Pour une Alternative socialiste
Henri
EMMANUELLI - Marc DOLEZ - Gérard FILOCHE - Jean-Pierre MASSERET
Pouria AMIRSHAHI (CN, 93)-
Vincent ASSANTE (CN, 21) - Daniel ASSOULINE (CN, 75) - Philippe BAYOL (PF, 23)-
François-Noël BERNARDI (CNC, 13)- Gérard BERTHIOT (PF, 51) - Nadine BOBENRIETH (CN,
58)- Jean-Louis CARRERE (Sén., 40)- Françoise CASTEX (Dep. Eur. 32), - Christiane CAUSSE (CNC, 09) - Jean-Jacques
CHAVIGNE (CN, 80) - Pascal CHERKI (CN, 75) - Yann CROMBECQUE (CN, 69) - Paul
CUTURELLO (CN, 06) - Jean DELOBEL (Dép., 59) - Stéphane DELPEYRAT (CN, 40) -Emir DENIZ (BN MJS)- Jean-Pierre DUFAU
(Dép., 40) - Anne FERREIRA (Dép. eur., 02) - Jacques FLEURY (CN, 80) - Marc GAUCHE (CNCF, 81) - Jacques GENEREUX (CN, 75)
– Julien GUERIN (BN MJS) - Jean-Pierre GODEFROY (Sén., 50) - Jean GUERARD
(PF, 47) - Ariane GUILLERM (CN, 59) - Lîem HOANG-NGOC (CN, 75) – Mathieu
HANOTIN (BN MJS) - Sylvie HOUSSIN (CNCF, 60) - Janine JARNAC (CN, 40) - Georges
LABAZEE (CN, 64) - Philippe LABEYRIE (Sén., 40) -
Renaud LAGRAVE (PF, 40) - Pierre LASCOMBES (CN, 32) - André LEJEUNE
(Sén. 23) - Caroline LOMBARDI (CNCF, 76) - Georges MARTEL (CNC, 19) - Isabelle MARTIN (BN, 75) - Florence
MARTIN-CORDERY (CNC, 94) - Jaïm
MYARA (PF, 10) - Michel PANTHOU (CN, 03) - Germinal PEIRO (Dép., 24) - Salvador
RODRIGUEZ (CN, 66) - Nicole SABBIOLS ( CNCF, 66) - Henri SICRE (Dép., 66) -
Isabelle THOMAS (BN, 35) - Catherine TOUCHEFEU (CN, 44) - Michel VERGNIER
(Dép., BN, 23) - Thibaud VIGUIER (CN, 60) - Geneviève WORTHAM (CN, 77) , premiers signataires.
Sommaire
Introduction
PREMIERE PARTIE : Le rejet du néo-libéralisme
1.
Les impasses libérales
La mondialisation
néo-libérale, un système au service des nouveaux rentiers
Impasse
économique
Impasse
sociale
Impasse
écologique
La
régression sociale théorisée
Le modèle anglo-saxon en exemple : la fin
des solidarités
Le libéralisme contre la République
Le
libéralisme contre la démocratie
Le non ne crée pas la crise, il en est la
conséquence.
Un
vote pro-européen
Un vote cohérent avec les résultats des
précédentes consultations.
Une
dynamique positive du vote
Prendre
appui sur le peuple français
deuxième
partie : UNE
ALTERNATIVE POUR L’EUROPE
1.
Pour une Europe politique
Le
projet européen
La
nouvelle Constitution
L’Europe
puissance, ou le noyau dur de l’Europe politique
La
répartition des compétences
2.
Pour une Europe solidaire de la croissance et de l’emploi
3.
Pour une Europe sociale.
TROISIEME PARTIE : UNE ALTERNATIVE
POUR LA FRANCE
1.
Pour le plein-emploi
Une nouvelle alternative industrielle
Une
politique novatrice en direction des petites entreprises et de la
sous-traitance
L’économie
sociale et solidaire
Etablir un contrôle réel sur les licenciements
abusifs et les licenciements boursiers :
Le droit du travail pour protéger les salariés
Instaurer de nouveaux droits syndicaux pour une véritable
démocratie sociale
2.Pour l’égalité
Rendre
effectif le droit au logement.
Prendre
en compte les évolutions de la société.
3.
POUR Les services publics
.
4.
Pour l’éducation
Les
fronts de la bataille progressiste pour l’éducation du 21e siècle
Relancer
l’ascenseur social
Le renforcement de la démocratie participative et de
la démocratie directe
Vers la VIe République
Pour une immigration et
une intégration concrète
Engager une réflexion sur les médias et la démocratie
6. Pour l’écologie et l’environnement
QUATRIEME
PARTIE : CONSTRUIRE UNE MAJORITE DE GAUCHE, EN FRANCE ET EN EUROPE.
1. Pour l’Europe
sociale, une majorité de gauche !
Faire du Parti des socialistes européens un
parti transnational
Elaborer
une stratégie pour une majorité de gauche en Europe :
2. Pour battre
la droite et gagner en 2007 :
un parti rénové,
un parti unifié, une gauche en phase avec ses électeurs
Un
nouveau pacte majoritaire au parti socialiste :
Rassembler
la gauche
Introduction
La France souffre, la France est en
crise.
S’appuyant avec cynisme sur la réélection
biaisée de Jacques Chirac, à laquelle nous avons participé sans réflexion
suffisante après le traumatisme du 21 Avril 2002, la droite mène une politique
dure et revancharde. Ignorant la résistance démocratique de notre peuple et
sous prétexte d’adaptation nécessaire aux contraintes et conditions de la
mondialisation, elle s’efforce d’imposer à notre pays une libéralisation forcée
qu’elle souhaiterait irréversible.
Trois ans après le début de cette
tentative de conversion aux normes du modèle anglo-saxon, les résultats sont
catastrophiques.
Une fois encore, mais avec beaucoup plus
d’ampleur que les fois précédentes, la politique « de l’offre » au service
exclusif de l’argent, anti-sociale par nature, débouche sur un échec
multiforme. Chute de
la croissance, crise des finances publiques, chômage en forte hausse,
délocalisations, salaires en baisse, précarisation et exclusion, baisse du
pouvoir d’achat, augmentation des prix, des loyers, pénurie de logement social,
déficit record de la sécurité sociale malgré l’augmentation de la participation
demandée et la réduction des prestations, remise en cause du système de
retraite, services publics démantelés, privatisations bouche-trous de
l’énergie, droits sociaux tirés vers les standards minimaux, sacrifice de la
recherche : tout va au plus mal. L’échec économique et la régression
sociale s’affichent sur tous les tableaux.
Le reste ne va pas mieux. La culture
subit le joug de la marchandisation, l’éducation nationale est délaissée. La
sécurité, sujet important méritant une approche diversifiée, est doublement
instrumentalisée : par l’ensemble de la droite pour occulter son échec global
et par un homme pour promouvoir ses ambitions personnelles. La justice cherche
ses marques dans un contexte délétère. L’intégration républicaine est en échec.
L’égalité recule partout. L’émergence d’un communautarisme encouragé bouscule
une laïcité menacée par le retour en force des intégrismes religieux. La
république perd ses marques, la démocratie se délite.
L’inadaptation de nos institutions à bout
de souffle n’est que la partie visible d’une régression profonde de notre
démocratie qui se trouve en bute au retour d’un libéralisme politique intégral
récusant, sans le dire, la souveraineté populaire au profit d’un régime
oligarchique dans lequel le pouvoir se trouve confisqué au bénéfice exclusif de
minorités privilégiées. Sur ce mouvement de fond, le mépris affiché par le
président de la république face aux désaveux successifs du suffrage universel
agit comme le révélateur d’un sentiment plus largement partagé. L’écart se
creuse entre le peuple et ses dirigeants. Et de ce point de vue, force est de constater que le vote
du 29 Mai résonne comme un ultime
avertissement. Le refus de voir dans ce vote un rejet profond de l’orientation
libérale de l’Europe, que l’électorat n’a pas dissocié, à juste titre, de l’orientation
de notre politique nationale, est plus que préoccupant.
A l’échec économique, à la régression
sociale se superpose donc une crise politique à laquelle la droite répond
par la provocation.
Le coupable ne serait ni la somme de ses incompétences, ni celle de ses erreurs
mais tout simplement « le modèle social français » ! Perdue pour
perdue, cette majorité conservatrice persiste, signe, et fonce, expliquant, par
la voie de la présidente du MEDEF, que « la liberté s’arrête là où commence le
code du travail », pendant que le premier ministre réinvente le contrat
journalier en lieu et place du C.D.I.
Face au démantèlement du compromis social
auquel ils restent attachés, confrontés au mépris des principes élémentaires du
pacte citoyen, nos compatriotes ont perdu confiance. Conscient de ses échecs et de ses
travers, ils rejettent majoritairement un libéralisme que la droite elle-même a
cru devoir stigmatiser pendant la campagne référendaire pour essayer de sauver
les meubles. Les valeurs de ce système inégalitaire et cynique ne sont pas les
leurs. Mais ne percevant pas pour autant ce que serait une véritable
alternative, ils en viennent à douter de tout. Des millions de femmes et
d’hommes craignent pour leur présent et leur avenir. Et la jeunesse de notre
pays bascule dans le pessimisme. Ce pessimisme qui constitue le terreau
d’excellence sur lequel se développent
les tentations de l’extrémisme et de l’aventurisme.
Là est le danger. Ne pas laisser perdurer
cette situation est un devoir impératif.
C’est la raison pour laquelle, par
delà toute autre considération, les socialistes doivent consacrer tous leurs
efforts à une double tâche : mener dans l’immédiat une opposition franche
et résolue et proposer une alternative pour l’avenir.
Certes, le vote du 29 Mai a troublé nos
rangs. La Constitution européenne nous a divisés et le choix du parti a été
désavoué par une nette majorité de français, mais aussi, ce qui est plus
préoccupant par plus des deux tiers de l’électorat de gauche. L’ignorer serait
une lourde faute. Mais rien ne serait pire que de se complaire dans des
règlements de comptes totalement déconnectés de la réalité. Car nous ne
réglerons pas le problème de cette distorsion en nous refermant sur nous même
ou en cherchant dans le parti une revanche sur notre base électorale. Ce n’est
pas ce qu’attendent de nous ceux qui ont voté Non comme beaucoup de celles et
ceux qui ont voté Oui.
Ils attendent de nous, au contraire,
que nous nous mobilisions et que nous mobilisions un maximum de forces
politiques et sociales contre les provocations liquidatrices d’un gouvernement
de fin de règne. Pour
garder un espoir, des millions de salariés victimes de chantage au salaire ou
menacés dans leur emploi et leurs conditions de travail aspirent à l’apparition
d’une dynamique de résistance. Et ce, dès la rentrée de septembre où le PS, par
une initiative forte et visible doit montrer que, pendant le congrès, les
socialistes restent d’abord à l’écoute et au service des autres.
Ils attendent aussi et surtout que nous
trouvions en nous même la capacité de leur proposer une alternative conforme
à nos valeurs et à leurs
espérances.
Et sur ce sujet, soyons francs avec nous
même. Ce ne sont ni les idées ni les propositions qui font défaut :
c’est la clarté et la sélection des choix. C’est la conformité de ces choix avec
les valeurs qui sont les nôtres et qui correspondent, parce qu’elles en sont
issues pour l’essentiel, aux
attentes de notre base sociale. Dans cette perspective, le vote du 29
mai constitue une indication majeure, un socle sur lequel nous devons prendre
appui et auquel nous devons fournir un débouché politique. Il n’a été ni le vote de la peur, ni
celui de l’amertume. Encore moins celui de la résignation ou du renoncement. Il
a été au contraire l’occasion d’une mobilisation citoyenne exceptionnelle,
d’une réappropriation de la politique par le peuple qui porte en elle
l’exigence forte d’une véritable alternative pour l’Europe comme pour la
France. L’ignorer serait prendre le risque d’une fracture difficile à réduire.
A la différence du 21 avril, le 29 mai ne doit pas être sans conséquences.
Nous connaissons tous les contraintes
de la gestion. Mais il ne faut pas renoncer à suivre son chemin sous prétexte
qu’il est semé d’embûches :
il n’existe pas d’avancées sans obstacle, de progrès sans peine. Les français
n’attendent de nous ni grand soir ni miracle, mais ils veulent connaître et ont
le droit de savoir le cap que nous allons choisir et vers lequel nous
prétendons les embarquer. Ce cap ne peut être ni celui du libéralisme, avec la
logique duquel il ne faut pas craindre d’opérer certaines ruptures. Pas
d’avantage celui de son faux jumeau, le social libéralisme, fusse-t-il
empaqueté de trois couches de pseudo modernité. Les français attendent de nous,
qu’en Europe comme en France, nous nous inscrivions dans l’héritage des valeurs
humanistes qui sont la marque de notre histoire et de notre civilisation. Face
aux dégâts sociaux du libéralisme et de la mondialisation anglo-saxonne dominée
par le néo-conservatisme Nord-Américain, qui pousse à la guerre et à
l’affrontement « civilisationnel », ils aspirent à la paix, à la
justice, à la solidarité d’une société ou chacun ait sa place, au progrès
partagé, à la démocratie. Ils n’acceptent ni les inégalités incompatibles avec la
dignité, ni la violence d’une société gouvernée par la compétition sans limites
de tous contre tous.
L’argent n’est pas leur valeur cardinale et le bonheur pour le plus grand
nombre reste leur horizon.
Nos compatriotes attendent enfin de nous,
car nous avons sur le sujet une responsabilité majeure, que nous soyons capable
de créer les conditions de l’union de toute la gauche sans laquelle toute perspective de
victoire restera interdite. Union sans exclusive préalable qui doit permettre
d’engager sur un programme de législature, toutes les organisations qui le
souhaitent, sur la base d’un accord élaboré en commun à partir de leurs
propositions respectives. Là encore, évitons les faux semblants : le choix
n’est pas entre le « patriotisme de parti » et le « suivisme »,
ceux qui cultivent leur moi et ceux qui sont à la remorque des autres. Il n’y a
que ceux qui veulent aller à la victoire et ceux qui nourrissent de vieilles
rancunes ou cultiveraient volontiers d’autres proximités. S’interroger sur la
pertinence des alliances, c’est douter, quelque part, de la clarté de
l’objectif. Pour notre part, nous n’avons pas d’adversaires à gauche. Nous
savons ou nous voulons allons aller : plus loin et plus haut, sachant qu’il n’y a rien au dessus de
l’être humain, seul habilité à façonner son destin.
Au lendemain du congrès du Mans, que nous aurions préféré voir s’engager dans des conditions
moins précipitées et plus sereines, mais auquel nous ne nous déroberons pas,
le changement doit être au rendez-vous et le Parti en ordre de bataille. Déjà abandonné par ses propres
concepteurs, le « réformisme de gauche » doit laisser place à une
orientation clairement de gauche et à une direction qui la porte sans arrières
pensées.
Pendant des années, nous avons vainement
alerté le parti sur les risques de certaines dérives et de renoncements non
assumés qui sont à l’origine du 21 Avril et du 29 Mai. C’est pourquoi nous
appelons de nos vœux une majorité nouvelle dont nous serons la garantie d’un
véritable changement d’orientation
dans la suite de la démarche unitaire que nous avons engagé le 18 juin. Plus
forte sera cette garantie, plus assuré sera le chemin.
Les français ne comprendraient pas que
notre parti reste sourd et indifférent, comme la droite, aux événements qui
secouent notre vie politique et que tout continue, comme si rien ne s’était
passé. A nous toutes et tous de le comprendre et de ne pas les décevoir.
PREMIERE
PARTIE : Le rejet du
néo-libéralisme
Il n’y a
pas de mondialisation heureuse, en effet la mondialisation libérale n’est pas
un phénomène naturel contre lequel on ne peut rien. Elle est issue de choix
politiques et sociaux qui ne prennent pas en considération le progrès
économique et social.
Heureusement,
le rejet du néo-libéralisme lors du vote du 29 mai permet de stopper une spirale de renoncements qui doit nous
encourager à résoudre la seule question qui permette de lui donner un débouché
politique : comment chasser la droite ?
1. Les impasses
libérales
La mondialisation néo-libérale, un
système au service des nouveaux rentiers
La
mondialisation libérale est la résultante de la victoire politique du
néolibéralisme qui, depuis les années 80, tend à soumettre toute activité
humaine à la seule exigence de profitabilité du capital. Prenant appui sur le
déficit organisé de la crédibilité de l’État et l’affaiblissement du mouvement
social engendrés par la crise et la montée du chômage, galvanisée par
l’effondrement du communisme, la droite libérale dominant les gouvernements
occidentaux a procédé à une dévalorisation continue de l’action publique, à une
dérégulation systématique des marchés.
En vingt
ans ce sont les actionnaires qui
ont pris le pouvoir dans les entreprises et imposent leur point de vue. La
financiarisation de l’économie croissant ils mettent à profit des marchés
dérégulés pour augmenter leur taux de profit au détriment de la rémunération du
travail.
En moins
d’une décennie, nous sommes passés d’un monde encadré par des institutions,
ordonnées par des lois, à la jungle marchande et au désordre libéral. La
culture de compétition généralisée détruit peu à peu tous les liens et tous les
droits qui assuraient la dignité des personnes et la cohésion sociale. La
compétitivité exige la baisse des prélèvements fiscaux et sociaux et donc le
démantèlement progressif de la protection sociale, le recul des investissements
publics dans l’éducation, le logement, les équipements collectifs. L’inégalité
progresse alors et la violence monte.
Dans le même mouvement, les compromis
politiques et sociaux nécessaires entre « individu » et « collectivité », entre
« intérêt particulier » et « intérêt général » ont été largement rompu au
bénéfice de la sphère privée, privant de sens l’avenir commun et d’autorité la
règle commune.
Enfin dans l’aveuglement de la maximisation
des profits, le pillage croissant des ressources de la planète est un élément
totalement incontrôlé qui nous mène à une situation où l’avenir même de
l’espèce humaine est remis en question.
Le développement de ce système nous a
inexorablement menés à des impasses économiques, sociales et écologiques.
Impasse
économique
En
France la restauration des profits et des taux d’épargne ne coïncide pas avec
la courbe des taux d’investissement, qui épouse une tendance baissière au cours
de ces quinze dernières années. La France est en train de « rater le
train » des innovations technologiques, et donc celui de la compétitivité.
Les investissements technologiques représentent 15 % des investissements totaux
contre 45 % aux Etats-Unis. A devenir plus royaliste que le roi, plus
dogmatiques que les libéraux, les élites françaises ont fini par brader en
bourse les joyaux de la couronne. Les politiques libérales ont déjà dessaisi
peu à peu les politiques publiques des instruments d’action sur la production
et le partage du gâteau économique tout en faisant du développement de l’emploi
« non qualifié » (encouragés à coup de contrats aidés et de
« baisses de charges ») le seul véritable objectif des choix publics
de politique industrielle !
Outre
l’investissement, les deux autres moteurs de la croissance sont en panne. La
consommation est en passe de se retourner, en raison de la poursuite de la
baisse du pouvoir d’achat de l’immense majorité des ménages à bas revenus.
Cette perte de pouvoir d’achat est certes due à la poursuite de la modération
salariale et à l’ajustement à la baisse de la masse salariale, observable dans
les plans sociaux qui se multiplient. Elle est peu visible dans les chiffres
qui ne tiennent pas compte de l’alternance des situations d’emploi et de
chômage liée à la montée de la précarité, des « réformes » de
financement de la protection sociale ponctionnant les ménages via la CSG et allégeant les « charges des
entreprises ». Si l’on ajoute à cela la crise du logement qui réduit la
part du revenu qui reste pour vivre, on comprend mieux que la perte de pouvoir
d’achat ressentie n’apparaisse pas toujours dans les chiffres officiels.
La surévaluation encore importante de l’euro
face au dollar déprime les exportations, second moteur de la reprise des années
1997-2001. Elle aggrave le caractère dépressif de la conjoncture, frisant la
récession en 2003. Elle pousse de surcroît les entreprises à entretenir la
modération salariale pour préserver leur compétitivité-prix à l’exportation,
mais aussi sur le marché intérieur où elles sont concurrencées par des biens
étrangers rendus moins onéreux par l’euro fort.
