La Voie Populaire n°32 (août 2002)
LA CLAQUE DE LA
PRESIDENTIELLE
Sabrina Amara
Du jamais vu depuis 1969 ! Le PS a été privé du second tour d’une élection présidentielle.
Stupeur, larmes et visages défaits à Gauche, persuadée comme tout le monde, d’un duel Chirac-Jospin.
Jospin ? Il se retire en «assumant pleinement les conséquences de cet échec». Cris chez les militants et coup dur pour le parti.
Salauds de pauvres
Après l’émotion, la règle politique reprend vite le dessus. Sur les plateaux de télévision, les journalistes interrogent, les analystes tentent d’expliquer, la Gauche, elle, se justifie : une mauvaise communication, la dispersion des voix, l’exploitation abusive du thème de l’insécurité par les média... Bref, tout le monde est fautif sauf la politique du PS et son candidat. «Notre bilan est positif» Martine Aubry ne démord pas tandis qu’un Bernard Kouchner explique avec dédain «Il y a deux Frances, une France moderne, qui veut aller de l’avant et une autre, nostalgique, tournée vers le passé» Drôle de leçon que tire le PS de sa déconfiture historique au profit d’un parti d’extrême droite.
Une campagne confuse
A l’en croire, La France s’est trompée sur l’action du gouvernement Jospin, elle a voté extrême gauche par caprice et Le Pen par trahison ! Le «péché d’arrogance» avoué par Glavanny se double d’un mépris insupportable pour «le peuple de gauche».
Un peuple qui n’a loupé ni le vide d’un programme quasi semblable à celui de la Droite ni les contradictions d’un candidat au bord de la schizophrénie. Jospin ne s’est pas seulement trompé sur son bilan, il a été un mauvais candidat, incapable de susciter l’envie chez les français. Un jour naïf sur l’insécurité, un jour «désolé» d’avoir critiqué Chirac car «ce n’était pas lui». Un coup socialiste, un coup plus du tout socialiste puis, finalement, résolument à gauche en s’adressant à «cette France qui travaille dur et qui gagne peu».
Trop tard !
Plus de 2.000.000 de voix perdues, des bastions socialistes qui basculent Front National et les élites technocratiques du PS découvrent que la classe ouvrière n’a pas disparu et qu’ en plus elle ne l’aime pas.
Un divorce pourtant consommé bien avant cette élection qui n’a fait que mettre en lumière une réalité amère complètement niée par le parti socialiste. Les couches populaires ne se reconnaissent pas dans ce parti qui cible uniquement les classes montantes dont il est issu et dont il défend les intérêts. Le fameux «carré d’as» évoqué par Jospin tandis qu’un Le Pen s’adresse «aux sans grades».
Un gouffre entre énarques et petites gens pointé du doigt par Pierre Mauroy qui faisait récemment remarquer que l’on pouvait utiliser les mots ouvriers et travailleurs, ces expressions n’étant pas des gros mots.
Pourtant la Gauche se défend toujours ; et la CMU ?, et le recul du chômage ?, et les 35 heures ? Un leitmotiv assommant qui devrait faire oublier la situation des sans-papiers, des travailleurs précaires, des 40% de jeunes issus de l’immigration toujours au chômage, des mal-logés, des licenciés de Moulinex, des agriculteurs, des quatre millions de pauvres, en un mot, ce que l’on nomme aujourd’hui non sans mépris la France d’en Bas.
Et on recommence...
A l’aube des législatives, le PS annonçait un virage à gauche et là encore les contradictions abondaient confirmant un peu plus le sentiment d’une politique abstraite, menée uniquement au vue des échéances électorales.
Dans un premier temps de l’élection présidentielle, le PS qui veut récupérer les voix au second tour, reproche aux petits partis de ne pas être assez hauts. Lors d’une réunion de parti, chez Jacques Séguéla tout était fait pour permettre à Christiane Taubira, candidate des radicaux de gauche, d’avoir ses 500 signatures pour, si possible, voler une partie de l’électorat des Verts. Dans un second temps, le PS accuse ces mêmes petits partis d’avoir permis la dispersion des voix le 21 avril. Et aujourd’hui, «la gauche unie», la richesse et la diversité de la gauche monte au créneau pour gagner les législatives !
Hier, «le pire des régimes» sous la plume d’Olivier Schrameck chef de cabinet de Lionel Jospin, la cohabitation est à présent défendue par la direction du parti. «Le choix d’une majorité de gauche ne provoquerait pas de conflit de légitimité avec le président» déclare François Rebsamen, secrétaire national aux fédérations. Pourtant depuis les 82,1% des suffrages obtenus par Chirac le 5 Mai, les dirigeants du PS rappellent à tout bout de champ son rôle dans ces résultats, insinuant presque que sans elle, Chirac n’aurait pas été élu. Face à ces volte faces, comment s’étonner du dégoût des électeurs ?
Si le PS a réussi à regagner des voix aux législatives, c’est au nom du vote «utile» et au détriment de ses alliés et du reste de la gauche. Du coup, l’UMP se retrouve en situation d’avoir à elle seule la majorité absolue à l’assemblée. Quant aux couches ouvrières et populaires, elles se sont abstenues comme jamais sous la Vème République : 15 millions d’électeurs ne se sont pas rendus aux urnes.
Pour les y ramener, il faudra plus que des incantations et l’éternel chantage au barrage à une droite il est vrai particulièrement réactionnaire. Enfermé sur les hauteurs de Matignon, le PS n’avait pas vu venir la claque des présidentielles ni la débâcle des législatives.
Alors, après la stupeur et les larmes, à quand une réelle auto- critique ?