À un ami Cubain qui m'interroge sur les élections en France, et plein d'espoir me demande si c'est "grave" pour la droite

Danielle Bleitrach (30/03/04)

Ce n'est pas grave, ni pour la droite, ni pour la gauche, une alternance sans alternative... Ce pauvre peuple de France est comme celui d'Espagne, il en a marre qu'on le manipule, que sitôt élus les dirigeants mènent la même politique... Ils se débarrassent comme ils peuvent de ceux qu'ils ne peuvent plus supporter et le nouvel élu est persuadé que c'est une histoire d'amour qui commence, et qu'il peut tout se permettre... Il fallait voir Fabius, Strauss Khan, tous ces néo-libéraux envahir les plateaux de télévision, qui peut les croire?

Depuis hier sur les médias les"Experts" officiels se répandent sur les ondes, dans la presse, pour expliquer que les Français ne sont pas ennemis des "réformes" (en fait la réforme consiste à allonger le temps de travail, à réduire les dépenses sociales d'éducation, de santé, à restructurer les entreprises donc à supprimer des emplois), mais que c'est une question de "méthode". Les Français auraient besoin d'explications plus convaincantes. Bourdieu en 95, avait déjà dit à Juppé qui disait "Vous n'avez pas compris je vais vous expliquer: les Français ont trés bien compris, ils n'en veulent pas!"

Cette élection est régionale, elle n'oblige en rien à changer au niveau gouvernemental: la politique de la droite va s'accélérer, puisque le premier ministre est déjà totalement impopulaire, profitons en pour lui faire assumer l'impopularité de la remise en cause de la sécurité sociale et autres... La politique n'est pas décidée par le gouvernement français, mais par une bande de technocrates européens au service des multinationales... Il faut passer en force, les profits en dépendent... C'est comme l'ALCA (AZLEA) en Amérique Latine... Et comme un Français ne ressemble pas à un Bolivien il ne chassera pas son gouvernement, il subira jusqu'aux prochaines élections...

Il y aurait une bonne nouvelle dans ces élections: dans certaines régions, le PCF a eu le courage de se présenter seul aux élections au premier tour. il risquait la disparition pure et simple. Le courage a payé. Ce pourrait être une immense chance pour le pays si le parti dégageait une autre politique, mais tous les types à la recherche d'un poste d'élus, amoureux de la "gauche plurielle" en sont sortis renforcés, ils jubilent et sont prêts déjà à cirer les pompes du PS. Dans ma région Provence-Côte d'Azur c'est la cas, le Parti va disparaître et le Front National continuer à monter. En revanche en Auvergne, dans le Nord pas de Calais, dans la Somme, un espoir est là... Si j'étais dans ces régions je militerai au PCF avec joie... J'espère qu'ils auront la force de bouleverser la donne, c'est un espoir pour le PCf et pour les français, c'est même le seul.

Un parti qui aurait le courage comme le fait le gouvernement cubain de dégager quelques priorités: ne pas baisser les dépenses de santé et d'éducation,de recherche, mais au contraire se doter dans ce domaine de services qui correspondent à l'état de développement scientifique et technique, tabler sur le "capital humain". S'opposer de ce fait à la politique européenne et à celle des Etats-Unis, celle des multinationales qui font payer leurs recherches et leur ré-organisation boursière aux salariés quitte à accroître la crise, empêcher la croissance. On n'a même pas besoin d'être socialiste,(encore que la maîtrise du secteur bancaire peut aider), il suffit d'une volonté politique. Il y aurait là la base d'une croissance comparable à celle qu'a connu la France, à partir du choix de Jules Ferry de scolariser toute la population française. Les régions sont chargées de l'éducation, elle pourrait en s'appuyant sur le mouvement populaire mener une véritable pression sur le gouvernement et sur l'Europe, mais qui peut imaginer le PS dans un tel rôle?

Une autre dimension de la question est le mauvais score des troskystes, je n'ai rien contre eux si ce n'est leur art de marquer des buts contre leur camp et leur absence de proposition, de volonté de rassemblement. Ils espéraient "plumer la volaille" du PCF, mais pour le moment ils ont surtout fait la preuve qu'il n'étaient pas de taille à occuper l'espace laissé par le PCF, parce qu'ils n'ont pas compris la colère des français, leur volonté de donner une leçon à la droite. Autant il était juste de se présenter seul au premier tour autant il fallait s'unir au deuxième en donnant un contenu à cette union.

De ce point de vue, M.G.Buffet a eu une phrase positive: "Il ne faut pas oublier que la gauche plurielle a été sanctionnée et qu'elle doit changer de politique". Donc s'il existait un PCF capable à la fois d'autonomie et d'union, en donnant à celle-ci un contenu qui correspond à ce que veulent les Français, un espace s'ouvrirait. Mais malheureusement si je dois en croire ce qui se passe dans ma région PACA, les actuels dirigeants du PCF sont incapables de mener une telle ligne. Donc l'alternance sans alternative risque encore d'avoir des beaux jours. A moins que les Français imposent par leur volonté de lutte d'autres perspectives, la droite va accélérer "les réformes", le PS va faire des proclamations "de gauche" en disant "espérez notre retour et ça changera", et le PCF se mettra dans son sillage... Les troskystes hurleront à la trahison et dans trois ans nous aurons un PS hégémonique dans une intégration européenne accélérée et nous serons repartis pour un tour, toutes voiles dehors vers le néo-libéralisme et l'atlantisme, puisque le patronat le veut!!!!.

bleit@up.univ-aix.fr