Nombreux
sont les gouvernements qui souhaiteraient une révision de la parité de l’euro à
la baisse. Outre le maniement des réserves de change, celle-ci dépend, dans un
univers de parfaite mobilité du capital, des différentiels de taux d’intérêt à
court terme européen et américain. Ceci est un argument supplémentaire qui
justifie la mise sous contrôle politique des décisions de la BCE. Le maintien d’un assouplissement monétaire
est d’autant plus nécessaire qu’une baisse des taux est la condition nécessaire
d’un allègement des charges de la dette publique, qui s’accroît
substantiellement et profite aux rentiers lorsque les déficits sont financés
par émission de titres.
Enfin, les réformes libérales, faisant la
promotion des fonds de pension et de l’allègement de la fiscalité des classes
aisées, ne sont pas étrangères à la constitution d’une épargne excessive qui
devient inutile si elle se substitue à la consommation et ne finance aucun
investissement. Le gouvernement en a tellement conscience qu’il a élaboré au
début de l’été 2004 un projet de loi « de relance de la
consommation » visant notamment à encourager la démobilisation de
l’épargne, au moment même où il promouvait les plans épargne retraite …
Alors que les baisses d’impôts visent traditionnellement à stimuler
« l’offre », il était piquant d’entendre le gouvernement Raffarin
justifier la baisse des impôts par la nécessité de soutenir… la demande (en l’occurrence,
la consommation des classes riches, celles qui paient l’impôt sur le revenu).
Malheureusement, les classes riches ne sont
pas celles dont la propension à consommer est la plus forte (en raison de la
saturation relative de leurs besoins). Elles ont au contraire la
« propension à épargner » la plus forte… Les baisses d’impôts de
2001, 2002, 2003 et 2004 ont donc continué à alimenter l’épargne et n’avaient
évidemment aucune chance de soutenir la consommation populaire, plombée par la modération
salariale, les plans sociaux et l’augmentation des prélèvements indirects. La
promesse faite en février 2005 par Hervé Gaymard, le remplaçant éphémère de
Nicolas Sarkozy à Bercy, de conditionner de nouvelles baisses d’impôt sur le
revenu à une croissance de 3 % (en procédant par réduction du nombre de
tranches d’imposition) résonnait comme un aveu : les baisses d’impôt ne
servent pas à soutenir la croissance, mais sont des cadeaux fiscaux autorisés,
si par miracle la croissance est au rendez-vous ! Las, lors de son
investiture Dominique de Villepin ne pouvait qu’annoncer une pause dans les
baisses d’impôts prévues ainsi que de nouvelles privatisations pour renflouer
les caisses vidées.
En trois ans, depuis le retour de la droite,
la dette publique se sera accrue de 10 %, aucunement parce que l’Etat a trop
dépensé, mais au contraire parce que la baisse des dépenses publiques réalisée
pour baisser les impôts des classes aisées n’a pas soutenu la croissance.
Incapable de respecter le critère de 3 % de déficit budgétaire malgré son
attachement déclaré à l’orthodoxe budgétaire, le couple franco-allemand a dû
provoquer en novembre 2003 la crise du pacte de stabilité. La droite a
immédiatement gaspillé les marges de manœuvre ainsi libérées en persévérant
dans la « baisse des impôts et des charges ». Sa politique a donc
vidé les caisses parce qu’une croissance en berne réduit mécaniquement les
rentrées fiscales et parce qu’elle a privé le budget de recettes auparavant
prélevées par l’impôt progressif sur des catégories sociales fortement
contributrices.
Impasse
sociale
Les
politiques économiques libérales sont incapables d’assurer un taux
d’investissement engendrant le plein-emploi. Au théorème Schmidt « Les profits d’aujourd’hui sont
les investissements de demain et les emplois d’après demain », vantant en 1983 la vertu des politiques
« d’offre », il est possible, à l’issue de cette période, d’opposer
le paradoxe Schmidt : « Les
profits d’avant-hier furent l’épargne d’hier et le chômage d’aujourd’hui ».
Les
politiques libérales pratiquées en Europe en application du théorème Schmidt
ont restauré le pouvoir de la rente au détriment de la production. La
désindustrialisation, liée à la crise de l’investissement, est la véritable
cause du chômage. Contrairement à la thèse libérale, le chômage n’est
aucunement dû aux rigidités du « modèle social français », largement
détricoté aujourd’hui. Les inégalités et la précarisation explosent, amplifiées
par les « réformes » fossoyeuses de l’Etat Social. La part
remboursable par le régime obligatoire de la sécurité sociale ne cesse de
reculer au bénéfice des couvertures complémentaires privées. Son financement
pèse de plus en plus sur les ménages. La réforme du régime de retraite par répartition a entamé le principe de
la solidarité intergénérationnelle et introduit de la capitalisation
individualiste aux effets particulièrement incertains. L’ascenseur social est
en panne. Un signal tient dans ce que les générations antérieures étaient
certaines de voir leurs progénitures bénéficier du progrès social et d’une
situation qui devienne meilleure que la leur. Les nouvelles générations n’en
sont plus assurées. Elles
subissent l’angoisse de ne pouvoir se loger et conserver leur emploi, si
ce n’est de ne pouvoir accéder à un emploi stable, source d’intégration sociale
et de revenus.
Impasse
écologique
Tsunami,
insécurité alimentaire, réchauffement de la planète, crise de la vache folle,...
difficile de nier la crise écologique qui frappe notre planète. La prise de
conscience du problème a certes progressé ces dernières années : apparition du
concept de développement durable en 1987, sommet de la Terre à Rio en 1992.
Mais il faut se rendre à l’évidence : les résultats ne sont pas au rendez-vous.
De véritables poubelles flottantes continuent de polluer les côtes tandis que
les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître. Et cette crise
menace de s’amplifier : si les pays en développement atteignent notre niveau de
développement avec le même mode de production, il nous faudra demain plusieurs
planètes Terre pour satisfaire nos besoins.
Dès
lors, on ne peut répondre à la crise écologique sans remettre en cause la
logique du mode de développement actuel qui en est la racine. Ici comme
ailleurs, les libéraux tentent de nous imposer leurs solutions. Par exemple, la
création d’un marché des droits à polluer, proposée par les Etats-Unis et
reprise par la Commission Européenne, nous est vendue comme la panacée pour
combattre l’effet de serre. Et pourtant. Une telle « solution » conduirait inévitablement
à la concentration des droits à polluer aux mains des pays riches et des
grandes entreprises polluantes, monopole empêchant pour l’avenir tout
développement des autres pays et de solutions techniques moins polluantes par
d’autres entreprises. Le marché ainsi créé serait en outre quasiment impossible
à remettre en cause !
La
préservation de l’environnement n’est pas compatible avec le marché dérégulé,
la primauté du profit, le dessaisissement des citoyens. Au contraire, seule une
action déterminée de régulation de la sphère marchande et de renforcement de la
sphère publique sera à même de faire reculer la crise écologique. Pour nous,
socialisme et écologie sont donc les deux facettes d’un même combat : celui du
développement durable et humain.
Malgré
son échec avéré, la droite prétexte que la relance de la croissance passe par
l’allongement de la durée du travail et que la lutte contre le chômage
nécessite de nouvelles déréglementations du marché du travail qui finiront par
s’avérer mortelles pour le code du travail. Ses réponses aux questions
écologiques se réduisent à des incantations fondées sur les responsabilités
individuelles déchargeant de fait l’action publique de son rôle régulateur.
Aux impasses du libéralisme la droite
oppose davantage de libéralisme.
2.
les impostures de la droite
Consciente qu’elle ne peut
assumer publiquement ses véritables objectifs, la droite est contrainte
d’habiller ses réformes néo-libérales en faisant référence à des valeurs
acceptables par la majorité de la population.
Il convient d’abord de
lever ces ambiguïtés : nous n’avons pas les mêmes valeurs, la gauche et la
droite ce n’est pas la même chose. Contrairement à ce qu’affirme Tony Blair,
une politique économique n’est pas seulement bonne ou mauvaise, elle est au
service du travail ou du capital.
Ce préalable permet
d’identifier clairement ceux qui sont porteurs de la politique massivement
rejetée par la population française et qui s’emploient, à travers des querelles
de personnes, à donner l’illusion qu’une alternance est possible au sein même
de la droite.
La
régression sociale théorisée
La
droite souhaite poursuivre l’œuvre de précarisation du salariat qu’elle a
entreprise depuis 2002 au nom d’une prétendue volonté « d’allègement des
procédures inutiles et des charges excessives » (suppression des emplois
jeunes, réduction des contrats aidés, remise en cause des 35 heures,
suppression des articles de la loi de modernisation sociale concernant les
licenciements économiques, réforme de l’allocation spécifique de solidarité)…
Le « contrat nouvelle embauche » est le dernier épisode de cette
politique présentée cyniquement comme devant permettre aux chefs d’entreprises
de ne pas « aller devant les prud’hommes en cas d’évolution du marché ou si
le salarié n’a pas le profil ».
Ce
démantèlement du Code du travail est devenu une obsession nouvelle dans les
politiques de la droite et du patronat. Finies les anciennes périodes de
négociation, de « contrat de progrès », et même d’attachement au contrat : ils
ne veulent plus que des négociations gré à gré, individuelles, plus de
conventions collectives. Cette politique a déjà été largement engagée,
par exemple avec la loi Fillon qui organise un début de renversement de la
hiérarchie des normes en donnant la priorité aux accords d’entreprises sur les
accords de branches et interprofessionnels.
Au nom
d’une adaptation de notre économie – comme de celles de tous nos
partenaires de l’Union européenne – aux exigences de la mondialisation
libérale qui ne supporte plus les entraves à la croissance du profit imposées
par des législations sociales, la droite se fixe pour objectif de transformer
les rapports sociaux en rapports individuels permettant aux entreprises
d’imposer leurs conditions aux salariés. Le travailleur isolé, mis en situation
d’extrême faiblesse par des taux de chômage records, est un travailleur
fragilisé auquel on peut essayer de tout imposer, y compris l’inacceptable,
comme l’a montré la récente multiplication des délocalisations d’entreprises et
d’emplois. Il suffit de rappeler ce qui se cache derrière les appels au
dialogue entre les partenaires sociaux : seulement 20% des entreprises
disposent d’un délégué syndical (10% dans les entreprises entre 10 et 49
salariés) et 28% de celles qui comptent entre 11 et 49 salariés possèdent des
Délégués du Personnel.
La
droite veut aller encore plus loin, en ouvrant la voie au moins disant social
afin de défendre encore mieux les intérêts du patronat désireux de disposer
d’une main d’œuvre formée, flexible et adaptable.
Parallèlement
aux rapports Virville, du MEDEF, de l’OCDE, une cellule de réflexion dirigée par Michel
Camdessus a été mise en place par le gouvernement, dont le but est de proposer
une politique visant à surmonter « les freins à la croissance économique ».
En octobre dernier, le rapport Camdessus a exposé les termes de la reprise
économique. L'idée essentielle de ce texte est que les salariés français
doivent travailler plus et plus longtemps («Depuis vingt ans, la totalité de
notre écart de croissance par rapport au Royaume-Uni et aux Etats-Unis
correspond à la différence d'évolution des heures travaillées »). Le président
de l’UMP – pour qui ce rapport « réhabilite le travail » -
s'est fait l'écho de cette préoccupation : « La France qui travaille doit
être encouragée, récompensée, remerciée, montrée en exemple. Le nivellement,
l'assistanat, l'égalitarisme, ne font pas partie de notre corpus de valeurs. »
Suivant
la même logique, la droite oppose la valeur « travail » à la
revalorisation des salaires. La politique salariale préconisée par la droite
est celle de la baisse du pouvoir d’achat des salariés au seul bénéfice de la
recherche du profit maximum. Alors que la revalorisation des bas salaires, mais
aussi des salaires « moyens » du public et du privé, permettrait de
relancer l’économie, la droite privilégie la dégradation salariale et le
recours à la flexibilité.
Ils nous dressent un tableau d’une France « sur le
déclin » alors qu’elle n’a jamais été aussi riche : les entreprises
du CAC 40 ont battu tous les records de profit en 2003 et 2004, plus de 57
milliards d’euros dans la seule année 2004. Jamais la « cagnotte
privée » n’a été aussi considérable. Jamais les fortunes privées n’ont été
si nombreuses et n’ont atteint de tels seuils. 5% de la population possède près
de 50 % du patrimoine alors qu’à l’autre extrémité de l’échelle, 10 % possèdent
moins de 1 %.
Le modèle anglo-saxon en exemple : la fin des
solidarités
La
droite entend poursuivre son œuvre de démantèlement de la solidarité nationale
au nom d’une prétendue « réforme de l’Etat ». Cela signifie la
disparition des services publics, une régression de la protection sociale et de
nombreux transferts de cotisations sociales s’accompagnant d’une
décentralisation fiscale inégalitaire et d’une baisse inique de l’impôt
républicain sur les fortunes et sur la valeur ajoutée des entreprises.
Le gouvernement, l’UMP (et
ses alliés centristes) participent sans relâche au démantèlement de la
puissance publique par les politiques de privatisation. Après France Télécom,
le dernier exemple en date est celui d’EDF-GDF dont le changement de statut ne
se réduit pas, comme on a pu le prétendre, à une simple « mesure technique
justifiée par la nécessité de doter cette entreprise de ressources financières
nouvelles nécessaires à son développement. » En fait, il faut replacer
cette privatisation dans le contexte de la libéralisation du secteur de
l’énergie mis en œuvre par les libéraux au niveau continental sur le modèle de
ce qui a été initié en Grande-Bretagne. Loin de favoriser l’émergence de
nouveaux acteurs industriels ou commerciaux, et donc la création d’emplois et
de richesses nouvelles, ce mouvement a au contraire conduit à une concentration
d’oligopoles privés, à la suppression de plusieurs centaines de milliers
d’emplois et à la faillite d’entreprises attirées par la « bulle
énergétique ».
L’accès
à l’énergie est un droit fondamental qui, comme tout droit, ne peut être
transformé en marchandise pour satisfaire des besoins privés au détriment de
l’intérêt général, de la solidarité et de la sécurité dont il faut mesurer les
enjeux, notamment dans un pays qui a fait le choix du nucléaire. L’électricité
et le gaz sont des biens publics. La contribution économique de chacun des
utilisateurs (usager domestique, TPE, PME, grande industrie) de ce bien public
ne peut être laissée à l’appréciation du marché. De surcroît, seule la maîtrise
des entreprises industrielles de l’énergie permet de répondre aux défis
environnementaux et technologiques auxquels nous devons faire face. Deux
milliards d’individus n’ont pas aujourd’hui accès à l’électricité :
l’augmentation des besoins humains en matière de consommation mondiale
d’électricité est donc incontournable. L’épuisement des ressources en
combustibles fossiles, la gestion des déchets nucléaires, la sécurité
industrielle, les impacts climatiques et environnementaux de l’activité de ce
secteur industriel vont nécessiter des investissements importants dans les
moyens de recherche en maîtrise de l’énergie et en énergies renouvelables, dans
la qualification des salariés, dans le niveau de leurs garanties collectives.
La question posée n’est donc pas d’organiser des marchés financiers autour de
permis d’émission ou de certificats d’économie d’énergie mais bien d’être en
capacité de définir les choix technologiques à opérer pour rationaliser
l’emploi des ressources naturelles et augmenter l’efficacité énergétique de
l’ensemble de la chaîne : de la production à l’utilisation domestique ou
industrielle. Face à ces enjeux planétaires et de long terme le secteur public
est le seul à pouvoir garantir l’intérêt général et une efficacité de long
terme.
Après
avoir privatisé la politique industrielle la droite s’est attelée à la
privatisation de la protection sociale et des mutuelles. Elle a réduit la part
remboursable du régime obligatoire d’assurance maladie dont le financement pèse
toujours plus sur les ménages et sur les mutuelles. Elle s’est attaquée au
système de retraites par répartition et a introduit les fonds de pension.
Elle s’est
attaquée à l’impôt, instrument essentiel de la solidarité nationale, en
réduisant encore la redistributivité de l’impôt sur le revenu en allégeant
l’ISF et les droits de succession. Elle a offert de nombreux cadeaux fiscaux
aux classes à haut revenu. Ces mesures n’ont pas eu l’efficacité économique
annoncée. Elles ont creusé le déficit public.
En
réduisant la fiscalité des impatriés (cadres résidants étrangers) la droite a
introduit une sorte de principe de « pays d’origine » en matière
fiscale.
Enfin,
la « décentralisation libérale de l’Etat », qui se manifeste par une
réduction des dépenses et des impôts dans le budget national, aboutit à de
nombreux transferts de charges aux régions, aux départements et autres
collectivités locales sans les accompagner des financements appropriés. C’est
cette logique mise en œuvre par Margaret Thatcher qui avait abouti à la
création de la « poll-tax », sorte de nouvel impôt local détruisant
la solidarité nationale parce qu’il en accroît la fiscalité pesant sur les
localités les plus déshéritées en allégeant celle des localités appartenant aux
régions les plus riches.
La
réponse de la droite à l’ensemble des problèmes de la société française se
réduit à une volonté de faire accepter aux Français le modèle libéral anglo-saxon
où l’individualisation des rapports sociaux va de pair avec la fragilisation
des salariés favorisant soit les délocalisations massives des emplois, soit une
pression constante à la baisse sur les salaires – l’apparition des
« travailleurs pauvres » - afin d’augmenter les profits des
entreprises.
Le libéralisme contre la République
Toujours
dans le même souci d’importer en France le modèle anglo-saxon, l’actuel
président de l’UMP favorise le communautarisme de la société contraire à la
laïcité qui est le cadre philosophique et juridique qui permet de vivre
ensemble, dans le respect de la liberté de conscience, dans une même communauté
de valeurs. L’UMP ne cache plus sa volonté de redéfinir, à la mode libérale, la
laïcité, c’est-à-dire à favoriser la juxtaposition des
« communautés » en insistant sur ce qui sépare, plutôt que sur ce qui
peut rassembler les citoyens. La ficelle est un peu grosse : « il
faudrait une laïcité plus tolérante », en réalité envers le communautarisme !
Il
s’agit là d’une question majeure car la laïcité n’est pas un principe neutre.
Elle implique une conception de la société, de l’espace public mais aussi du
citoyen comme individu autonome, c’est-à-dire capable de s’abstraire de tous
les déterminismes qui l’ont « constitué », capable de s’émanciper, ce
qui est en radicale opposition avec la vision libérale et compartimentée de
l’être humain. La laïcité reste en France mais aussi en Europe, contrairement à
ce qu’on nous raconte, une idée neuve porteuse d’émancipation et une valeur
forte des socialistes. C’est bien l’Europe des Lumières et de la liberté qui se
construit contre les schémas obscurantistes véhiculés par les intégrismes plus
ou moins assumés. Nous devons veiller au maintien de la neutralité et de la
tolérance en matière de liberté de conscience, de la part de l’Etat comme de
l’Union européenne. La constitutionnalisation de la laïcité en France est un
point d’appui des exigences que nous devons porter au niveau européen.
Dans le
même temps la droite développe un discours sécuritaire – c’est-à-dire
exclusivement répressif – en oubliant bien évidemment que la principale
insécurité aujourd’hui est d’abord sociale. Elle préfère ostensiblement un état
pénal à un état social.La désespérance, le sentiment de ne pas avoir d’avenir,
sont la cause de ruptures, de refus des règles, que nous ne pouvons bien
évidemment pas accepter, mais que nous ne résoudrons pas non plus par une
agitation sécuritaire médiatique, démagogique. La sécurité est une question
globale dont les composantes sociales ne peuvent être ignorées. De la même
façon qu’elle nous explique que les droits sociaux sont contraires à
l’efficacité économique, à la croissance et à l’emploi, la droite veut nous
convaincre que les libertés fondamentales, l’état de droit, sont incompatibles
avec la sécurité. Et ce d’autant plus qu’aux gesticulations sur ce thème
s’ajoutent des amalgames avec la question de l’immigration.
Le
libéralisme contre la démocratie
Pour
mettre en place sa politique de casse sociale et de remise en cause des
fondements républicains de notre société, la droite néo-libérale a dû s’en
prendre au fondement même de notre société démocratique : le suffrage
universel.
