Lettre de liaison n¡8 du  30 dŽcembre 2007
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

ComitŽ de rŽdaction provisoire : Christian Barlo (83,) Sylvie Bonnin (03), Jean-Franois Chalot (77), Mayeul Chamussy (38), Olivier Delbeke (94), Franois Ferrette (61), StŽphane Fustec (75), Bernard Grangeon (63), Joelle Losson (54), Claude Luchetta (43), Franck Marsal (94), Marianne Olivier (94), Vincent PrŽsumey (03 – directeur de la publication), Raymond Debord (75), Salima Jamili (75) É

 

Pour soutenir et Žlargir la diffusion de Militant-la Lettre de liaison :

Fa”tes circuler notre bulletin !

Abonnez-vous ˆ notre liste de diffusion : e-MILITANT_LIAISON-subscribe@yahoogroupes.fr

Visitez notre site Web : http://www.le-militant.org/

 

 

Sommaire :

Affiches et autocollants Droit de grve.

Le billet du jour : Pakistan, Musharaff dehors !

Raymond Debord ; CONTRE LA DIVISION ET LA CALOMNIE : POUR LÕUNITE DES ORGANISATIONS ET LÕOBTENTION DE LA REGULARISATION PAR LE TRAVAIL.

2008 arrive : et la plante ? ... Bonne annŽe !

Oligarchies : Etats-Unis.

Oligarchies : Chine.

Oligarchies : Russie.

Sarko, le pape et Carla.

Le timing de Sarkozy-Fillon.

Vers le timing de la majoritŽ exploitŽe : le timing du Militant.

* * *

Militant met ˆ votre disposition une affiche 40X60 cm :

ÒRestriction du droit de grve dans les transports : ˆ qui le tour demain ? Abrogeons la loi sur le service minimum !Ó

Et un lot dÕautocollants dont les mots dÕordre sont les suivants :
ÒSans droit de grve, comment pourra t-on se dŽfendre ?Ó
ÒPour faciliter sa politique, Sarkozy doit limiter le droit de grveÓ
ÒLe droit de grve nÕest pas nŽgociableÓ
ÒRestriction du droit de grve dans les transports : ˆ qui le tour demain ?Ó
ÒTous unis contre la remise en cause du droit de grveÓ
Et ils se terminent par la mme revendication Òabrogeons la loi sur le service minimum !Ó

Ce matŽriel est disponible au prix suivant :
Affiche : 5 euros les 10
Autocollants : 1, 5 euros les 10
Chques ˆ lÕordre dÕAssociation populaire dÕentraide

Adresser les commandes ˆ
Franois FERRETTE
48 rue du Val Noble
61000 Alenon

* * *

Le billet du jour.

 

Benazir Bhutto a ŽtŽ assassinŽe.

 Elle Žtait la dirigeante d'un des deux grands partis (avec la Ligue musulmane de Nawaz Charif) de la bourgeoisie et des grands propriŽtaires du Pakistan, le PPP (parti du peuple pakistanais) qui avait drainŽ des couches populaires depuis les grves insurrectionnelles de 1969 (1). Fille de l'ancien prŽsident Ali Bhutto, elle venait de revenir au Pakistan, suivie de son rival Nawaz Sharif, sous la pression des Etats-Unis qui voulaient orchestrer une "transition pacifique" prŽservant le rŽgime militaire et l'Etat pakistanais, qui, crŽŽ contre le mouvement d'Žmancipation des peuples indiens en 1947, n'a aucune lŽgitimitŽ nationale entre l'Inde et l'Afghanistan.

Quoi que l'on pense de sa politique, son assassinat vise les peuples et la classe ouvrire de ce pays, qui avaient commencŽ ˆ manifester en masse pour chasser le dictateur militaire Musharaf avec comme perspective politique immŽdiate "Benazir au pouvoir", ce qui voulait dire ouvrir la voie ˆ tous les changements. C'est bien pour fermer cette perspective, trop dangereuse pour le rŽgime pakistanais et pour "l'ordre" mondial, qu'elle a ŽtŽ tuŽe par la connection services secrets-islamistes, ISI (les services secrets pakistanais, sous-produit historique des services coloniaux britanniques)-al Qa•da.

Grves, manifestations et Žmeutes balaient le pays. La crainte de tous les gouvernements et dŽfenseurs de l'ordre Žtabli est que cet assassinat odieux produise l'inverse de ce qu'il voulait empcher, car il y a maintenant dans les rues un peuple de partisans de "Benazir" sans Benazir ... s'ouvrant ainsi un espace vers une organisation ouvrire et populaire indŽpendante ! "La tragŽdie renforce le sentiment dans l'administration Bush qu'il est plus que jamais nŽcessaire de s'accrocher ˆ Musharraf", a dŽclarŽ Daniel Markey, ancien responsable des questions pakistanaises au dŽpartement d'Etat. Le Conseil de sŽcuritŽ de l'ONU vient au secours de Washington en grave difficultŽ, puisque c'est Washington qui avait montŽ le nettoyage de la dictature et qui vient de prŽcipiter la crise en envoyant Benazir Bhutto ˆ la mort.

Toutes les bonnes ‰mes journalistiques se dŽcha”nent : pour eux, entre le "chaos" et Musharaf le dictateur, il faut choisir Musharaf. Ils agitent le spectre de la bombe atomique aux mains d'al Qa•da, alors que ce qui leur fait rŽellement peur, ce sont les masses dans la rue, dressŽes contre la dictature et contre les assassins ˆ son service, c'est-ˆ-dire contre al Qa•da et compagnie !

Pascal Boniface, expert franais officiel en relations internationales, rŽsume le mensonge gŽnŽral d'une phrase, ce vendredi 27 dŽcembre sur Antenne 2 : "Le prŽsident Musharaf est le dernier rempart contre les islamistes." C'est ridicule : les masses qui se lvent au Pakistan dŽnoncent trois adversaires, qui sont le pouvoir, les islamistes et Washington. Cela s'appuie sur une reprŽsentation raciste : des manifestants brandissant des b‰tons et protestant contre le pouvoir assassin ne sauraient tre, pour nos "journalistes", que des islamistes, alors que les partis islamistes pakistanais, totalement infiltrŽs par les services secrets, sont dŽnoncŽs par les manifestants comme ennemis de la dŽmocratie, oppresseurs des femmes et miliciens anti-grve.

"Il faut que le calme rgne au Pakistan" : ainsi s'exclament tous les biens pensants. Cela veut dire : maintenir Musharaf en place.

Ni chaos, ni dictature : dŽmocratie. Musharaf dehors ! Destruction de la caste des officiers, suppression de l'ISI. Voila ce que veulent les peuples du Pakistan.

 (1) Le BA-ba du marxisme, c'est dire ce qui est, et non pas faire prendre des vessies pour des lanternes, comme qualifier le PPP d' "expression organisŽe de la volontŽ des masses ˆ changer la sociŽtŽ" (Žditorial d'Alan Woods repris sur le site de La Riposte ˆ l'annonce de l'assassinat de Benazir Bhutto voir : http://www.lariposte.com/L-assassinat-de-Benazir-Bhutto-953.html ) et prŽtendre que "Les principes fondateurs du PPP fixent l'objectif d'une transformation socialiste de la sociŽtŽ". FondŽ en 1967 par le futur prŽsident Ali Bhutto, le programme historique du PPP se rŽsume dans la formule "socialisme islamique, dŽmocratie et non-alignement", formulation assez classique pour un parti bourgeois nationaliste. Les grves insurrectionnelles de 1969 auraient pu dŽboucher sur la formation d'un parti ouvrier indŽpendant sans la dŽcision du PC et des chefs syndicalistes d'entrer au PPP. Tout le monde sait trs bien que le groupe dirigeant du PPP, dominŽ par la famille Bhutto, reprŽsente l'oligarchie foncire Sind, qui opprime paysans et ouvriers agricoles du Sud du pays. Il a exercŽ plusieurs fois le pouvoir et n'a Žvidemment effectuŽ aucun pas vers la "transformation socialiste de la sociŽtŽ" pour laquelle la condition indispensable est l'organisation indŽpendante des ouvriers et des paysans.

* * *

 

2008 arrive : et la plante ?

Au rythme o sont dŽcouvertes de nouvelles plantes dans d'autres systmes stellaires, nous devrions statistiquement tre renseignŽs d'ici dix ans au maximum sur la frŽquence effective de la vie dans l'univers. La majoritŽ de ces nouvelles plantes, repŽrŽes en nombre croissant depuis le milieu des annŽes 1990, sont des gŽantes gazeuses du type de Jupiter ou Saturne, parce que ce sont les plus grosses, mais la proportion augmente des plantes telluriques, c'est-ˆ-dire de taille relativement petite, avec un noyau solide et, dans certains cas, de l'eau et une situation par rapport ˆ leur soleil comparable ˆ celle de notre plante la Terre. La rŽponse empirique ˆ la question : "Sommes-nous seuls dans l'univers ? " va donc arriver au moment mme, ce n'est pas fortuit, o l'humanitŽ se dŽcouvre ŽtonnŽe d'tre en mesure de saccager et de dŽtruire son propre habitat.

Mais la rŽponse fondamentale ˆ cette question ne fait dŽjˆ gure de doute. Sur plusieurs centaines de milliards de plantes telluriques prŽsentes dans notre galaxie, sans parler des centaines de milliards d'autres galaxies, il est mathŽmatiquement absurde que la vie ne se soit pas dŽveloppŽe sur un nombre d'entre elles peut-tre faible en proportion mais de toute faon ŽlevŽ dans l'absolu. D'autre part, la dissŽmination des molŽcules organiques et de l'eau dans l'univers est suffisante pour postuler la prŽsence de phŽnomnes chimiques apparentŽs ˆ la vie et de micro-organismes du type bactŽrie dans beaucoup de secteurs, voire mme ailleurs que sur des plantes telluriques. Tout cela n'a rien d'aberrant, c'est le contraire qui serait Žtrange et devrait tre expliquŽ.

