle du PS et de la Ligue de lĠEnseignement dans la mme logique, celle de la loi Savary-Lang-Cloupet, celle de lĠUnification public-priv. Nous portons la mme accusation quĠen 1984, cĠest une privatisation de lĠenseignement public, totalement conforme avec la politique de lĠUnion Europenne. De ce point de vue l, les tenants du Oui de gauche au TCE de 2005 et la politique de Sarkozy dans le domaine de la lacit se rejoignent.
Le combat laque doit se mener
l-dessus et carter au passage les ambigits des courants rpublicains, plus
grave les manÏuvres de diversion comme celle promue par Ç Riposte Laque È, qui elle cherche
engager le camp laque dans la logique du Ç choc des civilisations È.
* * *
Notes de lecture
Ç Je veux une bonne
cole pour mon enfant ! Pourquoi il est urgent d'en finir avec le march
scolaire È livre de Nico Hirtt
ditions Aden, 120 pages, 14 Û, Avril 2009
Une priorit ducative
et sociale: CHANGER L'ECOLE!
Nicot Hirtt est la fois enseignant, syndicaliste et
chercheur marxiste.
Cet ouvrage comme tous ceux qu'ils a crits nous invite une rflexion pousse sur la situation de l'cole d'aujourd'hui et sur les voies du changement oprer.
Tous ceux et toutes celles qui s'inquitent sur le devenir de l'cole publique en France depuis que Sarkozy tient les manettes devraient lire attentivement ce livre o l'auteur analyse avec rigueur la ralit d'une des coles les plus librales d'Europe: celle de Belgique.
Les nombreux graphiques et tableaux prsents et comments nous montrent les effets d'une politique o le march est roi, y compris dans le systme ducatif.
La recherche de la meilleure cole pour ses enfants est l bas un sport national surtout pratiqu par les Ç lites È et tous ceux qui matrisent les rouages et connaissent les circuits...Il faut chercher la Ç bonne È cole , quitte faire la queue lors des inscriptions... Ce systme est profondment ingalitaire et conduit l'existence d'coles ghettos d'un ct et des tablissements cots o les lves sont presque tous semblables.
Certaines associations mnent des campagnes mdiatiques et politiques au nom du slogan rducteur et simpliste : Ç laissez choisir les parents È...
Nico Hirtt montre comment pratiquent ces zlateurs du libralisme tout crin qui veulent maintenir les coles d'lite :
Ç Ils poussrent l'odieux jusqu' recruter une maman voile de noir et l'envoyer en premire ligne dans les dbats publics pour y dfendre le droit de choisir son cole, au nom de son appartenance la Communaut musulmane. Alors que des milliers d'enfants issus de l'immigration turque et maghrbine sont parqus dans des coles de relgation. È
Le diagnostic de l'institution produisant des checs en masse se termine par des propositions ambitieuses...
Il s'agit de changer l'cole- et non de changer d'cole- en
rvisant les contenus de la formation commune, en tablissant une mixit
sociale profitant tous les lves... L'auteur rejette la fois la
spcialisation troite et la fois le repli frileux sur les seules Ç
comptences de base È pour proposer une formation gnrale et
polytechnique...La voie technique optionnelle ensuite devenant non une voie de
garage mais un chemin d'excellence comme les autres orientations.
Nico Hirtt se prononce clairement pour une cole o les parents puissent trouver une cole accessible, de qualit et de proximit.
Jean-Franois CHALOT.
* * * *
Ç Carte scolaire et March scolaire È de Choukri Ben Ayed, prface de Grard Aschiri
Institut de recherche de la FSU, ditions du temps, 137 pages, 16 Û, avril 2009.
Une autopsie rigoureuse mais une zone d'ombre !
L'auteur de cette recherche explique comment l'assouplissement de la carte scolaire, voire sa suppression pure et simple conduit dtruire un difice consensuel : l'cole rpublicaine garantissant une galit d'accs aux savoirs.
Le prsident de la
Rpublique en exercice mne effectivement une politique de rupture... avec tous
les principes rappels aux frontons de nos mairies. Non content d'instaurer une
concurrence entre tablissements et de favoriser la sgrgation sociale, le
systme mis en place va augmenter l'chec scolaire !
L'exploitation de l'enqute PISA (valuation comparative des savoirs et savoir faire essentiels la vie quotidienne) montre par ailleurs que les pays les plus libraux europens que veut imiter Sarkozy: la Belgique et l'Angleterre connaissent les ingalits scolaires les plus fortes.
L'instauration d'un rel
march scolaire et la ghettosation qui va s'en suivre =vont invitablement
accentuer les tensions et les contradictions qui traversent l'cole.
L'auteur qui rejette cette politique propose des pistes de rflexion et de transformation qui visent une requalification de la scolarit dans les territoires fragiliss.
Il met en perspective l'laboration de nouveaux primtres scolaires faisant vivre une vritable mixit sociale en englobant des quartiers diffrents.
