textes prŽparatoires

assemblŽe gŽnŽrale

samedi 8 mars 2008

 

 

 

1Ħ) contribution de SB

2Ħ) contribution de VP

3Ħ) contribution de RD

4Ħ) contribution de FF

5Ħ) contribution de CB

6Ħ) annexes

 

 

Contribution pour lĠassemblŽe gŽnŽrale du MILITANT du 8 mars 2008 ˆ Paris

 

Par SB (Allier)

 

 

En 2002 ˆ Moulins, petite ville de lĠAllier, un noyau de 4/5 personnes exprimaient publiquement leur sentiment dĠurgence dans un tract intitulŽ Ç lĠheure du regroupement a sonnŽ È.

ContactŽs par VP et moi-mme lors des meetings dĠentre les 2 tours de prŽsidentielles de 2002 opposant Chirac ˆ Le Pen, ces ex militants du PCF et du PS posaient la question qui est toujours ˆ lĠordre du jour en 2008 : repenser la vie politique ˆ gauche, trouver une issue ˆ la crise profonde dans laquelle est placŽ le mouvement ouvrier aprs 20 ans de programme commun, de cohabitation, de gauche plurielle dont les alliances PS/PC/verts ont davantage servi au maintien des dominants quĠau soutien des dominŽs.

 

Depuis 1981 la bourse nĠa cessŽ de grimper tandis que les usines fermaient, la prŽcaritŽ sĠinstallait, la masse des exclus (sans logement, sans travail, sans-papiers) gonflait. Et pourtant dĠimportantes luttes sociales tŽmoignent de la rŽsistance aux attaques du patronat et des gouvernants ˆ leurs bottes. En 1995 grandes grves contre le plan JuppŽ, en 2003 contre les retraites, en 2006 contre le CPE imposŽ ˆ la jeunesse. Immenses cortges de millions de personnes. La rue cĠest la rŽvolte Žclatant comme une fleur en plein air et en pleine lumire. Mais en 2005 lors du rŽfŽrendum contre la constitution europŽenne, ce sont les racines profondes de la conscience collective qui sĠest dŽvoilŽe alors que chacun Žtait isolŽ avec son bulletin de vote malgrŽ les tŽlŽs, radios, journaux dŽversant  mensonges pour les tromper. Quand le mouvement en surface reflue, il y a repli pour puiser dans les racines les forces manquantes pour repartir. La lutte des classes est un mouvement mais pas celui naturel et immuable de la marŽe parce que ce sont des hommes agissant et cette action pourrait aller beaucoup plus de lĠavant si elle nĠŽtait pas endiguŽe comme en 2006 o le gouvernement Villepin vacillant a ŽtŽ protŽgŽ par les appareils politiques dŽvoyant vers un vote de confiance pour le mois suivant et les centrales syndicales qui nĠont pas voulu appeler ˆ une centralisation nationale sur Paris se contentant du rejet du CPE dans les conditions de pourrissement politique que lĠon sait (Chirac promulgue la loi dŽclarant quĠelle ne sĠappliquera pas) et laissant subsister le CNE. On nous disait Ç cĠest trop t™t, attendons les Žlections prŽsidentielles de 2007 È. On a vu : aprs Chirac portŽ par les partis de gauche en 2002, voici Sarkosy portŽ par une droite offensive et couverte par une gauche molle.

 

Oui, en 2008 comme en 2002 se pose toujours avec autant dĠacuitŽ la question de la reprŽsentation politique, celle du plus grand nombre, celle qui produit des richesses pour les autres, bien plus faibles numŽriquement et qui ont besoin dĠinstitutions pour les conforter, dĠEtat, de police, dĠarmŽe et mme dĠŽglise pour les protŽger. La justice ! il nĠy a quĠˆ voir comment les marchands dĠenfants africains de lĠArche de NoŽ vont sĠen sortir alors que des jeunes lycŽens ont ŽtŽ dŽfŽrŽs en comparution immŽdiate avec peine de prison aprs des manifestations.

Cette question de notre reprŽsentation politique pour dŽcider des affaires du pays, de la politique sanitaire et sociale, de lĠŽducation, du mode de production Žconomique et de distribution des marchandises est centrale.

Comment expliquer quĠavec un score de 10% au 1er tour de la prŽsidentielles de 2002 que lĠextrme gauche nĠait pas capitalisŽ cette dŽfiance de la politique de la gauche plurielle ? La dŽsagrŽgation de cette extrme gauche aux dernires prŽsidentielles de 2007 et les grandes annonces de nouveaux partis (PT et LCR) ne permettent pas dĠy voir plus clair aux yeux du plus grand nombre.

Que vit-on aujourdĠhui ? LĠeffondrement du parti communiste franais suivant celui du mur de Berlin et payant sa collaboration dans les gouvernements de la gauche plurielle. Un parti socialiste dont lĠoligarchie ˆ sa tte imprime une nette orientation droitire concrŽtisŽe par les transfuges chez Sarkosy et lĠouverture au MODEM. En Allemagne, aprs une majoritŽ ˆ gauche du SPD et du Linskpartei, le SPD a prŽfŽrŽ sĠallier ˆ la droite dĠAngela Merkel pour faire passer les plans dĠaustŽritŽ. Partout en Europe les alliances de la sociale dŽmocratie avec la droite barre la route ˆ lĠexpression indŽpendante des travailleurs. En France les verts sont ŽclatŽs en divers groupes Žcologiques, ce qui Žtait prŽvisible de par leur nature originelle, petits appendices oscillant par manque de colonne vertŽbrale politique et Žconomique. Dilution de mouvements Žparses tel lĠalter mondialisme, les OGM, la taxe Tobbin dĠAttac en passant par les mariages homosexuels tenant plus de phŽnomnes de modes comme il y eu les babas cool et les hyppies de 1968, les dŽfenseurs du Larzac en 1970 mais sans ancrage profond dans la classe ouvrire, loin de la durabilitŽ dĠun parti organisŽ. Ne croyez pas que je suis indiffŽrente aux problmes de pollution de la plante, aux populations vivant dans un grand dŽnuement en Afrique, en Asie, en AmŽrique du sud ou encore aux droits des femmes et plus gŽnŽralement ˆ chaque individu de vivre sa vie sentimentale et sa sexualitŽ librement. Non, mais je crois quĠon ne peut pas segmenter ces questions sous peine de se perdre. JĠy ai  c™toyŽ des amis qui ont trouvŽ refuge dans ces organismes par dŽgožt des partis politiques.