Le
libéralisme se caractérise en effet par une méfiance absolue dans la capacité
d’une société à s’en remettre au vote populaire pour définir un certain nombre
choix politiques. Considérant que le monde est trop « complexe » pour
un électorat jugé pas assez « informé », mû par des « peurs
irrationnelles » et trop « corporatiste », les néo-libéraux,
renouant en cela avec leurs positions originelles, souhaitent transférer toute
une partie de la souveraineté vers des organismes jugés plus
« compétents », c’est-à-dire constitués « d’experts »
dévoués aux intérêts de la mondialisation capitaliste. Les motivations d’une
telle attitude sont évidentes : pour remettre en cause le compromis social
mis en place dans les sociétés occidentales au lendemain de la seconde guerre
mondiale il faut contourner les résistances populaires, imposer une « gouvernance »
des élites censée être la seule capable de prendre la juste mesure des enjeux
de la période dans laquelle nous vivons.
Pour
justifier ces choix éminemment politiques une vaste campagne idéologique a été
entreprise. Elle passe notamment par une volonté de décrédibiliser l’aspiration
du plus grand nombre à plus de justice et d’égalité en la caractérisant
systématiquement de « populiste ». Le populisme, pour les
néo-libéraux, ce n’est plus le renoncement par le peuple de l’exercice de sa
souveraineté pour en assurer le transfert vers un dictateur se présentant comme
un « homme providentiel », mais l’expression même de la volonté
majoritaire fondant le pacte social légitimant la loi. Une telle attitude
dénote, en outre, d’une grande irresponsabilité. En effet, en assimilant toute
revendication populaire au populisme on prend le risque d’alimenter un
véritable populisme que nous connaissons bien.
En fait
ce dont il s’agit c’est bien de dessaisir les peuples de leur droit à choisir
entre différentes politiques économiques et sociales, pour imposer celles
qu’exige la mise en place d’un monde globalisé au service des seuls intérêts
particuliers des actionnaires.
Cette
politique est aujourd’hui largement engagée et s’exprime à toutes les
échelles :
A
l’échelle mondiale par la véritable dictature imposée par les grands organismes
internationaux (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.) - dont aucun membre n’a jamais
été élu - sur les politiques économiques et sociales des gouvernements
démocratiquement désignés. A l’inverse, ils contrecarrent l’action d’organismes
existants comme l’OIT ou l’OMS.
A
l’échelle européenne, où jusqu’à aujourd’hui la « supranationalité »
a essentiellement consisté à transférer le pouvoir de décision d’institutions
élues vers des organismes qui ne le sont pas. Cela est particulièrement évident
dans le domaine essentiel de la monnaie, aujourd’hui placé sous la seule
responsabilité d’une Banque centrale européenne indépendante qui impose ses
choix aux membres de l’Union. C’est exactement dans cette logique que se
situait le TCE, et notamment son célèbre titre III, rejeté le 29 mai dernier.
A
l’échelle nationale où nous voyons se multiplier les « commissions
indépendantes » et « groupes d’experts » dont le pouvoir n’a
cessé de grandir au détriment des institutions de la démocratie et en premier
lieu du Parlement.
Le
devoir des socialistes est de prendre la juste mesure de cette situation et d’être
porteurs d’une véritable renaissance démocratique indispensable au combat
contre la mondialisation libérale et ses conséquences.
A
l’inverse, nous devons comprendre que la France, quatrième puissance économique
du Monde, pays où la richesse ne cesse de croître, doit pouvoir initier une
politique qui ne soit pas définie par les seuls intérêts de la Bourse et qui
mette les questions sociales au cœur de ses préoccupations.
C’est
cette prise de conscience qui est inscrite dans l’insurrection tranquille du 29
mai.
3.
Le 29 mai : une insurrection tranquille.
Chacun
le reconnaît aujourd’hui, le 29 mai est un vote de classe. Le oui n’a été majoritaire que parmi les
cadres et les professions intellectuelles, les diplômés de l’enseignement
supérieur, et les retraités. Le non a, lui, rallié 81 % des ouvriers, 79 % des
chômeurs, 56 % des professions intermédiaires, 60 % des employés. Le vote non
n’est donc pas simplement un vote populaire, c’est aussi celui des classes
moyennes.
Le vote
du 29 mai est aussi très clairement un vote de gauche. 60 % des électeurs du PS mais aussi 60 %
des électeurs des Verts et la quasi-totalité de l’électorat communiste ont
rejeté le texte qui leur était proposé. Le fait que le vote de notre électorat
soit l’exact inverse de celui du parti lors de la consultation interne ne peut
que nous interroger. Les quelques mois qui nous séparent de 2007 doivent
permettre au parti de comprendre les raisons d’une telle distorsion.
Ce qui a
été rejeté par les Françaises et les Français, c’est la nature de la
construction européenne telle qu’elle nous est imposée aujourd’hui : des
traités plus libéraux les uns que les autres et un élargissement sans
approfondissement qui transforme l’Union en un simple espace de libre échange.
Le non ne crée pas la crise, il en est la conséquence.
Face aux offensives répétées de la
mondialisation libérale, l’Europe s’impose comme le niveau pertinent de
l’action politique. Malheureusement elle est devenue une zone de faible
croissance où le chômage explose et de régression des droits sociaux. Le refus
des Etats membres d’accroître le budget européen, un élargissement effectué
préalablement à tout débat institutionnel et dans des conditions précipitées et
irresponsables, les dégâts occasionnés par l’application des directives et
stratégies libérales défendues par les commissaires européens, ont accentué les
difficultés d’une construction européenne entrée en crise bien avant que ne se
manifeste l’insurrection tranquille du 29 mai.
Un
vote pro-européen
Ce vote de gauche contre le TCE est un vote
pro-européen qui s’est
nourri, notamment, des arguments développés par les socialistes engagés dans
cette campagne. En témoigne le vote des jeunes pour qui l’Europe est une
évidence et une nécessité.
Le vote du 29 mai, suivi du vote
néerlandais, n’a cédé à aucun « nationalisme ambiant ». Il était
clairement anti-libéral et pro-européen. Ce n’était pas un vote de
« peur » ou une « balle perdue de la colère » mais un
signal d’alarme, tiré par notre peuple pour attirer l’attention sur l’urgence
sociale qui culmine en Europe.
Un vote cohérent avec les résultats des précédentes
consultations.
L’électorat de gauche a trouvé dans le vote du 29 mai un débouché
à la contestation du libéralisme qui s’organise depuis le mouvement social de
1995. Il montre clairement que les déterminants sociaux ont la toute première
place lors des choix électoraux. Le « peuple de gauche » se détermine en
fonction de nos propositions et exige que nous nous engagions, face aux
conséquences de la mondialisation libérale, pour une véritable politique
sociale. Lorsque c’est face à la droite, il se sert de nous pour s’opposer à
elle. Lorsque nous sommes au pouvoir, et que nous ne satisfaisons pas ses
demandes, il nous sanctionne par l’abstention et aussi par un vote plus à
gauche. Dans les deux cas, il manifeste son antilibéralisme.
En 1997,
la gauche se rassemble autour d’idées novatrices, comme la réduction du temps
de travail et le contrôle sur les licenciements alors
synonymes de progrès social : elle remporte largement l’élection.
En 2002, le parti socialiste n’est pas allé assez loin dans le
changement, il modère ses propositions et semble renoncer à cette orientation :
il est éliminé dès le premier tour.
En 2003, le mouvement social pourtant puissant ne parvient pas à
faire céder la droite arc-boutée sur le pouvoir.
En 2004, les électeurs font payer cher à la droite ses attaques
contre les retraites, contre les 35 h, contre la Sécu, et se servent pour cela
du bulletin de vote pour une gauche qui avait affirmé – malgré quelques
voix discordantes qui ne nous ont certainement pas aidés - son opposition à ces
projets : de nouveau l’élection est un magnifique succès.
Le 29 mai 2005 est donc la continuité d’une trajectoire politique
cohérente exprimée par la majorité des français. C’est dans ces conditions,
qu’il doit être compris comme un vote d’espoir, point d’appui solide apte à
changer les rapports de forces dans le pays.
Une
dynamique positive du vote
Partout
en Europe, la Gauche se réveille, et des clivages sérieux apparaissent entre
ceux qui veulent accompagner socialement le système et ceux qui veulent le transformer
en profondeur. De plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer la nécessité de
rebâtir un projet européen centré sur l’humain et non sur le marché pour donner
corps à l’Europe des peuples. Plusieurs dirigeants politiques, qui avaient
appelé à voter oui, reconnaissent publiquement les graves insuffisances du
projet de traité constitutionnel et appellent à un processus constituant plus
démocratique.
Le fait
même que le non se soit exprimé démontre que le peuple peut reprendre en main
la politique. Ce qui s’est déroulé en France et au Pays-Bas est, en soi, une
leçon de démocratie qu’il faut saluer.
Prendre
appui sur le peuple français
Notre
meilleur allié pour battre
durablement la droite, c’est le changement à l’œuvre dans la société française
et l’interprétation qu’on en fait.
Non
seulement et indiscutablement, le chômage, la pauvreté augmentent, mais la
précarité aussi, et cela fragilise les familles ; les salaires sont trop
bas ; les ségrégations territoriales s’accroissent, et les plus pauvres sont
inexorablement transférés dans le périurbain ou confinés dans des quartiers en
difficulté d’habitat social ou d’habitat ancien dégradé. Non seulement
l’ascenseur social est en panne, mais certains ressentent même le risque de la
descente à l’étage du dessous, le risque d’un déclassement social.
Cette
situation se nourrit à la fois des conséquences des mécanismes économiques et
financiers en cours, mais également de nos renoncements.
Face à
cela, la tentation du repli sur soi ou sur du repli communautaire est largement
attisée par les discours libéraux. On assiste à une multiplicité de réactions
assimilables à une révolte diffuse : dans le pire des cas, ce sont des
expressions violentes, mais parfois aussi des actions de solidarité
exemplaires, des initiatives économiques courageuses, une énorme aspiration à
une meilleure citoyenneté et à une meilleure reconnaissance sociale. Contrairement
à ce qu’on voudrait nous faire croire, la crainte indéniable et justifiée de
l’avenir ne se traduit pas par un sentiment d’abandon, ni par la passivité mais
par une richesse nouvelle d’expressions dont le débouché politique reste à
construire. Le vote du 28 mars 2004 a enregistré 7 % de participation
supplémentaire des électeurs. Le vote du 29 mai, lui, a été le fruit d’une
gigantesque mobilisation intellectuelle, citoyenne, politique, alors que tout
était fait pour démobiliser, ostraciser, culpabiliser l’électeur, le lecteur,
le débat.
Une
analyse récente de l’observatoire socioculturel de Sociovision Cofremca met en lumière que face à la situation
sociale, 50% des Français prévoient, dans un horizon de 5 ans, un changement
radical de société et qu’ils y aspirent. Les principaux thèmes centraux évoqués
sont la préservation de la qualité de vie et la solidarité. Apporter des
réponses à ces attentes exprimées, c’est le défi qu’il nous faut relever.
Le
Socialisme est né de l’aspiration à l’égalité, dans une société toute entière
fondée sur le privilège. Depuis l’origine, les Socialistes refusent d’accepter
les inégalités et l’injustice. Ils ont pour ambition de transformer la société
et de construire un monde meilleur dans lequel chacun puisse s’épanouir.
Etre
Socialiste, c’est ne jamais céder à la résignation, ne jamais renoncer à
changer l’ordre des choses et remettre encore en cause la logique et la
finalité du système capitaliste. Cela reste le fondement de notre combat
collectif et de nos engagements individuels.
Nous ne
pouvons pas nous satisfaire du constat répandu, y compris hélas dans nos rangs,
de la prétendue impuissance face aux forces économiques libérales.
Nous
devons, au contraire, réhabiliter le volontarisme exprimant la primauté du
citoyen sans renoncer à nos objectifs de transformation sociale.
Telle
est la vocation du socialisme.
deuxième partie : UNE ALTERNATIVE POUR
L’EUROPE
1. Pour une
Europe politique
Si l’Europe est devenue le niveau pertinent
de l’action politique face à la mondialisation libérale et à la constitution de
blocs régionaux intégrés, elle ne s’est malheureusement pas dotée des instruments
nécessaires pour soutenir la croissance et l’emploi, pour protéger son
industrie, son modèle social et financer un élargissement solidaire avec les
dix nouveaux entrants. L’ornière dans laquelle elle se trouve aujourd’hui
appelle d’abord un sursaut dans sa
construction politique en démocratisant son mode de fonctionnement.
Le
projet européen
Nul
ne doute que les citoyens en Europe ont besoin d’y voir plus clair sur
le projet européen : Où va l’Europe ? Où devrait-elle aller ?
Quel est son modèle de développement ? Qu’apporte l’Union
européenne ? Que lui doit-on en échange ? Quel est son message au
monde ?
Nul ne doute non plus qu’à l’heure actuelle,
il ne saurait y avoir de consensus aisé à obtenir sur les réponses à donner à
ces questions parmi les 25 membres de l’Union. Mais si on veut que des
compromis acceptables se dégagent peu à peu, il faut d’une part que ces
questions soient débattues et, d’autre part, que les citoyens soient partie
prenante du débat et concernés sur les réponses à y apporter. Cela prendra du
temps, mais ce processus est indispensable à engager.
La refondation démocratique de l’Europe doit
en tout cas démarrer avec le débat pour une nouvelle Constitution.
La
nouvelle Constitution
La proposition d’un nouveau texte constitutionnel
doit conjuguer la méthode et le contenu.
La méthode d’abord : celle d’un
processus politique et démocratique. Des consultations parlementaires dans
chaque pays pour définir les souhaits de chaque Etat. Ensuite donner un pouvoir
constituant au prochain parlement européen qui sera élu en 2009, avant de
soumettre le nouveau projet de Constitution européenne à la ratification de
chacun des Etats membres.
Le contenu ensuite : il s’agit d’une
constitution, il faut donc un texte court et compréhensible par tous les
citoyens de l’Union européenne. Comme il s’agit de la faire valider par
l’ensemble des citoyens et qu’il faut un accord entre au moins 25 pays, il doit
être limité à un cadre neutre rendant possible le bon fonctionnement de
l’Union. En dehors des questions relatives aux valeurs et aux droits
fondamentaux, il faut se centrer sur trois aspects dont les nuances des
contours devront être déterminées par les débats au sein de l’Assemblée
constituante :
Sur cette base simple il semble possible de
trouver un accord rapidement.
La Constitution serait prolongée par la mise
au point d’un traité fiscal et social européen. Bien évidemment, sur tous ces
points, nous défendrons les propositions que nous avons défendues lors de la
campagne référendaire.
L’Europe
puissance, ou le noyau dur de l’Europe politique
Elle passe par des coopérations renforcées
non bridées par l’exigence d’un consensus préalable sur au moins deux points : la défense et la politique
étrangère.
Il doit y avoir une défense européenne qui
rationalise les dépenses militaires des pays membres et, ainsi, permet une
optimisation pour chacun ; cette défense européenne doit s’appuyer sur une
agence européenne de l’armement
qui ne se contente pas, comme dans le défunt TCE, de coordonner les politiques,
mais qui a une prise directe sur les industries de l’armement et sur leurs
financements.
Elle passe également par une politique
européenne commune s’inscrivant dans celle de l’ensemble de l’Union et dans le
cadre de ses institutions, mais susceptible d’aller plus loin sur un certain
nombre de thèmes et de propositions. Ce qui signifie une délégation partielle
de compétences et surtout des marges possibles en matière d’expression
publique. Derrière l’Union européenne élargie, ce groupe restreint devra se
comporter comme un aiguillon et une force de proposition. Il est évident qu’une
cohérence entre la défense et la politique étrangère ne peut donner que
davantage de force à ce noyau dur.
La
répartition des compétences
Il semble entendu qu’au moins pour un temps,
l’Europe est une fédération d’Etats Nations qui consentent à des abandons de
souveraineté au profit de l’Europe. Nous réaffirmons ce qui avait été tranché
au Congrès de Dijon : nous sommes pour une Europe fédérale.
Si on veut que l’Europe progresse dans ce
sens, il faut faire en sorte que l’on puisse évoluer vers un transfert de compétences plus important.
Cela signifie que la future Constitution facilite les
coopérations renforcées, les expérimentations et ne fige pas la répartition des
compétences, au-delà de quelques règles simples sur ce qui est du ressort des
Nations et sur ce qui est du ressort de l’Union. Le champ intermédiaire doit
être souple. C’est un bon moyen de renforcer l’Europe politique tout en
respectant sa diversité.
2. Pour une
Europe solidaire de la croissance et de l’emploi
[Remarque
préalable : Le terme utilisé de croissance n’implique pas notre indifférence
quant à la nature de la croissance, notamment vis-à-vis des exigences du
développement durable. Si la question quantitative se pose, la question
qualitative liée au mode de développement que nous souhaitons est également
posée]
Le chômage de masse en Europe est avant tout
dû à la panne de croissance que subit notre continent. Celle-ci est liée à la
panne d’investissement des entreprises, un déficit de demande et une
compétitivité pénalisée par un taux de change de l’euro encore surévalué.
Le soutien à la croissance passe tout
d’abord par une réorientation de la politique macroéconomique européenne. Dans
chaque pays, la politique économique est en effet doublement contrainte par la
politique monétaire menée sans contrôle par la BCE et par le pacte de
stabilité.
Les socialistes avaient unanimement
réclamé à Dijon la révision des missions de la BCE. Il est inconcevable que la monnaie,
attribut essentiel de la souveraineté populaire, échappe à tout contrôle
démocratique. L’action de la banque centrale influence notamment le taux de change et doit
être démocratiquement contrôlée. Son indépendance sera donc abrogée. Une taxe Tobin à la frontière européenne
doit permettre de prémunir l’euro d’une éventuelle spéculation.
La dépréciation actuelle de l’euro ne doit
rien à l’action de la BCE, mais à la remontée des taux d’intérêt américains. Le
taux de change de la monnaie n’est pas neutre. Le taux de change de l’euro par
rapport au dollar s’était excessivement apprécié depuis la création de l’euro.
Il pénalise l’industrie européenne face à la concurrence des pays dont la
monnaie est arrimée au dollar et entretient une pression à la baisse sur les
salaires et les systèmes de protection sociale.
Plus
généralement, en l’absence de coopération mondiale dans la compétition
internationale qui s’aiguise entre les trois principales zones monétaires
(dollar, euro, yen), la question des taux de change relève d’un choix de
répartition des revenus. Préfère-t-on une monnaie forte et des salaires
modérés, ou un pouvoir d'achat en progression et un taux de change plus faible
? La norme de répartition des revenus et les effets macroéconomiques qui
résultent de ces choix diffèrent alors radicalement. Dans le premier cas,
l’euro fort et les profits élevés profitent aux détenteurs de titres. Dans
l’autre cas, c’est la consommation européenne, les exportations et l’emploi qui
s’en trouvent stimulés !
Les socialistes doivent également demander
la fin du pacte de stabilité, qui rend pratiquement impossible l’utilisation de
l’arme budgétaire pour appliquer notre politique économique et lutter contre le
chômage et les inégalités lorsque la croissance ralentit. Les ressources
financières dégagées ne doivent, bien entendu, pas à nouveau être gaspillées
dans la poursuite d’inutiles politiques de « baisses d’impôts et de
charges », comme ce fut le cas en France et en Allemagne lorsque Messieurs
Chirac et Schröder s’arrogèrent l’autorisation de déroger aux critères du pacte
de stabilité.
En matière de « politiques structurelles »,
l’ambiguïté de la « stratégie pour l’emploi », proposée par le
sommet européen de Lisbonne en mars 2000, doit être dénoncée par les
socialistes. Elle produit
déjà de nombreux dégâts sur les législations sociales européennes. Se
satisfaisant de la politique macroéconomique européenne, la stratégie de
Lisbonne érige, au nom de l’adaptation à une « économie de la connaissance
hautement compétitive », la réduction de la durée d’indemnisation du
chômage, la flexibilité de l’emploi et du coût du travail comme l’alpha et l’oméga des politiques de lutte contre le chômage.
Ces politiques ont révélé leur incapacité à vaincre le chômage de masse, avant
tout dû à l’instabilité macroéconomique du capitalisme actionnarial.
