RŽflexions sur lĠactuelle situation ˆ gauche

 

Raymond DEBORD

Editeur du site http://www.le-militant.org

04/06/2006

 

Ç La question du choix des candidats et des alliances constitue une des prŽoccupations principales des organisations de gauche. O en est la rŽdaction de Militant par rapport ˆ ce dŽbat ? È

 

Ç Ces discussions nous intŽressent vivement dans la mesure o elles vont interfŽrer avec la possibilitŽ – ou non – dĠassurer ˆ la gauche populaire la lisibilitŽ quĠelle mŽrite au cours de la campagne Žlectorale. En fait il y a deux niveau de dŽbat. Le premier est un dŽbat dans les couches les plus larges du peuple, avant tout soucieuses de battre la droite, sur le candidat le plus ˆ mme de rassembler largement pour assurer la victoire. CĠest sur ce souhait lŽgitime que tente de surfer mŽdiatiquement SŽgolne Royal. Par ailleurs elle est ˆ contre courant de la principale volontŽ populaire qui est de stopper net lĠoffensive libŽrale. CĠest celle qui sĠest exprimŽe lors du rŽfŽrendum sur le traitŽ constitutionnel europŽen et plus rŽcemment lors de lĠextraordinaire mouvement de masse contre le CPE. Je doute que SŽgolne Royal rŽussisse ˆ lĠ incarner et en tout Žtat de cause jĠespre quĠelle ne donnera pas lĠillusion dĠtre capable de le faire. Pour certains rŽdacteurs de Militant, il nĠest pas impossible que Mme Royal cherche dans un premier temps ˆ se dŽmarquer de ses concurrents avec des thŽmatiques proches de celles de la droite avant de faire une campagne plus classiquement ˆ gauche dans un deuxime temps. En tout Žtat de cause lĠanalyse du phŽnomne Royal est quelque chose qui nous prŽoccupe, dĠautant quĠelle rencontre aujourdĠhui un certain succs, y compris dans la pŽriphŽrie sympathisante de Militant et chez des travailleurs immigrŽs (voire sans-papiers) qui aspirent ˆ lĠordre et ˆ la sŽcuritŽ. 

 

Le deuxime niveau de dŽbat est celui qui se mne au sein des couches les plus politisŽes, principalement les personnes qui ont ŽtŽ membres des comitŽs pour le Ç non È au traitŽ constitutionnel ou qui ont une dŽfiance (lŽgitime) envers le PS. Celui-ci est assez incomprŽhensible par le commun des mortels qui comprend mal les rivalitŽs entre Olivier Besancenot, JosŽ BovŽ et Marie-George Buffet ou la guerre mŽdiatique que se livrent les candidats ˆ la candidature socialistes, sans tenir aucun compte des injonctions de Hollande ˆ plus de modŽration. Cette confusion interpelle bien sžr les rŽdacteurs et amis de Militant, dont certains sont membres du PCF voire de la LCR, une grande part membres du PS et une part plus importante encore des syndicalistes CGT et FSU ou des militants associatifs sans engagement partidaire.

 

Notre point de dŽpart, quelque soit lĠendroit o nous agissons et lĠorganisation ˆ laquelle nous appartenons, est la dŽfense de ce que nous comprenons comme lĠintŽrt de la grande masse des salariŽs et des jeunes de notre pays. CĠest ˆ partir de ce critre que nous pouvons porter des apprŽciations sur telle ou telle initiative conjoncturelle. Disons que lĠapproche globale qui nous est commune consiste ˆ favoriser tout pas en avant dans le rassemblement contre la droite et pour une rŽelle alternative en terme de contenu.

 

On peut dŽplorer la division de la gauche et la division de la gauche anticapitaliste (ˆ laquelle nous essayons de rŽpondre). On peut dŽplorer encore davantage le fossŽ qui sĠest creusŽ entre le monde du travail et les organisations qui donnaient une expression – mme dŽformŽe – ˆ son combat contre le capital. CĠest une donnŽe objective. Les rŽponses politiques peuvent donc tre distinctes selon lĠendroit o se trouvent les uns ou les autres. LĠessentiel est que tout le monde Ç tire È dans le mme sens, mme si ce nĠest ni au mme rythme ni selon les mmes modalitŽs. È

 

Quelle est ton apprŽciation du positionnement des diffŽrentes forces de gauche ?