 

Il y a donc des constats ˆ faire, honntement, sans complaisance afin dĠy voir plus clair.

Non pas pour dŽnoncer les mŽchants, les tra”tres en se considŽrant avant-garde forcŽment ŽclairŽe. Mais dire les choses, les analyser, confronter nos perspectives pour dŽpasser ce bourbier dans lequel nous sommes tous plongŽs. Personnellement, je ne crois pas au surgissement dĠun parti ouvrier venu du nŽant. Ni non plus ˆ ces partis qui accouchent dĠeux-mmes avec un autre nom. Bien quĠŽtant assez pessimiste sur la situation, je crois plut™t quĠil faut exploiter la matire premire existante, celle de milliers de militants engagŽs dans des syndicats, les partis, les associations et la transformer en rassemblement de  forces  dŽpassant les clivages de nos syndicats et partis pour espŽrer reb‰tir le mouvement ouvrier dans une forme dĠorganisation qui reste ˆ trouver.

 

A Moulins ce petit noyau constituŽ en 2002 a permis de tisser les liens entre militants qui se seraient regardŽs en chiens de fa•ence autrefois gr‰ce aux actions unitaires que nous avons rŽalisŽes sur le terrain : intersyndicales, AG de dŽbats aprs manifestations, campagne pour le non en 2005, meeting sur la prŽcaritŽ juste avant le CPE, campagne actuelle sur le rŽfŽrendum du traitŽ de Lisbonne, action syndicale unitaire sur le mot dĠordre Ç tous ensemble public/privŽ È alors quĠˆ Montluon ou Vichy les mots dĠordre des confŽdŽrations sĠimposaient sans discussion. Les distributions de tracts aux usines, aux marchŽs, les organisations de meeting comme le dernier avec Marc Dolez (PS) et Pierre Zarka (PCF) nous mlent ensemble dans le militantisme de terrain et facilite nos Žchanges, plus fraternels, plus ouverts ; des militants du PCF sĠinterrogeant sur le devenir de leur parti publiquement sans gne comme Žtant un ŽlŽment de discussion non rŽservŽ aux adhŽrents mais intŽressant lĠensemble des participants. La demande de solution dŽpasse les bornes des partis et elle est dĠautant plus forte quĠon se sent impuissant devant les attaques du pouvoir. Bien sžr a et lˆ il y a des piques sur lĠorientation de tel ou tel parti en dehors du sien auquel on est attachŽ. Mais pas dĠattaques violentes et personnelles mais lĠamorce dĠun dŽbat de fond mmes sous forme de polŽmique et de reproche de la faute sur lĠautre. Si ceci est infime ˆ lĠŽchelle de la France mais existe certainement ailleurs a et lˆ, il faut le comprendre comme le sens dĠune dŽmarche profonde dont lĠaction unitaire lors dĠŽvnements sociaux constitue des Žtapes vers lĠouverture au dŽbat politique.

 

LĠŽtape suivante est celle que nous vivons aujourdĠhui dans cette assemblŽe gŽnŽrale du Militant ˆ Paris. PŽrenniser ˆ travers une structure, certes petite, la convergence de militants pour trouver ensemble et en grandissant les voies pour renverser ce systme capitaliste car le temps du rŽformisme est rŽvolu, plus dĠavancŽe sociales possibles mais obligation de se battre pour dŽjˆ conserver les acquis sociaux.

Si nous avons idŽe de ce qui a failli, nous nĠavons pas dĠidŽe gŽniale, prte pour emploi, de ce qui faut mettre en Ïuvre. Clamer un but, ce nĠest pas tout, chanter lĠinternationale et lever le poing ce nĠest pas tout. Le plus difficile est de savoir comment sĠy prendre au niveau des institutions, au niveau des reprŽsentations dŽmocratiques, au niveau de lĠappropriation des moyens de productions, au niveau de la distribution des marchandises. Personnellement je rŽfute la dictature du prolŽtariat au sens de la dictature dĠun parti rŽvolutionnaire qui finit par ne plus lĠtre et dŽpossŽder la classe ouvrire. Le prolŽtariat nĠa jamais gouvernŽ et ŽtŽ ma”tre de sa destinŽe. Je crains Žgalement les chaos des guerres civiles. Le seul espoir que je fonde est dans des formes dĠorganisation ayant pouvoir mais Žlu et rŽvocable, des contr™les ouvriers dans les entreprises, des comitŽs de quartier, dont le socle serait lĠŽlection de dŽlŽguŽs chargŽs dĠŽtablir une Constitution fondant une RŽpublique sociale. Rgles dĠabolition de la propriŽtŽ privŽe et dĠorganisation communautaire respectant les droits humains et non plus lĠargent et le profit. A chaque fois les masses populaires se sont vu confisquer le pouvoir acquis de haute lutte, comment ne pas reproduire les mmes erreurs, est-ce inŽluctable ?

 

Pour Žviter les erreurs de lĠhistoire, alors que nous abordons un sicle nouveau, il nous faut trouver un systme de reprŽsentation rŽellement dŽmocratique, pas celle que nous connaissons avec un homme ou une femme Žlus pour 5 ou 6 ans qui nĠen a cure de ses Žlecteurs et se complaisent dans la gestion feutrŽe o les dits opposants politiques sont cul et chemise.

DŽfaire un systme ne peut sĠenvisager sans des bases de reconstruction au niveau national puisque nous vivons ici en France mais aussi par la solidaritŽ internationale car notre ennemi le capitalisme nĠa pas de frontire. Il ne sĠagit pas de concocter un super programme rŽvolutionnaire avec des mesures toutes faites, il faut des objectifs mais je ferai plus  confiance ˆ des professionnels et ˆ la population pour trouver les bonnes rŽponses dans les domaines de la santŽ, de lĠhabitat, de lĠŽducation et de la vie en gŽnŽral plut™t quĠˆ un rŽvolutionnaire patentŽ.

 

JĠespre que cette assemblŽe gŽnŽrale sera riche en dŽbats et en projection dĠaction.

 

Moulins, le 8 fŽvrier 2008.

 

* * *

 

Rapport politique pour l'assemblŽe gŽnŽrale du Militant.

 

 

Introduction.