L’élargissement en Europe s’est opéré dans
un climat de mise en concurrence des peuples et des salariés subissant le
chantage au chômage et l’insécurité sociale.
Seul un audacieux plan d’intégration
européenne est de
nature à redonner espoir aux peuples et à relancer une construction européenne
en crise. Contrairement à
la stratégie libérale en vigueur et manifestement rejetée par les peuples, ce
plan financerait l’intégration des nouveaux pays de l’Union et pourrait être
alimenté par les budgets communautaires et nationaux en donnant la possibilité
à la banque centrale européenne de les alimenter également.
Ce plan est la condition de la solidarité
entre les peuples européens,
il ouvre la possibilité de l’harmonisation sociale et fiscale permettant ainsi
aux nouveaux entrants d’affronter le marché unique sans recourir au dumping
fiscal et social pour attirer les délocalisations. Il est la condition d’un
véritable traité social permettant l’émergence d’un salaire minimum européen et
d’une amélioration des systèmes de protection sociale. La perspective planifiée
d’un tel Smic européen est une réponse aux délocalisations, et aux
déréglementations de type directive « Bolkestein ». La mise en place
d’un tel SMIC peut être faite sur le modèle de convergence qui a présidé à
l’instauration de la monnaie unique. Aujourd’hui 18 pays sur 25 ont un Smic. Les
différences paraissent certes considérables, de 470 euros pour le Portugal à
1370 euros pour le Luxembourg, (et 182 euros pour la Pologne) mais en « parité
de pouvoir d’achat » elles sont moins importantes qu’en pure valeur monétaire.
Il convient de planifier les discussions par branche (il existe déjà un Smic
marin, il pourrait en exister un Smic routier, etc…) et par « zones régionales
» entre pays de même niveau économique, puis de planifier la progressivité des
Smic sur une période négociée entre les Etats membres. Si le Smic doit être le
même dans la zone euro d’ici autre à cinq ans à quoi bon emmener les machines
d’ici en Tchéquie ou exiler les travailleurs tchèques de là-bas à ici ?
Il permettrait aussi à l’Europe de
pratiquer un tarif extérieur commun
pour lutter contre l’entrée sur le marché des marchandises produites par les
entreprises délocalisées dans les pays pratiquant le moins disant social. Elle
ne s’interdirait aucunement une politique industrielle reposant sur des
consortiums publics européens, dont l’émergence reste malheureusement
contrainte par le principe de la « concurrence non faussée ».
La première vague d’adhésion à l’euro fut
réussie grâce au jeu des fonds structurels. Ainsi, le Portugal et la Grèce
reçurent-ils l’équivalent de 230 euros par habitants au titre du fond de
cohésion sociale. La Pologne ne perçoit aujourd’hui que l’équivalent de 130
euros par habitants. Le montant nécessaire à un Plan d’Intégration Européenne
des dix entrants, à hauteur de ce qui fut réalisé pour la première vague
d’adhésion à l’euro, représenterait 50 milliards d’euros par an sur cinq ans. Il est la condition nécessaire d’un
élargissement compatible avec une certaine harmonisation sociale. Faute de
quoi, l’intégration se réaliserait à moyens constants, si ce n’est
décroissants. Les Etats-membres, n’entendent malheureusement pas accroître
leurs contributions. Etranglés par le « pacte de stabilité », ils ont
réduit cette année la part du budget communautaire dans le PIB européen de 1, 3
% à 1 %.
Le montant nécessaire au plan d’intégration
européenne n’est pourtant pas exorbitant, comparé au rôle moteur que joue le
budget fédéral américain dans le soutien à l’économie, s’appuyant sur un
déficit budgétaire supérieur à 400 milliards de dollars ! Pour accroître
les dépenses communautaires, l’arme du déficit budgétaire communautaire serait
ici d’un grand secours. Elle reste malheureusement taboue et était même
interdite par le traité constitutionnel. Ce déficit pourrait être financé par
l’emprunt. Les fonds structurels pourraient également bénéficier du financement
monétaire direct de la banque centrale, ce qui nécessite une réforme du statut
de la BCE.
Ces ressources budgétaires permettraient de
préserver la Politique Agricole Commune qui, malgré des défauts qu’il est
toujours possible de surmonter par une réorientation des dépenses, est un
préalable nécessaire à une politique visant à assurer l’autonomie alimentaire
dans le cadre d’une agriculture de qualité et respectueuse de l’environnement.
Les principes d’une telle réorientation doivent être l’élévation des standards
de qualité, le renforcement des contrôles et la création d’une organisation
indépendante de sécurité alimentaire avec de larges droits de contrôle afin
d’assurer une alimentation saine pour tous. Les critères des aides européennes
devront être revus pour rompre avec le productivisme (aide à l’exploitation et
non au volume de production, conditionnalité écologique).
Le développement durable doit entrer concrètement
dans les attributions de la politique européenne. Il faut constituer un fond
européen pour des grands travaux écologiques (remise en état des fleuves, protection des littoraux, grands
réseaux de fret ferroviaire, soutien aux technologies et énergies
renouvelables). Ce fonds pourrait être financé par une écotaxe européenne,
payée par les pollueurs.
3. Pour une
Europe sociale.
Pour
répondre aux attentes sociales qui se sont manifestées, il faut obtenir le retrait
de la directive Bolkestein. En
effet la mise en place de la libre circulation des services en Europe exige, au
préalable, que soient clairement définis les Services d’intérêt général et que
soit engagée une politique d’harmonisation sociale. Ces préalables
indispensables ne sont pas encore acquis. De même il faut une nouvelle
directive temps de travail interdisant la pratique de l’opt-out concernant la durée du travail, c’est à dire interdisant aux employeurs de
déroger au droit du travail si le salarié « l’accepte » et engageant
une réduction des maxima de temps de travail.
Il faut
ensuite mettre en chantier la négociation d’un traité social, dont la viabilité
est conditionnée par l’adoption de mesure budgétaires communautaires favorisant
la convergence sociale vers le haut.
La définition d’un
Traité social européen est devenue une priorité. Il devrait pouvoir s’organiser
autour de trois axes :
· La mise en oeuvre de critères de
réduction du taux de chômage et de pauvreté.
· La définition de normes sociales communes,
harmonisant par le haut l'ensemble du système de protection sociale (retraite,
assurance maladie, assurance familiale, assurance chômage...) sur le modèle des
critères de convergence de Maastricht. Ces normes devront notamment avoir pour
objectif de réduire les différences entre la situation des femmes et celles des
hommes dans le domaine de la retraite et des salaires.
· L’élaboration d’un salaire minimum
européen.
Une véritable intégration sociale européenne
requiert également la remise en cause de l’ensemble des textes néo-libéraux,
toujours en vigueur, rassemblés dans le la partie III du TCE et interdisant,
notamment au nom de la « concurrence libre et non faussée », toute
politique industrielle nécessitant le financement public des entreprises
stratégiques et de celles assurant une mission de service public.
TROISIEME PARTIE : UNE ALTERNATIVE POUR LA FRANCE
La
question sociale est désormais au cœur du débat. Une nouvelle alternance
politique ne doit pas, une fois de plus, se contenter d’un accompagnement
social de la mondialisation libérale. Une alternative socialiste suppose de
discuter, en des termes propositionnels, d’une politique économique crédible
s’opposant symétriquement au projet de refondation sociale du MEDEF et de la droite néo-libérale. Le
plein-emploi et la réduction des inégalités doivent être les objectifs centraux
de cette politique. L’alternative sociale signifie également de préparer les
nouvelles générations par une alternative scolaire et universitaire, de faire
face à la montée des communautarismes qui menacent la République, de marcher
vers une VI° République en rénovant la démocratie profondément en crise dans
notre pays, de répondre concrètement aux questions de l’immigration.
S’il faut définir clairement ce que nous
voulons prioritairement changer, il faut également répondre à l’urgence sociale
par des mesures immédiates, fortes et concrètes.
L’état de la société est dramatique :
des millions de citoyens y vivent dans des conditions de pauvreté et de
précarité, et peinent pour accéder aux droits les plus fondamentaux :
logement, emploi, santé, services publics.
Pour changer réellement la société, il faut
prendre la question à bras le corps et changer la vie de ceux que le
libéralisme ne respecte plus, en rétablissant rapidement un accès aux droits
fondamentaux sans lesquels aucun changement collectif durable n’est possible.
1. Pour le
plein-emploi
Les politiques de « baisse des impôts
et des charges » se sont avérées inefficaces face au chômage et socialement
dévastatrices. Elles ont creusé les déficits et les inégalités. Elles ont
excessivement accru l’épargne au détriment de la consommation, sans relancer
l’investissement.
Notre objectif doit être le plein emploi.
L’emploi dépend avant tout des perspectives de croissance de l’économie et
aucunement des « rigidités du marché du travail », au demeurant
largement réduites par les « réformes structurelles » néo-libérales. Il
faut donc changer de politique macroéconomique. On le sait, une réorientation de la
politique monétaire et l’abandon
du pacte de stabilité sont pour cela nécessaires. Pour autant, relancer
l’investissement et la consommation passe par une réorientation de la politique
budgétaire au sein de chaque pays. Celles-ci ont sans succès massivement
distribué les deniers publics en faveurs des catégories à hauts revenus,
poursuivi les privatisations et réduit les « charges » des
entreprises. Il faut au contraire relancer l’investissement par nouvelle
politique industrielle et stimuler la consommation par une nouvelle politique
salariale, accompagnée d’une politique de réduction du temps de travail et de
celle d’une redistribution visant la réduction des inégalités et à même de
relancer le pouvoir d’achat des ménages à bas revenus.
Une nouvelle alternative industrielle
Une
lecture réductrice du débat tente d’opposer un « Réformisme de
gauche » moderne recentré autour d’un « socialisme de
production » à un archaïque « socialisme de la redistribution ».
On en trouve quelques échos dans le manifeste Blair-Schröder qui invite les
sociaux-démocrates européens à se tourner « du côté de l’offre », ce
qui signifie, dans le jargon des économistes libéraux, qu’il faille réduire les
dépenses publiques (et donc privatiser) pour baisser les impôts, stimuler
l’épargne et réduire le coût du travail !
Pour leur
part, les socialistes se sont toujours préoccupés de redistribution et de production. En l’occurrence, ils ont
toujours promu la politique industrielle lorsque le marché s’avérait incapable
d’assurer le développement des investissements stratégiques et les missions de
service public. Or la remise en cause systématique des aides publiques a été
une des règles de la construction européenne telle qu’elle a été organisée
selon les principes du libéralisme économique. Les promesses d’une amélioration
de la qualité, d’une baisse des prix devant accompagner les privatisations se
sont avérées un leurre, une fable confirmée régulièrement par une réalité qui
s’exprime parfois tragiquement (pensons aux transports ferroviaires
britanniques ou aux pannes d’électricité dans plusieurs pays). Quant à la
promotion de l’épargne salariale elle sème l’illusion que les nouveaux petits
porteurs – capitalisme populaire revisité- parviendraient à imposer aux
entreprises actionnariales de pratiquer le développement durable !
Le périmètre de la politique industrielle,
réduit à portion congrue par les privatisations, doit aujourd’hui être
redéfini. Il faut organiser le contrôle public de certains secteurs
essentiels. Non seulement ceux assurant une mission de service public, mais aussi
les secteurs stratégiques où l’investissement privé fait défaut. Cela concerne notamment les activités
traditionnelles de réseau, où la France excellait (transports, communication,
eau, énergie, éducation, santé).
Mais la France a également pris un retard
important en matière d’investissement dans le secteur des nouvelles
technologies. La désindustrialisation de la France et de
l’Europe rend plus que jamais nécessaire le financement d’une nouvelle
politique industrielle qui ne saurait se passer du concours de la politique
monétaire et de la politique budgétaire. Après avoir fait le procès de la
politique industrielle, la droite prétend en redécouvrir les vertus en créant
une agence pour l’innovation industrielle. Elle ne met pas pour autant en
question le processus de privatisation de l’énergie, en prévision de quoi elle
a modifié les statuts d’EDF et organisé les cessions d’actifs de GDF. Face à
l’incapacité de sa politique à soutenir la croissance elle organise une
nouvelle vague de privatisation dont les recettes serviront à combler les
déficits publics qui se sont creusés faute de rentrées fiscales.
Une
véritable politique industrielle ne saurait confier à la courte vue de la
bourse le contrôle de l’investissement stratégique et des services publics. Il
faut protéger les services publics et les industries stratégiques des règles de
la concurrence, en autorisant les Etats à leur verser des aides directes et
indirectes et en permettant des ententes pour faire émerger des
« champions » à l’échelle européenne. Le budget de capital de l’Etat,
réduit à portion congrue, doit être substantiellement accru pour financer et
orienter les nouvelles priorités industrielles. Il faut mettre un terme au
processus de privatisation de Caisse des Dépôts et Consignation, acteur
essentiel du financement de la politique industrielle. Tout ceci nécessite de réclamer une mise à
plat de la stratégie européenne « d’ouverture à la concurrence ».
Une
politique novatrice en direction des petites entreprises et de la
sous-traitance
Il y a
97 % d'entreprises de moins de cinquante salariés qui font travailler prés de 8
millions de salariés. Il existe un million d’entreprises de moins de dix
salariés qui font travailler 3,4 millions de salariés. Ce sont dans ces
entreprises que les salariés subissent les situations les plus difficiles. Le
plus souvent leurs droits ne sont pas défendus étant dépourvues des moyens pour
cela. Ces entreprises subissent les contraintes imposées par les donneuses
d’ordre, obsédées par la maximisation de la rentabilité financière et imposent
des prix aux PME et aux sous-traitants les conduisant à reporter le risque sur
leurs salariés. Ceci est particulièrement vrai dans le secteur de la
distribution. Outre une plus grande protection des salariés dans les PME, il
est possible de desserrer l’étau qui étrangle ces dernières en modulant la
fiscalité sur les sociétés et en réformant l’assiette des cotisations
patronales.
Comme on
le voit, il n'y a pas qu'une seule catégorie d'entreprise, ni une seule
politique à mener à l'égard du patronat.Les socialistes et la gauche doivent
être novateurs sur ce terrain.
Plus
généralement les socialistes doivent innover en ne distribuant plus des aides
indistinctes qui permettent aux grandes entreprise de bénéficier d’effets
d’aubaine. Par contre aides publiques et crédits d’impôts peuvent être
envisagés auprès des PME et TPE dans le cadre de la réduction du temps de
travail et sous condition de respect des droits des salariés.
Une
politique collective de conventionnement, d'aides à la comptabilité, au respect
des droits et règles administratives doit être mis en oeuvre pour les TPE,
(pépinières d’entreprise, pool de comptabilité, services publics associés) et
elles doivent bénéficier de réels crédits d'impôt pour la mise en oeuvre des 35
h, pour le respect des droits des salariés.
C’est
ainsi qu’on stoppera la dégradation du haut vers le bas délibérément mise en
œuvre par le capital financier qui rêve tout haut « d’entreprises sans
entreprises », c’est-à-dire de zone de non droits pour eux et pour les
salariés.
Il faut
combiner différentes mesures de façon à assurer la sécurité de ces entreprises
dites "TPE".
Cinq
mesures sont indispensables :
1°) La
responsabilité des donneurs d’ordre doit être absolue dans toute passation de
marché. C'est celui qui passe les ordres qui est pénalement responsable.
2°) Le
principe qui prévaut pour les CDD et l'intérim doit être appliqué aux
sous-traitants : à travail égal, salaire égal, l'alignement des sous-traitants
sur la convention collective du donneur d’ordre doit être prévu par les lois.
3°) Il
convient de faciliter la procédure de reconnaissance des unités économiques et
sociales : il est trop facile d'éclater les établissements, les franchises, les
groupes, pour contourner les seuils sociaux et les droits qui en découlent.
4°)
Garantir le droit du travail dans les règles de concurrence. Il convient de
garantir que l'essentiel des aides publiques seront accordées aux PME-TPE qui
en ont besoin en échange de création d'emploi, des 35 h et du respect du Code
du travail. Il faut que les employeurs soient convaincus que la restauration du
droit par l’Etat est une assurance d’un rétablissement d’une concurrence loyale
dans leur propre intérêt
5°)
Développer les pouvoirs et moyens des conseillers du salarié. Pour les
salariés, il est difficile, sinon impossible dans de petites unités de faire
vivre des délégués du personnel. Il existe des "conseillers du
salarié" nommés sur propositions des syndicats, figurant sur une liste
accessible aux salariés des TPE, et disposant déjà de crédit d'heures, de
moyens de déplacement et de communication. Mais ils n'ont le droit d'intervenir
que lors des entretiens préalables aux licenciements. Nous proposons un
développement de ces postes avec un élargissement conséquent de leur champ
d’intervention répondant aux besoins des TPE.
Cette
extension des droits des salariés ainsi que les mesures fiscales citées
permettront de mettre un terme au recours abusif à la sous-traitance.
L’économie
sociale et solidaire
Le
secteur de l’économie sociale et solidaire révèle et traite de nombreux besoins économiques et sociaux
que l’Etat ne peut percevoir ou que les entreprises privées maltraitent parce
qu’elles ont l’œil rivé sur le profit. Dans un univers actionnarial généralisé,
certaines entités mutualistes et coopératives mais aussi des fonds de placement
solidaires ont pu être séduits par les sirènes perverses de la
financiarisation. Les familles de l’économie sociale recèlent cependant
l’originalité de tenter d’incarner le principe démocratique « une personne
une voix » dans leurs délibérations et de proposer une alternative à
l’entreprise actionnariale en conservant impartageables leurs réserves. A
l’heure où le MEDEF réclame la fin de la concurrence faussée que subiraient les
entreprises privées face aux entreprises de l’économie sociale, les politiques
publiques doivent continuer à promouvoir le partenariat avec les mutuelles, les
coopératives et les associations.
La
relance du pouvoir d’achat, nécessaire pour réduire les inégalités et relancer
la consommation, passe par une augmentation des salaires. Cette augmentation est fondée sur un
rééquilibrage de la part des salaires -qui s’est dégradée de 10 points en 15
ans- sur la richesse produite.
La
question salariale est au cœur du conflit de répartition sur les parts de richesse
à affecter directement aux salariés et aux rentiers. La part des profits dans
la valeur ajoutée s’est accrue de dix points en l’espace de vingt ans sans que
le résultat ait été probant en termes d’efficacité économique. Les profits
d’avant-hier n’ont pas été l’investissement d’hier et l’emploi d’aujourd’hui ! L’amputation de la masse salariale a
réduit d’autant les ressources de la protection sociale. Le financement de la
sécurité sociale a pesé sur le pouvoir d’achat des ménages, subissant d’autre
part les conséquences de la crise du logement.
L’augmentation
des salaires est un bien meilleur instrument de redistribution des richesses au
bénéfice des salariés à faible revenu que les baisses d’impôt sur le revenu ou
les revenus de l’épargne salariale qui profitent aux ménages à revenus plus
élevés. Elle réduit les inégalités de revenus, soutient la consommation et
permet d’autre part de financer le système de retraite par répartition auquel
les socialistes doivent affirmer leur attachement. L’augmentation des salaires
dans le secteur public donnerait l’exemple pour les négociations collectives de
branches et d’entreprises où la puissance publique doit impulser de nouvelles
négociations, par exemple en conditionnant l’octroi des aides à l’emploi à un
relèvement des minima de branche ou encore imposer par la loi, des
minima-planchers égaux au SMIC.
Dans près de 80% des branches, les minima
sont en effet inférieurs au SMIC (qui s’applique cependant comme
salaire-plancher). Il s’agit d’une remise en cause directe du SMIC puisque ce
dernier n’est atteint qu’avec des compléments (primes et autres…). L’enjeu ne
concerne ici pas seulement les bas salaires, mais l’ensemble des salariés de la
branche, toutes qualifications confondues et à hiérarchie inchangée. Dans une
grille de branche, une augmentation du minimum correspondant à l’indice 100
induit en effet mécaniquement une revalorisation générale de tous les salaires
de la hiérarchie.
La
hausse du SMIC est à ces égards d’une double portée. Elle permet tout d’abord
d’augmenter les plus bas salaires et de resserrer l’éventail des salaires.
L’impact macroéconomique et social d’un relèvement du SMIC n’est pas
négligeable car 28 % des salariés sont rémunérés au niveau du salaire minimum.