Seulement, attention. La dŽmocratisation des connaissances scientifiques dans notre sociŽtŽ capitaliste laisse pour le moins ˆ dŽsirer et l'incapacitŽ ˆ saisir la rŽalitŽ dialectique des processus en oeuvre se mle ˆ la compulsion ˆ adhŽrer ˆ des croyances simplistes ou anthropomorphiques. C'est ainsi que l'histoire de la vie sur Terre, elle aussi, a fait des progrs Žnormes depuis vingt ans, et que l'Žvolution mise ˆ jour par le grand Charles Darwin il y a un sicle et demi est maintenant apprŽhendŽe en termes de rŽvolutions successives, de bonds et de crises, prenant un caractre nettement "historique" et Žvnementiel, qui fait mieux ressortir ˆ la fois la logique intime du dŽveloppement et le r™le nŽcessaire du hasard. Par exemple, la diversitŽ de la vie sur Terre doit beaucoup aux saisons, consŽquence de l'inclinaison de l'axe de rotation diurne de notre plante, probablement causŽ par la collision qui, il y a plus de 4 milliards d'annŽes, a formŽ la Lune : une telle combinaison de circonstances n'est pas universelle. Dans les croyances simplistes diffusŽes par la vulgarisation officielle et par les mŽdias, la mŽtŽorite a remplacŽ le doigt de Dieu et la fin des dinosaures est ˆ la mode. Ce faisant, on empche les gens de comprendre que le dŽveloppement de la vie sur Terre est passŽ par des crises rŽvolutionnaires, phases d'extinction et de renouvellement (auxquelles les mŽtŽorites ont certes apportŽ leur contribution, mais celle-ci serait sans intŽrt n'Žtait le dŽveloppement des contradictions internes ˆ la biosphre), et que, prŽcisŽment, l'expansion humaine et ses modes de production successifs ont provoquŽ l'une de ces grandes phases de transformation, dont l'issue finale -destruction des conditions de la vie humaine sur Terre ou passage ˆ une nouvelle biosphre civilisŽe- dŽpend ˆ son tour de la capacitŽ humaine ˆ rŽsoudre les contradictions internes de son systme social.

De mme, en ce qui concerne la reprŽsentation que l'on se fait de la vie Žventuelle sur d'autres plantes, la rŽfŽrence rŽcurrente aux "petits hommes verts" et ˆ la grossire mythologie type Roswell brouille les pistes du rŽel : grise est ici l'imagination humaine stŽrilisŽe par l'ordre social dominant, alors que sans nul doute vert et chamarrŽ est l'arbre de la vie rŽelle. Nous pouvons sans doute compter sur l'existence de systmes biotiques voire de civilisations et d' "intelligences" dŽfiant notre imagination, mais nous ne pouvons pas compter sur la rŽpŽtition ˆ l'identique d'une longue et riche histoire faite de crises et de rŽvolutions intŽgrant les hasards objectifs et subjectifs pour donner le rŽsultat prŽcaire qui nous est cher : la civilisation humaine, sa culture, son patrimoine, ses dŽsirs, ses luttes et ses possibilitŽs. Si nous laissons le capitalisme saccager la Terre la perte de la culture humaine sera bien, de notre point de vue (mais il n'en est pas d'autre) irrŽmŽdiable, petits hommes verts ou pas, et cette rŽalitŽ extŽrieure surpassant nos fictions nous restera inaccessible.

La production capitaliste a crŽŽ les conditions d'une ma”trise humaine de tous les processus naturels, pour le meilleur et pour le pire, et a en mme temps mis en contact toutes les cultures, toutes les sphres, tous les groupes sociaux humains. Mais cette rŽalisation a ŽtŽ pour ainsi dire un sous-produit de la course au profit, seul motif du capital qui meurt s'il ne s'accro”t pas. Absolument aucune considŽration, humaine, naturelle, sociale, culturelle ... ne saurait tenir ˆ terme si elle fait obstacle ˆ cet auto-accroissement indŽfini. L'humanitŽ semble tout ma”triser sauf elle-mme. Le caractre suicidaire du mode de production capitaliste devient visible et menaant aujourd'hui, dans des proportions gigantesques. Le recours systŽmatique aux Žnergies fossiles (carburants) pour faire tourner la machine n'est pas rationnel en soi : un dŽveloppement rationnel, rŽellement ma”trisŽ, les aurait largement combinŽes avec les Žnergies solaires et nuclŽaires. Du point de vue capitaliste, la combustion du pŽtrole est avant tout une Žconomie Žnorme dans l'emploi du capital constant, logique d'un seul point de vue : attŽnuer la baisse proportionnelle des profits par rapport au capital investi, signe de ce que l'exploitation de l'homme par l'homme pourrait ne plus tre la source des richesses. Ses effets sont maintenant connus.

Le rŽchauffement de l'atmosphre terrestre ne menace pas encore l'existence de la vie sur Terre mais il menace assurŽment les conditions de l'existence humaine. En 2006 puis ˆ nouveau en 2007, la fonte de la banquise arctique a dŽpassŽ toutes les prŽvisions. A ce rythme elle aura disparu l'ŽtŽ en 2020. L'Žtude de ce qui se passe ˆ la surface de l'inlandsis groenlandais montre qu'ˆ la fonte proprement dite s'ajoute le dŽlitement dž aux infiltrations d'eau de fonte dans le glacier, qui menace de le dŽcouper en tranches glissant dans l'ocŽan : le risque d'un fractionnement du Groenland menace les c™tŽs amŽricaines et europŽennes de plusieurs raz-de-marŽe et de submersion l'ensemble des rŽgions basses, dont les plus peuplŽes sont le Bangladesh ou la rŽgion de Shanghai en Chine, et Venise et les Maldives au passage ...

Dans l'hypothse haute du rŽchauffement, celle qui se situe aux alentours de plus 5 degrŽs, le processus s'emballe ˆ cause de la fonte des sols gelŽs de SibŽrie et du Canada libŽrant du mŽthane, gaz ˆ effet de serre beaucoup plus puissant que l'oxyde de carbone. Bref, les conditions de la vie humaine sont rŽellement menacŽes dans le sicle qui vient.

Des secteurs de la classe dominante capitaliste ont eux-mmes pris conscience de la situation et donnent l'alerte (Al Gore). Mais le capitalisme est rigoureusement incapable de la volontŽ qui serait nŽcessaire pour faire face ˆ cette situation : la principale orientation donnŽe ˆ la production et ˆ l'Žconomie, immŽdiatement, devrait tre une reconversion massive des sources d'Žnergie avec l'interruption radicale de la combustion du pŽtrole. Il y faudrait une volontŽ politique qui ne cadre pas avec la seule "volontŽ" que puisse avoir le capital, aveugle et sourd, le profit. Cela ne veut pas dire que rien ne sera fait dans le cadre capitaliste. Mais ce qui sera fait aggravera la crise. On en voit dŽjˆ les principaux aspects.

Premirement, la culpabilisation des masses : si la biosphre est menacŽe, c'est notre faute, bien entendu ! Beaucoup de curŽs et certains Žcologistes embrayent sur ce discours : pour rŽparer les dŽg‰ts planŽtaires, il faut que l'humanitŽ se prive. Ce discours ne fera que justifier les mesures de misre et de guerre contre la sociŽtŽ et donc aussi contre la nature. Pendant que les gros commerants proclameront sur de cožteuses publicitŽs que eux "prŽservent la couche d'ozone", les vulgaires travailleurs devront payer le gaz et l'ŽlectricitŽ trois fois plus cher et se serrer la ceinture tout en Žtant toujours conditionnŽs ˆ acheter quantitŽ d'objets inutiles et dangereux. Le discours Žcologiste dominant, celui qui met en cause le progrs technique et non le capitalisme, joue ici tout son r™le. L'arrt du progrs, la "dŽcroissance", n'interromprait pas les processus non rŽversibles qui ont ŽtŽ dŽclenchŽs et dans certains cas aurait lui-mme des rŽpercussions environnementales catastrophiques, car maintenant il faut gŽrer la situation et pour cela ce sont de nouveaux investissements socialement utiles, et de nouveaux progrs technologiques, qui seraient nŽcessaires.

Deuximement, la proclamation du capitalisme propre et Žcologique, nouvel avatar de l'"entreprise citoyenne" et de l'"Žconomie sociale de marchŽ" enrobŽes aujourd'hui dans la tarte ˆ la crme du "dŽveloppement durable". Le summum de la chose est en train d'arriver sur les marchŽs : les "Žcotaxes", c'est-ˆ-dire les droits ˆ polluer, donnent lieu ˆ des titres nŽgociables. Les bourses de droits ˆ polluer arrivent ˆ toute allure ... Il y aurait de quoi rire s'il ne s'agissait pas de meurtre collectif de masse.

Et les victimes devraient pŽrir en se faisant en prime traiter de coupables !?

2008 arrive. Dans le mme mouvement, l'humanitŽ capitaliste prise ˆ son propre pige apprŽhende la rŽalitŽ et la diversitŽ de la vie dans le cosmos et peut mieux comprendre son unicitŽ, et elle voit la mort bŽante devant elle, si elle ne brise pas ce corset. Il n'y aura pas pour cela de raccourci, ni "dŽcroissance" ˆ ma gauche, ni "dŽveloppement durable" ˆ ma droite. Pas d'autre voie que celle de l'organisation commune, dŽmocratique et rationnelle des exploitŽs, pour prendre le pouvoir et mettre au rancard la folle logique du profit.

Quand on voit ˆ quel point nous en sommes, on voit aussi que de cela nous sommes capables.

Bonne annŽe 2008 !

 

* * * *

CONTRE LA DIVISION ET LA CALOMNIE : POUR LÕUNITE DES ORGANISATIONS ET LÕOBTENTION DE LA REGULARISATION PAR LE TRAVAIL.

Le 24 dŽcembre, lÕorganisation ALIF sans-papiers a publiŽ un communiquŽ au ton plus que virulent tournŽ visiblement contre les organisateurs du mouvement pour la rŽgularisation par le travail (jamais citŽ nommŽment !) accusŽs en substance mais aussi ˆ la lettre de Ç remettre des listes dÕexpulsions au gouvernement È.

Cette attaque en rgle contre les actions initiŽes par Droits devant !!, lÕunion locale CGT de Massy et de nombreuses autres forces, dont les amis de Militant, est pour le moins surprenante. Ce front, qui rassemble chaque jour davantage de travailleurs sans-papiers et a ŽtŽ ˆ lÕinitiative de manifestations rassemblant 400 puis 1 000 puis 1 500 personnes, ˆ chaque fois en plein aprs-midi, est le plus significatif depuis bien des annŽes [1]. On se demande donc ˆ quoi sert (et qui sert) une telle opŽration de dŽnigrement. En tout Žtat de cause, cette occasion peut et doit tre saisie pour clarifier un certain nombre de choses.