 

Raymond a proposŽ que je rŽdige pour l'AG du Militant des intros sur les perspectives politiques ainsi que sur la campagne droit de grve et si possible sur le PS et sur la FSU, sans oublier l' "intergroupe". Je vais le faire ici, mais en globalisant.

 

Je me trouve en effet pour l'instant dans une posture un peu particulire. Nous avons fait ou refait connaissance ˆ travers des rŽunions parisiennes impulsŽes par la Lettre de Liaisons sur les questions politiques centrales du moment, avons constatŽ une approche commune au plan de la mŽthode, par delˆ des diffŽrences d'histoires militantes et de culture qui, dans ce contexte, devenaient des richesses ˆ mettre en commun, et donc finalement la Lettre de Liaisons et le Militant ont fusionnŽ, c'est-ˆ-dire qu'Žtant donnŽ la rŽalitŽ, trŽs tŽnue, du regroupement autour de la Lettre de Liaisons, nous sommes entrŽs dans le Militant avec la joie de faire connaissance d'un milieu de camarades plus nombreux et plus variŽs, et en apportant notre "bagage", savoir essentiellement la lettre elle-mme et l'habitude prise d'une publication Žlectronique rŽgulire.

En Žtant le principal rŽdacteur, je me pose parfois des questions en l'Žcrivant : est-ce que toute cette bande, o nous ne nous connaissons pas encore tous loin de lˆ puisqu'on habite, travaille et milite dans des lieux et des milieux diffŽrents et parfois ŽloignŽs, est d'accord sur le fond, n'est pas rebutŽe par la forme, est-ce qu'ils la lisent ˆ temps et ne sont pas un peu "court-circuitŽs" ? Mais en mme temps dois-je m'autolimiter alors qu'il me semble nŽcessaire, que dis-je, indispensable, de dire cela, de donner telle info, telle apprŽciation, etc. ?

Je me posais dŽjˆ ces questions dans le cadre de l'ancien groupe informel qui s'Žtait quand mme formŽ de fait autour de l'ancienne lettre de Liaisons, mais lˆ, il y a plus de monde concernŽ. Je prŽcise que ce que je dis lˆ n'est pas du tout critique ; il Žtait inŽvitable qu'on passe par cette Žtape et l'AG du 8 mars est donc importante aussi, beaucoup, tout simplement pour avoir cette connaissance physique directe entre nous absolument nŽcessaire. Car notre diversitŽ est une richesse mais cela ˆ condition Žvidemment qu'il y ait Žchange.

 

Qu'est-ce que le Militant ?

C'est une association libre de militants (comme son nom l'indique ! ) qui partagent me semble-t'il quelques points trŽs importants :

1) l'anticapitalisme,

2) la conviction qu'il faudrait, au plan national et international, que les exploitŽs et les opprimŽs aient des organisations ˆ eux, qui les reprŽsentent rŽellement, pour combattre et dŽfaire le capitalisme,

3) la conscience qu'aucune des organisations existantes issues des traditions notamment socialiste, communiste, syndicaliste et trotskyste, ne rŽpond ˆ ce besoin,

4) la conscience aussi que ce n'est pas en se proclamant "le" groupe qui va rŽsoudre ce problme, "embryon du parti rŽvolutionnaire" selon la formule consacrŽe, qu'on le rŽsoudra, au contraire,

5) et donc qu'il est lŽgitime, utile et nŽcessaire de s'associer pour travailler ensemble ˆ sa rŽsolution, par l'action commune et la libre discussion, tout en pouvant appartenir ˆ telle ou telle des organisations politiques existantes comme le PS ou le PCF (c'est mme assez conseillŽ car cela peut tre une condition d'efficacitŽ), et nŽcessairement, autant que possible si l'on a du travail ou qu'on en cherche, aux syndicats, et aider ˆ des associations ad hoc construites par les exploitŽs et opprimŽs eux-mmes chaque fois que nŽcessaire.

Tous ne le formuleraient peut-tre pas exactement ainsi, mais il me semble qu'en gros le Militant c'est a. Ce qu'il faut bien saisir c'est ce qu'a de particulier cette manire de s'associer. En effet les 3 premiers points ci-dessus sont partagŽs par un nombre considŽrable de personnes, je serai presque tentŽ de dire qu'ils sont majoritaires, en fait. Les points 4 et 5 par contre traduisent la volontŽ qui dŽcoule de la prise de conscience de cette rŽalitŽ : qu'il faut l'incarner dans une organisation tout en faisant attention ˆ ne pas faire de celle-ci un but en soi et donc un obstacle, car le but est d'aider toute notre classe ˆ s'organiser.

Nous sommes donc un groupe trŽs particulier ˆ cause prŽcisŽment de son non-sectarisme.

 

La mŽthode.

 

A partir de lˆ quelle perspective ?

La question clef c'est que les aspirations et les revendications des exploitŽs et des opprimŽs ont besoin de s'unifier, pour se renforcer mutuellement contre l'adversaire commun, et que l'adversaire commun, certes il a de multiples visages, mais nous ne devons jamais oublier son Žtat-major principal : l'Etat, donc le pouvoir central de l'Etat, donc ... en France, la prŽsidence de la RŽpublique !

PrŽcisons : quand des salariŽs se battent contre un patron particulier, ils se battent en fait, mme s'ils ne s'en rendent pas toujours compte au dŽbut, contre le patronat dans son ensemble car la plus-value est rŽpartie ˆ l'Žchelle de tout le patronat. Mais cette rŽpartition et les conditions de l'exploitation sur laquelle elle est fondŽe sont garanties et reproduites par les Etats. Pas de capital sans Etats (contrairement ˆ ce que croient les libŽraux ; notons que cette comprŽhension va aussi ˆ l'encontre de l'idŽologie antilibŽrale ou rŽgulationniste qui veut se protŽger du capital tout en le gardant, au moyen de l'Etat).

Si l'on veut avancer vers le regroupement des exploitŽs et des opprimŽs sur leurs intŽrts communs, on ne doit pas parler ˆ leur place mais essayer de leur permettre de s'exprimer et de s'organiser par eux-mmes. C'est d'ailleurs lˆ-dessus que les camarades qui ont montŽ et animŽ l'Association Populaire d'Entraide ont une expŽrience prŽcieuse.