 

Ç Dans le Parti socialiste, une majoritŽ sĠest dessinŽe en faveur dĠun Ç projet È qui ne rŽpond ni au bilan du fiasco de la prŽsidentielle 2002 puis du rŽfŽrendum, ni aux nŽcessitŽs objectives de la situation ni aux attentes actuelles des franais. Comme lĠont notŽ des rŽdacteurs de Militant, le plŽbiscite interne sur le Ç projet È ne prŽsage rien de bon pour la suite. La responsabilitŽ premire en incombe aux responsables de la gauche du parti qui, bien que portŽs par 47 % des militants, se sont pliŽs ˆ une Ç synthse È sans principes. La Ç synthse È est une procŽdure propre aux socialistes, quĠon pourrait comparer au systme judiciaire amŽricain tel quĠon le voit dans les sŽries tŽlŽvisŽes : lĠaccusation et la dŽfense marchandent en coulisses pour Žviter dĠaller devant le jury. Mais malgrŽ la synthse et maintenant le ralliement penaud dĠArnaud Montebourg au Ç projet È, rien nĠest rŽglŽ et tous les espoirs demeurent permis dans la mesure o les masses vont maintenir la pression sur le PS, ce qui fera Žclater ˆ nouveau les contradictions ˆ une Žtape ultŽrieure. Sans tre un adepte des sondages, je constate que 65 % des gens considrent que le projet du PS ne donne pas envie de voter pour ce parti ˆ la prŽsidentielle et 52 % quĠil nĠest pas diffŽrent de celui de la droite. JĠai fait partie des 6 % de militants socialistes qui ont votŽ Ç contre È ce document, ˆ lĠappel du club Forces Militantes. Ceci peut para”tre faible mais dĠun autre c™tŽ cĠest assez considŽrable si on le rapporte au nombre dĠadhŽrents de Forces Militantes. Il y a de trs importantes marges de manÏuvres, y compris vis ˆ vis des dizaines de milliers de nouveaux adhŽrents qui sont principalement issus des classes moyennes mais dont une frange significative peut tre gagnŽe ˆ une vraie perspective socialiste, pour peu quĠon ne lĠencombre pas trop de rŽfŽrences anticlŽricales et rŽpublicaines dŽsuettes.

 

Cette page de dŽbat sur le Ç projet È Žtant tournŽe, nous entrons de plein pied dans la bataille sur la question de la dŽsignation du candidat. En ce qui me concerne, je nĠentend pas entrer dans les considŽrations sur les personnes telles que les mŽdia tentent de les imposer. Il me semble quĠil faut sĠen tenir aux programmes et aux idŽes. De ce point de vue et pour en rester au PS, le clivage est net. Si tous les candidats dŽclarŽs ont participŽ ˆ la synthse et ont votŽ pour un Ç projet È trs insuffisant, il y a dĠun c™tŽ ceux qui ont cherchŽ ˆ rŽpondre aux aspirations populaires au moment du dŽbat sur le traitŽ constitutionnel europŽen et de lĠautre ceux qui sĠenferrent dans une posture dĠaccompagnement mollement social du libŽralisme. Ce qui veut dire, pour tre concret, quĠon ne peut certainement pas placer la candidature de Laurent Fabius sur le mme plan que celles de Jack Lang, Dominique Strauss Kahn, Martine Aubry ou SŽgolne Royal. Je soutiens donc la candidature de Laurent Fabius, sans illusions mais sans ambigu•tŽ.

 

Concernant le Parti communiste, il y a  une Žvolution incontestablement positive depuis lĠarrivŽe de Marie Georges Buffet ˆ la tte du parti dans le sens o il nĠy a plus dĠincertitudes sur son avenir. De plus, le PCF fait preuve dĠune plus grande ouverture, ce qui doit tre saluŽ. Actuellement, il se positionne sur une ligne de rassemblement anti-libŽral qui correspond aux aspirations de nombreux militants et Žlecteurs de gauche. Dans le mme temps il y a au sein du parti des camarades qui restent dŽfiants envers la direction et souhaiteraient que le PCF combatte sous son propre drapeau ˆ lĠŽlection prŽsidentielle. Ce point de vue est respectable sur le plan des principes mais pose problme sĠil ne sĠaccompagne pas de lĠadoption dĠun programme anticapitaliste. Or pour lĠinstant tout le monde sĠen tient ˆ un anti-libŽralisme qui ne diffre gure de celui professŽ par la LCR, la gauche des Verts ou la gauche du Parti socialiste. Alors pourquoi courir le risque de la division ? Je parle de la prŽsidentielle bien sžr, car aux lŽgislatives, cĠest clairement le PCF qui est le mieux placŽ. Sans parler de son implantation municipale, sans aucun rapport avec celle de ses partenaires.

 

Les gesticulations de la LCR et ses ultimatums anti-socialistes sont tout ˆ fait ridicules et dangereux. De ce point de vue on ne peut quĠavoir de la sympathie pour la minoritŽ qui prŽconise ˆ la fois lĠunitŽ anti-libŽrale et le maintien du principe trotskyste du dŽsistement pour le candidat de gauche le mieux placŽ au second tour.