Ce livre est un document utile et
indispensable puisqu'il tablit un diagnostic svre mais juste de la politique
scolaire librale en cours. Je regrette pourtant que l'auteur puisse dans un
livre prfac par le secrtaire gnral de la FSU faire le commentaire suivant, sans guillemets ni points
d'exclamation :
Ç C'est pourquoi
l'tat contrle et finance les tablissements privs sous contrat en
contrepartie du respect des programmes nationaux. Le choix de l'cole n'est
donc pas un avatar de l'cole rpublicaine, il en constitue au contraire un des
piliers car il incarne le principe de lacit, celui qui garantit le droit
fondamental choisir pour son enfant un contexte ducatif en conformit avec
ses croyances et ses valeurs. È
J'ai du mal comprendre et mal
interprter : ce n'est pas possible qu'il s'agisse d'une acceptation ou d'une justification
du dualisme scolaire!?
Jean-Franois CHALOT.
* * * *
Document : article de Catherine
Kintzler, philosophe, biographe de Condorcet, sur le site RUE 89.
Catherine Kintzler, philosophe et professeur mrite l'Universit de Lille 3 nous a envoy cette tribune au titre du Collectif pour la promotion de la lacit. Celui-ci, inquiet de l'accord entre la France et le Vatican sur la reconnaissance des diplmes, organise ce mercredi avec quinze parlementaires une confrence de presse pour demander l'annulation du dcret. Par ailleurs, une ptition sur ce sujet a dj recueilli 12 000 signatures.
Dans la ligne des discours sur la Ç lacit positive È prononcs par Nicolas Sarkozy Latran et Riyad, la France a sign le 18 dcembre avec le Saint-Sige un accord ayant pour objet Ç la reconnaissance mutuelle des grades et des diplmes de l'enseignement suprieur dlivrs sous l'autorit de l'une des parties È.
Cela veut dire qu'un diplme dlivr par l'enseignement suprieur catholique habilit par le Saint-Sige sera reconnu, niveau comparable, par la Rpublique. On peut lire ici le dcret du 16 avril 2009.
A premire vue, pas de quoi
s'alarmer : ce genre d'accord est frquemment sign avec d'autres tats
europensÉ Alors pourquoi pas le Saint-Sige ? C'est un tat comme un autre, et
puis nous sommes dans un vaste mouvement de reconnaissance des diplmes au
niveau europen. Sauf que le Saint-Sige n'est pas un tat comme un autre.
Dirig par un monarque, il ne fait pas partie de l'Union europenne, laquelle impose des conditions dmocratiques pour toute admission, conditions que le Saint-Sige ne remplit pas. Et, comme chacun sait, ce n'est pas seulement un tat : c'est une instance religieuse fixant une doctrine qu'elle a pour mission de rpandre - une puissance religieuse proslyte.
La Rpublique Franaise, suppose
Ç laque et sociale È
La Rpublique ne l'empche nullement de rpandre sa parole dans la socit civile, mais, jusqu' nouvel ordre, elle ne lui accorde aucune prrogative dans le champ des comptences publiques. Dmocratique, la Rpublique franaise n'est pas comme un autre tat dmocratique : elle est de plus Ç laque et sociale È.
Elle laisse ses chercheurs et
universitaires travailler librement sans leur fixer d'objectif idologique ou
religieux. Elle leur interdit toute propagande, tout proslytisme dans le cadre
de leur enseignement, a fortiori dans celui des diplmes.
Lorsqu'on lit de prs le dcret, on s'aperoit qu'il reconnat au Saint-Sige la comptence pour nommer les tablissements catholiques concerns par l'accord - on comprend alors que la nouvelle ait t accueillie par nombre d'instituts catholiques avec une certaine rticence.
Il y a l un consentement donn par la Rpublique une ventuelle reprise en main par le Vatican de l'enseignement suprieur catholique franais, qui se fait ainsi court-circuiter (voir l'analyse parue dans Le Monde Ç Dcret France-Vatican, flou et mcontentement È). Et pour faire bonne mesure, l'accord porte sur toutes les disciplines.
Double violation du principe constitutionnel de lacit
Faisons la fiction d'un
tablissement habilit par le Saint-Sige qui dlivrerait un doctorat en
mdecine comportant un module obligatoire d'thique mdicale condamnant les
prservatifs, les contraceptifs et l'IVGÉ
Est-ce le rle de la Rpublique franaise, dmocratique, laque et sociale, de reconnatre des diplmes dlivrs par une puissance monarchique religieuse dont l'une des fins est la propagande et le proslytisme ?
Rciproquement, est-ce le rle d'un tat laque de s'immiscer dans les affaires religieuses en se prononant sur le contrle que l'enseignement catholique suprieur franais devrait recevoir de telle ou telle instance religieuse ?
Faire entrer les affaires religieuses dans le champ de l'autorit publique, accorder l'autorit publique le droit de mettre son nez dans les affaires d'une religion : il y a l une grave et double violation du principe constitutionnel de lacit.
De
plus, l'accord court-circuite le Parlement, qui est pourtant seul comptent car
seule la voie lgislative peut prendre des dispositions en la matire.
Cela fait beaucoup. Alors pourquoi avoir sign un tel accord, si ce n'est pour
dmolir une fois de plus la lacit, et pour rduire une fois de plus l'action
de la reprsentation nationale ?
Une saisine du Conseil d'tat pour excs de pouvoir est en prparation.
* * * *
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