Pour pouvoir faire cela le mieux possible, ce que nous avons de spŽcifique ˆ faire c'est d'aiguiller, de polariser, de radicaliser, de centraliser le mouvement des exploitŽs et des opprimŽs, qui existe de toute faon indŽpendemment de nous sans qu'on ait ˆ le "pousser", contre le pouvoir central du capital exprimŽ dans l'Etat. C'est comme a que finalement on unifie rŽellement. Ce fil ˆ plomb signifie chercher un dŽbouchŽ politique au niveau de l'Etat, du pouvoir.

Je crois que c'est cela l'apport de la lettre de Liaisons ; si la lettre de Liaisons Žtait arrivŽ ˆ jouer un r™le et ˆ avoir parfois une influence disproportionnŽe par rapport ˆ sa force rŽelle c'est ˆ cause de sa continuitŽ ˆ poser la question du pouvoir : dŽs 2000 nous dŽfendions la rupture Chirac-Jospin tout en combattant la politique du gouvernement Jospin, en 2002 pour dŽfaire Chirac aux prŽsidentielles puis contre le vote Chirac au second tour, pour le regroupement contre Le Pen, Chirac et la VĦRŽpublique, puis pour la grve gŽnŽrale en 2003 et le combat pour chasser Chirac-Raffarin-Villepin-Sarkozy, le Non au rŽfŽrendum en 2005, le combat pour une montŽe nationale contre le pouvoir pendant le mouvement contre le CPE en 2006, pour une vraie candidature unifiant la gauche puis pour le vote Royal par dŽfaut aux prŽsidentielles de 2007, et maintenant pour "dŽfaire Sarkozy".

Mais la lettre de Liaisons c'Žtait un peu un fil ˆ plomb sans chair ni consistance autour de lui. Il faut les deux, le fil ˆ plomb et la chair, les interventions concrŽtes dans des terrains concrets qui nourrissent le fil ˆ plomb, et le fil ˆ plomb qui donne la perspective et fait de chaque intervention concrŽte non une fin en soi, mais un maillon par rapport ˆ un dŽveloppement futur souhaitŽ. Il faut plus que les deux, il faut l'unitŽ des deux, se transformant par leur Žchange mutuel.

 

Cela signifie un axe politique : dŽfaire Sarkozy ; prŽparer un affrontement d'ensemble pour en dŽcoudre, non pas pour "faire reculer le gouvernement" ( ce qui peut toujours tre obtenu en cours de route, mais seulement en cours de route) mais pour le chasser, avant l'ŽchŽance de 2012 car se contenter d'attendre 2012 c'est donner ˆ Sarkozy le temps qu'a eu Thatcher pour briser le salariat. En mme temps nous ne sommes pas des gauchistes anti-Žlections : c'est justement ce combat immŽdiat qui seul peut aussi prŽparer sŽrieusement les ŽchŽances Žlectorales, car empŽcher maintenant le regroupement pour en dŽcoudre avec Sarkozy dans la lutte sociale directe, conduirait le moment venu lors des Žlections ˆ la division et ˆ l' "ouverture" et donc ˆ faire encore le jeu de la droite et du patronat.

Comme mŽthode, bien entendu il ne s'agit pas de jouer la bande d'excitŽs qui veulent chasser Sarkozy tout seuls, ce sont les plus larges masses qui seules le peuvent. Il s'agit donc d'tre ceux qui proposent le rassemblement et l'action efficace :

-l'unitŽ contre l'ennemi commun ;

-la rupture des alliances nouŽes avec lui : refus de l' "ouverture", dŽnonciation du vote de son traitŽ "europŽen" ˆ Versailles l'autre jour, critique des nŽgociations imposŽes au sommet par le gouvernement et/ou le MEDEF aux syndicats sur leurs "revendications" et leur programme ˆ eux.

-le fait, tout simplement, d'appliquer ˆ tous les niveaux le principe ŽlŽmentaire de toute lutte d' "aller tous ensemble lˆ o a se dŽcide contre ceux qui le dŽcident".

Dans les Žlections, cette mŽthode conduit ˆ appeler ˆ voter ˆ gauche sans rŽpandre d'illusions sur ce que font rŽellement les dirigeants, et ˆ opposer, dans les municipales, le rassemblement contre les reprŽsentants directs de Sarkozy (en ce sens notons que la volontŽ de LO et localement de la LCR ou du PT d'aller dans des listes communes avec PS et PCF est positive, quelles que soient leurs considŽrations par ailleurs) tout en combattant l' "ouverture" et les listes bizarres que les courants droitiers du PS, dominants (royalistes et strauss-kahniens) multiplient, et dans lesquels PCF voire "alternatifs" et apparentŽs trempent aussi plus souvent qu'on ne le dit.

Dans la lutte sociale directe, cette mŽthode peut aboutir ˆ prŽconiser la grve tous ensemble, donc au niveau gŽnŽral la grve gŽnŽrale, c'est-ˆ-dire, prŽcisons-le, la grve qui permet ˆ la masse de se centraliser frontalement contre le patronat dans son ensemble et donc contre l'Etat.

Mais ce n'est pas un prŽlable : pour nous la grve gŽnŽrale dŽcoule de la recherche de la centralisation contre le pouvoir, et non pas l'inverse, elle n'est ni un but en soi, ni un moyen gratuit de "dŽnoncer les directions traitres". C'est pour cela que nous n'avons pas repris la thŽmatique de la grve gŽnŽrale ˆ l'automne 2007 contrairement ˆ la manire dont nos camarades du CCI(T) souhaitaient rŽorienter la campagne Droit de grve, mais aussi ˆ ce qu'espŽraient pas mal de jeunes Žtudiants qui pensaient la lutte finale imminente ; nous avons gardŽ la tte froide, et pour savoir prŽparer les moments chauds, il est trŽs important de savoir garder la tte froide. La grve n'est pas un but en soi, elle a toujours une finalitŽ : vaincre le patron, dŽfaire le pouvoir. Nous ne raisonnons pas ˆ partir du plaisir de "la lutte" pour la lutte, mais ˆ partir de ces finalitŽs.

Au moment prŽsent les conditions d'un affrontement d'ensemble s'accumulent. Il faut se garder du pessimisme comme de l'optimisme excessifs, mais il doit tre bien clair que l'affrontement principal par rapport aux enjeux du "sarkozysme", c'est-ˆ-dire appliquer pleinement les besoins patronaux ˆ la sociŽtŽ franaise, n'est pas derrire nous, mais encore devant nous.

 

Dans ce moment prŽsent il est important de saisir tout ce qui permet de poser la question de manifestations nationales contre le pouvoir, de regrouper en centralisant, de centraliser en regroupant.