Elle permet de plus aux syndicats de revendiquer une revalorisation des minima
dans la mesure où ces derniers sont négociés en référence aux évolutions du
SMIC.
Il nous
faut remettre en chantier la réduction du temps de travail pour tous sans perte
de salaire : Nous sommes pour les 35 h, de vraies 35 h appliquées
effectivement, pour tous, sans baisse de salaire et avec embauches
correspondantes. C’est toujours avec les socialistes, avec la gauche, qu'il y a
eu les 40 h, puis les 39 h, et les 35 h. En 70 ans, nous avons prouvé sans
conteste possible que l’on pouvait réduire la durée du travail, augmenter la productivité
et augmenter les salaires. Avec les 35 heures, il n'y a jamais eu de meilleure
année pour l'emploi que l'an 2000, 643 000 d'emplois en plus sur douze mois,
soit + 4,3 %. Ce n’est pas seulement la croissance économique qui permet de
l’expliquer. Lorsqu’on sait que de 1981 à 1997, c’est moins d’un million
d’emplois supplémentaires qui ont été créés au total. Plus de 2 millions l’ont
été entre 1997 et 2001. Sans le passage aux 35 heures, jamais notre pays
n’aurait pu connaître une baisse du nombre des chômeurs de 900.000.
La
droite a fait le contraire : ils facilitent la multiplication des heures
supplémentaires, et les rendent moins coûteuses. Ils ont augmenté le contingent
annuel d’heures supplémentaire de 130 à 230 heures et ils ont réduit de 25 % à
10 % le taux de majoration de la rémunération des heures supplémentaires dans
les petites entreprises Ils ont porté le seuil de ces dernières de dix à vingt
salariés pour le repos compensateur, facilité la reprise à taux zéro des compte
épargne temps, élargi le nombre de ceux soumis aux « forfaits-jours »… Tous ces
salariés font plus d’heures supplémentaires, travaillent plus pour gagner
moins… ce qui a pour effet de limiter les embauches, et de développer le
chômage.
Cela
frappe surtout les 8 millions de travailleurs des 97 % d’entreprises de moins
de 50 salariés où les durées du travail sont plus longues et les salaires les
plus bas. La durée du travail doit redevenir une donnée d’ordre public social
pour éviter que la flexibilité, l’annualisation et l’abus du recours aux heures
supplémentaires n’aggravent les conditions de travail et ne diminuent la
création d’emplois.
Le «
temps de travail effectif » doit être défini comme le « temps où le salarié est
subordonné à l’employeur». Il doit intégrer les pauses nécessaires, le temps de
trajet imposé, d’habillage et de casse-croûte. La durée hebdomadaire maximale
doit être diminuée en proportion de la durée légale : au lieu de 48 heures, 44
h pour la semaine de 35 h et tendre vers 40 h maxi réelles. La durée
quotidienne maximale doit être ramenée de 10 h à 9 h. L’extension de la
fourchette horaire journalière, en cas d’interruption de la plage de travail en
cours de journée, ne doit pas dépasser 10 h. Chaque salarié doit disposer de
deux jours de repos consécutif dans la semaine. Les heures supplémentaires doivent
être définies par la loi comme « ponctuelles et imprévisibles », conformément à
l’accord signé par le patronat le 31 octobre 1995. Elles doivent être majorées
de 50 % pour les 4 premières heures et de 100 % pour les suivantes. Il s’agit
de les rendre plus chères que l’embauche. Le contingent annuel d’heures
supplémentaires doit, dans un premier temps, revenir à 130 heures et, par la
suite, être réduit à 100 heures (il était de91 h par accord dans la métallurgie
en 1996).
A elle
seule, la diminution de moitié du nombre total d’heures supplémentaires
pourrait créer plus de 300 000 emplois. Les grandes entreprises n’ont pas
besoin de recevoir des aides pour aller dans ce sens en revanche les petites
entreprises oui mais contrôlées à la proportion du nombre d’embauches réalisées
suite à la réduction du temps de
travail.
Etablir un contrôle réel sur les
licenciements abusifs et les licenciements boursiers :
En 1986, la droite a supprimé l’autorisation
administrative de licenciement (mis en place en 1975 et qui reprenait des
éléments du contrôle de 1945…). L’établissement d’un nouveau mode de contrôle
appartenait au programme socialiste de 1997, mais cette promesse, n’a pas été tenue. La gauche devrait enfin
instaurer un nouveau contrôle pour empêcher les licenciements abusifs et
boursiers.
Actuellement, le salarié licencié « sans cause
réelle et sérieuse » est, malgré le jugement des Prud’hommes, exclu de
l’entreprise en bénéficiant d’indemnités faibles et tardives.
Dans le cas de licenciement individuel, (80 % des
cas chaque année) la gauche devra permettre à l’inspection du travail, saisie
par le salarié, de suspendre la procédure dès lors qu’il y a «un doute
manifeste » sur le bien fondé du licenciement. Ce sera alors à l’employeur
d’apporter la preuve du bien fondé devant le juge concerné. Si cette preuve
n’est pas apportée, le salarié conservera son emploi.
En cas de licenciement collectif, dans des
entreprises qui font des profits, lorsque la valorisation boursière semblera en
être la motivation réelle, et non de réelles difficultés économiques,
l’inspection du travail devrait pouvoir en suspendre l’exécution jusqu’à la
décision du juge.
Après
avoir flexibilisé le coût du travail, les politiques libérales de l’emploi se
sont attaquées aux régimes d’indemnisation chômage, suspectés d’entretenir
l’assistanat et la paresse des chômeurs ! Elles s’attèlent désormais au
démantèlement du code du travail.
Il faut
en finir avec la culpabilisation des chômeurs, prétexte des réformes libérales
du système de revenus de remplacement ayant pour effet de réduire la durée et
le montant de l’indemnisation du chômage. Rappelons que ce que reçoit un
chômeur n’est pas une aumône mais un dû : il a cotisé pour cela.
De la
même façon, un travailleur pauvre ne doit pas recevoir un subside de l’Etat,
pour pallier son salaire trop bas : c’est le salaire qui doit lui
permettre de vivre décemment. De ce point de vue, la philosophie de la prime
pour l’emploi, créée pour « inciter » les chômeurs à accepter les
emplois « peu qualifiés » tout en dédouanant les entreprises
d’augmenter les salaires – c’est l’Etat qui paie les compléments de
salaires- est hautement
dangereuse. Elle est l’embryon d’un « impôt négatif » octroyé dans le
cadre des politiques de discrimination positive en direction des travailleurs
pauvres, sommés d’accepter les conditions du marché. La PPE, applaudie par
la droite, n’apporte aucun supplément de revenu aux exclus et laisse entendre
que les chômeurs refusent des emplois que les entreprises, sous emprise de la
finance, sont incapables de créer. Tout
comme la sécurité sociale repose en principe sur la prise en charge maximale de
la maladie dans le régime d’assurance obligatoire, la véritable « sécurité
sociale professionnelle » doit avoir pour socle la garantie de percevoir
des indemnités chômage sans contre partie en cas de perte d’emploi. Celles-ci
doivent être revalorisées, la durée d’indemnisation du chômage, réduite par la
droite, allongée. Il faut également revaloriser les minima sociaux.
Il y a
en réalité cinq millions de chômeurs et de précaires en France victimes de
l’incapacité du néo-libéralisme à assurer le plein-emploi. Parmi cette
« armée de réserve » 300 000 chômeurs sont susceptibles d’être
affectés sur les emplois vacants existants, grâce des mesures permettant le
développement d’un véritable service public et national pour l’emploi. Il est
possible d’améliorer le droit à la formation et de promouvoir mobilité choisie
et transférabilité des droits sociaux. Ceci nécessite, à tout le moins, un fort
niveau de dépenses publiques pour l’emploi. Pour autant, une bonne
« sécurité sociale professionnelle » ne suffira pas au rétablissement
du plein-emploi, qui suppose la création de plus de deux millions d’emplois !
La référence à la « flexi-sécurité » danoise ne doit pas être le
cache-sexe du démantèlement du CDI en étant en réalité la mise en œuvre d’une
flexibilité sans sécurité. En effet au Danemark la flexibilité à pour contre
partie la garantie de 80% du salaire des licenciés pendant quatre ans sans
dégressivité des indemnisés, en toute logique cela entraîne un niveau
d’imposition très élevé. Les chômeurs sont les victimes de la panne
d’investissement des entreprises actionnariales. Il faut mettre un terme au
débat sur le soi-disant impératif d’adaptation du droit du travail, prélude du dé
tricotage du code du travail, amorcé par la droite avec le contrat
« nouvelle embauche ». Ce contrat – qui vise, dans un premier
temps près de 5 millions de salariés potentiels - est une « zone de non
droit » qui permet à un employeur de « mettre dehors » sans
formalité, sans procédure, sans motif, et sans recours tout salarié pendant une
période de deux ans… Le scandale
est encore aggravé dans les entreprises de moins de cinq salariés avec les
« chèques emploi service » qui échappent à tout droit du travail.
Il faut redonner à la législation du travail
sa véritable finalité : la protection des travailleurs face à l’arbitraire
patronal. Primauté absolue du contrat à durée indéterminée, protections
nouvelles contre les licenciements, etc. Autant de droits à reconquérir sur les
décombres des « réformes » opérées par la droite. Privilégier le CDI
ne signifie pas réclamer une fusion du CDI et du CDD qui serait synonyme
d’« assouplissement » du CDI. Mais il faut également revenir sur des
mesures ayant incité au développement de l’emploi précaire, telles que les
exonérations de cotisations sociales en faveur du temps partiel. Le temps
partiel concerne désormais 16 % de la population active, et représente pour 60
% du temps partiel subi. La mesure la plus efficace pour réduire l’emploi
précaire est de toute évidence la fixation d’un quota d’emplois précaire dans
chaque entreprise, par exemple fixé à 5% de l’emploi total dans les entreprises
de plus de vingt salariés, sauf dérogation préalable dans des circonstances
exceptionnelles. Enfin, il faut renforcer le contrôle de l’inspection du
travail, en particulier dans le cas de licenciements boursiers.
Pour assurer la protection du salariat, il
faut redéfinir les champs respectifs de la loi et du contrat. La dispersion et
la division syndicale, ainsi que les difficultés à assumer pleinement le rôle
de représentant syndical expliquent l’absence de toute expression organisée
dans la plupart des entreprises. Cela rend nécessaire de mieux protéger et de
renforcer les droits syndicaux et des institutions représentativités du
personnel..
Pour cela, il faut la primauté de l’action
législative. Il n’y a de droit à un délégué syndical, à un comité d’entreprise, à un CHST, que
dans les entreprises de plus de 50 salariés : ce seuil devrait être
abaissé à 20 salariés. De même
lorsque le patronat refuse de négocier il faut que ce soit le législateur qui
défende l’ordre public social.
Il faut autant de loi que nécessaire et
autant de contrat que possible.
Néanmoins dans l’état actuel du rapport de forces social la loi offre une
meilleure garantie que le contrat.
Instaurer de nouveaux droits syndicaux pour une véritable
démocratie sociale
La démocratie ne peut s’arrêter au seuil de
l’entreprise, nous devons avoir une véritable exigence en matière de démocratie
sociale.
La réalité du terrain, dans les entreprises, pousse à reposer la
question des règles de représentativité syndicales modifiées, qui était dans
notre programme en 1996-97 et que l’on n'a pas concrétisée...
On voulait permettre à tous les syndicats réellement existants sur
le terrain, au niveau de l'entreprise et de la branche, d'agir sur la base
d’une règle majoritaire pour la signature d'accords de façon à ne laisser une
minorité signer des accords s’imposant à une majorité de salariés pour cela un certain nombre de mesures
doivent être prises :
1°) Une nouvelle représentativité des syndicats : cela impose de nouveaux
critères de représentativité, à partir des résultats obtenus lors des élections
professionnelles, prud'homales, ou aux caisses de protection sociale. Le nombre
de syndicats disposant de la "présomption irréfragable de
représentativité" doit être élargi au plan national. Nous ne pouvons en
rester aux critères de 1945 et de 1966. Le mouvement syndical a évolué.
2°) Le principe d'accords majoritaires : le nombre plus élevé de
syndicats qui en résultera, ne peut pourtant être l'occasion d'un éclatement
des règles : la signature d'un seul syndicat "minoritaire" ne saurait
engager des accords applicables aux salariés. Il faut donc mettre comme
condition à la validité d'un accord, le fait qu'il soit signé par des syndicats
qui représentent clairement une majorité de salariés de la branche ou de
l'entreprise concernée. C'est le principe des "accords majoritaires"
: ils poussent à la responsabilité et à l'unité syndicale, sont plus
démocratiques, alors que la signature "minoritaire" pousserait plutôt
à la division et à la surenchère.
3°) Un financement public des syndicats transparent et
démocratique.
Sans en aucune façon suppléer ni nuire à la collecte des cotisations et aux
adhésions individuelles, des fonds publics doivent abonder les caisses des
syndicats à chaque niveau, local, fédéral, confédéral selon le nombre de voix
reçues dans les élections professionnelles. Il s'agit surtout de permettre aux
syndicats d'exercer leurs missions d'information, d'éducation et à leurs
instances de se développer, en moyens et en cadres. Notamment lors des
élections comme celles des prud'hommes ou à la sécurité sociale (ce serait le
meilleur moyen de renouer le lien vivant, éducatif, responsable, entre les
assurés et leurs caisses de santé).
4°) Faciliter les élections professionnelles : pour mieux développer la
représentativité et l'intérêt des salariés envers leurs organisations
syndicales, les élections professionnelles seraient organisées par branche le
même jour. Le jour fixé tous les cinq ans pour le scrutin prud’homal et les
élections à la sécurité sociale sera chômé pour permettre à tous de voter.
5°) Pour recréer un nouveau paritarisme sur des bases
démocratiques,
il y a aura des élections à toutes les caisses de protection sociale, sur le principe "un homme,
une voix", avec des collèges proportionnels, tous les "ayant droits"
exerçant librement leur choix et désignant leurs représentants pour gérer les
différentes caisses. Ce sera l'occasion de vraies campagnes syndicales
éducatives et de choix sur les grandes orientations de santé, pour une vraie
gestion par les partenaires sociaux, en navette avec le Parlement. Il y a là
tout un champ de démocratie sociale à ouvrir.
6°) Avis conforme du CE et des DP : notre parti se l'était proposé,
mais nous ne l'avons pas mis en oeuvre : il y a un champ nouveau à développer
de contrôle de la gestion des entreprises en augmentant les droits des comités
d'entreprise et des délégués du personnel. Jusqu'à présent, ils sont purement
consultatifs, sauf sur cinq petites questions, où il existe un "avis conforme"
: l'employeur doit recueillir l'approbation du CE pour mettre en oeuvre
certaines mesures (par exemple, pour modifier des horaires variables ou changer
de centre de médecine du travail). Il s'agit non seulement d'une obligation de
consulter, mais une obligation de résultat : l'accord est nécessaire avec les
salariés pour avancer. . Nous avions envisagé avec les organisations syndicales
de développer les sujets sur lesquels l'avis conforme deviendrait nécessaire :
par exemple sur la question des heures supplémentaires.
Ainsi peu à peu des droits nouveaux pour les comités d'entreprise,
les délégués du personnel, des CHSCT... pourraient se développer thème par
thème, ouvrant un champ considérable à la démocratie sociale dans les
entreprises.
2. Pour l’égalité
Les tenants du social libéralisme nous
proposent de faire de « l’égalité des chances » l’emblème de notre
identité. Ce virage n’est pas sans ambiguïté. Dans les théories libérales de la
justice, le principe « d’équité » conduit à remplacer très précisément
l’égalité par « l’égalité des chances ». Il revient à appliquer la
« discrimination positive » en direction des pauvres dans un monde où
les inégalités, au nom de l’efficacité économique, sont considérées comme
nécessaires. Dans cette société, une part grandissante des biens collectifs
(santé, éduction, transports, énergie, communication…) doit être payante. La
discrimination positive est alors érigée en béquille d’une compétition
engendrant inévitablement des gagnants et des perdants. C’est ainsi que les
promoteurs de « l’égalité des chances » déclarent vouloir rompre avec
« l’égalitarisme » propre à notre modèle social.
Ce changement de philosophie, quant aux
objectifs de la redistribution, revendiqué Outre Manche par le New Labour
britannique, mérite pour le moins débat ! Il y a peu la réputation de
notre modèle social dépassait largement les frontières européennes : nos
élites expliquaient que nous avions le meilleur système de sécurité sociale et
de santé du monde, le système éducatif le moins inégalitaire, le système de
transport le plus sûr, le meilleur maillage postal et téléphonique possible du
territoire, une production et une distribution de l’énergie performante et
accessible à tous… Notre modèle social, l’Etat social, a malheureusement été
peu à peu détricoté et implicitement mis en conformité avec quelques principes
de libéralisme anglo-saxon. Pour les socialistes, l’objectif de la
redistribution doit rester la correction des inégalités de revenus, pour
assurer au mieux le principe « à chacun selon son travail ». Elle
doit aussi permettre d’approcher le principe « à chacun selon ses
besoins » en permettant l’accès de tous à une liste de biens publics
essentiels selon le principe de la gratuité ou du moindre prix. Une telle égalité
d’accès doit être assortie d’un financement par l’impôt progressif, mettant les
individus à contribution selon leurs capacités contributives.
En
matière fiscale des choix sérieux s’imposent, de même qu’une autre réforme des
retraites et de l’assurance maladie.
Il faut revenir sur les réformes libérales
de l’ISF et des droits de succession. Une mise à plat de toutes les niches
fiscales est nécessaire et la lutte contre la fraude fiscale (de 15 à 20% du
montant du budget de l’Etat) sera développée.
Il faut
proposer l’accroissement de la part de l’impôt sur le revenu dans les recettes
fiscales au détriment des impôts indirects. Ceci passe par une extension de
l’assiette et une redéfinition du barème afin de rendre à l’impôt sur le revenu
sa fonction centrale de redistribution. Seule la moitié des foyers payent
aujourd’hui l’impôt sur le revenu qui ne rapporte que 17 % des recettes
fiscales. Une extension de l’assiette avec des taux bas pour les bas revenus et
un nombre de tranches plus important accroîtrait la redistributivité et le
rendement de l’impôt. Il permettrait de réduire la part de la TVA, impôt
injuste parce qu’il frappe au même taux riches et pauvres et représentant près
de la moitié des recettes fiscales. On pourrait alors réduire la TVA sur un
nombre accru de produits de première nécessité. Au total, le pouvoir d’achat
des ménages à bas revenus serait amélioré, grâce à la baisse des impôts
indirects et malgré leur contribution à l’impôt sur le revenu. L’élargissement
de l’assiette de l’impôt sur le revenu est au demeurant primordial pour
matérialiser la participation du citoyen à la chose publique et à la solidarité
nationale. Après avoir été le bouc émissaire des réformes libérales, la
réhabilitation et la réforme de l’impôt sur le revenu sont nécessaires pour
doter la puissance publique des ressources nécessaires à ses missions, ces
ressources étant prélevées selon le principe de la capacité contributive de
chaque citoyen.
La
réforme fiscale peut aussi moduler l’impôt sur les sociétés afin de stimuler
l’emploi dans les PME.
La
fiscalité locale, particulièrement injuste, doit être reconsidérée afin
d’introduire de la justice fiscale par le biais de la redistributivité et dans
le but de promouvoir la solidarité entre les régions. Il faut pour cela
envisager d’intégrer la fiscalité locale dans l’impôt sur le revenu, puis en
proposant une péréquation entre les collectivités locales et territoriales dans le cadre de la solidarité nationale.
Rendre
effectif le droit au logement.
Le droit
au logement est reconnu comme un droit social depuis 1946, confirmé en 1948
dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ce droit a été réaffirmé
par la loi Besson du 31 mai 1990 dont l'article premier stipule que :
"garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour
l'ensemble de la nation". La loi SRU entrée en vigueur en 2000 (article
55), en instaurant l'obligation aux communes de disposer au moins de 20% de
logements sociaux, confirme le devoir de solidarité tout en recommandant de rechercher
la mixité sociale.