 

Je terminerais ce petit tour dĠhorizon par quelques mots sur Lutte ouvrire, une formation qui mŽrite dĠautant plus notre attention quĠelle rŽunit 7 % du vote des ouvriers et 8 % du vote des employŽs, ce qui est loin dĠtre le cas de la LCR ou mme du PCF. JĠai pour ma part le plus grand respect pour la constance de LO dans la volontŽ de construire une organisation prolŽtarienne et je sais aussi voir ses Žvolutions. Mais jĠai une divergence tactique (qui devient stratŽgique tant elle est rŽcurrente) avec le principe quĠa LO de se prŽsenter ˆ toutes les Žlections sans tenir compte de la conjoncture politique. Ce choix serait acceptable de la part dĠun vŽritable parti rŽvolutionnaire, cĠest-ˆ-dire dĠun parti rassemblant en son sein la majoritŽ des cadres organisateurs du mouvement syndical et populaire. Il est dĠautant plus douteux que si LO se prŽsente en concurrence avec tout le monde cĠest la plupart du temps sur un programme tout compte fait assez minimaliste. Mais le problme essentiel est lĠattitude quant au second tour. Prendre aujourdĠhui la responsabilitŽ de ne pas voter au second tour pour le candidat de gauche le mieux placŽ, quel quĠil soit, cĠest isoler la minoritŽ rŽvolutionnaire de la grande masse des Žlecteurs qui ne suivront en aucun cas ce genre de consignes.

 

Comment rassembler la gauche ?

 

Il y a chez les partisans du rassemblement anti-libŽral lĠidŽe somme toute lŽgitime dĠentŽriner Žlectoralement le fait que les socio-libŽraux sont minoritaires au sein de la gauche et dĠŽviter quĠils fassent jouer le Ç vote utile È sĠils ont ˆ leurs c™tŽs quatre ou cinq candidats rivaux de la Ç gauche de gauche È.  CĠest une vraie question. Et si on ne prend pas ses dŽsirs pour des rŽalitŽs, cĠest-ˆ-dire si on comprend que la conscience moyenne des salariŽs nĠest pas (encore) socialiste au sens rŽvolutionnaire du terme, on  doit considŽrer que lĠanti-libŽralisme est un pas en avant. Le club Forces Militantes a lui proposŽ comme issue une candidature unique de la gauche (Henri Emmanuelli avait parlŽ jadis de Ç primaires È). Ce serait une solution dans la mesure o cela permettrait de sĠassurer que le candidat ne soit pas un(e) social(e) libŽral(e) Ç blairiste È et serait placŽ sous le contr™le actif des citoyens de gauche. Dans le mme temps, on pourrait sortir Ç par en haut È de la contradiction entre ceux qui ont votŽ Ç non È et ceux qui ont votŽ Ç oui È au rŽfŽrendum.

 

Pour nombre de rŽdacteurs de Militant, cette idŽe du rassemblement ds le premier tour, est une bonne idŽe. Je crois quĠil faut savoir grŽ ˆ GŽrard Filoche de Forces Militantes de lĠavoir mis en avant avec le plus de force. Comme souvent avec GŽrard, il a de bonnes intuitions, exprimŽes ensuite de manire opportuniste comme lorsquĠil se fŽlicite quĠun candidat de toute la gauche aurait comme programme celui du Ç centre de gravitŽ È de celle-ci, sous-entendu celui du courant auquel il appartient. Moi, je crois quĠon ne peut pas se satisfaire de la pensŽe moyenne de gauche, cĠest ˆ dire dĠun renouveau de lĠŽtatisme et du parlementarisme. Par contre, je pense que lĠunitŽ permettrait non seulement de battre les socio-libŽraux et de retrouver ce qui a fait la force du Ç non È de gauche, mais quĠelle crŽerait une arne extraordinaire pour la diffusion dĠidŽes favorables ˆ la rupture !

 

La candidature unique semble peu opŽrationnelle aujourdĠhui dans la mesure o elle nĠest portŽe que par un petit courant, mais, qui sait, peut le devenir demain. Attendons de voir si le PCF et ses partenaires parviennent ˆ se mettre dĠaccord. Attendons aussi de voir comment rŽagiront des gens comme Jean Luc MŽlenchon ou Laurent Fabius si ce dernier nĠobtient pas lĠinvestiture du PS. Certains camarades de Militant Žvoquent dĠores et dŽjˆ un appel de personnalitŽs pour faire avancer cette idŽe de candidature unique : pourquoi pas ?