Nous l'avons expliquŽ ˆ propos du "traitŽ de Versailles" dit de Lisbonne : il aurait ŽtŽ possible d'appeler, dŽs dŽcembre, ˆ une manifestation nationale contre le CongrŽs soit le 2, soit le 4 fŽvrier (plut™t le 4). Le PCF qui a eu une position formellement correcte contre ce traitŽ et pour un rŽfŽrendum ne l'a pas fait, car sa position Žtait en fait platonique ; il ne s'agissait pas d'essayer rŽellement de gagner, de dŽfaire Sarkozy, mais d'occuper un espace politique tout en nŽgociant, d'ailleurs, les places aux municipales avec la direction du PS. Les autres composantes du ComitŽ National pour un RŽfŽrendum ont peu ou prou reproduit ou avalisŽ cette attitude. Nous n'avons pas pesŽ sur cette situation, nous n'avons fait que formuler des souhaits dans la lettre de liaison du Militant (MLL). Mais peut-tre que si nous avions ŽtŽ nous-mme un peu plus centralisŽs nous aurions pu plus peser : par une prŽsence directe aux rassemblements des 2 et 4 fŽvrier, par des rŽunions locales, par l'influence sur d'autres courants engagŽs eux-mmes dans la bataille ...

Autre exemple o lˆ aussi la manire dont nous pouvons exprimer "ce qu'il faudrait faire" reste assez platonique mais pourrait trouver une concrŽtisation si la situation d'une part, et notre degrŽ de centralisation et donc d'efficacitŽ d'autre part, le permettent : le thme de la "manifestation centrale de la jeunesse contre Sarkozy" que j'ai parfois introduit dans la MLL et dont j'ai discutŽ avec Renaut en relation avec l'impasse o se trouvait la Coordination Žtudiante ˆ la fin de l'Žtape de la mobilisation contre la loi PŽcresse de l'automne dernier. L'idŽe est la suivante : centraliser la jeunesse contre Sarkozy (et l'on sait que beaucoup de jeunes ne l'aiment gure) et en mme temps unifier les couches de la jeunesse, puisque l'on constate qu'il y a eu les Žtudiants et certains lycŽens tout au long de l'automne, puis que la jeunesse ouvrire scolarisŽe (jeunes des lycŽes professionnels et agricoles) partait au combat en dŽcembre contre la contre-rŽforme du Bac pro, et enfin que les mouvements dits de "banlieue" (Villiers-le-Bel) dans lesquels la dŽcomposition sociale joue un grand r™le certes, sont aussi parfois des mouvements de fait d'affrontement avec l'appareil d'Etat, donc que si ces mouvements se centralisaient par exemple dans une manifestation de tous contre Sarkozy ce serait une perspective un peu moins sans issue que bržler les bagnoles des voisins de l'immeuble ...

Au moment prŽsent, cette idŽe n'a pas de possibilitŽ immŽdiate de concrŽtisation, mais elle pourrait tre dŽveloppŽe en tant que leon des luttes de cet automne, et pourrait rapidement trouver ˆ se concrŽtiser lors de la prochaine accŽlŽration de la situation dont nous ne connaissons pas encore le tempo.

 

Les deux expŽriences rŽcentes les plus significatives qui vont dans ce sens au cours des dernires semaines sont la manifestation pour la rŽgularisation par le travail vers le sige de la CGPME ˆ la Grande arche de la DŽfense, dans laquelle le Militant est intervenu, le 1Ħ fŽvrier, et la grve de la grande distribution le 1Ħ fŽvrier aussi.

Notons qu'en ce qui concerne la premire de ces manifestations, la MLL aurait pu et dž en parler beaucoup plus, essayer de se faire un instrument de sa prŽparation et expliquer l'importance de la revendication. Les luttes des sans-papiers sont gŽnŽralisŽes, mais maintenues dans la dispersion ; la question de la rŽgularisation par le travail a ouvert une brche qui a permis un dŽbut de centralisation par rapport au patronat en mme temps qu'elle montre fortement que les sans-papiers sont la section la plus exploitŽe du prolŽtariat en France.

En ce qui concerne la seconde de ces manifestations, la MLL a dž tre l'un des rares "mŽdia" militant ˆ en souligner l'importance, et le billet diffusŽ la veille a ŽtŽ repris tel quel, parfois sans nous citer, sur d'autres sites. Notons que l'un de nos camarades est responsables du syndicat CGT du commerce et des services sur Paris. Nous aurions donc probablement eu lˆ aussi plus de capacitŽ d'intervention et d'explication si nous avions ŽtŽ un petit peu plus centralisŽs.

On pourrait objecter ˆ propos de ces deux Žvnements rŽcents qu'ils n'Žtaient pas dirigŽs de faon immŽdiate "contre Sarkozy" et l'Etat, mais contre le patronat, CGPME dans un cas, patrons des grandes surfaces et du commerce de gros dans l'autre. C'est tout ˆ fait vrai, mais dans la perspective que je dŽveloppe ici, ce n'est absolument pas un problme. Il n'aurait pas ŽtŽ logique ni efficace de prŽconiser soit que les travailleurs sans-papiers, soit que les travailleurs (il serait plus juste de dire les travailleuses) des grands magasins aillent ˆ l'ElysŽe ou devant les prŽfectures, et il n'est absolument pas gŽnant dans la perspective de la centralisation contre le patronat et l'Etat qu'ils aillent bien naturellement lˆ o sont leurs exploiteurs immŽdiats. La gŽnŽralisation du combat pour la rŽgularisation de tous les travailleurs sans-papiers (en y incluant ceux qui rŽclament du travail) et de leurs familles, ou la gŽnŽralisation du combat pour la hausse des salaires, contre les temps partiels imposŽs aux caissires et pour le repos dominical, s'opposent frontalement ˆ Sarkozy et mme prŽcisŽment ˆ ses propres slogans politiques ("travailler plus pour gagner plus", etc.), c'est clair.

J'ajoute que le mouvement des grands magasins comporte aussi une dimension fŽminine forte. Voici ce qu'a dŽclarŽ JŽrome BŽdier, patron de la fŽdŽration patronale : Nagure ces caissires Žtaient mariŽes, leur salaire d'appoint suffisait, est-ce ma faute si elles ont divorcŽ ?". Ce mŽpris de classe n'est d'ailleurs pas rŽservŽ aux caissires : le rapport Pochard sur le mŽtier de professeur relve que comme il y a des femmes profs qui ont des Žpoux cadres sups', leur salaires sont bien suffisants ...