Pour engager sa polŽmique, ALIF sÕappuie sur un communiquŽ du GISTI incitant les sans-papiers ˆ se mŽfier des rumeurs et ˆ ne pas se rendre dans les prŽfectures. CÕest une Žvidence et tout le monde le rappelle sans cesse, ˆ commencer par ceux qui ont lancŽ le mouvement pour la rŽgularisation par le travail : celle-ci Žtant dÕune part exceptionnelle et dÕautre part rŽservŽe pour lÕinstant aux europŽens dans les mŽtiers peu qualifiŽs (o lÕon trouve la quasi totalitŽ des sans-papiers maghrŽbins, africains et chinois) le dŽp™t simple de dossiers peut dŽboucher sur un refus et donc une expulsion. DÕailleurs les tracts unitaires lÕindiquent noir sur blanc : Ç nÕallez pas en prŽfecture ! È.

Faut-il en conclure quÕil ne faut pas lutter ? Faut-il en conclure quÕil ne faut pas diffuser le document dÕUCIJ sÕadressant spŽcifiquement aux travailleurs ? CÕest la position implicite du groupe ALIF sans-papiers telle quÕexprimŽe dans son communiquŽ vengeur du 24 dŽcembre.

Pour ALIF, lÕidŽe dÕune rŽgularisation par le travail serait Ç utopique È car Ç cÕest le genre de nouvelles quÕesprent tous les sans-papiers È. Effectivement, cÕest le genre de nouvelles quÕils esprent et un immense espoir est apparu. Alors oui, dans certains cas il y a des illusions, mais cet espoir est aussi ce qui fait que pour la premire fois depuis des annŽes les sans-papiers affluent dans les organisations. Car sans espoir, il nÕy a que la rŽsignation. Et ce nÕest certainement pas sur cette base que pourront se structurer des collectifs ni un mouvement capable dÕtre efficace et de vaincre. Parmi les sans-papiers qui esprent, ce sont justement ceux qui vont choisir maintenant de sÕorganiser qui seront les plus informŽs et avertis, y compris des piges que peut leur tendre lÕadministration.

Militant et son prŽdŽcesseur la Voie Populaire a toujours ŽtŽ clair et nÕa jamais mŽnagŽ ses critiques, que ce soit vis ˆ vis de la Coordination nationale des sans-papiers, de Droits Devant !!!, du 9me collectif, de la Ligue des droits de lÕhomme ou des diffŽrents Ç soutiens È. Mais ces critiques – parfois virulentes - Žtaient toujours basŽes sur des divergences quant ˆ lÕorientation suivie et jamais sur des jalousies de boutique. Depuis des annŽes, nous affirmons que la question des sans-papiers doit tre posŽe pour ce quÕelle est : une question sociale, une question qui a trait au travail, aux travailleurs et ˆ la place qui leur est faite dans la sociŽtŽ. CÕest pourquoi nous avons ŽtŽ rŽgulirement aux c™tŽs du Rassemblement des collectifs dÕouvriers sans-papiers des foyers et que nous avons affirmŽ, avec nos amis de lÕOrganisation politique : Ç les ouvriers sont la base du pays È ; Ç le travail a compte, lÕouvrier a compte È ou encore Ç le travail a compte, le travail a doit ouvrir des droits È. CÕest pourquoi nous avons pris lÕinitiative dÕune pŽtition, signŽe par des dizaines de syndicalistes, intitulŽe Ç lettre ouverte ˆ nos amis du mouvement syndical È qui demandait que ce soit les organisations confŽdŽrŽes qui reprennent en charge la question des sans-papiers.

Nous avons ŽtŽ trs isolŽs sur cette orientation, jusquÕˆ ce quÕune brche trs importante soit ouverte par le PCOF et lÕUnion locale CGT de Massy (91) avec les luttes de Modeluxe, de Buffalo Grill etc. Pour la premire fois, les sans-papiers revendiquaient dans lÕentreprise, sÕorganisaient dans un cadre syndical et obtenaient satisfaction. CÕest une Žvolution dÕune portŽe considŽrable.

Le fait que maintenant lÕUL CGT de Massy fasse bloc avec Droits Devants !!! et dÕautres pour Žlargir le champ de la confrontation, manifester, demander et obtenir des entrevues dans les ministres des finances, de lÕemploi et auprs du 1er ministre reprŽsente une nouvelle avancŽe de grande portŽe. Et bien naturellement, les organisations Žtaient leur action en dŽposant des listes de personnes ˆ rŽgulariser. Mais les voilˆ maintenant accusŽes par ALIF de remplir en quelques sortes les avions pour les expulsions dÕHortefeux ! Ce genre dÕallŽgation est tout ˆ fait mensonger, factuellement inexact et hypocrite. Il est pour les moins osŽ dÕaccuser ceux qui organisent la lutte de mettre en pŽril les gens. DÕabord parce que lutter cÕest toujours prendre une part de risques, importante effectivement pour les sans-papiers. Mais quÕest-ce ˆ dire ? QuÕil faudrait rester chez soi ? QuÕil faudrait se faire oublier et attendre ? Mais attendre quoi au juste ? Que nos gouvernants en viennent dÕeux mmes ˆ de meilleurs sentiments ? Une alternance Žlectorale en 2012 ? En raisonnant comme ˆ il nÕy aurait jamais eu de Saint Ambroise / Saint Bernard. Il nÕy aurait jamais eu de mouvement des sans-papiers. CÕest ici quÕon atteint lÕhypocrisie, car quÕest-ce qui justifie lÕexistence de collectifs comme ceux qui composent ALIF, si ce nÕest la possibilitŽ dÕorganiser des actions et dÕobtenir des rŽgularisations partielles pour telle ou telle Ç liste È ? Et puis soyons sŽrieux : qui du sans-papiers figurant sur une Ç liste È soutenue par des dizaines dÕassociations et dÕorganisations syndicales ou de celui qui se terre et va tre un jour victime dÕun contr™le risque le plus lÕexpulsion ? Poser la question cÕest dŽjˆ y rŽpondre.

Ce que ne comprennent pas les Ç stratges È pr™nant lÕinaction dÕALIF sans-papiers cÕest que lÕamendement ˆ la loi Hortefeux ouvrant la possibilitŽ – certes exceptionnelle – dÕune rŽgularisation par le travail, ouvre la mme la voie ˆ une mobilisation de masse susceptible dÕobtenir des victoires. Pourquoi ? Parce que le fait que cette ŽventualitŽ soit posŽe dans la loi et le fait que les modalitŽs dÕapplication (les listes de professions) soient laissŽes ˆ lÕadministration permet au mouvement dÕexercer une pression directe sur les autoritŽs compŽtentes pour arracher la modification des listes de profession et ensuite la rŽgularisation de travailleurs sans-papiers. CÕest tout ˆ fait autre chose que dÕattendre un hypothŽtique raz de marŽe citoyen qui arracherait la rŽgularisation globale ou un non moins hypothŽtique changement lŽgislatif [2]. La grande nouveautŽ cÕest que le pouvoir, mme sÕil tend parfois des Ç piges È et refuse toujours en substance la rŽgularisation des Africains et des Chinois a crŽŽ les conditions juridiques pour lÕouverture dÕun front de lutte dans cette perspective. Voilˆ la grande nouveautŽ et la portŽe dÕun amendement dont il faut rendre justice ˆ Droits Devant !!! dÕavoir ŽtŽ les premiers ˆ la comprendre.

Ç Les dŽcideurs ne sont pas les payeurs È accuse ALIF en forme dÕultime argument. CÕest une phrase trs grave, dont la portŽe a espŽrons le ŽchappŽe aux auteurs. Que sous-entend elle en effet ? Que les animateurs du mouvement actuel, des blancs explique t-elle de manire subliminale, dŽcideraient ˆ la place des sans-papiers, cÕest ˆ dire des noirs et des maghrŽbins de la politique ˆ suivre. CÕest tout dÕabord une insulte aux milliers de sans-papiers qui manifestent dans la rue avec Droits Devant !!!, lÕUL CGT Massy et dÕautres : ceux ci seraient donc des imbŽciles, manipulŽs, alors que les adhŽrents dÕALIF seraient eux des gens avertisÉ Ce genre dÕessentialisme revient ˆ penser que des collectifs comme ceux dÕALIF seraient plus dŽmocratiques parce que dirigŽs par des sans-papiers. Au vu du bilan des collectifs de toutes obŽdiences, on est en droit de se poser la questionÉ Quant au fait dÕtre sans-papiers, il ne prŽmunit pas contre les erreurs ni contre le bureaucratisme et le clientŽlisme ! Il ne prŽmunit pas non plus contre la domination dÕune Žlite intellectuelleÉ A cette logique sŽparatiste, nous avons toujours opposŽ la nŽcessitŽ de lÕorganisation commune de tous les opprimŽs et les exploitŽs, avec bien entendu la plus large place pour les plus opprimŽs et les plus exploitŽs – ˆ commencer par les femmes – au sein des organismes dŽcisionnels. Mais se battre pour lÕŽgalitŽ et la dŽmocratie – y compris au sein du mouvement ouvrier – est une chose, pr™ner au nom de lÕautonomie une dŽrive sŽparatiste qui fait le lit de lÕethno-diffŽrentialisme en est une autre ! [3]

Ç Ceux qui font les choses pour nous, sans nous, ils le font contre nous È. Je ne parlerais pas au nom des autres, mais il est clair pour moi quÕune organisation syndicale comme la CGT de Massy ne fait pas des choses Ç pour È les gens au sens o pourrait le faire une association caritative. Elle fait des choses pour ses adhŽrents et par delˆ pour lÕensemble du monde du travail. Aprs, dire quÕelle les fait sans les adhŽrents est une spŽculation aux limites de la calomnie. JusquÕˆ preuve du contraire, les camarades de Buffalo Grill par exemple sont des syndiquŽs comme les autres, ˆ ŽgalitŽ de droits et de devoirs, et par les objets dÕon ne sait quelle activitŽ occulte. Il en est exactement de mme pour les amis de Militant, qui dŽterminent dŽmocratiquement et en conscience ce ˆ quoi il faut se joindre et selon quelles modalitŽs. Et bien entendu aucune action concernant une catŽgorie particulire de membres, comme les sans-papiers, nÕest menŽe sans son plein accord et participation. Mais il est vrai quÕALIF semble considŽrer implicitement que les gens qui organisent des manifestations de 1 000 ou 1 500 sans-papiers nÕont aucune lŽgitimitŽ et que cÕest elle qui lÕincarne, parlant indžment au nom de tous les sans-papiers. Nous ne lui reconnaissons certainement pas ce r™le et ne lui concŽdons que celui de reprŽsentant de ses propres adhŽrents.

