Contribution sur les questions internationales

Janvier 2006

 

Les questions internationales ne sont pas, reconnaissons-le, spontanŽment au cÏur de nos prŽoccupations militantes quotidiennes. Pour autant, nous savons bien que le caractre mondial du systme dans lequel nous vivons et des injustices qui lui sont liŽes appellent des rŽponses gŽnŽrales de la part du prolŽtariat. Chacun voit bien que ce quĠon nomme la Ç globalisation È avec son cortge de dŽlocalisations et de concurrence accrue renforce cette nŽcessitŽ. Il en est de mme avec lĠextension des conflits armŽs dont les protagonistes se positionnent dĠemblŽe sur un plan international et avec les vellŽitŽs amŽricaines dĠimposer manu militari leur politique. Quant aux menaces extrmement graves sur lĠenvironnement (et lĠavenir mme de la plante) elles se placent dĠemblŽe ˆ une Žchelle ignorant les frontires. Pour terminer ce petit catalogue qui peut sembler aller de soi (mais il y a souvent des choses qui vont sans dire qui vont mieux en les disant) nous pouvons observer lĠimpact immŽdiat de phŽnomnes comme la construction europŽenne ou les mouvements migratoires sur notre quotidienÉ

 

Tout ceci nous montre la nŽcessitŽ de formes dĠorganisation internationale des salariŽs, que ce soit pour contrer la concurrence accrue ˆ laquelle les accule le capitalisme dans le cadre dĠun marchŽ globalisŽ ou pour promouvoir des solutions politiques ˆ des problmes directement universels. 

 

Ds sa naissance le mouvement ouvrier et socialiste sĠest posŽ la question de sĠorganiser sur le plan international. Il lĠa fait avec les trois premires internationales, qui ont toutes contribuŽ puissamment au dŽveloppement du mouvement puis ont disparu (la premire, la troisime) ou se sont totalement intŽgrŽes ˆ lĠordre Žtabli (la seconde, actuelle internationale socialiste). Quant ˆ la IVme internationale, elle nĠa jamais rŽussi ˆ conquŽrir une audience de masse et a ŽclatŽ par voie de consŽquence en une multitude de sectes concurrentes. Son mŽrite a ŽtŽ de garantir une certaine pŽrennitŽ des idŽes rŽvolutionnaires jusquĠˆ aujourdĠhui.

 

Notre problŽmatique actuelle est, comme lĠindique notre plateforme, de Ç contribuer ˆ promouvoir l'unitŽ internationale du prolŽtariat et ˆ construire dans le mme temps une sensibilitŽ autogestionnaire au sein du mouvement de rŽsistance ˆ la globalisation libŽrale È.

 

Cette phrase pour le moins ramassŽe nŽcessite sans doute quelques dŽveloppements :

 

1.     ConsidŽrant les raisons invoquŽes au dŽbut du prŽsent texte (et dĠautres sans doute) il nous semble important de contribuer ˆ lĠunitŽ internationale des salariŽs, incluant la perspective dĠune organisation commune.

  1. Non seulement cette perspective se situe ˆ une ŽchŽance indŽterminŽe mais elle sera dĠautant plus proche quĠelle sera portŽe par des forces agissant ici et maintenant.
  2. En tout Žtat de cause les idŽes qui nous rassemblent ne seront pas spontanŽment majoritaires et ont besoin dĠun cadre organisŽ pour les dŽfendre, que ce soit dans les luttes quotidiennes ou dans les dŽbats au sein du mouvement contre la globalisation libŽrale.
  3. Nous avons donc la double t‰che de contribuer ˆ construire ce mouvement et de proposer des perspectives, cĠest ˆ dire dĠapprofondir la collaboration et lĠunification avec les gens partageant les mmes perspectives que nous.

 

Un rapide tour dĠhorizon de la gauche mondiale, exercice auquel internet permet dŽsormais ˆ quiconque lit un peu dĠanglais de se livrer (http://www.broadleft.org) montre que malheureusement la t‰che sera ardue.

