Orientation du travail international

Février 2005

 

            Ce document de travail a été rédigé collectivement par les camarades ayant souhaité participer à la Commission “ travail international ”. L’idée a été : de recenser les contacts et projets en cours ; d’indiquer les orientations générales que nous partageons ; d’indiquer également ce qui fait débat ; de proposer quelques pistes pratiques sur lesquelles avancer.

 

            Il est soumis à l’appréciation de l’ensemble du Comité d’orientation et peut faire l’objet –bien entendu- d’ajouts et d’amendements. Il est destiné à servir, dans le court terme, de référence pour le travail de nos camarades délégués dans des rencontres internationales ou participant à des discussions avec d’autres groupes.

 

ETAT DES LIEUX

 

Un travail de contacts et d’échanges -de petite dimension mais de réel intérêt- avait été entrepris au niveau international par les camarades issus de l’Association populaire d’enraide et par ceux de Prométhée / NGC, avant même que les deux équipes aient décidé de conjuguer leurs efforts pour constituer le cadre commun d’une gauche militante autour de la revue Prométhée et du site le-Militant.org.

 

1- Les camarades issus de l’Association populaire d’entraide (APE) ont établi des relations avec divers groupes et individus du monde anglophone, en particulier les animateurs du site Movements for Socialism[1]. Ces relations se sont traduites par la participation de Roger Silverman[2] a l’AG 2004 de l’APE. Elle se sont poursuivies par la participation d’une délégation de l’association à la Conférence de Donegal en Irlande (octobre 2004)[3]. Parallèlement, le site Movements for Socialism a traduit et publié plusieurs textes de Raymond Debord[4] et ces contributions ont été diffusées sur l’anti-Cap Discussion list animée par le groupe américain Labor’s militant voice[5]. Dans les suites de la conférence de Donegal, une nouvelle réunion doit se tenir au même lieu au printemps 2005.

 

2- Ce processus a eu des incidences collatérales : 1° notre invitation à une rencontre de syndicalistes oppositionnels en Irlande les 4 et 5 mars 2004 ; 2° la demande de l’organisation irlandaise ISN (Irish socialist network) d’échanges avec nous sur la question de la lutte contre la “ constitution ” européenne.

 

3- De son côté le MRQI (Mouvement pour la Refondation de la Quatrième Internationale), un regroupement se réclamant du trotskysme réparti sur une dizaine de pays (dont le PO argentin, la tendance de gauche Progetto Comunista dans le PRC italien, le PCO brésilien, l’EEK grec), avait pris des contacts :

-       avec l’équipe du Militant : le Parti Ouvrier argentin cherchant à établir des liens plus informels par une rencontre avec son secrétaire général Jorge Altamira

-       avec l’équipe de Prométhée, les camarades italiens proposant à celle-ci de participer aux travaux de leur mouvement international avec un statut d’observateurs

 

Ce courant a par la suite décidé de traduire et publier dans sa presse (à commencer par l’hebdo du PO argentin) l’appel “ Trois fois non ” contre la constitution européenne.

 

4- L’ équipe de Prométhée a établi des liens avec le CPGB (Parti communiste de Grande Bretagne[6]) une petite organisation issue de la crise du PC britannique, cela se traduisant par une rencontre suivie d’échanges d’informations et d’articles dans le Weekly Worker et dans Prométhée.

 

5- Le CPGB comme les camarades de Movements for socialism ont été invités à participer à la réunion publique du 26 mars prochain “ tous ensemble pour le non à Chirac et le non à la constitution européenne ”.

 

6- Enfin, l’impact du site Militant a permis d’entrer en contact avec des militants italiens et surtout avec des responsables syndicaux marocains de premier plan. Notons ici que le camarade RD a fait lors d’un récent voyage au Maroc une étude sur la possibilité d’y organiser une conférence internationale au printemps 2006. Ceci semble possible et peut être particulièrement intéressant compte tenu des contacts noués depuis.

 

PERSPECTIVES GENERALES

 

Ce travail doit être poursuivi, élargi et approfondi. Sur quelles bases, sur quelles orientations ?

