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CONTRIBUTION AU
DEBAT DU 7 DECEMBRE
Rencontre à
l'initiative de Rassembler à Gauche, de l'Association pour le
Rassemblement des Travailleurs, d'A Contre Courant etc.
Raymond DEBORD (directeur de publication du Militant, ex-Voie Populaire), Salima JAMILI (présidente de l'Association populaire d'entraide, membre du Conseil de la citoyenneté des Parisiens non communautaires), Gwenola MARTIN (responsable 17e-18e de l'Association populaire d'entraide)
APRES avoir mené
pendant cinq ans une politique de droite, la gauche s’est
retrouvée laminée à la présidentielle : PCF
à 3 %, PS disqualifié pour le second tour,
l’extrême-gauche atteignant elle 11 %.
Le Front National s’étant retrouvé au
second tour par les hasards de l’arithmétique et du système
électoral, la gauche - de la mal nommée LCR au PS - s’est
donc mise dans la situation d’appeler à voter Chirac....
Du coup «supermenteur» a réalisé
un score digne des pires pays totalitaires, au delà même de ses
rêves les plus fous.
Après avoir trahi le mandat implicite donné
par la grève de masse de novembre-décembre 1995 puis
l’esprit du vote de juin 1997, la Gauche plurielle et ses appendices ont été
au bout de leur logique en préférant sauver la Vème
République (dont Chirac était supposé le
«rempart») plutôt qu’en assumant une crise
institutionnelle.
Comment s’étonner dans ce contexte que les
législatives qui ont suivi aient connu le record d’abstentions de
l’après-guerre ?
Alors que les ouvriers, les petits employés et les
jeunes ont massivement déserté les urnes, les débris de la
gauche plurielle se sont retrouvés à se disputer les restes du
vote des «classes moyennes», dont un nombre considérable a
par ailleurs opté pour la droite. Pas étonnant dans ce contexte
que les technocrates du PS aient paru les plus porteurs d’un vote
«utile» pour les fonctionnaires et les cadres.
Par la faute des dirigeants faillis de la gauche, les
représentants du MEDEF se trouvent donc sous le sigle UMP au pouvoir
pour cinq ans, alors que de toute évidence ils sont minoritaires dans le
pays.
De plus, par la grâce d’institutions
anti-démocratiques auxquelles la gauche n’a jamais voulu toucher,
un parti qui ne représente que 33 % des électeurs
s’étant exprimés se trouve maintenant disposer de tous les
pouvoirs.
Le peuple est donc privé de représentation
parlementaire, ou presque. Qu’on ne s’étonne donc pas
qu’il déplace le terrain d’affrontement avec le patronat et
ses sbires dans la rue.
Mais après tout n’est-ce pas là le
terrain naturel où se déroulent les conflits entre les classes,
un terrain autrement plus favorable aux opprimés que
l’arène parlementaire ?
Aujourd’hui, la classe dominée est
désorientée et désabusée, les groupes
d’extrême-gauche n’ayant été perçus
comme une alternative que le temps d’un premier tour de
présidentielle.
Pour le monde du travail, la seule perspective
réaliste est tout d’abord dans de puissantes luttes
défensives contre les attaques qui ne manqueront pas de pleuvoir du
côté de l’UMP ou du MEDEF.
Ces luttes seront économiques bien sûr, mais
aussi démocratiques tant il faut s’attendre à ce que la
droite mène une violente offensive contre la jeunesse d’origine
immigrée pour faire diversion et mater les nouvelles «classes
dangereuses».
Ensuite, la question clef sera la lutte politique pour la défense des intérêts généraux du salariat, autrement dit pour savoir une bonne fois qui doit diriger le pays : ploutocratie capitaliste ou vraie «France d’en bas».
La
Voie Populaire n°32
août 2002
Cette (longue) citation du bulletin de l'Association populaire d'entraide donne grosso modo le cadre d'analyse qui est le nôtre depuis la présidentielle et demeure pour nous valable dans ses grandes lignes. Même sommaire, il indiquera à ceux qui connaissent mal notre mouvement quelque idée de notre approche générale. Il aura fallu une cuisante défaite de la gauche pour qu'après dix années de soumission à l'offensive idéologique néo-libérale certains se disent qu'on était quand même peut-être allé un peu trop loin. Tous les commentateurs ont donc brutalement redécouvert qu'il existait des couches populaires, des travailleurs précaires et même des ouvriers, à défaut d'une classe ouvrière. La question des ouvriers est tout à fait symptomatique des reculs de la période précédente, dans la mesure où cette catégorie sociale s'est vue niée dans son essence même : près de 30 % de la population active a totalement disparu des préoccupations de la gauche (comme d'une part non négligeable de l'extrême gauche). Tant et si bien que bon nombre de personnes de bonne foi auraient pu croire que les ouvriers avaient tous été délocalisés dans quelque pays exotique. Désertant massivement les urnes, ils se sont brutalement rappelés à leur bon souvenir...
On voit donc maintenant un certain nombre de dirigeants du Parti socialiste (Mélanchon, Emmanuelli, Linemann) dire qu'on est allé beaucoup trop loin dans la course au vote des classes moyennes. Et le pauvre Robert Hue, ramené à un score inférieur à Laguiller et même à Besancenot, bat maintenant sa coulpe avec une sincérité qui ne tiendra que le temps de fabriquer un nouvel accord minimaliste avec le PS (un "contrat de gouvernement" pour utiliser le terme qui va devenir à la mode).