 

En tout Žtat de cause, il est nŽcessaire et urgent de prendre position clairement pour battre la droite et en finir avec les Chirac, Villepin, Sarkozy et autres agents de la classe dominante. CĠest le prŽalable ˆ tout, y compris ˆ la possibilitŽ de faire avancer dans la population lĠidŽe dĠun changement radical et du nŽcessaire dŽpassement du capitalisme.

 

Et aprs une Žventuelle victoire de la gauche ?

 

Ç Naturellement, soutenir un gouvernement de gauche qui ne sĠengagerait pas dans la voie de la rupture est une toute autre affaire que dĠappeler ˆ voter au second tour pour Jospin ou Royal pour sortir Chirac et barrer la route ˆ Sarkozy. En ce qui me concerne, je crois quĠil est tout ˆ fait impossible de soutenir un tel gouvernement, ce qui nĠempche pas de considŽrer que sa mise en place serait un passage obligŽ pour marginaliser les forces de droite et pour faire grandir la conscience de classe du prolŽtariat.

 

A la diffŽrence des sectes dĠextrme gauche, je ne crois pas que celle-ci progresse par lĠaccession ˆ une sorte de Ç vŽritŽ rŽvŽlŽe È, par la disparition soudaine dĠune Ç fausse conscience È par le biais dĠon ne sait quelle illumination. Je crois que les gens pensent. Je crois aussi quĠils pensent de manire rationnelle, mme si des dŽterminants culturels et des traditions psent lourd. Ce nĠest donc que par une sŽrie dĠexpŽriences sur une longue durŽe quĠils peuvent Žvoluer ˆ une Žchelle de masse.

 

Comment mettre en Ïuvre une telle pŽdagogie ? Chacun comprend bien que les dŽnonciations sectaires et surtout ˆ priori ou les exclusives ne mnent ˆ rien car elles font retomber sur les militants anticapitalistes la responsabilitŽ de lĠŽchec aux yeux de la masse. Alors je crois quĠil faudra reprendre dans le programme de la gauche les ŽlŽments les plus favorables aux salariŽs et se battre pour quĠils soient appliquŽs cožte que cožte. DĠautre part, il faudra contreposer ˆ chaque mesure insatisfaisante (voire nŽgative) que prendrait un gouvernement de gauche les mesures que devrait prendre selon nous un pouvoir au service de ceux qui souffrent. Certains rŽdacteurs de Militant observent que la constitution de la Ve RŽpublique, rend quasi impossible pour un partir de Ç tenir È un candidat. CĠest effectivement une difficultŽ. Mais, quĠon prenne comme point de dŽpart le programme du parti ou celui du candidat, la dŽmarche dĠinterpellation pour le respect des engagements dans ce quĠils ont de favorables aux salariŽs est la seule dŽmarche possible. CĠest seulement ainsi que nous pourrons progresser, pas ˆ pas, pour que lĠalternance, mme anti-libŽrale, cde la place ˆ lĠalternative.

 

Au delˆ des prises de position et des discours, cela implique que le socialisme prolŽtarien et autogestionnaire poursuive son travail dĠimplantation et dĠorganisation pour que les exploitŽs et les opprimŽs prennent leur destin en main et fassent Žclater le cadre de subordination dans lequel ils sont maintenus, y compris par les appareils politiques de gauche. Mais nous ne sommes pas dŽmunis. Front de classe, bloc historique, contr™le, rupture, autogestion, les rŽdacteurs et diffuseurs de Militant auront une perspective, une stratŽgie, des mŽthodes ˆ proposer È.

 

 

 

 

 

Voir aussi :

 

Le nouveau site tout neuf de la section du PCF La Seyne sur Mer Saint Mandrier

www.seyne.pcf.fr

Visitez chez vous !

"La Seyne se libŽre du libŽralisme"

DorŽnavant prenez vos informations sur ce site !

il  sera amŽliorŽ  encore et toujours !

Christian Barlo (30/06/2006)

 

 

Mais qui est SŽgolne Royal ?

Une petite bio pour les novices (20/06/2006)

 

Joyeux anniversaire !

PCF La Seyne sur Mer (29/05/2006)

Du 29 mai 2005 au 29 mai 2006 : une Europe sociale ˆ construire !

 

Regrouper un p™le anticapitaliste

Raymond Debord (21/05/2006)

Un point de vue sur les perspectives unitaires qui sĠoffrent aux partisans du site Militant.

 

Aprs le succs contre le CPE, quelles perspectives pour chasser Chirac-Villepin-Sarkozy et leur rŽgime ?

Procs verbal de la rŽunion-dŽbat du 29 avril