 

1) relations avec des groupes et militants d’autres pays :

 

De manière générale, les critères que nous avons pris en compte en France (plate-forme de Militant) ont également un sens dans les autres pays, en résumé :

a-     priorité au militantisme au sein du monde du travail, secteur privé et petites entreprises en particulier

b-    se baser d’abord sur les plus exploités : jeunesse ouvrière (active ou précaire) et immigrés

c-     refus d’apporter notre “ bonne parole ” aux travailleurs, mais au contraire co-élaboration politique y compris en expérimentant des méthodes originales à cette fin

d-    prise en compte des organisations de masse existantes et rejet de la méthode gauchiste de l’ultimatum pour s’adresser à leurs adhérents.

 

Loin de prôner la construction d’un “ nouveau parti ” modelé selon nos conceptions et faisant de nos idées un point d’honneur, nous voulons les faire vivre au sein des luttes mais aussi au sein des organisations syndicales, des partis de gauche, des associations. Il en découle naturellement que, dans nos relations avec des groupes et militants d’autres pays, nous sommes réfractaires à la méthode sectaire du “ clonage ”, consistant à importer ou exporter le modèle d’une “ organisation mère ” supposée en avance sur les autres .

 

2) Sur le plan international :

 

           Nous sommes convaincus d'une part que les souffrances des couches défavorisées ont des causes liées au système économique et social et d'autre part que ces causes ont un évident caractère international, frappant de manière parallèle dans tous les pays du monde, le caractère international du capitalisme n'étant plus à démontrer alors que la globalisation l’étend aux quatre coins du monde.

 

Sur cette base, nous sommes non seulement favorables à une représentation politique du monde du travail mais aussi à son unité internationale.

 

 

A l'heure de la reconquête par le capitalisme des marchés des ex-pays "socialistes" et de sa globalisation sur toute la surface de la terre, la question d'une organisation indépendante du prolétariat est d'une actualité toujours aussi brûlante. C'est en effet le seul moyen de s'opposer de manière efficace et progressiste aux effets désastreux de la mondialisation : guerres impérialistes pour le contrôle des ressources naturelles (Irak, Afghanistan), effondrement du niveau de vie dans les anciens pays "socialistes", délocalisations industrielles, chômage de masse, aggravation de la situation de pays "non-compétitifs", etc.

Face à ces phénomènes gravissimes et alors que les salariés cherchent les moyens de relever la tête, les seules organisations internationales de masse prétendant les représenter sont à caractère syndical : CISL, CES, FSM. Mais celles-ci, dominées par de puissantes bureaucraties, souffrent d'une profonde intégration dans la gestion du système et d'une totale adaptation aux cadres institutionnels dans lesquels il leur est fait une place au nom du "dialogue social" : OIT, UE, Etats nationaux. Ayant le plus grand mal à défendre de manière un tant soit peu satisfaisante les revendications immédiates des salariés, elles sont dans l'état actuel des choses inaccessibles à une perspective de changement un tant soit peu conséquent.

 

 

3) Pour l’unité prolétarienne internationale, pour le parti ouvrier global 

 

Nous souhaitons contribuer à promouvoir l'unité internationale du prolétariat. L'émergence d'un mouvement révolutionnaire international est une nécessité qui détermine les tâches des organisations et groupes ouvriers les plus avancés qu’ils se désignent comme communistes, socialistes révolutionnaires, anti-capitalistes etc. Ces tâches impliquent au moins la coordination et la recherche de la plus grande unité possible entre militants et groupements ouvriers des différents pays.

 

Il est pour nous clairement futile de prétendre proclamer un nouveau regroupement contre les regroupements existants et surtout contre le mouvement réel de la lutte des classes, qui passe principalement par la médiation des vieux partis de gauche[7] et des syndicats ou par celle des nouvelles organisations et des nouveaux syndicats radicaux[8]. Dans ce sens, nous avons tourné le dos à un certain sectarisme auto - proclamatoire, commun à nombre de petits groupes se voulant révolutionnaires. A l'étape actuelle, nous n'accordons pas beaucoup d'importance aux questions de sigles ni aux déclarations d'intention ronflantes.