Aujourd'hui
la nouvelle crise de pénurie aiguë de logements entraînant des hausses de prix
massives tant dans le secteur de l'accession que dans celui de la location,
rend la recherche de la satisfaction de ce droit virtuelle. Les ménages
modestes, mais aussi de plus en plus les ménages aux revenus moyens, ont de
plus en plus de difficultés à trouver à se loger à des prix abordables.
Dans ce
contexte les besoins en logements sociaux restent élevés, la demande sur l'ensemble
du pays est estimée à plus de 1 million de logements (à comparer aux 4 217 000
logements sociaux répertoriés au 1er janvier 2003). Pourtant la production de
logements sociaux est en baisse, alors que l'on a construit 89 000 logements
sociaux en 1994, on n'en a construit que 43 000 par an en 1999 (à comparer aux
140 000 logements sociaux livrés pour la seule année 1971).
De plus,
compte tenu de la montée des difficultés sociales et de la précarité, le
« mal logement » a considérablement augmenté chez les plus
pauvres qui sont astreints aux
solutions provisoires qui les éloignent davantage d’un accès à l’emploi. Et les
expulsions augmentent également, malgré les mesures de prévention mises en
place à l’origine par la gauche.
Il
est enfin admis que l’effort de la
collectivité publique en faveur du logement a globalement
baissé au regard des besoins (En 2003 et en 2004 l’Etat a davantage prélevé sur
le logement qu’il n’a redistribué !) ; et la redistribution a été
favorable aux ménages moyens et aisés grâce aux aides fiscales consenties.
Il est
clair que le logement constitue un secteur stratégique pour l’égalité et qu’on
ne saurait se contenter en la matière de faux semblants ou de mesures d’appels
à la bonté, tout en faisant de l’immobilier et du foncier un champ d’action
privilégié des fonds de pensions et des caisses de retraite. Il faut une
politique alternative.
Celle-ci
doit reposer sur 4 axes :
1-
Rendre le
droit au logement opposable et établir concrètement les conditions de sa mise
en œuvre, comme cela a été fait dans avec succès dans quelques régions
européennes, et pour cela :
· Créer une obligation de résultat
juridiquement opposable
· Décentraliser la mise en œuvre du droit au
logement
· Augmenter significativement une offre
sociale diversifiée, y compris en direction
des plus pauvres et des précaires
· Sécuriser les mécanismes juridiques, financiers
et sociaux de l’accès au logement
2-
Renforcer les
mesures relatives à la prévention des expulsions, conformément aux propositions
du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées
3-
Revoir le
financement du logement en
redistribuant les aides fiscales consenties aux propriétaires bailleurs et aux
propriétaires occupants dans le sens d’une meilleure redistribution et d’un
effort consenti vers les produits les plus sociaux, en améliorant la part des
aides à la pierre dans le locatif
et en améliorant le pouvoir solvabilisateur des aides à la personne, en
relation avec les augmentations justifiées de loyers et de charges
4-
Mener une
politique foncière orientée vers la facilité de réalisation de logements
sociaux et de mixité sociale. Pour cela, il ne suffit pas de se doter d’outils
indispensables comme les Etablissements Publics Fonciers Régionaux. Il faut
également les doter d’une force de frappe juridique (dans les PLH et les PLU)
et surtout financière, grâce à l’affectation des produits d’une fiscalité foncière davantage
orientée sur la taxation des plus values. Ceci reste à faire.
Le droit
effectif au logement opposable et la satisfaction des énormes besoins actuels,
dans des contextes urbains favorables pour ne pas recommencer des erreurs
passées, doivent être une priorité des socialistes
Bref, de
la volonté pour contrer la logique inégalitaire du marché, avec un objectif :
un logement décent pour tous !
Prendre
en compte les évolutions de la société.
Les
résultats de la recherche scientifique, les nouvelles technologies,
l’aspiration à de nouveaux modes de vie font bouger le cadre socio culturel
dans lequel nous évoluons. Il est de notre devoir de socialistes de prendre à
bras le corps ces nouvelles réalités, favoriser le débat démocratique
indispensable afin de donner le cadre juridique adapté à ces évolutions. Pour
cela la représentation parlementaire doit aborder ces questions sans tabous.
Des décisions sur la bioéthique, l’euthanasie, le mariage homosexuel et
l’homo-parentalité par exemple ont été trop longtemps ajournées. Ils
constituent des causes de souffrance et à ce titre ne peuvent être ignorées
plus longtemps.
3. POUR Les
services publics
Outre
l’augmentation des salaires et la redistribution, l’accès gratuit ou au moindre
prix à une liste de biens publics essentiels est une condition de l’égalité.
Ce qui
fait la nécessité d’une action publique en la matière ne relève pas d’un
quelconque attachement dogmatique au contrôle de l’Etat sur l’économie, mais
renvoie à la définition de domaines spécifiques où le client doit s’effacer
devant le citoyen : cohésion sociale, aménagement du territoire,
transports, santé, éducation, eau, énergie, etc… L’arrêt du démantèlement des
services publics est plus que jamais d’actualité si l’on songe aux défis
auxquels sont confrontés les européens (exclusion sociale, dislocation des
territoires, développement et démocratisation des avancées technologiques...).
Outre l’arrêt du processus de privatisation et de filialisation en cours des
services publics concernés (EDF-GDF, France Telecom, La Poste, la SNCF…) et
leur recapitalisation par la puissance publique, la nationalisation du bien
vital qu’est l’eau doit être envisagée.
Le modèle libéral revient à confier la
gestion des missions « d’intérêt général » a des entreprises
« ouvertes à la concurrence ». Il s’avère particulièrement inefficace
pour développer ces activités qui sont pour la plupart des activités de réseau.
Le marché est incapable spontanément de développer ces activités parce que
l’installation et l’entretien du réseau est caractérisé par des coûts fixes
importants. Une fois installées, ces activités occasionnent des
« rendements croissants » : cela coûte de moins en moins cher,
si ce n’est rien du tout, d’en faire bénéficier un usager supplémentaire, au
point que l’accès gratuit ou au moindre prix soit rendu possible. Cependant,
une telle tarification au moindre prix, compatible avec une mission
« d’intérêt général », ne permet pas à l’entreprise de dégager du
profit, compte tenu de l’importance des coûts fixes de gestion et d’entretien
du réseau. Parce que les pertes encourues sont consubstantielles à toute
activité de réseau assurant une mission de service public, il est donc
indispensable que l’Etat puisse compenser celles-ci, voire en prendre lui-même
en charge la production par le biais de la politique industrielle et de la
constitution de vastes secteurs publics.
Malheureusement, le principe de la
« concurrence libre et non faussée », sous-jacent aux directives sur
l’ouverture à la concurrence, l’interdit. Le modèle libéral de Services
d’intérêt économiques généraux
promeut aujourd’hui des entreprises soumises à la concurrence et ne pouvant à
ce titre bénéficier d’aucune aide publique. Des entreprises s’orientant vers ce
schéma telles que France Télécom, EDF, GDF, la SNCF et la Poste sont par
conséquent conduites à pratiquer une sur-tarification ou à renâcler sur la
qualité des prestations, fermer les gares et les bureaux de poste. Interdites
de subventions et de dotations publiques en capital, elles finissent
« ouvrir leur capital » à des actionnaires privés. La rentabilité
financière réclamée par ces derniers est alors difficilement compatible avec
les prestations au moindre prix, synonyme de pertes…
La parade des libéraux à ce paradoxe des
pertes en rendements croissants est parfois de concéder la gestion des
infrastructures à l’Etat en réservant l’exploitation du réseau aux entreprises
« ouvertes à la concurrence ». Cette stratégie, autorisée par les
directives européennes, revient à socialiser les pertes et privatiser les
profits tout en générant des défauts de coordination entre opérateurs et
entreprises chargées de l’entretien du réseau. Les entités publiques chargées
de l’entretien des infrastructures restent malgré tout tributaires des pénuries
budgétaires, organisées par les politiques de réduction des dépenses publiques.
En France, les entreprises publiques assurant l’entretien des réseaux, tels
RFF, sont victimes de leur autonomie budgétaire, organisée dans le cadre même
de la filialisation des entreprises publiques, c’est-à-dire de l’ouverture à la
concurrence de chaque type d’activité que l’on aura « saucissonné »
pour interdire que les bénéfices des unes ne financent les pertes des autres et
ne viennent « fausser la concurrence ». Elles finiront par
« ouvrir leur capital ».
Il faut lancer un débat en Europe pour faire
émerger des consortiums publics européens dans ces secteurs ayant pour vocation
d’assurer des missions de service public. Il faut pour cela rediscuter de la
notion de SIEG.
Enfin,
parce que l’exigence de lien social rend indispensable la réhabilitation des
services publics, un terme doit être mis aux destructions d’emplois publics
transitant par le non remplacement des départs en retraite et l’arrêt des
créations de postes. Il faut maintenant préférer la relance de l’emploi
public, offrant
perspectives de carrières et de qualification aux emplois aidés, précaires et
sources de nombreux effets pervers.
4. Pour
l’éducation
L’ambition pour l’école
claironnée par Jacques Chirac, en particulier dans le domaine de la réduction
des inégalités scolaires, s’est vite révélée n’être qu’une recherche frénétique
d’économie de moyens, affaiblissant chaque fois un peu plus le service public
d’éducation. Trois ministres de l’éducation nationale se sont succédés en trois
ans, montrant le peu d’intérêt de la droite à chercher des solutions sérieuses
et durables pour dégripper notre système éducatif et lui permettre d’améliorer
ses performances en matière de réussite des élèves. Le « grand débat
national sur l’école », qui a duré un an et mis à jour une série de pistes
intéressantes de mesures, n’a pas trouvé d’autre débouché qu’une loi
d’orientation creuse, réduite, elle aussi, à une recherche d’économie de
moyens.
Il ne faut pourtant pas
voir dans cette incapacité à promouvoir une école de la connaissance, des savoirs
et de la réussite pour tous, une absence de projet ou une simple cécité
gestionnaire ou comptable. À travers la baisse constante et sensible des
moyens matériels et humains de l’Education Nationale, la droite poursuit un
projet qu’on retrouve explicitement inscrit dans tous les programmes libéraux. Il consiste à organiser
une éducation à plusieurs étages. Le premier, ouvert à tous, correspondant à la
période de l’école obligatoire (jusqu’à 16 ans), poursuivrait l’objectif de
transmettre un socle commun minimum de connaissances, de savoir faire et de
savoir vivre à tous les jeunes. Les suivants organiseraient l’écrémage, à travers les différentes
voies du lycée -générale, technologique et professionnelle- et de l’Université.
La base de mérite en serait sans doute maintenue, mais toute la politique
d’économies menée fragilise ou remet en cause les moyens accordés aux
dispositifs et tentatives de réduire l’échec et les inégalités scolaires et
universitaires. La
droite veut laisser jouer librement les facteurs de prédétermination
sociaux liés aux origines, aux moyens financiers des familles et à leur
localisation territoriale. Elle entend, d’une part, renforcer tout ce qui
aggrave les inégalités de départ (y compris à travers l’autonomie financière
croissante des lycées et des universités), et, d’autre part, livrer autant que
possible l’enseignement et la formation professionnels aux entreprises.
Cette
volonté politique rencontre celle du
MEDEF qui veut promouvoir la « gestion par les compétences »,
repérables et évaluables, selon l’organisation patronale, surtout dans les
entreprises et sur les lieux de travail. Pour les grandes entreprises, il
s’agit d’établir un système de valeurs permettant de monnayer la force de
travail, concurrent des qualifications construites par l’Education Nationale et
d’autres services de l’Etat, qui sont certifiés par des diplômes nationaux.
Ceci va de pair évidemment avec la remise en cause des conventions collectives
et des niveaux de salaires afférents à telle ou telle qualification, conquis
par le mouvement ouvrier. Parallèlement, ce système permet de développer un
grand marché des compétences,
sur lequel des officines privées de toutes sortes et surtout des entreprises de
formation, filiales de groupes de communication, d’édition ou de
multinationales industrielles et financières, proposeront des formations à
telle ou telle compétence professionnelle. La marchandisation de l’éducation
passe essentiellement par ce biais, à l’extérieur du système éducatif, en concurrence avec lui, par l’offre
croissante de formation à des compétences étroites, que le progrès des sciences
et des techniques rend vite inadaptées, et qu’il faut donc renouveler, en
achetant sur le marché de nouvelles formations aux nouvelles compétences
exigibles par les entreprises.
Les
fronts de la bataille progressiste pour l’éducation du 21e siècle.
Notre conception républicaine, universelle
et de service public de l’école doit être fermement défendue face au rouleau
compresseur du marché. Pour cela, il nous faut renforcer, développer ses
missions fondamentales d’égalité, d’ascension et d’émancipation sociales, ainsi
que les qualifications construites dans notre système éducatif. Pour les
socialistes, l’école doit d’abord permettre aux jeunes de s’humaniser, c’est-à-dire
d’accéder aux outils du travail de construction sociale : aux lettres, à
l’histoire et à la géographie, aux mathématiques et aux sciences
expérimentales, aux langues et à la technologie. Elle doit éduquer le citoyen
du 21e siècle comme une personne consciente de ses droits et de ses
devoirs en République, introduite au droit social et aux combats d’émancipation
qui l’ont construit, ouverte aux nouvelles dimensions de l’écologie et du
développement solidaire et durable. Elle doit enfin former le futur travailleur,
le qualifier pour un
métier ou un champ de métiers, le professionnaliser de façon durable. Ce qui signifie qu’il faut lui donner les
savoirs fondamentaux et transversaux, et les qualifications professionnelles
larges, qui lui permettront de se requalifier tout au long de la vie, parce que
le rythme des innovations technologiques contraindra de plus en plus les
nouvelles générations à embrasser différents métiers et de multiples emplois.
Dans cette logique il est nécessaire de bien mieux former nos jeunes
générations à la connaissance des langues étrangères, domaine dans lequel la
France a pris un retard dommageable notamment vis-à-vis de nos partenaires
européens. Un objectif réalisable est de former des générations de bilingues. Une telle ambition – qui ne peut
signifier la seule dictature de l’anglais – est indispensable pour que
l’école prépare convenablement les générations futures. Cela passe par repenser
les méthodes et les moyens de l’enseignement des langues.
C’est au
regard de ces enjeux et de cette bataille fondamentale entre les forces qui
mènent à la marchandisation de l’éducation et celles qui veulent une école
républicaine et de service public, que la gauche doit penser un nouveau projet
pour l’école. C’est la condition pour replacer celle-ci au centre de la
construction de l’égalité sociale.
Relancer
l’ascenseur social.
Le
diagnostic sur l’état de notre système éducatif commence à être connu. Il est
formé par de multiples études de sociologues, d’instituts de recherche, de
rapports d’experts et d’études comparatives des systèmes éducatifs en Europe et
dans le monde. Ces rapports convergent pour mettre en évidence un constat
fondamental d’où il faut partir. L’accès à l’éducation, non seulement primaire
et secondaire, mais y compris supérieure, s’est massifié. Toute une classe
d’âge accède aux savoirs fondamentaux du collège. On la retrouve ensuite
inégalement répartie dans les trois voies d’enseignement secondaire des
lycées : les voies générale, technologique et professionnelle. 62% des
jeunes d’une même classe d’âge deviennent bacheliers ; la moitié de ces
bacheliers ont obtenu un baccalauréat technologique ou professionnel. La
poursuite d’études universitaires courtes ou longues s’est également massifiée.
Mais les enfants issus des couches sociales défavorisées ont le plus grand
mal à tirer leur épingle du jeu.
Ils sont mis en échec dès le collège (les études montrent que les inégalités de
trajectoires ultérieures sont même très largement jouées avant l’entrée au
collège !). Six ans après leur entrée au collège, un quart de ces enfants
ont déjà quitté le système éducatif contre un dixième pour l’ensemble des
jeunes. Au collège, leurs talents et leurs mérites sont peu reconnus, souvent
brimés et dévalorisés. Ils sont orientés contre leur gré. On les retrouve
massivement dans la voie professionnelle ; seulement un tiers accède à la
voie générale et technologique, et, dans ce cas, ils sont surreprésentés parmi
les redoublants et au sein des formations technologiques. Dans les filières professionnelles,
ils sont seulement 1 sur 3 à accéder au baccalauréat professionnel, alors que 9
lycéens sur 10 accèdent au bac dans les filières générales et technologiques.
Ils n’ont pas accès à l’information sur les parcours scolaires et les métiers
auxquels ils pourraient se préparer. La plupart de ceux d’entre eux qui
accèdent à l’enseignement supérieur sont rapidement éliminés. Ils forment les
cohortes des sorties sans qualification du système éducatif, ou, munis d’un
diplôme sans formation professionnelle qualifiante, ils deviennent les laissés
pour compte de l’emploi. Enfin, face à une précarisation de leur condition, les
jeunes doivent avoir recours aux petits boulots précaires, bien souvent
incompatibles avec une poursuite d’étude sérieuse. Le système d’aide social
est, de fait, inadapté et incohérent, il n’a pas pris en compte la
massification de l’accès à l’éducation.
En
d’autres termes, la massification de l’accès à l’éducation est loin d’avoir
progressé de pair avec la démocratisation des parcours éducatifs et de l’accès
aux qualifications. C’est à
ce chantier de la démocratisation qu’un projet de gauche pour l’école doit
répondre. Il s’agit de repérer les raisons, les facteurs, les moments de
l’élimination ou de la ghettoïsation des jeunes issus des couches populaires,
pour élaborer les solutions et les moyens, autant qualitatifs que quantitatifs,
qui permettraient de corriger ces déficits de démocratie scolaire.
Assurer l’apprentissage de
la langue et des savoirs de base à l’école primaire. Valoriser toutes les
intelligences au collège. Leur permettre de s’épanouir, pour construire avec
chaque collégien un choix d’orientation positif. Faire en sorte que tous les
élèves trouvent du sens aux activités scolaires (les études montrent que la
culture scolaire, très proche de celle des classes privilégiées, a peu de sens
pour les jeunes des milieux défavorisés, ce qui les amènent à s’en détourner).
Reconnaître dans les faits et dans les droits aux formations professionnelles
et technologiques la même dignité et une importance équivalente à celles de la
voie générale. Fluidifier les parcours dans la voie professionnelle pour
atteindre le baccalauréat dans les mêmes proportions que dans les autres voies.
Construire les passerelles les plus efficaces entre les différentes filières
d’enseignement pour permettre aux jeunes de se réorienter, de reprendre ou de
poursuivre les études correspondant à leurs capacités et à leurs choix. Assurer
une fin d’étude professionnalisante et qualifiante à tous les niveaux de sorties
du système éducatif. Donner à chacun, le droit de poursuivre les études de son
choix. Offrir un service public de formation continue et de validation des
acquis de l’expérience. Tels sont les chantiers de la transformation nécessaire
de notre système éducatif pour avancer vers l’égalité et la réussite de tous.
Ils peuvent être
organisés autour de 6 priorités éducatives :
-1. Une qualification pour chaque
jeune !
Il faut inscrire comme une finalité
prioritaire l’objectif de 100% de jeunes qualifiés à la sortie de notre système
éducatif (et non seulement de 100% ayant obtenu un diplôme, c’est-à-dire au
moins le brevet des collèges). Depuis 10 ans, 160 000 jeunes quittent le
système éducatif sans ni un CAP, ni un BEP, ni un baccalauréat ; les deux
tiers d’entre eux sont des enfants d’ouvriers, de personnels de service ou
d’inactifs. Parmi eux 60 000 ont un brevet des collèges en poche, mais leurs
difficultés d’insertion professionnelle restent très sensiblement identiques à
celles des 100 000 autres. Ces jeunes sont ceux qui bénéficient le moins de
l’effort de formation de la Nation pour sa jeunesse. Ils auront aussi le plus
de mal à s’insérer dans le milieu du travail et à accéder ensuite à la
formation continue des adultes. Mais cet objectif vaut aussi pour les
100 000 jeunes qui sortent avec seulement un bac général et pour les
milliers d’autres qui échouent dans le premier cycle universitaire ou qui
n’obtiennent guère plus qu’un diplôme universitaire sans qualification
professionnelle. Les études du CEREQ (centre d’études et de recherche sur les
qualifications), portant sur le devenir professionnel de plusieurs générations,
ont montré que la facilité de leur insertion dans l’emploi dépendait
directement du niveau d’étude et du diplôme atteints à la sortie, mais aussi
de façon déterminante de la nature qualifiante ou pas du diplôme obtenu. La République doit s’engager à garantir à
tous ces jeunes une période de formation professionnalisante, débouchant sur un
diplôme donnant accès à un métier ou une famille de métiers, avant leur sortie
du système éducatif.