ALIF sans-papiers se plaint dÕavoir ŽtŽ Ç accusŽ de ne pas tre ˆ la hauteur de la situation È. Comme ils polŽmiquent sans citer de noms, on ne saura pas qui Žtait ˆ lÕorigine de cette critique. Ce quÕon peut dire par contre, cÕest quÕelle est effectivement fondŽe. Pire, ALIF joue le r™le du diviseur et sÕenferme dans une posture qui conduira ˆ la sclŽrose et ˆ la dŽcomposition.

Raymond DEBORD

27.12.2007

[1] Les annŽes 2001-2003, pŽriode o le Rassemblement des collectifs dÕouvriers sans-papiers des foyers et de lÕOrganisation politique organisait des manifestations rassemblant rŽgulirement de 1 000 ˆ 3 000 personnes.

[2] De ce point de vue, les positions anti-parlementaires de nos amis de lÕOrganisation politique – hors du mouvement pour lÕinstant - font miroir avec celles des crtinistes parlementaires les plus chevronnŽs.

[3] CÕest un point essentiel : mme sÕils ne reprŽsentent pas grand chose, mŽditons ce qui est en train de se passer du c™tŽ des Indignes de la RŽpublique, de DieudonnŽ, Kemi Seba, Ginette Skandrani, Soral etc.

* * * * *

Oligarchies : Etats-Unis.

 

Outre nos Žlections municipales, 2008 dans le monde va conna”tre des Žlections aux Etats-Unis et en Russie, ainsi, entre autres pays, qu'en Espagne et ˆ Taiwan.

Premier point frappant dans les Žlections nord-amŽricaines prŽvue pour l'automne 2008, l'impression d'Žpuisement de la clique dirigeante, ramassis de pŽtroliers, de militaires et d'idŽologues allumŽs qui ont pris le pouvoir par la fraude et un coup d'Etat judiciaire en 2000, l'ont gardŽ gr‰ce aux attentats du 11 septembre 2001, ont proclamŽ la "guerre sans fin contre le terrorisme" au monde entier, mais ont facilement fait rŽŽlire Bush en 2004.

En effet parmi les principaux candidats ˆ l'investiture du parti rŽpublicain, aucun n'appara”t comme l'Žmanation directe de cette clique gouvernante. Les candidats bŽnŽficiant du plus d'appuis institutionnels et patronaux sont lŽgrement "dŽcalŽs" par rapport ˆ elle, comme John Mac Cain, sŽnateur de l'Arizona, issu d'une dynastie de militaires et ancien prisonnier des nord-vietnamiens, qui reprŽsente un courant mŽdian important du parti rŽpublicain, avec des passerelles vers les dŽmocrates, et qui s'est opposŽ ˆ Bush en 2000 mais qui a mis son poids dans la balance en faveur de sa rŽŽlection en 2004, et s'est dŽmarquŽ des mŽthodes de la guerre en Irak (mais non de la guerre elle-mme) en critiquant Rumsfeld et en s'exprimant lors du scandale d'Abou Gra•b : il passe donc selon certains pour le rŽpublicain mŽdian susceptible de permettre une transition douce aprs Bush. C'est aussi, ˆ un degrŽ moindre, le cas de Rudi Giuliani, l'homme de la tolŽrance zŽro, catholique militant mais passant pour un pro-choix en matire d'avortement, maire de New York lors des attentats du 11 septembre 2001. Mais il y a aussi Mike Huckabee, gouverneur de l'Arkansas, pasteur de son Žtat et dirigeant de la Baptist State Convention, pour qui la lutte contre le rŽchauffement climatique est para”t-il un "devoir biblique" alors que la thŽorie de l'Žvolution, avec l'avortement et le mariage gay, sont des inspirations du diable, et dont la devise est "famille, foi, libertŽ" ; Mitt Romney, gouverneur du Massachussets, homme de l'Žglise Mormon, partisan de la poursuite et de l'amplification de la politique Žtrangre de Bush ; ou encore Duncan Hunter, Žlu baptiste californien et militant de la construction d'un mur ˆ la frontire Sud, et Fred Thompson, militant de l'Žglise du Christ, ancien sŽnateur du Tennessee (o il a battu le supplŽant d'Al Gore en 1994) et en mme temps acteur, jouant le flic en chef dans New York Police District...

Comme on le voit, dire qu'il n'y a pas de reprŽsentant direct de la clique Bush n'implique pas forcŽment un moindre mal. La galerie de portraits des candidats rŽpublicains est une vraie cour des miracles d'incultes notoires, de psychopathes dangereux et de sombres manipulateurs, et reflte bien l'Žtat rŽel du personnel politique, affairiste et intellectuel de la classe dominante la plus puissante du monde ...

A premire vue, ˆ nos regards europŽens, les principaux candidats ˆ l'investiture dŽmocrate sont d'un autre niveau et le choix entre les trois premiers semblerait presque un vrai choix politique. Il y a celle qui est a priori la favorite, Hillary Clinton, vis-ˆ-vis de laquelle les dirigeants des groupes dŽmocrates ˆ la Chambre des reprŽsentants et au SŽnat, Nancy Pelosi et Harry Reid, se tiennent en retrait en la soutenant plut™t, et John Edwards, avocat d'affaire ayant combattu les trusts du tabac, supplŽant de John Kerry en 2004 (le candidat battu ˆ l'Žpoque par Bush), qui l'avait choisi aprs qu'il ait servi ˆ Žliminer d'autres candidats notoires (le "gauchiste" Howard Dean et le "droitier" Joe Liebermann). Pas de diffŽrence d'orientation politique entre eux, mais des images diffŽrentes et des secteurs diffŽrents de l'appareil dŽmocrate. L'une et l'autre sont liŽs par la politique de soutien ˆ Bush et ˆ la guerre en Irak qui a ŽtŽ la politique rŽelle des dŽmocrates depuis qu'ils sont majoritaires au Congrs, en 2006, au vu et au su de tout le peuple amŽricain.

Mais il y aurait aussi l'outsider, une personnalitŽ remarquable (enfin !) : Barak Obama, Žlu de l'Illinois et seul sŽnateur noir des Etats-Unis (nŽ ˆ Hawaii, d'ascendance en partie kenyane et en partie cherokee, il est en outre le descendant de Jefferson Davis, le prŽsident sudiste de la guerre de SŽcession !), et seul des grands candidats dŽmocrate ˆ s'tre opposŽ dŽs le dŽbut ˆ la guerre d'Irak. La comparaison la plus pertinente avec un autre homme politique de la bourgeoisie nord-amŽricaine serait envers lui celle de Bob Kennedy (assassinŽ en 1968). Il faut Žvidemment y regarder de plus prŽs ; l'on s'aperoit alors que cet adversaire officiel de la guerre en Irak est un chaud partisan de la guerre en ... Afghanistan, et a notamment dŽclarŽ cet automne qu'il faudrait dŽplacer des troupes de l'Irak pour aller attaquer le ... Pakistan.

De telles rodomontades doivent tre analysŽes et pas seulement dŽnoncŽes comme irresponsables, ainsi que l'a fait bien sžr Hillary Clinton, car la candidature Obama a surtout eu pour l'instant la fonction de mettre en pŽril l'investiture de cette dernire.

Obama est rŽellement sur une ligne de rupture avec la politique de Bush telle qu'elle s'est embourbŽe en Irak et aussi en poussant l'armŽe israŽlienne ˆ agresser le Liban en ŽtŽ 2006. En dŽsignant les zone tribales du Pakistan, frontalires de l'Afghanistan, comme les vraies cibles d'une vraie politique anti-terroriste, il met dŽlibŽrŽment le doigt sur le soupon de connivence Bush-Ben Laden (ou si vous prŽfŽrez : administration Bush-al Qa•da) qui est le grand non dit de la politique nord-amŽricaine, mais auquel tout le monde pense. Sauf que ses propositions ne se situent pas dans le cadre d'une rupture avec la "guerre sans fin" proclamŽe par l'impŽrialisme nord-amŽricain ˆ la faveur des crimes du 11 septembre. Elles se situent bien dans le cadre de la poursuite et de l'amplification de cette politique meurtrire mondiale. Ce que nous montre le cas Obama, celui qui est en apparence le plus "gauche" et en tous cas le plus iconoclaste de la bande, c'est que tous les candidats de la bourgeoisie et de l'establishment nord-amŽricain, rŽpublicains ou dŽmocrates, bien qu'ils soient dŽchirŽs par de vŽritables affrontements, sont non seulement des candidats du capital tous soutenus par tels ou tels (et parfois  les mmes) secteurs patronaux, mais plus prŽcisŽment qu'ils s'inscrivent dŽsormais tous dans le cadre de la politique dŽstabilisatrice, fauteuse de troubles et de guerre, et menaante pour les acquis dŽmocratiques aux Etats-Unis, dans laquelle le pouvoir de ce pays l'a fait plonger depuis 2000-2001.

Or, et c'est lˆ le fait le plus important, le peuple nord-amŽricain cherche une autre voie. Il l'a montrŽ par les Žlections au congrs de 2006. Rappelons l'analyse faite alors dans la Lettre de Liaisons :

Le taux de participation est le plus ŽlevŽ qu'on ait vu depuis des dizaines d'annŽes, il atteint 70%, se hissant soudain au dessus des taux europŽens alors qu'aux Etats-Unis il Žtait traditionnellement beaucoup plus faible. Selon les sondages de sortie des urnes, le vote hispanique pour les RŽpublicains tombe de 40% ˆ 27%, et les 18-29 ans ont votŽ dŽmocrate ˆ 60% contre 55% lors des prŽsidentielles, et rŽpublicains ˆ 38% contre 45%. Le recul rŽpublicain a atteint le coeur du Far West "bushiste", par exemple le Kansas. C'est dans les Etats ˆ population ouvrire qu'il est le plus ŽlevŽ (Ohio, Pennsylvanie) et dans le Nord-Est. 89% des noirs ayant votŽ l'ont fait contre Bush, et 55% des femmes. Le sŽnateur rŽpublicain de Virginie a ŽtŽ balayŽ par le vote des banlieues du Nord de l'Etat o les entreprises liŽes au Pentagone sont les plus gros employeurs. Au Vermont, un congressiste indŽpendant appuyŽ par les syndicats, siŽgeant ˆ gauche des dŽmocrates, a gagnŽ le sige de sŽnateur et un candidat se dŽclarant socialiste, mais siŽgeant avec les dŽmocrates, a ŽtŽ Žlu. Dans 6 Etats, des rŽfŽrendums pour l'instauration de l'Žchelle mobile des salaires ont triomphŽ, la presse bourgeoise demandant au prŽsident Bush de ne pas les ratifier.