En tout état de cause, même si la ligne Zarka-Braouzec devait l'emporter et que le PCF s'engage dans une démarche de rassemblement à gauche du PS, les questions de fond resteraient en suspens. On fera remarquer ici que l'opposition au libéralisme voire au social-libéralisme ne constitue pas une option suffisant à offrir un réel débouché au mouvement social. Le ralliement du PS à la "rigueur" et au monétarisme depuis 1983 n'est pas tombé du ciel : il est venu du constat d'échec des solutions keynésiennes mises en oeuvre par les gouvernements Mauroy en 1981-82. Si un certain consensus se dégage maintenant sur le rejet des privatisations menées par Jospin, de la soumission aux injonctions de l'Union européenne etc, le protectionnisme et le déficit budgétaire comme celui de la balance commerciale ne valent pas beaucoup mieux. Telle est la contradiction fondamentale devant laquelle se trouvent placés tous ceux qui, d'ATTAC au courant Nouveau Monde du PS ou au Pôle Républicain, tentent d'opposer une sorte de néo-étatisme à l'internationalisation du capital.
Si l'on pense sincèrement qu'il faut réconcilier la gauche et le peuple, encore faut-il s'en donner réellement les moyens. La question n'est donc pas d'inventer une "construction politique" qui n'aura pour effet que de permettre à une élite auto-proclamée foncièrement parlementariste de cornaquer à nouveau le mouvement ouvrier. Il s'agit d'aller au coeur du monde du travail, dans les entreprises, dans les quartiers déshérités, parmi la jeunesse précaire et les immigrés, afin d'aider à l'organisation des exploités et des opprimés par eux-mêmes.
C'est le choix volontariste qu'ont fait depuis décembre 1995 les militants qui ont édité les bulletins la Voie Populaire et Praxis. Ce choix implique comme conséquence nécessaire la rupture avec une certaine forme de propagandisme et la priorité au travail social et à la défense des revendications immédiates comme point de départ. C'est pourquoi nous avons créé l'Association populaire d'entraide, sigle qui détonne un peu dans une réunion très "politique" comme celle du 7 décembre. Et si le travail social est la base, la finalité n'est pas de convaincre les couches populaires de tel ou tel vote pour la gauche (même "radicale", "extrême" ou "alternative") mais de travailler à la constitution de la classe dominée en parti politique. Tel est l'objectif à partir duquel, selon nous, les collaborations et rencontres militantes comme celle du 7 décembre peuvent trouver un sens.
En tout état de cause, il y a loin de la coupe aux lèvres et nous voyons mal quelle dimension pratique les apologistes d'une refondation de la gauche entendent donner au constat de la rupture avec les couches populaires. Il n'aura échappé à personne que même la LCR semble manquer singulièrement de volonté de s'implanter dans l'industrie et le secteur privé. Comme nous l'avons noté dans la Voie Populaire (n°32), les électorats de Besancenot, Mamère et Jospin avaient tous leur centre de gravité dans les couches moyennes et le public. Une couche qui nous est particulièrement chère - et qui compose 80 % des supporters de notre association - semble également finalement intéresser assez peu la gauche, ou du moins de manière tout à fait platonique : les travailleurs immigrés et leurs enfants. Mais il est vrai qu'ils n'ont pas le droit de vote ou l'utilisent assez peu... Pourtant, les immigrés sont au coeur de la classe ouvrière industrielle et composent le noyau dur de la nouvelle classe ouvrière précarisée. Quant à leurs enfants, ils sont l'essentiel de la jeunesse des cités populaires d'aujourd'hui. Logiquement, l'immigration devrait donc se trouver au centre de tout projet de construire une nouvelle force politique représentant le salariat. Dans une perspective internationaliste, elle devrait également être un pont avec le prolétariat des pays du Maghreb et d'Afrique.
Cette approche n'induit aucun désintérêt pour les questions de contenu, bien au contraire. Car si nous sommes convaincus qu'aucun progrès décisif ne sera réalisé par le grossissement linéaire d'une secte politique, la question du programme est néanmoins tout à fait déterminante. L'exemple du Brésil est de ce point de vue tout à fait édifiant. Le ralliement du PT à la co-gestion du pays avec le patronat local n'est pas tombé du ciel : il a été précédé par des purges en série depuis maintenant plus de 10 ans (*). Avoir des liens organiques avec le salariat n'immunise en rien contre les dérives politiques. La constitution de liens organiques entre le syndicalisme ou les mouvements populaires et leur représentation électorale n'a de sens que si elle se fait dans une perspective de rupture avec l'ordre ancien. Faute de quoi, ce sont ces liens qui servent de courroi de transmission à la classe dominante au sein du peuple afin de mieux l'assujétir.
A un moment donné, une participation électorale peut constituer une expression d'avancées dans la reconstitution d'une représentation collective du prolétariat (sur le plan idéologique comme organisationnel). Mais en tout état de cause elle ne saurait être l'objectif essentiel et encore moins le point de départ d'un regroupement. D'autant que les contradictions qui se sont révélées le 21 avril dernier vont continuer à s'exprimer au sein des partis de l'ex-gauche plurielle (y compris chez les Verts et au Pôle Républicain) et que les mouvements sociaux à venir ne seront pas sans trouver leur réfraction dans les partis, à commencer par le Parti Socialiste.
Les échanges que nous allons avoir doivent selon nous s'appuyer sur des pratiques communes au sein des entreprises comme des mouvements revendicatifs urbains. C'est seulement en avançant ensemble dans une compréhension commune de la situation et des tâches que les divers groupes et associations réunies le 7 décembre pourront avancer efficacement. Pour ce qui nous concerne, nous ne manquerons pas de formuler des propositions en relations à notre travail militant quotidien et sommes tout à fait ouverts à celles qui pourraient nous êtres faites en relation au soutien aux luttes, au regroupement des membres combatifs dans les syndicats, etc.
28/11/2002
(*) Ayant donné naissance, entre autres, au PSTU et au Parti de la Cause ouvrière.