 

Ces deux Žvnements rŽcents doivent justement nous aider ˆ enrichir la mŽthode que je prŽconise ici en ne la fondant pas concrŽtement que sur des expŽriences du type "fonction publique" ou "mobilisation de la jeunesse". "Augmenter les salaires et pas le nombre d'heures supp'" est une revendication centrale qui ne peut aboutir qu'en dŽfaisant Sarkozy ; nous devons aussi apprendre ˆ simplifier (autant pour moi), ˆ concentrer les choses en slogans, comme Franois a commencŽ ˆ le faire avec les autocollants et les affiches Droit de grve. Exemple :

"Augmentez les salaires et pas le nombre d'heures supp' ! Embauchez des jeunes au lieu de saquer la retraite des vieux ! RŽgularisez tous les travailleurs et demandeurs d'emplois sans-papiers ! La grve c'est l'arme des travailleurs ! A bas Sarkozy, tous ensemble pour le dŽfaire", voila qui rŽsume parfaitement notre message pratique au moment prŽsent.

 

En amont et en aval de la mŽthode.

 

Je viens de dire notre "message pratique". Ceci dit, il serait mystificateur de laisser entendre que c'est spontanŽment que l'on formule les choses ainsi. Si c'Žtait aussi simple cela ferait longtemps que la rŽvolution serait faite ! Le paradoxe, rŽsultant de l'histoire des luttes et des dŽfaites passŽes et de leurs enseignements, est que pour arriver ˆ la simplicitŽ nŽcessaire des slogans et des axes de regroupement, il faut un arrire-plan, une mŽmoire, un background comme disent les anglo-saxons. L'adhŽsion ˆ cet arrire-plan ne doit pas tre une exigence pour militer, mais sa connaissance ne doit pas non plus rester entre initiŽs.

 

La formation a donc pour fonction non de rŽvŽler la parole aux non-initiŽs mais de mettre tout le monde ˆ ŽgalitŽ. C'est en ce sens qu'il serait me semble-t'il souhaitable aussi de crŽer une sorte d'Žcole ouverte avec exposŽs et libre discussion, tache ˆ laquelle nous pourrions proposer ˆ des regroupements comme les jeunes de l'OS (Offensive Socialiste) ou ˆ d'autres, de participer aussi. Dans cette optique, nous pourrions sans doute assez vite commencer la publication de petits textes "classiques" ou mŽconnus, par mise en ligne sur le site suivie d'impression papier en brochure sous des formes ˆ dŽfinir, de Marx, Trotsky, Sorel, Jaurs ...

 

Ce background qui permet de "poser la question du pouvoir" et de formuler des revendications aussi simples et fondamentales que celles du petit formulaire ci-dessus doit en effet beaucoup ˆ Marx et ˆ Trotsky.

Pour tre prŽcis ce qu'il doit surtout ˆ Marx c'est l'analyse de la sociŽtŽ capitaliste, de la rŽpartition de la plus-value et du r™le de l'Etat, et aussi la comprŽhension de ce que "toute lutte de classe est une lutte politique". Le dernier chapitre de Misre de la philosophie sur les grves et le caractre politique de la lutte des classes pour les salaires est ˆ cet Žgard un texte magnifique. Voila un texte, pas trŽs long, qui pourrait dŽbuter le type de publication que je viens d'Žvoquer.

Ce qu'il doit surtout ˆ Trotsky c'est l'idŽe selon laquelle, en partant des revendications actuelles telles qu'elles sont, notre r™le n'est pas de provoquer ou de stimuler la lutte des classes qui existe de toute faon, mais de la "conduire invariablement ˆ une seule et mme conclusion : la conqute du pouvoir politique par le prolŽtariat". Ceci consiste souvent ˆ englober les partis existant, donc le PS et le PCF, dans l'exigence qu'ils s'unissent et qu'ils prennent le pouvoir contre la droite et le patronat. On connait cela sous le nom de "politique du front unique ouvrier", tactique mise au point par l'Internationale communiste au dŽbut des annŽes 1920 et qui a failli conduire ˆ la victoire de la rŽvolution en Allemagne en octobre 1923 (l'Žchec n'est pas dž ˆ elle, mais ˆ un recul de dernier moment pour appeler ˆ la grve gŽnŽrale insurrectionnelle, recul conditionnŽ par l'attentisme de la direction russe divisŽe et bureaucratisŽe). Mais cette tactique repose sur la nature politique de toute lutte de classe qui conduit donc ˆ l'unification et ˆ la centralisation. Ce n'est donc pas une ruse de guerre ("plumer la volaille socialiste" comme disait le dirigeant zinoviŽviste du PCF Albert Treint en 1924 : sa mauvaise formule est restŽe dans l'histoire ! ) mais bien une prise en compte d'un besoin rŽel et profond. Evidemment si les partis existants s'opposent ˆ ce besoin, et c'est le cas, la seule manire efficace et intelligente de les combattre est justement celle-lˆ.

Mais je remonterai encore plus haut. Centraliser et rassembler contre l'Etat, c'est le mouvement des nations dans l'histoire de la lutte des classes, lors des grandes rŽvolution du passŽ. Nous constatons d'ailleurs qu'aujourd'hui mme, avec des limitations sur lesquelles je ne dŽtaillerai pas ici, ces mouvements ont conduit ˆ l'Žlection d'assemblŽes constituante au Venezuela, en Bolivie, en Equateur. Le rassemblement du peuple, des exploitŽs et des opprimŽs, devient dans sa dimension nŽgative (contre le pouvoir en place) crŽateur et positif, exerant un pouvoir constituant, c'est-ˆ-dire prenant le pouvoir (notons que l'idŽologue et un tant soi peu gourou italien Toni Negri, un peu discrŽditŽ en France depuis qu'il nous a appelŽs ˆ voter Oui en 2005, a construit une vaste thŽorisation contre le fait que le pouvoir constituant du peuple a consiste ˆ prendre le pouvoir : pour lui il ne faut surtout pas prendre le pouvoir, ˆ l'instar de John Holloway qui prŽtend qu'on changera le monde en renonant ˆ prendre le pouvoir ..).