Ce mouvement massif de l'Žlectorat ouvrier, jeune, noir, avait Žvidemment pour but de dŽnoncer la guerre en Irak, et aussi de condamner la politique Žconomique et sociale de l'administration Bush, ainsi que son terrible bilan sur le cyclone Katrina et le rŽchauffement climatique. Sur aucun de ces points les dŽmocrates n'offrent une politique alternative. Par exemple, le film remarquable d'Al Gore sur la crise climatique se termine sur des propositions : en abaissant nos thermostats, en isolant les maisons, en achetant de meilleurs appareils Žlectriques, en dŽveloppant les bio-carburants, en recyclant l'oxyde de carbone, on pourrait, dit-il, revenir en 2050 au taux d'Žmission de CO2 de 1970. Comment mieux illustrer le fait que, dans le cadre du capitalisme, seuls des cautres sur une jambe de bois sont concevables et que la catastrophe est lˆ ?

La classe ouvrire nord-amŽricaine est ˆ l'origine de la dŽconvenue excessive de Bush, du point de vue de la bourgeoisie qui ne souhaitait qu'un rŽŽquilibrage. Il n'y a probablement pas de vague d'illusions pour les dŽmocrates, mais un ras-le-bol montant contre les dirigeants et contre la guerre en Irak. Ainsi, le vote hispanique a ŽtŽ influencŽ par la grve des hispaniques menŽe le 1¡ mai 2006 et fait Žcho aux mouvements des peuples latino-amŽricains. La grande tradition dŽmocratique du peuple amŽricain a besoin, pour vaincre et se dŽbarrasser de ses nŽgateurs qui sont au pouvoir, d'une organisation politique des travailleurs.

 

Ajoutons qu'aux prŽsidentielles de 2004, les syndicats (AFL-CIO) avaient fortement appuyŽ Kerry, mais que son Žchec avait produit des interrogations jusque parmi les hauts dirigeants (et avait ŽtŽ l'un des ŽlŽments de la scission d'une partie d'entre eux formant la coalition Change to Win, autour de la fŽdŽration des services, SEIU). En 2004 la classe ouvrire n'avait pas suivi ces consignes et soit n'avait pas votŽ, soit pour une partie d'entre elle avait votŽ Bush plut™t que Kerry. Mais en 2006 c'est sans consignes comparables qu'elle a votŽ pour virer Bush et stopper la guerre. Depuis, les dŽmocrates ont piŽtinŽ ce vote, sans que cela surprenne les Žlecteurs d'ailleurs. Une chose est donc dŽjˆ certaine : que cela se traduise par une faible participation, ou, comme il est plus probable ˆ cette Žtape, par un vote dŽmocrate contre Bush, le fossŽ n'a jamais ŽtŽ aussi perceptible par de larges masses entre la classe politique officielle amŽricaine et leur vrai besoin de reprŽsentation.

Ajoutons encore qu'en 2006, certains cercles dirigeants de Washington avaient poussŽ l'armŽe israŽlienne ˆ attaquer le Liban en vue de "forcer le destin" et de crŽer un fait accompli avant les Žlections au Congrs. La dŽfaite israŽlienne au Liban a fait Žchouer leur projet. Nul doute que les mmes ou d'autres envisagent ˆ prŽsent de faire de mme en attaquant l'Iran avant les prŽsidentielles de l'automne 2008. Mais l'Žchec de 2006 et le poids du peuple amŽricain de plus en plus opposŽ ˆ ces agressions ne militent pas en leur faveur. De plus, les forces amŽricaines sont dŽjˆ embourbŽes en Irak, comme chacun sait, mais aussi en Afghanistan et, comme on le sait bien peu, en Somalie avec leurs vassaux Žthiopiens. La solution de la "fuite en avant" vers la guerre en Iran en 2008 a donc du plomb dans l'aile, mais cela n'annule pas les risques, car l'impŽrialisme a besoin, de manire de plus en plus morbide, de continuer dans le cycle de la "guerre sans fin". Iran, ou, comme Obama l'avait pointŽ et comme l'actualitŽ vient de le mettre en avant avec l'assassinat de Benazir Bhutto, Pakistan, ce qui rapprocherait considŽrablement le champ de bataille du plus grand adversaire potentiel qu'est la Chine ...

 

Oligarchies : Chine.

 

Si les divers prŽsidentiables nord-amŽricains sont, en dernire analyse, engagŽs tous ensemble dans la mme fuite en avant, c'est parce qu'ils sont tous dans la mme impasse, celle de l'impŽrialisme des Etats-Unis aujourd'hui. Coeur du capitalisme et pilier de l'ordre mondial, les Etats-Unis devenus seule "hyper puissance" depuis la fin de l'URSS sont affectŽs d'un profond dŽsŽquilibre qui, depuis le 11 septembre 2001, fait clairement d'eux le facteur numŽro un de dŽsordre mondial. Un nouveau cran est en train d'tre franchi en ce sens avec la crise dite des subprimes, fait majeur de l'annŽe 2007 qui va s'aggraver en 2008. Sous les indices boursiers -montant ou descendant- le gouffre : la titrisation de dettes Žnormes et douteuses gangrne tout le systme financier mondial et d'ores et dŽjˆ paralyse les prts interbancaires. L'affaiblissement nord-amŽricain ressort particulirement vis-ˆ-vis de la puissance qui appara”t ˆ la fois comme leur principal partenaire et comme leur principal adversaire : la Chine.

Sous le dŽficit commercial favorable ˆ la Chine et le stockage correspondant de bonds du TrŽsor US en Chine, le fait majeur est que la source premire de plus-value capitaliste se trouve aujourd'hui en Chine, ce qui, dans le contexte de la crise des subprimes, fait appara”tre depuis peu les fonds d'Etat chinois comme susceptibles de venir au secours de grandes institutions financires US tout en en prenant le contr™le partiel (le dernier cas et le plus important est celui de Morgan Stanley, renflouŽ par China Investment Corp, organisme contr™lŽ par le pouvoir chinois) : les fonds souverains, c'est-ˆ-dire les Etats, sont maintenant les seuls ˆ "oser" prter aux grandes banques ...

Ignorer la place centrale de la Chine dans le capitalisme contemporain en s'obstinant ˆ vouloir y voir un dernier bastion du "communisme" ou une base de rŽsistance ˆ l'impŽrialisme conduit ˆ des discours, littŽralement, patronaux : un cas quasi clinique en est offert par une tribune de Domenico Losurdo, http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5807 , qui passe de ce c™tŽ ci des Alpes pour le "philosophe marxiste le plus important en Italie" (ainsi est-il prŽsentŽ aux Žditions Syllepse). S'insurgeant contre la campagne pour un boycott des Jeux olympiques de PŽkin, l'auteur y explique que le "dŽveloppement", c'est bien difficile, et prend la dŽfense du syndicat unique et obligatoire contr™lŽ par le pouvoir, justifie que celui-ci ne demande pas de hausses de salaires puisque prioritŽ doit tre donnŽe au dŽveloppement, et le reste ˆ l'avenant. Bel exemple de ce que, lorsqu'on perd de vue que la lutte des classes est mondiale et qu'elle oppose prolŽtaires et capital, et qu'on cherche ˆ mettre ˆ la place des ouvriers et des paysans des camps progressistes reprŽsentŽs par tel ou tel Etat contre les mŽchants yankees, on finit, tout "philosophe marxiste" qu'on soit, par avoir des raisonnements de capitalistes. Car le mieux qu pourrait arriver en Chine, c'est une explosion sociale avec l'organisation libre et indŽpendante des ouvriers et des paysans, mais Žvidemment, cela casserait le "dŽveloppement" et ruinerait les valeureux efforts des grands dirigeants pour Žduquer le peuple et dŽmocratiser le parti communiste chinois (PCC) ...

Force est de constater, avec Franois Chesnais dans Sur la portŽe et le cheminement de la crise financire (n¡ 1 de La Brche-CarrŽ rouge) que les meilleures analyses donnant du grain ˆ moudre aux marxistes, sur la Chine, sont fournies par des universitaires et des chercheurs "bourgeois" (Michel Aglietta et Yves Landry, La Chine vers la superpuissance, Economica, Paris, 2007, et Diana Hochraich, Pourquoi l'Inde et la Chine ne domineront pas le monde, Ellipses, Paris, 2007) qui partent des chiffres et des rŽalitŽs. Quoi que l'on pense ˆ propos de ce qu'il peut rester d'acquis de la rŽvolution de 1949 et sur l'histoire des cinquante dernires annŽes, il est clair qu'aujourd'hui l'appareil du PCC est avant tout le fonctionnaire de cette production de plus-value dŽcisive pour le capitalisme mondial.

Cette oligarchie vient de tenir son conclave, officiellement le "XVII¡ congrs du parti communiste chinois". L'idŽologie qui s'y est affirmŽ, ˆ travers notamment le rapport fleuve du premier secrŽtaire Hu Jintao, intitulŽ (on savoure le titre ! ), Lever bien haut l'Žtendard du socialisme ˆ la chinoise et lutter pour rŽaliser de nouveaux succs dans le dŽveloppement d'une sociŽtŽ de moyenne aisance, est que le parti et ses cadres doivent se prŽoccuper de prendre soin des "gens", et de "prter attention aux sentiments du peuple", y compris par des cellules d'Žcoute psychologique. Les "gens", ce sont, ˆ la louche, deux cents millions d'ouvrier exploitŽs, sept cent millions de paysans spoliŽs, deux cent cinquante millions de travailleurs migrants illŽgaux sans passeport intŽrieur et sans logis fixe, et quelques dizaines de millions d'intellectuels, Žtudiants, professeurs, chercheurs, crŽateurs qui Žtouffent. Ce discours se rŽfre au "marxisme lŽninisme" mais, de l'avis de tous les observateurs chinois et Žtrangers, il fleure bon son confucianisme paternaliste. Ajoutons qu'il fait penser ˆ ce "conservatisme compassionnel" qui fut thŽorisŽ par certains Think Tanks nŽoconservateurs amŽricains et qui influena les discours Žlectoraux de G.W. Bush.