 

            1. Depuis quelques annŽes, nous avons entrepris un processus de discussion avec des militants du monde anglo saxon partageant des prŽoccupations voisines des n™tres. En lĠoccurrence, ceux-ci rejettent le sectarisme de lĠextrme-gauche et ont pointŽ la nŽcessitŽ de travailler ˆ lĠŽmergence dĠune nouvelle internationale des travailleurs. Comme nous, ils considrent que prioritŽ doit tre donnŽ au militantisme ˆ la base, enracinŽ dans les prŽoccupations quotidiennes des gens. Comme nous ils insistent sur la nŽcessitŽ dĠune action directe des exploitŽs et des opprimŽs contre les dominants.

 

Ce processus sĠest matŽrialisŽ par la visite en France de Roger Silverman animateur du site britannique Movements For Socialism (http://www.movementsforsocialism.com), ma participation ˆ la rencontre internationale de Donegal (ˆ laquelle assistaient les britanniques, plusieurs groupes irlandais et les amŽricains de Labors Militant Voice (http://www.laborsmilitantvoice.com) et pour finir lĠinvitation qui mĠa ŽtŽ faite de participer ˆ un dŽbat sur la constitution europŽenne en Irlande.

 

Des compte-rendus de ces diffŽrents Žchanges sont consultables sur notre site[1].

 

Pour tirer un bilan rapide de ce processus, je dirais dĠune part quĠil peine sŽrieusement ˆ dŽboucher sur quelque chose de concret malgrŽ les assurances verbales qui mĠont ŽtŽ donnŽes ˆ plusieurs reprises par les camarades britanniques ou amŽricains. De fait, ceux-ci semblent se placer Ç en rŽserve de la RŽpublique È menant essentiellement des discussions via lĠ Anti-Cap discussion list ou des voyages. Par ailleurs, il y a chez la plupart des camarades du processus de Donegal une fascination exagŽrŽe pour les rŽussites du SSP Žcossais[2] et par consŽquent une tendance ˆ dŽvelopper une orientation de type Ç front des rŽvolutionnaires È qui nous para”t erronŽe.

 

            2. Par ailleurs, nous avons de toute Žvidence des convergences avec lĠInternational Marxist Tendancy (http://www.marxist.com). Ceci concerne en tout premier lieu la question cruciale des relations entre les rŽvolutionnaires et le mouvement de masse et par voie de consŽquence les mŽthodes dĠintervention et de construction. Si par le passŽ les actuels dirigeants de lĠIMT ont pu commettre des erreurs tactiques vis ˆ vis du Parti travailliste en Grande Bretagne, il est incontestable quĠils avaient raison sur le fond de leurs critiques du gauchisme et du sectarisme, ˆ commencer par celui des camarades provenant de leurs propres rangs. Par ailleurs, lĠIMT est la seule tendance internationale capable de produire des analyses extrmement profondes et pertinentes non seulement des principaux Žvnements politiques internationaux mais aussi dans des champs comme la philosophie, la science, la culture, etc. De manire gŽnŽrale, lĠIMT maintient des positions principielles sur la plupart des questions, y compris celles ˆ contre-courant de lĠopinion publique de gauche. LĠIMT a accompli des progrs spectaculaires dans  la dernire pŽriode : dŽveloppement au VŽnŽzuŽla, percŽe spectaculaire au Pakistan, nouvelles sections en Iran (les camarades de lĠIRSL venant du SUQI), en Argentine, au PŽrou, etc. Elle a montrŽ une capacitŽ apprŽciable ˆ collaborer avec des personnalitŽs comme CŽlia Hart (Cuba) ou Pierre BrouŽ (France). Elle a enfin opŽrŽ un tournant trs important sur la question irlandaise et Žtabli des relations avec les meilleurs ŽlŽments du rŽpublicanisme : lĠIRSP/INLA.

 

Ceci dit, nous avons avec lĠIMT un certain nombre de divergences, dont lĠimportance des implications reste ˆ vŽrifier : 1Ħ une certaine tendance de leur part ˆ lĠexagŽration des rythmes et ˆ lĠauto-proclamation comme seule et unique tendance digne dĠintŽrt ; 2Ħ une certaine tendance ˆ la passivitŽ propagandiste (caractŽristique du Militant britannique des annŽes 1960-70) dans leurs plus petites sections (en France par exemple). Nous avons Žgalement des interrogations sur le rŽgime interne de lĠIMT et de ses sections, en particulier concernant lĠexistence de vŽritables bulletins intŽrieur dans lesquels se dŽbattent les divergence (et pas seulement constituŽs de compte-rendus dĠactivitŽs) et lĠexercice effectif du droit de tendance.