 

Pour autant, si nous nous en tenons à notre expérience nationale, nous constatons aussi que certains groupes axés principalement sur des discussions informelles sont le produit d'une certaine démoralisation. Dans ce cas, la souplesse organisationnelle est parfois l'antichambre à la dislocation politique ou au ralliement au réformisme.

 

Nous nous plaçons dans la perspective du parti ouvrier global. Nous cherchons en toute circonstance à mettre en avant ce qui favorise l’unité de classe : au-delà des frontières nationales, au-delà des secteurs économiques

 

Force est de constater que pas plus (pour ne pas dire encore moins) qu’à l’époque du Manifeste, ce parti ouvrier dont nous nous réclamons n’est constitué sous la forme d’une organisation délimitée et structurée, ni dans tel pays donné, ni sur le plan international.

 

Les ouvriers les plus conscients s’organisent encore là où ils peuvent :

-       soit dans des organisations de masse politiques et syndicales gravement compromises dans la collaboration avec les institutions des Etats dominés par les forces du capitalisme

-       soit dans des partis et internationales de toute petite dimension, certes moins compromises (voire pas du tout…) dans la gestion du système, mais n’offrant aucune alternative réelle au prolétariat

-       soit dans des mouvements de contestation à la fois vastes et informels dont les Forums Sociaux sont l’exemple le plus flagrant.

 

Le parti ouvrier global existe donc aujourd’hui à la fois partout et nulle part : il n’a ni contours précis, ni statut déterminé, ni dénomination ; “ et pourtant, il tourne ” : il existe, il vit, il lutte même dispersé dans des cadres insuffisants, faibles et défaillants (défaillants au point de pouvoir eux-mêmes entretenir et figer les divisions).

 

De tout cela découle notre intention : faire travailler ensemble des militants ouvriers de différents pays et d’affiliations diverses, à partir de propositions privilégiant systématiquement une collaboration pouvant avoir une dimension pratique.

 

Il ne s’agit donc, pour ce qui nous concerne, ni de devenir “ l’aile gauche ” de l’une des formations les plus implantées (l’Internationale socialiste ou la nébuleuse des Partis Communistes et ex-communistes) ni de se diluer dans le cadre flou de l’alter-mondialisme et des associations larges, et encore moins de se rallier à l’idée d’une Internationale en miniature ayant la prétention d’imposer son autorité à la classe.

 

4) S’agit-il de constituer un courant international ? de construire un parti ?

 

Le débat est ouvert au sein de notre tendance sur la question de participer à la constitution d’ constituer un nouveau “ courant international ”.

 

Nous considérons qu’il faut aller vers la constitution d’une tendance internationale autogestionnaire (courant d’idées) au sein du mouvement de résistance à la globalisation libérale afin de promouvoir la construction d’une internationale prolétarienne large. En effet nous considérons que sur le plan international comme national les opprimés ont besoin de s’organiser en parti afin de mener leur combat, de renverser l’ordre établi et d’engager la société dans l’alternative socialiste.

 

A l’opposé des situations antérieures, un tel parti inclura vraisemblablement dans ses rangs tout un éventail d’opinions y compris fortement contradictoires. L’accord de chaque militant et groupe de militants avec le programme et l’orientation d’ensemble du parti n’est pas requise, le libre débat et l’exercice de la démocratie sont la règle permanente, l’engagement de chacun étant de mettre en œuvre les décisions communes démocratiquement prises.

 

Compte-tenu du morcellement des expériences (présentes comme passées), il est problable que le mouvement vers la constitution de la classe travailleuse en parti soit complexe. Il cumulera sans doute des scissions de masse dans les partis traditionnels de la gauche et des mouvements pour la constitution de nouveaux partis basés sur les syndicats.