Bien entendu, et peut-tre que lˆ Domenico Losurdo frŽmira d'aise, le XVII¡ congrs du PCC a tenu ˆ se dŽmarquer de la dŽmocratie ˆ l'occidentale ou ˆ l'amŽricaine, dans laquelle il y a des Žlections libres ˆ l'Žchelle du pays. Nous venons de voir ce qu'il en est des Žlections prŽsidentielles aux Etats-Unis : pas vraiment un modle d'Žlections libres. Mais ceux pour qui Žlections libres veut dire capitalisme (les capitalistes pourront leur dire merci de cette propagande en leur faveur !), la volontŽ affirmŽe de dŽmocratiser le PCC offrira peut-tre une rŽfŽrence : les "cadres" sont prŽsentŽs aux instances supŽrieures par les organisations locales du parti, c'est-ˆ-dire par leurs pairs, puis sŽlectionnŽs par les dites instances, qui se servent de plus en plus, pour ce faire, de sondages d'opinion. Singapour, ce paradis capitaliste, est citŽ en exemple. Finalement, les procŽdures de contr™le sociale de l'oligarchie ne sont pas sans Žvoquer notre chre "dŽmocratie participative" version SŽgolne ...

La pression d'une sociŽtŽ bouillonnante contre l'exploitation et la spoliation dont elle est victime se traduit, dans l'appareil dirigeant, par un conflit sourd entre diverses factions qui se regroupent, apparemment, derrire deux successeurs potentiels de Hu Jintao ˆ l'horizon 2012 : XI Jinping, nouveau secrŽtaire du parti ˆ Shanghai, qui passe pour l'homme des investisseurs c™tiers, et Li Keqiang, couvŽ par Hu Jintao, qui passe pour l'homme des secteurs Žtatiques et idŽologiques. Il y a de toute faon un accord fondamental entre eux sur le cap gŽnŽral : dŽveloppement capitaliste de la Chine. Mais ce dŽveloppement conduit ˆ la culbute, d'une part parce qu'il fait aussi cro”tre une classe ouvrire potentiellement plus puissante que jamais, d'autre part parce qu'il se heurte, pour se faire une place au soleil, aux impŽrialismes dŽjˆ installŽs ˆ commencer par Washington. Des syndicats libres, des Žlections libres, voila ce qui permettrait rŽellement au peuple chinois de pouvoir mieux s'organiser pour faire face ˆ cette situation, ce qui serait trs dangereux pour le capitalisme chinois et mondial.

Cerise sur le g‰teau : les autoritŽs chinoises viennent de faire savoir qu'ˆ Hong-Kong, le suffrage universel serait "autorisŽ" ... en 2017. Selon l'agence Reuters, "l'analyse politique Michael DeGolyer de l'universitŽ baptiste de Hong-Kong estime qu'il n'est pas dans l'intŽrt du camp dŽmocrate" de s'opposer ˆ cette dŽcision (on retrouve lˆ les rŽseaux baptistes liŽs aux Etats-Unis, qui soutiennent donc le pouvoir chinois sur ce point). C'est ainsi que les sages dirigeants enseignent la dŽmocratie au bon peuple : avec des cha”nes.

Mais la vraie dŽmocratie, c'est rompre ses cha”nes. "Environ 7000 travailleurs du secteur du textile ont maintenu un piquet de 24 heures sur 24 pendant six semaines – ce qui constitue probablement la grve connue la plus longue de lÕhistoire de la Chine depuis 1949 – devant la fabrique Xianyang Huarun [une usine textile passŽe aux mains dÕun groupe privŽ important basŽ ˆ Hong Kong : China Resources]. Ils se sont battus contre des nouveaux contrats diminuant les prestations, la perte de lÕanciennetŽ, et contre des canons ˆ eau ainsi que la police anti-Žmeute. Ils cherchrent ˆ mettre en place en systme de reprŽsentation direct avec des dŽlŽguŽs Žlus par la base. " (Article de Socialist Worker, journal du Socialist Workers Party britannique, traduit sur http://www.alencontre.org/, le passage soulignŽ l'est par nous, NDR). En cas de rŽcession Žconomique due ˆ la surproduction, la jonction des ouvriers et des travailleurs migrants devient la terreur des dirigeants chinois. Ceux qui prŽtendent Žduquer le peuple mŽritent d'tre rudement ŽduquŽs par lui.

 

Oligarchies : Russie.

 

Le suffrage universel avec des cha”nes est une farce. A mi-chemin entre le dŽploiement publicitaire et financier des prŽsidentielles nord-amŽricaines et le conclave oligarchique du parti communiste chinois, nous avons les prŽsidentielles russes : formellement il y a de vraies Žlections mais on sait dŽjˆ qui sera Žlu, et si l'on est proche de la police, on devrait aussi pouvoir savoir quels scores seront accordŽs aux candidats "opposants".

Les Russes n'adhŽrent pas ˆ Poutine -contrairement ˆ ce qu'on cherche souvent ˆ faire croire. Mais ils ne peuvent gure faire autrement dans des Žlections comme celles de l'annŽe prochaine que de voter pour son candidat (le dŽnommŽ Medvedev) ou de s'en dŽsintŽresser tout ˆ fait, ou les deux en mme temps. En dehors du candidat poutinien, qu'y a-t-il en effet ? Soit d'autres candidats poutiniens dŽguisŽs ˆ sa demande en opposants temporaires ; soit les deux clowns tristes de l'ancien KGB que sont le faux "communistes" Ziouganov, candidat du KPRF (parti communiste de la fŽdŽration de Russie) en perte de vitesse Žlectorale et sociale, et le vrai nŽo-nazi "libŽral-dŽmocrate" Jirinovsky, tous deux soutiens du rŽgime ; soit des opposants "dŽmocrates" sponsorisŽs en Occident (ce qui les dessert en Russie) dont le plus connu est l'ancien champion d'Žchec Sakharov et qui sont les hommes des ceux des oligarques spoliateurs et mafieux qui ont perdu les faveurs du pouvoir.

Dans ces conditions, le vrai problme n'est pas le rŽsultat des Žlections, mais l'isolement croissant du pouvoir qui n'a pas de soutien actif dans la population, mais seulement une acceptation passive et prŽcaire. Un frŽmissement de grves et de formations de sections syndicales libres a commencŽ, qu'il ne faut ni exagŽrer, ni minimiser. Lˆ aussi, le seul avenir viable est lˆ.

Sarko, le pape et Carla.

DŽsolŽs, chers lecteurs. Ce titre pourrait vous promettre du croustillant, au moins qu'on se foute un peu de leur gueule ˆ ces profiteurs peu reluisants. Mais il ne s'agit ici que de colre.

Car ce que Sarkozy est allŽ raconter sous le nez du pape est d'un niveau de gravitŽ au moins Žgal ˆ celui de ses dŽclarations de campagne Žlectorale sur le caractre "gŽnŽtique" de la pŽdophilie et du suicide des ados. Quelques extraits commentŽs seront utiles.

Notons d'abord, mais on le savait dŽjˆ, que Nicolas Sarkozy est un ignorant : Ç C'est par le baptme de Clovis que la France est devenue Fille a”nŽe de l'Eglise. Les faits sont lˆ (sic !!!). En faisant de Clovis le premier souverain chrŽtien, cet ŽvŽnement a eu des consŽquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises, ensuite tout au long de son histoire, les souverains franais ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait ˆ l'Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conqute par PŽpin le Bref des premiers Etats pontificaux ou de la crŽation auprs du Pape de notre plus ancienne reprŽsentation diplomatique. È

Tout professeur ou Žtudiant d'histoire mŽdiŽvale sursautera devant ce condensŽ de sottises. La France n'est pas nŽe avec Clovis, chef flamand qui, pour prendre l'Aquitaine aux Wisigoths, s'est alliŽ aux Žvques catholiques et ˆ la vieille noblesse foncire gallo-romaine Žgalement devenue catholique. Le mythe de la France "fille a”nŽe de l'Žglise", auquel Clovis n'avait pas pensŽ, s'est formŽ bien plus tard sous les monarques capŽtiens, surtout sous Louis XIV qui voulait faire du catholicisme la religion obligatoire et expulsa pour cela, tortura, envoya aux galres les protestants. PŽpin le Bref, ˆ propos duquel il circule que Sarkozy le court aurait commis le lapsus PŽtain le Bref, n'Žtait pas plus un roi "franais" que Clovis, la France n'existant toujours pas au VIII¡ sicle. Il mena ˆ bien une opŽration de brigandage par laquelle il attribua au pape la bande de territoires qui devait tre ensuite le malheur de l'Italie sous le nom d' "Etats pontificaux", jusqu'en 1870, composŽs des derniers morceaux de l'empire byzantin que n'avaient pas pris les Lombards, et dont le pape avait pris le contr™le : comme l'empereur d'Orient ne pouvait plus le protŽger il a fait appel aux Francs en inventant l'idŽe de reconstruire un empire d'Occident, une invention chrŽtienne aux consŽquences elles aussi trs graves dans l'histoire de l'Europe. Quant ˆ cette histoire de reprŽsentation diplomatique, c'est tout simplement n'importe quoi. Il n'y conna”t rien, il raconte n'importe quoi (ce qui n'est pas le cas, notons-le, du vieux renard Ratzinger, qui s'y conna”t, lui, en histoire canonique).

Un peu plus loin Sarkozy cite soudain le philosophe grec HŽraclite : Si l'on n'espre pas l'inespŽrable, on le reconna”tra pas. (Il s'agit en fait d'une mauvaise traduction d'un fragment d'HŽraclite rapportŽ par ClŽment d'Alexandrie). Outre que ceci en dehors de tout contexte ne veut strictement rien dire -et les mouvements de mentons ne changent rien ˆ la nullitŽ de la pensŽe-, les bonnes ‰mes pourront se dire "mais o va-t-il chercher tout a ? ". Tout a, c'est du toc ; HŽraclite pour ce que l'on en conna”t est un penseur dialectique, qui met en valeur les oppositions, le choc des contraires et le combat. Rien ˆ voir avec cette eau de sacristie insipide et inculte.