En amont du front unique ouvrier, et en amont du thme de la lutte des classes  lutte politique, le background du combat actuel pour dŽfaire Sarkozy puise donc aussi aux sources, ˆ mon sens, des rŽvolutions dŽmocratiques, nationales et la•ques. Mais ils serait absurde et contre-productif de faire un groupe de gens dont la limite serait l'adhŽsion ˆ cette vision de l'histoire (ou ˆ une autre). Par contre, il serait utile d'avoir des discussions sur ces questions, non pas (ou pas seulement, avouons-le) pour le plaisir, mais parce qu'en donnant des moyens intellectuels (les "armes de la critique") elles permettent de discerner, de gŽnŽraliser, notamment au plan international dont j'ai peu parlŽ ici, les occasions o la mŽthode politique de la centralisation et de l'unification contre le pouvoir se prŽsentent, et de les anticiper dans notre combat quotidien.

 

D'autre part, cette discussion aide ˆ Žclairer une question inŽvitable et logique : "dŽfaire Sarkozy, et aprŽs ?". Car si nous (le monde du travail et la jeunesse) dŽfaisons Sarkozy, ce ne sera pas comme si un beau matin il disparaissait subitement, car il y aura le mouvement qui l'aura dŽfait. La suite consiste donc dans le dŽveloppement positif de ce mouvement : un gouvernement qui nous reprŽsente rŽellement, c'est-ˆ-dire qui augmente les salaires et force les patrons ˆ les augmenter, et pas les heures sup', etc. (cf. ci-dessus) et donc qui se heurte au capital et appelle les travailleurs des autres pays ˆ l'aider ; une assemblŽe nationale rŽellement souveraine ; des comitŽs de travailleurs ; bien entendu une autre forme de l'Etat que la VĦ RŽpublique, renouant avec ce que la tradition socialiste dans ce pays avait appelŽ la "RŽpublique sociale" ...

Sur cette question de l'aprŽs, nous devons nourrir la discussion mais il n'est pas nŽcessaire d'avoir un schŽma prŽ-Žtabli. L'idŽe que c'est "le peuple qui dŽfinira la forme et le contenu de la dŽmocratie" (charte du MPPT, 1984 ! ) n'est pas en l'occurence une mauvaise formule, ˆ condition de ne pas s'en tenir lˆ et de favoriser effectivement les discussions, et surtout de mettre en valeur ce que font les travailleurs eux-mmes. Le plus important ici je crois est de ne pas faire comme la plupart des groupes politiques sit™t qu'ils parlent "programme", ˆ savoir se mettre ˆ enfiler des perles sur "il faudrait ceci, il faudrait cela" et adopter de fait une posture comme si le bon peuple devait attendre que les militants spŽcialisŽs et les thŽoriciens aient pondu le "programme". Notre programme, c'est d'abord l'action pour aller de l'avant.

 

DŽclinaisons concrtes nŽcessaires.

 

J'en reviens ˆ notre message pratique au moment prŽsent, la manire d'aller vers le combat pour "dŽfaire Sarkozy". C'est lˆ je pense le cadre gŽnŽral qui doit permettre d'unifier nos interventions, mais chacune de celles-ci est nŽcessaire dans sa spŽcificitŽ (l'ordre de l'ŽnumŽration ci-dessous n'est pas un ordre de prioritŽs, elles se valent, et la liste n'est pas limitative, d'autres points pourraient s'y rajouter) :

 

1) campagne Droit de grve : la relancer en relation d'une part avec le fait qu'il y a multiplication des grves salariales dans les entreprises, d'autre part avec le passage du gouvernement ˆ la deuxime Žtape de son offensive, concernant l'Education nationale.

C'est le Militant, et l'Žquipe de responsables syndicaux CGT, FSU et FO qui s'y trouve, avec Žventuellement quelques autres (je pense ˆ D.Cojean et ˆ des responsables syndicaux de l'Allier par exemple) qui doit tre le pilier de cette relance. Il y a dŽjˆ le matŽriel produit ˆ l'initiative de Franois. L'AG du 8 doit permettre de le ventiler.

Une petite dŽclaration des 7-8-9-10 ... responsables syndicaux ˆ partir de l'AG du 8 mars pourrait tre le signe de cette relance. Une telle "dŽclaration du 8 mars" pourrait d'ailleurs sans que ce soit du tout hors sujet intŽgrer une dimension fŽminine (cf. la dŽclaration de JŽrome BŽdier sur les caissires en rŽponse aux grves du 1Ħ fŽvrier dans les grands magasins).

D'ici lˆ il nous faut cependant examiner l'affaire de la "reprŽsentativŽ syndicale" et des projets sarkozystes sur le financement syndical pour voir comment cela s'articule.

L'objectif serait d'aller vers une rencontre nationale de syndicalistes avant l'ŽtŽ.

Mais auparavant il ne faudra pas rater la probable manifestation nationale ˆ l'initiative du SNES-FSU dans l'enseignement, fin mars ou dŽbut avril, et avoir un matŽriel en sa direction.

 

2) campagnes rŽgularisation et logement : elles doivent trouver toute leur place dans la MLL cela sans doute en relation avec la manifestation nationale du samedi 29 mars ˆ l'appel du colletif "Uni(e)s contre une immigration jetable".

 

3) le thme d'une manifestation nationale de la jeunesse contre Sarkozy, reprenant les revendications d'abrogation de la loi PŽcresse, de dŽfense des Bacs pros en 4 ans, de rejet de la rŽpression, est au moment prŽsent propagandiste, mais je pense que c'est une propagande nŽcessaire, ˆ entretenir pour essayer de se mettre en Žtat de passer ˆ une autre Žtape le moment venu.

 

Paralllement le Militant a plusieurs pistes de discussions, de liens et d'interventions qui permettent de poser la question d'une organisation qui reprŽsente rŽellement les exploitŽs et les opprimŽs, question ˆ laquelle toutes les propositions que je viens d'ŽnumŽrer aboutissent.