 

Que faire concrtement ?

 

LĠan passŽ, lors de la fusion (rapidement avortŽe) des Žquipes de rŽdaction de Militant et de PromŽthŽe, nous avions tentŽ une premire approche[3], partiellement caduque[4] mme si les grandes lignes convergent avec la prŽsente contribution.

 

Nous ne souhaitons pas tirer un trait sur le processus des rencontres de Donegal ni sur les relations amicales Žtablies avec ses composantes. Pour autant il semble quĠil faille trancher un certain nombre de questions, faute de sĠenliser dans des discussions sans perspectives. Aussi nous proposons de fonctionner en deux temps :

1Ħ) proposer ˆ nos  partenaires dĠaller vers la constitution dĠun courant de pensŽe international un tant soi peu structurŽ, cĠest-ˆ-dire de discuter dĠune plateforme et en cas dĠaccord, de modalitŽs de fonctionnement ;

2Ħ) sĠils refusent, de proposer ˆ nos partenaires de constituer un club de discussion sur des objectifs prŽcis et dĠŽditer ensemble une revue internationale.

3Ħ) si nous nĠavanons sur aucun de ces deux points au cours de lĠannŽe 2006, la question sera alors posŽe dĠaffirmer un rapprochement avec lĠIMT et dĠentamer des discussions plus sŽrieuses.

 

Dans tous les cas, nous aurons ˆ chercher ˆ discuter le plus largement possible avec les organisations nationales sĠorientant ˆ gauche. Ceci vaut en premier lieu pour les camarades philippins du Parti travailliste / ComitŽ de soutien aux luttes ouvrires avec lesquels existent de profondes convergences politiques. La difficultŽ est dĠordre linguistique, gŽographique et de taille dans la mesure o il sĠagit de vŽritables organisations de masse. A nous dĠessayer de la dŽpasser[5].

Dans un autre registre, il peut tre intŽressant dĠŽtablir des passerelles avec les oppositions non staliniennes qui peuvent exister dans les partis communistes et sociaux-dŽmocrates dĠEurope occidentale.

Les relations que certains dĠentre nous peuvent avoir avec des secteurs du mouvement social argentin sont sans doute ˆ entretenir et ˆ dŽvelopper. De la mme manire, le travail que nous avons entrepris en direction des milieux syndicaux du Maroc et dans certains milieux de lĠimmigration maghrŽbine devra tre poursuivi. Il sĠagit lˆ de chercher ˆ convaincre des militants de chercher ˆ dŽvelopper des publications comparables ˆ la n™tre dans leurs pays respectifs.

Notons enfin que nous aurons ˆ chercher ˆ dŽvelopper les relations internationales entre les structures de masse dont nous sommes partie prenante (que ce soit dans le champs syndical ou associatif) pour quĠelles dŽveloppent leurs propres Žchanges horizontaux avec des mouvements similaires dans dĠautres pays.



[1] http://www.le-militant.org/international/dublin2.htm

http://www.le-militant.org/international/discoursdublin.htm

http://www.le-militant.org/international/conf Donnegal.htm

http://www.le-militant.org/international/contribution.htm

 

[2] Le Parti socialiste Žcossais a ŽtŽ fondŽ par des militants trs connus et respectŽs, auparavant membres de la gauche du Parti travailliste. La plupart des petits groupes dĠextrme gauche les ont rejoint dans le SSP. Aprs quelques rŽsultats Žlectoraux intŽressants, le SSP stagne.

[3] http://www.le-militant.org/laune/ortravinter.htm

[4] Les camarades incluaient comme partenaire potentiel le CPGB, petite secte britannique hargneuse qui grenouille dans les franges de lĠextrme gauche. Pour se faire soi mme son idŽe : http://www.cpgb.org.uk

 

[5] RŽcemment, le Parti travailliste nous a inclus dans sa mailing list. CĠest un modeste dŽbut. Pour une idŽe de ce quĠest ce parti : http://www.partidongmanggagawa.org.ph/