Ceci Žtabli, passons au plat de rŽsistance : Ç Les racines de la France sont essentiellement chrŽtiennes. (...) Tout autant que le baptme de Clovis, la la•citŽ est Žgalement un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en oeuvre a provoquŽes en France chez les catholiques, chez les prtres, dans les congrŽgations, avant [la mise en oeuvre de la loi avant son adoption ? Sarkozy croit que cela se passait comme avec lui ! Passons ...] comme aprs 1905. Je sais que l'interprŽtation de la loi de 1905 comme un texte de libertŽ, de tolŽrance, de neutralitŽ est en partie une reconstruction rŽtrospective du passŽ. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchŽes de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prtres et les religieux de France ont dŽsarmŽ l'anticlŽricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis ˆ la France et au Saint-Sige de dŽpasser leurs querelles et de rŽtablir leurs relations. È

En clair, cela veut dire que la loi de 1905, sŽparant les Žglises et l'Etat, garantissant le caractre privŽ de la religion -une notion totalement absente du discours de Sarkozy, et pour cause- n'Žtait pas une loi de libertŽ, ne garantissait pas la paix civile, agressait injustement les malheureux catholiques ; et que les choses ont finalement bien tournŽ parce qu'il y a eu l'union sacrŽe dans le carnage patriotique de 1914-1918, vrai acte fondateur, ˆ l'encontre de la loi de 1905, de la "la•citŽ positive" ˆ la sauce Sarko, et que les prtres ont fait preuve d'intelligence contre le satanique et liberticide anticlŽricalisme. La la•citŽ, explique donc Sarkozy, est "devenue une condition de la paix civile", ce qu'elle n'Žtait donc pas au dŽpart. Pas faux : elle a ŽtŽ dŽvoyŽe dans l'union sacrŽe pour la dŽfense de l'ordre Žtabli. Car en effet la la•citŽ de 1905 (la seule la•citŽ vŽritable, qui ne privilŽgie pas les religions), est pour Sarkozy fondamentalement mauvaise, car elle veut nier le "baptme de Clovis" : Ç Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrŽtiennes. Elle a voulu le faire. Elle n'aurait pas dž È. C'est le mme reproche que Franco faisait ˆ la RŽpublique espagnole. Soulignons ce passage :

Ç Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identitŽ nationale, et dessŽcher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mŽmoire. È

Par la mŽtaphore de la "racine", l'imagerie saint-sulpicienne qui se veut "spirituelle" tend la main ˆ une autre imagerie, celle de la "terre et les morts" de Maurice Barrs, penseur nationaliste des annŽes 1900, en allemand le Blut und Boden (le sang et le sol) de sinistre mŽmoire. Sans qu'il y ait Žquivalence entre les deux systmes de reprŽsentations, il y a des passerelles. On remarquera que le thme de l' "identitŽ nationale", appellation d'un ministre et d'un ministres dŽsormais cŽlbres, se situe bien ˆ la charnire de ces deux sphres idŽologiques -celle de l'intŽgrisme chrŽtien et celle du racisme ethnique. N. Sarkozy Žtait d'ailleurs accompagnŽ devant Ratzinger du polygraphe franais Max Gallo, que l'on peut de plus en plus considŽrer comme un sous-produit de Maurice BarrŽs.

Les militants la•ques doivent mŽditer particulirement cette interprŽtation sarkozyste des Žvnements rŽcents : Ç le peuple franais a ŽtŽ aussi ardent pour dŽfendre la libertŽ scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires ˆ l'Žcole È. Sont ici mis sur le mme plan la dŽfense de la soi-disant "libertŽ de l'enseignement"', c'est ˆ dire le dŽtournement de nos imp™ts pour payer des Žcoles contr™lŽes par l'Eglise catholique essentiellement, et la loi sur les signes religieux ˆ l'Žcole, interdisant de fait avant tout le voile musulman, et accessoirement les kippas et les trop grandes croix. Sarkozy a ici raison, non en ce qui concerne l' "ardeur" du peuple, mais le contenu de la loi chiraquienne : la loi de 1905 par elle-mme suffisait ˆ proscrire les signes ostentatoires et permettait un combat ŽclairŽ et non discriminatoire contre le voile, alors que la loi de 2003 et le rapport Stasi sur laquelle elle se fonde ont pour base la volontŽ de faire cohabiter les diffŽrentes "communautŽs" dans une Žcole conue comme celle de "toutes les religions" (voir la Lettre de Liaisons de janvier 2004, consultable sur le site des archives de Liaisons).

Mais le pire est un peu plus bas. Aprs avoir affirmŽ qu'il ne voulait pas abroger la loi de 1905, Sarkozy se livre ˆ une attaque en rgle contre son application :

Ç Qu'il me soit Žgalement permis de rappeler les critiques virulentes dont j'ai ŽtŽ l'objet au moment de la crŽation du Conseil franais du culte musulman. Aujourd'hui encore, la RŽpublique maintient les congrŽgations sous une forme de tutelle, refuse de reconna”tre un caractre cultuel ˆ l'action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, rŽpugne ˆ reconna”tre la valeur des dipl™mes dŽlivrŽs dans les Žtablissements d'enseignement supŽrieur catholique alors que la Convention de Bologne le prŽvoit, n'accorde aucune valeur aux dipl™mes de thŽologie. È

Il faut donc libŽrer les congrŽgations de tout contr™le, en leur permettant notamment, ajouterons-nous, de pomper encore plus de subventions publiques ; reconna”tre le caractre cultuel des actions caritatives, ce qui mne trs loin contre la santŽ publique et dans les quartiers, et faire des dipl™mes catholiques des dipl™mes d'Etat, permettant l'embauche de fonctionnaires agrŽŽs en tant que tels par les autoritŽs clŽricales. Voila la "la•citŽ positive" ! A part a, on dit qu'on ne remet pas en cause la loi de 1905 ...

Le tout est complŽtŽ par une attaque contre toutes les morales et Žthiques non religieuses, rŽpublicaines, sociales, etc. -en fait contre tous les courants rŽpublicains et libŽraux puis rŽvolutionnaires et socialistes qui, depuis 1789, se sont affirmŽs contre la prŽŽminence de la religion. Pompant cette fois ci sur la prose d'un RŽgis Debray, Sarkozy explique que la morale de l'incroyant est plus faible que celle du croyant. Oh certes, il le dit d'abord avec les subtilitŽs jŽsuitiques et universitaires de ceux qui ont Žcrit son discours : Ç Mme celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en mme temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes ˆ rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la rŽponse des religions ˆ cette aspiration fondamentale. È GrossiretŽ et jŽsuitisme se conjuguent ici : Žvidemment l'incroyant s'interroge lui aussi (peut-tre mme, bien souvent, un peu plus !) sur "l'essentiel", et il peut revendiquer une "spiritualitŽ" qui ne saurait toutefois Žquivaloir ˆ cette "recherche de la transcendance" qui, dans la bouche de la mŽdiocritŽ qui nous gouverne, ne veut rien dire du tout si ce n'est "agenouille toi devant ce qui te dŽpasse et reconna”t que cela t'Žchappera toujours". Si la "transcendance" c'est a, non merci. Or, ajoute padre Sarko : Ç ... la morale la•que risque toujours de s'Žpuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossŽe ˆ une espŽrance qui comble l'aspiration ˆ l'infini È. C'est la thse de Ratzinger dans sa dernire encyclique contre le matŽrialisme athŽe : en clair, pas de morale sans religion. Finalement, puisqu'il ne peut pas s'empcher d'tre grossier, il fallait aussi que Sarkozy le dise grossirement :

Ç Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la diffŽrence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curŽ, mme s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalitŽ du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement portŽ par l'espŽrance. È

L'instituteur ne vaut pas le curŽ, mais il doit s'en approcher le plus possible. Ite missa est. Nul doute que Sarkozy est ici ˆ l'unisson de Ratzinger qui canonisait rŽcemment les prtres franquistes ayant mis en oeuvre le meurtre des institutrices et instituteurs la•ques espagnols et catalans.

Reste la cerise finale : ne reculant devant rien, Sarkozy a expliquŽ aux ecclŽsiastiques prŽsents que lui, prŽsident, comprenait les prtres parce que leur vocation et les sacrifices qu'elle est censŽe impliquer sont au fond trs proches. Il est permis de rire, naturellement, surtout quand on pense ˆ l'ombre longiligne de Carla Bruni ˆ laquelle tous ont du penser en matire de "sacrifices". Mais ces propos sont parfaitement en cohŽrence avec le contenu politique de tout le discours : l'institution prŽsidentielle, comme son anctre directe l'institution monarchique, est un sacerdoce, une clŽricature. A quand le sacre ? A quand la prŽsidence de droit divin ?

En attendant, Sarkozy fixe une perspective de combat. Il a expliquŽ que sa RŽpublique a lui a besoin de croyants, pas d'incroyants : Ç Bien sžr, ceux qui ne croient pas doivent tre protŽgŽs de toute forme d'intolŽrance et de prosŽlytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espre. Et l'intŽrt de la RŽpublique, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui esprent È. Vieille rengaine de l'Inquisition : qui ne croit pas n'espre pas, qui ne croit pas n'est pas un bon citoyen, espŽrez c'est-ˆ-dire croyez ! D'ailleurs, Ç la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne Žlectorale de 2007 a montrŽ que les Franais avaient envie de politique pour peu qu'on leur propose des idŽes, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualitŽ, de valeurs, d'espŽrance. È

Nous voila prŽvenus : la destruction du droit du travail ira de pair avec l'offensive contre-rŽvolutionnaire catholique. Ce discours abominable a ŽtŽ tenu avec les trois invitŽs du prŽsident venus voir le pape avec lui : un amuseur de beaufs, Bigard, reprŽsentant de l'idŽe qu'il se fait du "peuple" ("pipi ? hi hi hi ! Caca ? ha ha ha !" - Amen), Denis Gilbert, "curŽ des loubards", et Max Gallo, dŽjˆ citŽ. Le scatologue pour beaufs, le curŽ pour pauvres et l'allumŽ du bocal composaient ainsi une trinitŽ rŽsumant la "France de Sarko". Comme l'Žcrit La Croix : Ç Jamais un chef de l'Etat franais n'avait si vigoureusement dŽfendu l'hŽritage catholique de son pays È. La Croix est oublieuse de ses propres amours. Car le seul Žquivalent de tels discours, suivi d'actes, c'est le marŽchal PETAIN.

Oui, mais, et Carla, dans tout a ? On y vient. Qu'on le veuille ou non, l'affichage -ˆ Disneyland- du prŽsident avec la dite Carla (CŽcilia, Rachida, Carla, Fadela, Rama, Yasmina ... on va finir par le croire fŽtichiste des femmes en A) relve de la mme politique. Quand la rŽgression est en marche, elle doit concerner tous les domaines. Si le prŽsident, c'est le roi, alors les petites ma”tresses du roi font partie du cirque prŽsidentiel et ont une fonction politique. Au moins dans le registre du symbolique, il Žtait triplement nŽcessaire que l'inconscient institutionnel de la V¡ RŽpublique monarchique soit rassurŽ envers la virilitŽ prŽsidentielle, puisqu'il y avait eu :

1¡) la peur sociale devant les cheminots et les jeunes,

2¡) le sacrifice quasi sacerdotal du prŽsident devant son Altesse Khadafi comme ranon d'une politique afro-mŽditŽrranŽenne de gangster,

3¡) le divorce de la lŽgitime.