 

Le processus de construction de ce parti peut passer par différents paliers : accords permettant l’unité d’action sur les tâches immédiates comprises comme les plus importantes ; pacte d’alliance permanente entre groupes et courants maintenant une existence séparée ; parti ouvrier unifié sur quelques objectifs fondamentaux...

 

Naturellement les courants d’idée (ou tendances) fondés sur une sensibilité donnée ont toute leur place dans ce processus et dans le fonctionnement du parti global.

 

PROPOSITIONS A CARACTERE PRATIQUE

 

            Dans un premier temps, nous nous fixons comme objectif de poursuivre les échanges existants, en privilégiant systématiquement une collaboration pouvant avoir une dimension pratique.

 

Pour ce faire, nous adresserons nos propositions à l’ensemble des partenaires susceptibles d’être concernés et nous examinerons les propositions qui nous sont faîtes au cas par cas.

 

Par ailleurs, la commission internationale se fixe pour objectif de traduire et de mettre en ligne les articles et documents internationaux qui nous semblent les plus dignes d’intérêt pour nos camarades comme pour notre public.

 

            Réciproquement, nous nous proposons de produire ou transmettre des articles en langue française aux publications et sites partenaires, en nous efforçant particulièrement de répondre aux demandes qui peuvent nous être adressées (comme ce fut le cas ces deniers jours avec l’article d’EF sur l’agitation sociale en France[9])

 

            Nous entreprendrons de rédiger (ou de relayer le cas échéant) des propositions d’actions communes sur des thèmes ou en rapport à des secteurs d’activité précis qui nous paraissent les plus importants ou les plus réalisables dans l’immédiat.

 

            La lutte contre le projet de “ constitution européenne ” doit faire l’objet d’une telle proposition à l’échelle européenne : la victoire du NON en France - ou dans tout autre Etat membre - porterait un coup au gouvernement réactionnaire du pays concerné et en conséquence à l’ensemble de la construction capitaliste en Europe.

 

            Dans un domaine différent, le Forum Social Européen devrait être l’objet de notre attention et donner lieu à une proposition de notre part, adressée aux groupes, partis, syndicats, associations, concernés par cette instance de dialogue et d’initiatives populaires. Le fonctionnement du FSE met celui-ci en danger par déficit de démocratie, par manque de politisation, du fait de la confiscation du processus par des bureaucraties faisant –consciemment ou non- le jeu de l’ordre établi et des institutions nationales et européenne.

 

            Ces deux exemples ne sont bien sûr pas limitatifs et l’on peut attendre de la toute prochaine rencontre de Dublin l’ouverture de pistes de travail sur la question syndicale.

 

Tous ces projets ne peuvent être menés à bien sans un minimum d’engagement financier de la part de la gauche militante : une somme de 1.500 euros par an serait sans doute nécessaire pour assurer les choses correctement. Ceci renvoie donc à la question de l’organisation générale et de la mise en place d’un système de cotisations.

 

 

 

Voir aussi :

-       Proposition de fonctionnement (janvier 2005)

-       présentation



[1] http://www.movementsforsocialism.com

[2] Membre fondateur de la Militant tendancy du Parti travailliste. Co-auteur de textes théoriques avec Ted Grant. RS a longtemps vêcu en Inde et a contribué au développement du Committee for a workers international en Asie du Sud Est.

[3] Voir la Contribution au débat international de l’Association et le compte-rendu de la Conférence de Donegal.

[4] Landslide victory for the left in France’s regional elections (Raymond Debord, april 2004)

The Communist “ autonomous ” lists : rasons for their success ” (Raymond Debord, march 2004)

Militant Labour and the Committee for a worker’s international : a lost opportunity – part 1 - (Raymond Debord, august 2003)

[5] Anti-Cap-Discussion-suscribe@yahoogroups.com

[6] http://www.cpgb.org.uk

[7] PS et PCF en France, Labour party (Grande Bretagne), PSOE et IU (Espagne), SPD et PDS (Allemagne)

[8] Labour party (Hong Kong), Labour Party et BMP (Philippines), Democratice labour party et KMU (Corée)