 

Le PS est en trŽs mauvais Žtat : aux effets de la campagne Royal s'ajoutent maintenant ceux de l' "ouverture" qui n'est pas que le dŽbauchage de ministres, mais qui est une orientation de terrain dans plusieurs municipalitŽs. Les regroupements internes sont instables et marquŽs par cette dŽcomposition -certes ce serait une erreur de considŽrer que "dans la nuit tous les chats sont gris" et de ne pas faire de diffŽrence, par exemple, mme entre les convergences entre une partie des strauss-kahniens et des fabiusiens, etc. sur la base d'une orientation droitire mais reposant sur le parti, et ce qu'annonce Moscovici ˆ savoir l'alliance d'autres droitiers avec Royal et des secteurs du Modem. Mais rien de tout cela n'a modifiŽ pour l'instant la place du PS par rapport aux masses dŽs qu'il y a des Žlections. Le vote du 4 fŽvrier permet de poser les bases de tout regroupement socialiste en simplifiant l'alternative : soit on aide Sarkozy, comme la majoritŽ des parlementaires PS le 4 fŽvrier, soit on le combat. Les socialistes qui veulent combattre rŽellement Sarkozy doivent donc se regrouper, sans exclusives.

Dans ce cadre, les jeunes de l'OS mŽritent une attention particulire, car ils sont le seul ŽlŽment organisationnel, aussi tŽnu soit-il, qui soit allŽ ˆ contre-courant de la tendance ˆ la dŽcomposition du PS depuis deux ans.

Il faudra d'autre part faire un point prŽcis entre nous, qui pourrait se faire oralement, sur nos expŽriences mutuelles envers diffŽrentes structures du PS : fŽdŽration de l'Allier, sections parisiennes, Forces Militantes, D&S, Gauche Avenir.

 

Le PC n'est pas brillant non plus dans la mesure o il semble ne pas servir ˆ grand chose ; comme je l'ai dit plus haut, la manire dont il a abordŽ la question du rŽfŽrendum consistait ˆ partir battu d'avance (en faisant porter la responsabilitŽ sur le PS), mais du coup les courants et regroupements de militants en son sein qui veulent servir, eux, ˆ quelque chose, se multiplient, souvent en rŽfŽrence ˆ l'identitŽ historique du parti avec tout ce qu'elle charrie, mais avec la volontŽ de renouer avec l'efficacitŽ dans la lutte des classes.

Nous avons eu un Žchange prometteur cet automne avec le regroupement de discussion formŽ notamment par les camarades de Rouges vifs. C'est un fil ˆ ne pas lacher.

 

L'annonce par la LCR de sa transformation d'ici cet automne en un "grand parti anticapitaliste" formŽ autour d'elle, sans autres partenaires organisŽs, ainsi que la mue du PT en "parti ouvrier indŽpendant" et, d'une autre manire, la dŽcision de LO de demander ˆ participer aux listes de gauches aux municipales (avec en prime un durcissement des rapports entre direction et "fraction" de LO) ; cetensemble de ces faits indique, non pas que les partis d'extrme-gauche ouvriraient une perspective politique pour dŽfaire Sarkozy -si ces partis avaient ŽtŽ capables d'ouvrir un dŽbouchŽ politique en France ils l'auraient dŽjˆ faits et nous en serions- mais que la situation les percute autant qu'elle percute le PS et le PC.

Les dŽbats du congrŽs de la LCR ont montrŽ que lˆ aussi, on ne se rend pas compte ou on ne veut pas se rendre compte de ce qu'est l'enjeu aujourd'hui de la lutte des classes en France : soit Sarkozy passe sur tout le droit social et les acquis dŽmocratiques et la•ques, soit le monde du travail et la jeunesse dŽfont Sarkozy. Dans la MLL, mon article sur le congrŽs de la LCR et le billet de Jean-Franois ont commencŽ ˆ interpeller ˆ partir de lˆ.

 

Le rapprochement entre la lettre de Liaisons et le Militant s'Žtait fait dans le cadre d'une structure provisoire, appelŽe intergroupe, qui associait aussi le CCI(T) (comitŽ communiste internationaliste (trotskyste), le moins sectaires des groupes porteurs de l'hŽritage politique de la vieille OCI maintenu par StŽphane Just) et la Commune, groupe liŽ ˆ l'UIT (une "Internationale" dont l'Žpicentre est le Mouvement Socialiste des Travailleurs en Argentine, une organisation assez importante mais actuellement ŽclatŽe).

Puisque ce regroupement ne fonctionne plus avec la Commune depuis les prŽsidentielles et avec le CCI(T) depuis cet automne, la lettre de Liaisons et le Militant ayant quant ˆ eux fusionnŽ en mettant en oeuvre la campagne Droit de grve, l'intergroupe n'existe donc plus, il faudra le dire explicitement.

Mais cela ne veut pas dire que les dŽbats et les actions communes Žventuelles avec ces groupes doivent cesser. Il est probable qu'au moins le CCI(T) nous invitera ˆ ses journŽes estivales d'Žtudes et de dŽbats. Je serai dans ce cas favorable ˆ ce que nous y soyions reprŽsentŽs "es qualitŽ". Mais il est probable aussi et souhaitable que des textes et des Žchanges aient lieu auparavant. Inutile d'ailleurs de s'efforcer d'Žcrire des tas de textes en plus, car a finira par faire trop et soit on arrivera pas ˆ les Žcrire soit personne n'aura le temps et la volontŽ de les lire, mais un document tel que le prŽsent rapport  -s'il agrŽŽ bien entendu aux camarades du Militant- pourrait trŽs bien jouer le r™le de texte de discussion dans des directions diverses, moyennant quelques adaptations de forme.

 

 DŽs qu'on avancera vers un regroupement rŽel vers une reprŽsentation politique fidle du monde du travail, des dizaines de "sectes" en seront, et il s'agira de faire en sorte que leur culture apporte au pot commun sans qu'elles le mettent en opposition avec lui. Marx avait trŽs bien su faire a dans le Conseil gŽnŽral de l'Association Internationale des Travailleurs ...

 

Pour conclure.

 

Tout ce qui prŽcde fait beaucoup de choses. Sans oublier les contacts internationaux, indispensables.

Tout cela est donc suffisant ˆ cette Žtape.

 

Si dŽjˆ

1Ħ) nous arrivons ˆ des interventions concrtes coordonnŽes sur les 3 axes concrets (droit de grve, travailleurs sans-papiers et logement, jeunesse) unifiŽs par la "ligne gŽnŽrale DŽfaire Sarkozy" tout en ayant

2Ħ) les contacts et les discussions que permettent la situation dans le PS, le PCF, l'extrme-gauche et les petits groupes qui nous connaissent,

alors ce sera trŽs positif.

De plus les propositions que j'ai ŽvoquŽes au passage en matire de formation-dŽbat pourront dans une deuxime Žtape se concrŽtiser aussi.