-2. Casser les ghettos
scolaires.
Il existe aujourd’hui un
trop grand nombre d’établissements ghettos (écoles, collèges et lycées) qui
condamnent les jeunes qui s’y trouvent confinés et sont une véritable honte
pour notre système républicain d’enseignement. Il faut en finir avec ces zones
de non droits, dues autant à l’abandon de l’institution qu’au climat qu’y font
régner des bandes ou certains élèves. Tous les moyens internes et externes à
l’institution scolaire doivent être mobilisés dans ce but. Les cartes et les
secteurs scolaires doivent être revus dans le but d’assurer une véritable
mixité sociale. L’outil de la ZEP doit être actualisé pour concentrer les
moyens là où se trouvent les urgences véritables, ce qui implique une
simplification des dispositifs, une revivification des projets de zone, une
redéfinition de la carte et un accompagnement des personnels. Sur cette
base, les moyens donnés aux établissements classés en ZEP doivent être très significativement
augmentés.
-3. Faire connaître,
décloisonner, valoriser les lycées professionnels et technologiques.
Les idées de « lycées
parkings » ou de l’échec attachés aux lycées professionnels est un préjugé
aussi généralement faux que tenace, d’autant qu’il est porté par le reste de la
communauté scolaire. Faire connaître ces lycées auprès des enseignants des
collèges et des parents, valoriser l’excellence de leurs formations et
décloisonner celles-ci à travers la dynamique des « lycées de
métiers »,
et permettre de véritables poursuites d’études, c’est ouvrir une voie de réussite de masse aux jeunes des
milieux défavorisés plus efficace que les stériles compassions des chantres de
la voie générale.
-4. Opérer une révolution pédagogique à
l’université.
Une démocratisation en profondeur de
l’enseignement supérieur passe par une véritable « révolution
pédagogique ». Augmenter les taux d’encadrement en 1er cycle universitaire.
Renforcer le tutorat d’accompagnement des étudiants. Constituer de véritables
équipes pédagogiques. Développer des cursus pluridisciplinaire. Prendre en
compte les activités pédagogiques dans la valorisation de la carrière des
enseignants. Flécher les crédits de ces dispositifs pour éviter la tendance
« naturelle » au tarissement de leurs financements dans le cadre de
« l’autonomie » des universités. Réserver un quota significatif de
places en IUT aux bacheliers technologiques. Ouvrir davantage les portes des
STS et des IUT aux bacheliers professionnels tertiaires et permettre aux
bacs pro industriels d’accéder aux BTS de leur champ professionnel. Augmenter
les flux vers la licence professionnelle pour faciliter l’accès au grade de la
licence des titulaires de BTS et de DUT. Adapter les cursus selon le
principe de la professionnalisation durable : à chaque niveau de sortie,
une qualification reconnue et une possibilité réelle de poursuite d’études. De telles mesures limiteraient sensiblement
l’hémorragie des échecs et des abandons constatés dans le premier cycle. Elles
permettraient à de nombreux jeunes d’accéder à une qualification diplômante,
garante d’une insertion professionnelle réussie. Démocratiser l’université,
c’est aussi encadrer l’autonomie des Universités par un « ordre public
éducatif », en
rétablissant des règles communes en matière de frais d’inscription et de
contrôle des connaissances. C’est enfin renforcer le cadre national des
formations et des diplômes.
-5. Organiser l’environnement éducatif.
Toutes les études montrent l’importance des
activités extra scolaires dans la réussite des jeunes des milieux défavorisés.
La mobilisation des collectivités locales et des élus, des associations péri
éducatives et des parents autour de l’école est une condition de la réussite.
Organiser l’espace éducatif, intégrer l’école dans le territoire et développer
les contrats éducatifs partagés, c’est créer un climat général favorable à
l’institution scolaire et aux jeunes. Les comparaisons internationales montrent
que les pays où l’école tient une place centrale et reconnue sont ceux qui
obtiennent les meilleurs résultats.
-6. Définir un statut pour les jeunes
afin d’assurer leur sécurité sociale.
Alors que les jeunes sont touchés de plein
fouet par les ravages du libéralisme économique et qu’ils sont les premières
victimes de la précarisation croissante dans notre société, les socialistes
doivent porter des propositions qui leur garantissent des conditions de vie et
d’études décentes. Afin d’assurer leur autonomie financière, sociale et
intellectuelle, les jeunes majeurs en formation ou à la recherche d’un emploi
doivent pouvoir bénéficier d’une allocation individualisée qui leur permette de
sortir de la dépendance familiale ou de celle des petits boulots précaires pour
réaliser leur choix d’étude et de formation professionnelle.
Dans un espace européen
qui affiche l’ambition de construire une société de la connaissance, il est
ainsi possible à la fois de relancer le moteur de l’ascenseur social et
d’augmenter l’alimentation et la réussite de l’enseignement supérieur. C’est la
condition pour satisfaire à la fois aux exigences de la justice sociale et aux
besoins du développement économique.
La crise sociale que traverse notre pays se double d’une
crise politique extrêmement profonde, avec des indicateurs lourds : alternance
systématique depuis 20 ans, abstentionnisme massif et récurrent, ancrage
électoral du Front National, crise de la représentation politique. Les
symptômes sont inquiétants, et préparent le terrain à de graves troubles
démocratiques.
L’urgence sociale associée à l’urgence démocratique rend
impérative une réponse forte, durable, réellement capable d’inverser ces
tendances. Il faut donc dès maintenant engager le chantier de l’alternative
démocratique en commençant par le plus simple pour nous, socialistes : la
réforme de notre Parti. Celle-ci sera évoquée comme un élément important de la
stratégie que nous proposons.
Pour le citoyen,
l’alternative démocratique passera par le renforcement de la démocratie
participative et de la démocratie directe, la définition et la mise en place de
nouvelles institutions pour la République, une réflexion féconde sur les médias
et la démocratie.
Le renforcement de la démocratie participative et
de la démocratie directe
Toutes les analyses sociologiques récentes ont
montré que le citoyen, malgré
d’individualisme dominant dont on le gratifie, souhaite s’engager pour la
défense des défavorisés et pour l’aménagement du territoire dans lequel il vit.
Il souhaite aussi être davantage impliqué dans la gestion locale des politiques
publiques. Cela est aussi vrai pour les populations en difficultés sociales.
Nous devons proposer de nouvelles avancées en la matière et réaliser au plus
tôt notre promesse de droit de vote aux immigrés. Ces nouvelles avancées
passent le plus souvent par des initiatives locales que les collectivités
territoriales dirigées par la gauche se doivent de promouvoir et de pousser
toujours plus loin. Disposer de centres de ressources régionaux sur la
démocratie participative serait d’ailleurs utile.
On sait aussi le succès des universités ou des écoles de
la citoyenneté, dont la multiplication devra être encouragée.
Enfin, notre démocratie est aujourd’hui en pleine
mutation. Les niveaux de décision ont rapidement évolué. Le niveau
intercommunal, souvent plus pertinent pour mener de véritables politiques de
développement, a acquis des compétences capitales. Les lois successives de décentralisation,
dont la loi Chevènement, ont institué de nouveaux territoires administrés par
des élus au second degré.
Efficaces politiquement, les intercommunalités
constituent pourtant des zones de non-droit démocratique qui déstabilisent
l’exercice de la démocratie locale : isolement des oppositions municipales,
collusions droite-gauche, absence de contrôle des citoyens,…
L’élection au suffrage universel direct des
conseillers intercommunaux selon des modalités spécifiques différentes entre les
zones urbaines et les zones rurales permettra de remettre en place une vie
démocratique et garantira la transparence du débat politique et donc la
vitalité de l’action militante au niveau local.
Vers la VIe République
Entre une démocratie représentative en danger, une
démocratie d’opinion contrôlée par les médias et les puissances de l’argent et
une démocratie directe sujette à toutes les manipulations et émotions
instantanées, nous souhaitons développer de véritables pratiques de démocratie
délibérative et participative.
Les institutions de la Vème République revues et
corrigées depuis 1958 ne sont plus adaptées : avec le quinquennat, elles nous
plongent dans une présidentialisation qui pervertit la vie des partis
politiques et le débat d’idées. La
Constitution de 1958 ne répond pas aux exigences d’une démocratie moderne et
participative.
Conscients
que la question sociale ne peut se résoudre exclusivement par des changements
institutionnels nous sommes néanmoins convaincus que le moment est venu de
changer de République !
Soyons
clair : cette 6ème république doit avant tout consacrer un régime
parlementaire rénové. Si l’on n’y prend
garde, notre Parti ne sera bientôt plus que l’équivalent d’un parti démocrate à
l’américaine centré sur la désignation d’un candidat à l’élection
présidentielle… Il nous appartient de replacer les enjeux politiques sur le
terrain des débats d’idées et des modèles de société. C’est pourquoi l’élection
législative, celle des représentants du peuple, doit redevenir le rendez-vous
électoral primordial. Plus que jamais, nous sommes favorables à une démocratie
parlementaire renforcée avec un Parlement ayant la maîtrise de son ordre du
jour et un réel pouvoir de contrôle sur l’exécutif. Le principe même de
l’élection du Président de la République au suffrage universel mérite d’être
réexaminé.
Il est possible d’engager un certain nombre
de réformes importantes qui favoriseraient une démocratie parlementaire
renforcée, si l’on veut bien considérer que le pouvoir est mieux exercé
collectivement que par un seul homme et que son partage oblige à la
confrontation des points de vue. Dans cette perspective, nous proposons de
renforcer le pouvoir exécutif du Premier Ministre (nomination des hauts
fonctionnaires…) par rapport à celui du Président de la République qui ne doit
garder que son rôle d’arbitre, de renforcer le pouvoir de contrôle du parlement
sur le pouvoir exécutif, de donner au parlement la maîtrise de son ordre du
jour, d’instaurer le mandat unique pour les parlementaires, de changer le mode
de scrutin de l’Assemblée Nationale, en introduisant la proportionnelle, pour
la rendre plus représentative, et celui du Sénat, pour y permettre l’alternance
politique.
Nos propositions doivent évidemment être conformes aux
changements internes que nous prônons : une limitation du cumul dans le temps à
3 mandats ou à 18 ans consécutifs.
La loi d’initiative citoyenne peut également être le symbole fort d’une
nouvelle conception de la démocratie. Le principe en est simple : toute
proposition de loi ayant recueilli la signature de 500 000 citoyens doit
pouvoir être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale dans les 6
mois qui suivent son dépôt. Si,
au bout de deux ans, la loi n’est pas votée et promulguée ou si le texte voté
ne leur convient pas, les initiateurs peuvent demander que soit organisé un
référendum. Ils doivent pour cela recueillir 800 000 signatures dans 10
régions différentes. Pour pouvoir être soumis à référendum, le texte doit être
conforme à la Déclaration européenne des Droits de l’homme.
Une réforme en profondeur de nos institutions doit
être élaborée démocratiquement. C’est pourquoi nous proposons que la prochaine
Assemblée Nationale fasse des propositions dans ce sens.
Pour une immigration et une
intégration concrète
La
question de l’immigration est au cœur des débats qui traversent notre société.
Les politiques menées dans ce domaine par la droite, face auxquelles la gauche
a rarement su trouver des réponses appropriées, a eu trois conséquences
majeures.
Tout
d’abord la remise en cause systématique des politiques sociales et l’importance
prise par la spéculation immobilière, ont abouti à l’apparition de véritables
ghettos - un « apartheid de fait » - visibles dès aujourd’hui dans
les paysages de nos villes. Dans ce domaine comme dans les autres, c’est bien
le modèle anglo-saxon que le libéralisme souhaite imposer.
Ensuite,
le développement du « tout sécuritaire » - avec dans la plupart des
cas la volonté cyniquement assumée de désigner l’immigré comme bouc émissaire
censé concentrer sur lui les colères suscitées par la misère sociale
qu’engendre le libéralisme économique - ont encouragé d’un côté une montée de
sentiments racistes et xénophobes et de l’autre la tentation du repli
communautaire.
Enfin
le maintien d’une «immigration zéro », sans jamais tenir compte des
réalités, a favorisé de très importants flux de clandestins dans l’ensemble des
pays d’Europe occidentale et notamment en France.
Pour
poser ce débat sur de nouvelles bases, préserver le modèle français laïque
d’intégration tout en dégageant une issue positive à ces questions, les
socialistes doivent avoir le courage de rouvrir, sans tabous, ce dossier.
En
premier lieu en remettant en cause l’illusion d’une fermeture totale de nos
frontières. Deux arguments
majeurs plaident en ce sens. D’abord une telle politique pose des problèmes
humains considérables dans un monde globalisé où les écarts de revenus entre
pays pauvres et pays riches ne cessent de s’accroître encourageant une
importante immigration clandestine effectuée dans des conditions innommables. A
côté de cette première motivation, il serait utile de prendre enfin la juste
mesure des évolutions démographiques de la société française et de leurs
conséquences à moyen terme. L’augmentation continue de l’espérance de vie
combinée au maintien de faibles indices de fécondité, entraînent un important
vieillissement - qui va encore s’aggraver avec l’arrivée de la génération du
« Baby boom » dans la classe d’âge des plus de 65 ans - dont nous
connaissons tous les conséquences tant du point de l’activité que de celui des
retraites ou de la protection sociale.
Dans
une telle situation, la France doit admettre la nécessité d’engager une
nouvelle politique d’immigration maîtrisée. Il n’y a pas d’autres moyens
crédibles pour, à la fois développer une véritable lutte contre l’immigration
clandestine et les réseaux mafieux qu’elle engendre, et en même temps anticiper
sur les conséquences démographiques et sociales du vieillissement de la
population française. Encore convient-il de préciser que cette nouvelle
politique - contrairement à ce que semblent envisager certains courants de la
droite et du MEDEF lorsqu’ils parlent de « quotas » - ne peut en
aucun cas être un simple retour en arrière, à la situation que nous
connaissions avant 1974 quand l’Etat sous-traitait dans les faits au patronat
l’organisation des flux migratoires.
Organiser
une immigration maîtrisée ne peut être envisagé qu’avec des mesures
d’accompagnement social sans lesquelles on ne peut imaginer ni un accueil digne
ni une intégration de ces populations. Ceci revient à aborder le problème de la
situation, dans la société française, des immigrés et des personnes issues de
l’immigration aujourd’hui en bute à la discrimination raciale et souvent
confinés dans une situation d’extrême précarisation.
De
ce point de vue il est certainement temps de passer de l’affirmation
indispensable des principes généraux qui nous animent à leur application
concrète :
- Organiser, par des politiques volontaristes,
la mixité sociale et culturelle dans les villes afin de casser ces ghettos qui
rendent la situation inextricable.
- Proposer des législations renforcées contre
le racisme notamment vis-à-vis des employeurs et des logeurs. De nouveaux
pouvoirs, y compris d’investigation, devraient être donnés en ce sens aux
Chambres prud’homales. De même il faudrait envisager la création – et le
recrutement qui y correspond – d’un corps d’inspecteurs du travail
spécialisé dans la lutte contre ce type de discrimination à l’embauche et sur
les lieux de travail.
- Créer des dispositifs locaux d’accueil et
d’insertion des nouveaux arrivants impliquant non seulement les représentants
de l’Etat et des collectivités locales, mais aussi des syndicats afin d’aborder
les questions du logement, de l’emploi mais aussi, lorsque c’est nécessaire,
d’apprentissage de la langue.
- Favoriser l’intégration par l’école, par
exemple en proposant des systèmes de bourses très avantageuses combinant à la
fois des critères sociaux et de réussite scolaire et donnant accès à des
métiers de la fonction publique notamment dans les domaines de l’éducation, de
la protection sociale et de la santé.
- Imposer la création d’un emploi plein
d’enseignement du Français Langue Etrangère, avec les personnels qualifiés
correspondant, dans tous les établissements du secondaire où le besoin s’en
fait sentir.
- Accorder le droit de vote aux élections
municipales aux immigrés non communautaires, résidant légalement sur le
territoire français depuis 6 ans.
- Enfin il appartient aux socialistes
d’accorder, dans leurs propres rangs, toute leur place aux personnes issues de
l’immigration, tant au niveau des responsabilités dans le parti que parmi les
élus du suffrage universel. Il n’y a pas d’autres moyens pour lutter
efficacement contre un communautarisme qui peut susciter des fractures
dramatiques au sein de nos sociétés.
Engager une réflexion sur les médias et la démocratie
La main mise de groupes industriels multinationaux et de
groupes financiers puissants sur la plupart des médias pose indiscutablement
problème ; on a pu s’en rendre compte à l’occasion de la dernière campagne
référendaire. Aux critiques faites aux grands médias il n’a souvent été opposé
qu’une analyse purement statistique des faits. Cette réponse est un peu courte.
En effet l’équilibre d’expression de la pluralité ne peut se réduire à une
statistique, fut-elle égalitaire, car la dimension qualitative des expositions
médiatiques joue de manière décisive dans la perception que peut en avoir la
population. Cette dernière ne s’y est d’ailleurs pas trompée critiquant assez
sérieusement les médias publics, qui sont encore dans notre pays, vécus comme
des médias sur lesquels l’exigence d’impartialité doit être une règle
inflexible.
On ne peut se satisfaire de cet état de fait dans une
société qui voudrait construire une alternative socialiste. Il est
indispensable de faire émerger des propositions concrètes permettant de
garantir la pluralité réelle et non pas seulement formelle dans les débats de
notre société. Pendant cette campagne des rassemblements de professionnels du
secteur ont vu le jour. Il nous appartiendra de les associer à ce travail de réflexion.
6. Pour
l’écologie et l’environnement
Les réponses aux menaces écologiques
amènent à des changements radicaux de société et à des luttes accrues contre le
néo-libéralisme.
Nul ne peut nier aujourd’hui l’ampleur et
le caractère grave des risques encourus par notre planète, risques globaux dont chaque pays hérite de
sa part en fonction de ses caractéristiques propres :
Epuisement des ressources en eaux douces et
des ressources halieutiques, détérioration du climat avec comme conséquences
une multiplication des catastrophes naturelles, accroissement de la
désertification entraînant une augmentation des famines, disparition de
nombreuses espèces de la faune et de la flore, multiplication de l’usage de
technologies dont les impacts ne sont pas clairement maîtrisés comme les O.G.M.
et le nucléaire,…
On en connaît aussi les causes : une allocation des ressources
inadaptée et ne prenant pas en compte les conséquences sur l’environnement, le
productivisme non maîtrisé tant dans l’industrie que dans l’agriculture, la
quête du profit maximum, la pauvreté des pays du Sud, un commerce mondial
débridé, l’égoïsme des pays riches, et plus particulièrement des Etats-Unis,
les incapacités de la gouvernance mondiale en la matière.
Les remèdes préconisés jusqu’ici tournent
autour du concept de « développement durable », qui nous interroge en permanence sur :
Quelle terre laisserons nous à nos enfants et à nos petits enfants ?
Hélas, opérationnellement, ce concept a du mal à produire ses effets, car il est peu compatible avec notre
économie de marché, avec le libéralisme économique en vigueur dans le mode de
production et les échanges internationaux ainsi qu’avec le refus des grandes
entreprises multinationales de s’attaquer aux racines du mal dans leurs propres
activités, tout en multipliant les discours généreux. De plus, les
contradictions entre les perspectives des pays riches et celles des pays
pauvres sur ce thème sont difficiles à réduire.
Chaque fois par exemple, qu’en manière
d’énergie alternative, de lutte contre les émissions de CO², de révision des
modes de production agricole, les mesures radicales qui s’imposeraient sont
proposées, de multiples lobbies et les gouvernants des Etats s’accordent pour
montrer que c’est difficilement jouable et qu’il faut tempérer les ardeurs de
ceux qu’on a vite fait de qualifier d’ «écologistes radicaux ».