Il Žtait donc nŽcessaire, dans cette logique lˆ, de faire savoir au bon peuple -celui que Bigard fait rire, d'une part, mais aussi celui des hauts fonctionnaires d'autoritŽ dont la propre autoritŽ est censŽe tre une Žmanation de celle du chef suprme, comme l'aura des prtres leur vient de leurs Žvques qui le tiennent du pape- que la virilitŽ du chef Žtait encore en Žtat de marche, compte tenu des batailles sociales qu'il lui falloir encore soutenir en 2008, car le plus dur reste ˆ faire, ainsi qu'il le dit lui-mme souventes fois ...

Le timing de Sarkozy-Fillon.

 

1. Au 1¡ janvier 2008, la loi anti-grve s'applique dans les transports terrestres de voyageurs, SNCF, RATP et compagnies de cars. Elle impose en principe de dŽposer un prŽavis ... avant le prŽavis, portant la durŽe totale des deux prŽavis ˆ 13 jours ; elle a imposŽ aux collectivitŽs locales, celles qui ne l'ont pas fait se voyant court-circuitŽes par les prŽfets, de dŽfinir des horaires et des lignes prioritaires (exemple type : on dŽclare prioritaires les dessertes d'h™pitaux, de lycŽes ... et des centres commerciaux le matin de 7h ˆ 9h et le soir de 17h ˆ 20h) et contraint les salariŽs qui y travaillent ˆ se dŽclarer auprs de leurs chefs de services grŽvistes ou non grŽvistes 48 heures ˆ l'avance ; et elle permet aux directions d'organiser des "rŽfŽrendums" anti-grve au bout de 5 jours de grves. Nous verrons dŽs mardi si la prŽsidence a dŽcidŽ de faire orchestrer une campagne mŽdiatique au sujet de cette mise en place ou non.

Paralllement, de pseudos "nŽgociations" se poursuivent notamment :

- dans les transports sur l'application de la contre-rŽforme, le niveau de retraite des cheminots Žtant pour l'instant tombŽ de 66,5% de salaire liquidable en moyenne ˆ 54,5 % ...

- au niveau confŽdŽral avec le MEDEF sur le contrat de travail et le temps de travail.

La place des confŽdŽrations n'est pas dans cette mascarade.

2. Le 4 fŽvrier 2008 se rŽunissent l'AssemblŽe nationale et le SŽnat en Congrs pour voter, en principe, la remise en place de ce qui a ŽtŽ repoussŽ par 56% des votants en 2005, savoir la "constitution" "europŽenne" sans le terme "constitution". Il faut ˆ Sarkozy le vote des quatre cinquimes des parlementaires pour ne pas avoir ˆ faire un rŽfŽrendum s'il tient vraiment ˆ son projet. Le but de l'opŽration est donc de faire voter pour le projet (ou qu'ils s'abstiennent, ne prennent pas part au vote ou soient absents, ce qui revient au mme que de voter Oui) suffisamment d'Žlus du PS pour qu'il y ait les quatre cinquimes.

3. Les Žlections municipales (et cantonales) auront lieu les 9 et 16 mars 2008. Une victoire de Sarkozy au congrs permettrait donc de chanter la musique de l' "ouverture" pour brouiller les pistes et faire de ces Žlections un test de la dŽcomposition du PS et, parfois, d'autres forces de gauche. L'atout de Sarkozy ici c'est que le thme de l' "ouverture" est repris aussi par des ttes de listes de gauche, qui font semblant de confondre le fait de prendre des voix ˆ la droite et au centre et le fait de "s'ouvrir" ˆ la droite et au centre. Sarkozysme et sŽgolne-royalisme et leurs avatars seront donc les deux machines ˆ faire perdre la gauche aux municipales.

4. Fillon vient de fixer la date du 31 mars 2008 comme ŽchŽance pour des "nŽgociations" sur la durŽe du travail. Suite aux deux lois de cet ŽtŽ, sur le "pouvoir d'achat", et de cet hiver, sur le "rachat" des RTT (en clair bosser pendant les vacances), il s'agit, dans le cadre des deux lois sur le "dialogue social" de janvier 2004 et de janvier 2007, de bien plus que de "remettre en cause les 35 heures" : il s'agit d'abolir la notion mme de limitation du temps de travail (ou alors dans la limite "europŽenne" de ... 48 heures par semaines) et de faire du "temps de travail" une notion modulable entreprise par entreprise, et non plus une notion lŽgale d'ordre public.

Rappelons que dans la mŽtallurgie, le nombre d'heures supplŽmentaires ˆ l'origine de 91 heures est passŽ en 1998 ˆ 110 heures par accord CFDT-FO dans le cadre de la loi Aubry, puis est montŽ aprs 2002 ˆ 130 puis 180 puis 220 avec dŽrogations au dessus possibles, et que la majoration de 100% (doublement du salaire horaire) est reportŽe au delˆ de ce seuil !

5. Paralllement, si Sarkozy est passŽ sur le traitŽ "europŽen" et sur l'Žtape des municipales, s'ouvrira la rŽvision constitutionnelle visant ˆ renforcer les pouvoirs prŽsidentiels.

Il pourra alors accueillir le pape, comme il le rve para”t-il, en hŽlicoptre au Mont Saint-Michel -septembre 2008- dans la "RŽpublique" fille a”nŽe de l'Eglise et zone de non droit pour les salariŽs, les jeunes et les Žtrangers.

Vers le timing de la majoritŽ exploitŽe : le timing du Militant.

 

1. Ils prŽtendent appliquer la loi anti-grve dans les transports pour pouvoir l'Žtendre ensuite. Le Militant sort une affiche et des autocollants. Une premire confŽrence de presse de responsables CGT, FO et FSU a eu lieu dans l'Allier. Le site http://droitdegreve.wordpress.com/ va continuer plus fort. La grve, c'est l'arme des travailleurs.

Relanons, intensifions cette campagne ˆ partir du 1¡ janvier : nous ne cŽderons pas.

2. S'opposer aux pseudo nŽgociations dans les syndicats et saisir toutes les occasions d'aller vers l'action commune et sa centralisation contre Sarkozy et le gouvernement, notamment en mettant en discussion partout l'idŽe d'une manifestation nationale dirigŽe sur le pouvoir exŽcutif.

Pourquoi pas, d'ailleurs, un premier pas en ce sens ˆ l'occasion ou ˆ la suite directe de la grve du jeudi 24 janvier dans la Fonction publique, appelŽe unitairement par toute les fŽdŽrations de fonctionnaires et pour laquelle la confŽdŽration FO appelle aussi ˆ manifester -mais il faudrait pour cela appeler ˆ faire grve aussi ...- les travailleurs du privŽ ?

Et pourquoi, cet appel au 24 janvier Žtant connu, les directions des fŽdŽrations CGT mines-Žnergie, cheminots et transports ont-elles en effet dŽcidŽ une manifestation nationale ... mais pour le 22 janvier ? !

La question du rassemblement de la jeunesse, Žtudiants, lycŽens des lycŽes gŽnŽraux, professionnels, technologiques et agricoles, jeunes travailleurs, jeunes des quartiers, contre Sarkozy est posŽe. Au lieu de blocus dispersŽ pendant que la direction de l'UNEF "nŽgocie", au lieu de voitures bržlŽes ˆ Villiers-le-Bel, si on allait tous chez Sarko ? Voila une idŽe qui peut faire son chemin.

Est Žgalement posŽe la question de l'union des nombreuses grves pour les salaires qui se multiplient dans des dizaines d'entreprises, faisant mentir la lŽgende selon laquelle il n'y a plus de grves dans les bo”tes. Mais entreprise par entreprise, nous perdrons. Entreprise par entreprise, c'est le chantage ˆ l'emploi qui aura toujours je dessus. Entreprise par entreprise, c'est l'ordre de Sarkozy. Comme ˆ Continental Sarreguemines, o ils ont fait voter par les salariŽs le passage ˆ 40 heures sans hausse de salaire. Il faut des appels sur plusieurs entreprises, des appels de branche, des appels de sites, des appels nationaux au Tous ensemble !

3. Mme chose pour les sans-papiers, mme chose pour le logement : il faut que les personnes concernŽes s'organisent elles-mmes et le r™le des organisations devrait tre de les y aider et de les y inciter, et que leur action les regroupent, toujours plus nombreux, en se centralisant contre le pouvoir qui dŽcide contre nous tous.

Voila pourquoi il est important de se saisir de la question de la "rŽgularisation par le travail" (cf. ci-dessus l'article de Raymond Debord), pour se grouper, pour se centraliser, pour peser sur le maillon faible du dispositif ennemi.

4. Un objectif politique essentiel sera d'empcher Sarkozy d'avoir ses quatre cinquimes de parlementaires prŽsents le 4 fŽvrier. Pour cela, il faut faire pression sur les dŽputŽs et sŽnateurs du PS pour qu'ils agissent en socialistes ! Un mouvement peut se dŽvelopper dans le pays sur cet objectif, car une majoritŽ pour dire Non ˆ la politique de Sarkozy existe.

Et pourquoi pas, d'ailleurs, une manifestation contre le Congrs, ˆ Versailles le mardi 4 fŽvrier ?

Voila notre timing ˆ nous pour janvier et dŽbut fŽvrier. S'il ne va pas plus loin c'est parce que, dans le cas o il conna”trait un dŽbut de mise en oeuvre ˆ une Žchelle de masse, il modifiera la situation et perturbera le timing de Sarkozy-Fillon, ce qui ouvrira la perspective de les vaincre.

Ce sera donc le timing du Militant, qui a en outre ouvert le dŽbat sur les Žlections municipales, et dont les amis se rŽuniront pour faire le point de qui aura ŽtŽ fait ou pas fait et voir comment continuer patiemment, avec dŽtermination, le combat pour vivre et pour gagner.

 

Devenez correspondant(e) / diffuseur de Militant dans votre ville ou votre secteur professionnel :

 Adressez un chque de 20 Û ˆ lÕordre dÕAPE ˆ : Militant, 18 rue Victor MassŽ 75009 Paris.