Les deux types de réponses actuellement en
vigueur sont également
inappropriées : La marchandisation des droits à polluer ne fait que
renforcer les concepts qui ont produit les atteintes à l’environnement. Quant
aux thèses sur la nécessaire »décroissance », il se heurte aux
réalités de la situation actuelle et de ses cortèges d’inégalités, tant entre
pays qu’à l’intérieur des pays.
Il est clair que c’est notre mode de
développement qui est en jeu :
Le néo-libéralisme a intérêt à faire croire que croissance et développement
vont de pair. Nous, socialistes du 21ème siècle, devons objecter qu’il y a une
distinction radicale entre les deux concepts : La croissance prise comme
augmentation d’un nombre toujours
plus grand de marchandises à consommer renvoie à la valeur d’échange. Elle
repose sur la compétition entre les entreprises et entre les territoires. Le
développement comme amélioration
du bien être et source d’épanouissement des potentialités humaines renvoie à la
valeur d’usage, et doit être notre perspective dans l’évolution de notre
société. Il renvoie aussi à l’émulation, aux synergies et aux solidarités.
La promotion de cet autre type de
développement est tout entière liée à
la lutte contre le néo-libéralisme ; elle a un triple champ de mise
en œuvre : Le Monde, l’Europe, la France. Ne nous cachons pas que cette
lutte sera rude et qu’il faudra du temps et des rapports de forces favorables
pour réussir.
Au niveau mondial, le champ principal d’intervention est
celui de la gouvernance mondiale ; on ne peut se contenter de créer des
institutions destinées à la protection de l’environnement, c’est l’ensemble des
institutions consacrées au développement (l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, le
BIT,…) qui doit prendre en compte la dimension environnementale et transformer
ses aides au développement tout en les adaptant à chaque pays. Le fait de
redonner corps au Conseil Economique et Social de l’ONU permettrait également
de débattre des « modèles de développement ».
Le niveau européen est le niveau
charnière. C’est l’Europe
qui peut et qui doit faire entendre sa voix au niveau mondial. C’est en Europe
et aux travers des politiques européennes que peut émerger un autre modèle de
développement et d’autres formes d’aides au développement des pays pauvres. Ce
devrait être l’ambition du projet européen plutôt que de mettre l’accent sur la
concurrence libre et non faussée. Nous avons déjà proposé précédemment un programme de grands travaux et de
grands projets à caractère écologique. Il faut encourager des expérimentations
de « croissance douce » alternative (à l’instar de ce que des
communautés ont fait aux Etats-Unis autour du mouvement « Smart
Growth ». Il s’agit dans des territoires- et sans doute dans une deuxième
étape dans des entreprises- d’encourager sous un mode de démocratie
participative des développements d’équipements, d’aménagements et de services
publics territoriaux qui répondent aux critères du développement durable, mais qui
génèrent d’autres types de modes de vie et une évolution des modes de
production. A noter que c’est dans la transformation des quartiers en
difficulté qu’en Europe, les expériences les plus intéressantes ont jusqu’ici
été faites.
Enfin, si la France se doit d’impulser
cette politique en Europe, elle ne peut le faire qu’aux travers de ses
politiques structurelles économiques, sociales et d’aménagement du territoire. Elle devra dans ces politiques introduire
des critères d’éco-économie et commencer à « dépolluer les esprits »,
en particulier dans ce qui touche les choix énergétiques, les modes de
déplacement des hommes et des marchandises, l’agriculture, l’eau, la
distribution, et progressivement les aides publiques aux entreprises pour la
production des biens et services.
Bien évidemment, ces évolutions ne peuvent
se produire qu’avec un contrôle public des investissements dans des secteurs
clés et qu’avec l’appui du mouvement syndical et des associations de
consommateurs.
QUATRIEME PARTIE :
CONSTRUIRE UNE MAJORITE DE GAUCHE, EN FRANCE ET
EN EUROPE.
Comme nous l’avons exposé, la composition sociologique du vote
du 29 mai indique qu’un changement de majorité et de politique dans le pays est
possible.
Nous savons également que nos partenaires réfléchissent à une
alternative : en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Grande
Bretagne ce débat idéologique et stratégique a lieu dans les partis de gauche.
Tous les pays sont traversés par le paradigme capitaliste
néolibéral. La logique économique autant que ses conséquences sociales sont
similaires d’un pays à l’autre. Il nous semble que le décalage, voire la
coupure, entre les directions politiques et leurs bases traverse tout les pays
d’Europe. C’est le mouvement socialiste européen, et en réalité toute la
gauche, qui est éclatée. Le peuple, lui, souhaite l’unité. Et sur les bases que
l’on sait.
Il s’agit donc de construire l’unité de la gauche sur une
orientation de gauche. Cette dernière étant posée et en débat, il reste à
savoir comment la faire aboutir. A toutes les échelles, nationale, européenne
et internationale.
En France, c’est -
dans des délais réalistes – d’un Epinay de toute la gauche dont nous
avons besoin. La situation l’exige et, surtout, s’y prête.
1. Pour l’Europe sociale, une majorité
de gauche !
Faire
du Parti des socialistes européens
un parti transnational
Nombreux sont les socialistes européens qui dressent un bilan
sans concession des stratégies et des politiques inspirées du manifeste Blair
Schröder, à la portée douteuse en
matière économique et sociale, et conduisant les sociaux-démocrates aux pires
difficultés lorsqu’il s’agit d’affronter le suffrage universel. Nous sommes de
ceux-là.
C’est pourquoi nous appelons au rassemblement, dans le Parti
des socialistes européens (PSE), de tous ceux qui partagent le projet d’une
refondation de la social-démocratie européenne. Ainsi l’existence de courants
au sein du PSE doit devenir une règle démocratique élémentaire. Cela permettra
d’avoir enfin des débats politiques de fond permettant de dépasser les cadres
de discussion intergouvernementaux. C’est la condition nécessaire pour faire
exister un réel internationalisme inhérent à l’identité du socialisme.
En effet, il faut remettre en cause, dans les statuts du
PSE, les regroupements nationaux et le fonctionnement intergouvernemental. Ce système a tous les inconvénients :
il est un obstacle à la concrétisation de nos valeurs internationalistes tant
il reproduit au sein du PSE la culture intergouvernementale qui régit encore
l’Europe. Empêchant les contradictions politiques de s’exprimer – et donc
d’êtres résolues- la ligne de clivage se réduit à celle existant entre les
partis au pouvoir et ceux qui ne le sont pas.
Elaborer
une stratégie pour une majorité de gauche en Europe :
L’expérience des 11 gouvernements sociaux démocrates durant la
législature de Lionel Jospin a montré les limites d’une stratégie
d’accompagnement plus ou moins sociale du libéralisme. Et la question d’une
réorientation des politiques économiques est à l’ordre du jour dans toute la
gauche (cf. « l’alternative européenne »). Deux objectifs doivent
nous guider :
- redevenir
majoritaires au Parlement de Strasbourg
- renforcer les solidarités entre partis socialistes d’Europe,
en mutualisant aussi des moyens, pour aider à la victoire de la gauche dans les
25.
2. Pour battre la droite et gagner
en 2007 :
un parti rénové, un parti unifié,
une gauche en phase avec ses électeurs
Changer notre Parti !
L’urgence sociale associée à l’urgence démocratique rend
impérative une réponse forte, durable, réellement capable d’inverser ces
tendances. Il faut donc dès maintenant engager le chantier de la refondation de
notre Parti.
L’ampleur des difficultés sociales et économiques
pourrait faire apparaître cette tâche comme secondaire, annexe, mais
détrompons-nous : ce sont des enjeux intimement liés. Il n’est pas de
progrès social sans progrès démocratique, il n’y aura pas de refondation
idéologique au Parti Socialiste sans refondation démocratique.
La justification constante de certitudes
inébranlables ne peut plus perdurer. Nous sommes aujourd’hui à la fin d’un
système qui meurt de ne plus savoir se remettre en cause.
L’autoreproduction des responsables, érigée
en principe de fonctionnement, a fini par rendre sourd et aveugle notre Parti.
Sourd à la colère des citoyens. Aveugle face aux stratégies personnelles qui
tuent le débat, créent des unités de façade et le rende incapable d’aller à
l’essentiel.
Le 21 avril 2002, la sanction avait pourtant
été terrible. Nous pouvions espérer que cette défaite dramatique aurait au
moins une vertu : celle d’inciter nos responsables à tirer les leçons de leurs
erreurs. Or, contre toute attente : « En finir avec le 21 avril » est devenu leur priorité, jusqu’à en
devenir un slogan fort du Congrès de Dijon, tout juste un an plus tard…
Le 29 mai 2005, alors même qu’une formidable
mobilisation des citoyens et de toute la gauche politique, associative et
syndicale pouvaient laisser espérer une prise de conscience, l’histoire bégaye
: repliée sur elle-même, la direction du Parti Socialiste a retrouvé son
autisme des années précédentes, en lançant comme premier message politique aux
citoyens l’exclusion de son propre sein, de ceux que le peuple avait suivi…
Et pourtant, qui peut réellement s’étonner des
soubresauts électoraux de ces dernières années ? Notre incapacité à animer
le débat idéologique, la rupture avec le monde du travail sont autant
d’indicateurs qui ont été maintes fois débattus au sein du P.S.
Sans changement ni remise en cause de nos pratiques,
sans véritable projet politique, nous prenons le risque d’une rupture grave
avec l’opinion qui finirait par situer l’alternative politique à l’extrême
droite. La défiance des citoyens est telle qu’ils ont besoin de preuves, de
faits et d’actes concrets. La remise en cause de nos pratiques était et reste
donc l’une des clefs qui permettra de retrouver la crédibilité, l’écoute et la
confiance des citoyens.
La
refondation politique du P.S. est indispensable. Elle est nécessaire mais ne se
sera jamais suffisante. Sans remise en cause de notre fonctionnement interne,
cette refondation ne reposera sur aucune base solide. En effet, notre échec
idéologique des 20 dernières années ne se résoudra pas avec un simple
replâtrage de nos fondamentaux, sans remise en cause du fonctionnement général
de notre Parti.
Dans un
parti aux pratiques obsolètes, comment pourrions-nous décemment nous doter d’un
véritable projet socialiste ? Si nous ne sommes plus aujourd’hui depuis
longtemps un laboratoire d’idées mais seulement le réceptacle d’idées communes,
c’est bien que notre parti ne remplit plus sa mission. A chaque fois que nous
sommes au pouvoir, tout se passe comme si le Parti n’existait plus. Soutien
inconditionnel du gouvernement, il n’est plus le lieu de débat et de réflexion
indispensable à la vitalité politique de la Gauche.
La liste
des reproches est longue : mainmise des élus sur l’animation du Parti; absence
de lieux de débats permanents en dehors des échéances électorales ; rupture des
liens avec les syndicats et les associations ; rupture avec les classes
populaires ; vieillissement général des militants ; renouvellement des élus
quasi-inexistant ; freins de tous ordres pour l’application de la parité ;
désertion de la rue en période de pouvoir… et même désormais en période
d’opposition…
Nos
prises de position sur les sujets sensibles sont inexistantes. On ne débat pas
ou peu dans notre Parti de ce qui fâche dans la population. Systématiquement à
la traîne des débats de société, nous ne pouvons ni attirer les citoyens en
attente de réflexions innovantes, ni devenir le parti de l’innovation et du
progrès que nous aimerions être.
Notre
ambition doit être de faire du Parti Socialiste, dans l’opposition comme dans
la majorité, à tous les échelons, le lieu où s’élaborent, de manière constante,
la réflexion et les propositions sur nos valeurs fondamentales : la justice
sociale, l’émancipation de l’homme, la laïcité, la fraternité… Sans être une
fin en soi la rénovation du Parti reste le parallèle indispensable de notre
ancrage à Gauche.
Nous
devons en fait appliquer en notre sein ce pour quoi nous militons à
l’extérieur. En effet, comment militer et agir en faveur de la modernisation de
la vie politique, tout en ayant des pratiques internes en contradiction
complète avec nos valeurs, nos propositions ? Qui peut aujourd’hui encore
se satisfaire de la place des femmes au sein du Parti Socialiste ? Etre élu
peut-il encore donner le droit à une investiture automatique en fin de mandat ?
Comment parvenir à ne plus envisager la conquête politique sur la base du cumul
des mandats?
Nous devons assurer le renouvellement et la
représentativité de nos élus, afin d’ouvrir à tous et à toutes l’exercice des
mandats électifs. Etre élu n’est ni réservé aux hommes, aux fonctionnaires, ni
aux catégories supérieures de la société. Ce n’est pas un droit automatiquement
renouvelable, encore moins un privilège réservé à quelques-uns. Les citoyens
doivent vérifier, grâce à notre fonctionnement, que le pouvoir n’est pas un but
en soi, mais seulement le moyen d’appliquer nos idées.
Pour permettre aux Fédérations et sections
de mieux effectuer leur travail politique de terrain, le Parti sera fortement
décentralisé grâce à :
-
des relations
nouvelles entre le National et les Fédérations.
-
Une
répartition nouvelle de la dotation financière de l’Etat, de telle sorte que
les Fédérations, quel que soit le nombre de leurs militants, bénéficient d’un
reversement de 50% de la première fraction de l’aide publique (calculée en
fonction du nombre de voix recueillis au 1er tour des élections
législatives). Cette dotation viendra en supplément de la péréquation annuelle.
Notre
Parti doit adopter des règles internes drastiques : limiter statutairement
le cumul des mandats dans le temps, entre les mandats locaux et les mandats
nationaux et inscrire la parité comme principe de base pour toutes les candidatures
à toutes les élections.
La fin du cumul des mandats reste l’une des clefs de la
rénovation profonde de notre Parti et, plus largement, de la démocratie. Sans
restriction du cumul des mandats, la parité restera difficile à appliquer, le
vieillissement de notre Parti restera inéluctable, et le fossé entre élus et
citoyens continuera de se creuser.
Comment
faire enfin pour que le parti devienne le lieu du débat permanent au sein de la
société française. Il est désormais indispensable d’ouvrir systématiquement nos
débats aux associations et aux syndicats. Il faut engager des campagnes
d’adhésions largement plus volontaristes, en n’hésitant pas, par exemple, à
recruter directement parmi les militants associatifs. Par ailleurs, le Parti
doit se saisir sans aucune timidité des sujets qui traversent aujourd’hui la
société en engageant le débat dans un premier temps, en menant de véritables
campagnes politiques dans un deuxième temps.
Le Parti Socialiste doit ainsi retrouver son rôle
essentiel : non pas sélectionner des candidats qui iront promouvoir devant
les électeurs des idées élaborées par quelques-uns, mais d’abord faire émerger
collectivement, démocratiquement, des idées, des valeurs, des projets
politiques élaborés et donc portés par tous.
Nous demandons que quelques règles simples soient
rapidement instaurées, comme l’élaboration collective des projets politiques et
l’obligation d’un compte-rendu régulier de mandat pour tous les élus. Elles
permettront de redonner aux militants la maîtrise de leur engagement et
d’inverser le lien de subordination trop souvent constaté entre les élus et les
militants.
Bien entendu, ces réformes internes doivent s’accompagner
d’une véritable réforme de nos institutions. Appliquées au sein de notre Parti,
elles sont la vitrine de notre Projet, l’exemple et la preuve de notre volonté
de mettre en cohérence nos idées et nos pratiques.
Mais cela n’aurait de sens sans un changement
profond de nos Institutions allant dans le même sens.
Un
nouveau pacte majoritaire au parti socialiste :
Le congrès a été convoqué dans la précipitation sans prendre la
mesure de l’intensité du regard porté par les électeurs de gauche à notre endroit.
Nous devions ouvrir les portes et les fenêtres de notre parti pour faire entrer
le vent de la mobilisation citoyenne qui s’est à nouveau levé. Mais, puisque la
direction du Parti socialiste a décidé le repli sur soi, il revient aux
adhérents de trancher vite. La période des contributions doit donc être propice
à la détermination des sujets fondamentaux du projet des socialistes.
Pour donner à ce congrès la possibilité de répondre à
l’espérance du peuple de gauche, nous appelons à l’unité des socialistes. Certes, il serait faux de le nier, cette
unité a été mise à mal par le référendum. A nos yeux, c’est une question
d’orientation, pas de discipline. Il est d’ailleurs temps de mettre un terme
définitif aux procès en
« déviance » instruit par la direction à l’égard des camarades qui
ont défendu le Non au TCE. Car la position du Parti Socialiste – le Oui
au TCE, tranché par référendum interne du 1er décembre – n’a
été contestée par personne en tant que telle. Le sigle, l’emblème et la
trésorerie du parti socialiste n’ont été utilisés que pour défendre le Oui. Le
reste n’est que liberté de conscience, qu’aucun socialiste ne saurait remettre
en cause au risque de créer la confusion concernant notre Parti qui doit être,
en toutes circonstances, un moyen et non une fin.
La division politique est néanmoins là. D’autant plus forte que
la contradiction politique est à son comble : les dirigeants du parti
socialiste sont très minoritaires dans le pays, dans la gauche et parmi les
électeurs socialistes eux-mêmes.
Les contributions, socles de nos échanges jusqu’au dépôt des
motions, doivent être l’occasion de vérifier qu’une autre majorité est
possible et nous l’appelons
de nos vœux, sur une autre orientation.
Nous avons souhaité en faire la démonstration, en nous
rassemblant. Nous sommes issus des quatre courants constitués à Dijon : la
motion A, Nouveau Monde, Force Militante, NPS. Nous faisons le choix de poser
clairement les enjeux, et donc, les clivages qui existent au sein de notre
parti tout en esquissant les issues possibles.
Alternative socialiste se dessine comme un premier
rassemblement avant notre congrès,
ouvert à tous les socialistes qui le souhaitent.
Mais pas pour une unité artificielle : celle-ci doit être
fondée sur des choix politiques et des orientations de programmes. Deux
engagements devront être pris pour que ce pacte majoritaire puisse voir le jour
au Congrès du Mans : une orientation de gauche pour prendre le
pouvoir ; une politique de gauche à la tête de l’Etat, ce qui impliquera
de renforcer le poids du parti socialiste lorsque nous serons au gouvernement.
Car si le parti ne redevient que le « parti du pouvoir », alors il
n’y a plus de contrepoids possible,
si ce n‘est l’opposition de droite…
Nous réaffirmons ici ce que nous proposions à Dijon : une
consultation régulière des militants sur les grandes orientations d’un
gouvernement de gauche au pouvoir est nécessaire
Rassembler
la gauche
La nouvelle majorité du parti socialiste devra s’adresser à
tous nos partenaires potentiels de gouvernement pour définir un véritable
contrat de gouvernement qui ne se contente pas de cantonner chacune des parties
prenantes à sa zone d’influence de prédilection. . Il faut élaborer un
véritable programme de législature sur la base des propositions respectives des
différentes formations candidates au pouvoir.
Une certitude issue du vote du référendum, c’est sur les bases
de ce vote majoritaire que peut se dessiner ce rassemblement de la gauche.
C’est-à-dire en affirmant une rupture avec la logique marchande responsable des
reculs sociaux et des désastres environnementaux. Le statu quo, c’est la
division durable de la gauche et la certitude de voir progresser toujours plus
une extrême gauche ou un pôle de la radicalité cimentant, autour de lui, tous
les ressentiments d’une partie de nos électeurs.
Un tel contrat ne saurait se passer du dialogue avec les forces
syndicales dans la perspective d’un nouveau pacte social qui doit être préparé
en amont pour éviter d’être imposée par l’éventuelle urgence d’une tension
sociale. Il faut au contraire organiser au plus vite la confrontation la plus
large avec nos partenaires syndicaux, mais aussi associatifs et
altermondialistes.
Il faut renouer les fils qui lient la gauche politique, gauche
syndicale et gauche sociale et intégrer dans notre projet les réflexions
suggérées par ces acteurs du lien social et de l’éducation populaire.
C’est sur ces bases que la victoire du Non
le 29 mai peut ouvrir de nouvelles perspectives pour refonder le Parti
Socialiste et l’ensemble de la Gauche.
C’est sur ces bases aussi que nous appelons
à l’organisation des Etats généraux de la Gauche pour le printemps 2006.
Unité est le maître mot : unité de la gauche, unité de tous
les socialistes contre les libéraux, pour rénover le parti, le replacer au cœur
du peuple de gauche.