Meeting du 26 mars : objectif politique atteint.

 

Extrait de La Lettre de Liaisons

N°133, 4 avril 2005

 

80 participants, une tribune hautement originale, matérialisant, dans le cadre de la bataille plus large pour la victoire du Non le 29 mars, un "petit front unique" d'une grande importance politique, celui de ceux qui associe explicitement le nécessaire Non à la "constitution" et le Non à Chirac, ouvrant par là le débat sur la question de l'alternative politique, en France et en Europe.

Après lecture du message envoyé par le député-maire communiste de Vénissieux André Gérin aux camarades du Militant pour ce meeting, et de notre camarade Mayeul Chamussy retenu, comme délégué CGT, par une grève dans son secteur, le meeting fut introduit par une intervention de Vincent Présumey, pour la Lettre de Liaisons, annonçant le "passage" au Club Liaisons Socialisme Révolution Démocratie et développant l'unité croissante, dans la situation politique, entre le combat pour le Non et les luttes sociales, unité porteuse de la possible victoire du Non en même temps que de la victoire sur Chirac et pour des lendemains de référendum, qui, au lieu de consister dans la transition difficile Chirac-Sarkozy, mettent en cause la V° République elle-même. Emile Fabrol pour les camarades du Militant et du journal Prométhée, qui interviennent notamment comme militants du parti communiste français, a développé le caractère du traité constitutionnel européen, comme "constitutionnalistion du capitalisme" ainsi que son caractère ouvertement militariste, et appelé au combat conjoint contre ce traité et contre Chirac.

 

De gauche à droite : Emile Fabrol (Militant), Jean-Maurice Dehousse (conseiller communal socialiste de Liège, Belgique), Marc Dolez (député PS de Douai), Vincent Présumey (La Lettre de Liaisons)

 

Eric Tollenaere, pour le club République Sociale, développa notamment les questions démocratiques et laïques contenues par ce double combat.

A ce stade des interventions, certains camarades dans la salle souhaitèrent un débat immédiat, craignant que le nombre d'intervenants leur fasse passer l'après-midi sans pouvoir prendre la parole. Ce ne fut bien entendu pas le cas, et, après l'intervention du camarade Francis Fourquin, pour le Comité des Chômeurs et Salariés d'Alfortville, qui revint à partir de la question du droit au logement sur l'importance du droit et des textes pour les militants ouvriers, et ainsi sur l’absence d’un droit élémentaire tel que le droit au logement dans la « constitution » européenne, une discussion riche s'engagea, associant des contradictions explicites et le respect mutuel : le débat dans le mouvement ouvrier, sans anathème, mais sans concessions sur le fond. L'accumulation d'interventions de groupes divers, dont certains se connaissaient à peine avant de tenir cette assemblée commune, comportait certes ses inconvénients, mais était un passage obligé. Il était nécessaire et démocratique que chacun puisse présenter ses positions et se présenter de manière précise. Mais pour autant, la volonté de discussion des camarades présents dans la salle ne fut pas escamotée. Cette discussion commença donc, portant sur l'appréciation du moment -crédibilité des sondages donnant le Non vainqueur, probabilité que les partisans du Oui aient recours à "tous les moyens", dont l'un s'appelle Le Pen, débats dans les organisations syndicales, présentation par Michel Panthou, depuis la salle, de l'expérience du Groupe de Rocles, dans l'Allier, qui réunit plusieurs dizaines de personnes chaque semaine à Moulins pour faire campagne pour le Non de gauche, sur la base de la volonté d'agir par soi-même en dehors de tout appareil existant.

 

 

Après ce "premier round" de discussion, les interventions de la tribune reprirent, avec le camarade Jean-Paul Blot pour le groupe Pour Une Démarche Socialiste, le camarade Daniel Pétri représentant le groupe trotskyste La Commune, Vincent Martinez, militant syndicaliste et membre du groupe de Rocles, qui intervint sur la mobilisation des militants syndicaux pour le Non, revint sur les manifestations de Guéret et de Bruxelles et introduisit, dans son intervention, la question de la grève, et de la grève générale, en cas de forte victoire du Non.

Marc Dolez, invité et associé à ce meeting en tant que seul député socialiste à avoir, lors de la réunion du Congrès à Versailles, voté Non au projet de "constitution", a nettement associé, dans son intervention, les deux aspects sur lesquels était appelé ce meeting et dont la nécessaire tension, voire, pour certains camarades, l'opposition (notamment Robert Dugué et un camarade de la CGT), avait nourri la discussion : le combat inconditionnel pour la victoire du Non par la mobilisation de toutes et de tous, et l'opposition à Chirac et le regroupement, dans ce combat inconditionnel, vers une alternative politique. Un sentiment d'optimisme calme et raisonné fut apporté aux personnes présentes par cette intervention, qu'il a terminé en reprenant, à sa façon, la phrase de Marceau Pivert : "Nous pouvons faire en sorte que tout soit possible".

Jean-Maurice Dehousse, ancien bourgmestre de Liège et responsable de la Fédération liégeoise du PS belge -20 000 adhérents, un tiers des effectifs du parti en Wallonie- nous a expliqués, avec humour, d'abord pourquoi les Belges sont privés de référendum -parce que celui de France fait peur- ensuite comment sa position, celle pour le Non, a pu être embrouillée lors d'un vote des responsables liégeois du parti, tout en apparaissant nettement comme celle des trois quarts des socialistes liégeois. Il s'est déclaré impressionné par la motivation, la soif de discussion et l'âpreté qui peut en résulter, des militants présents, et a conclu en nous disant nettement que c'est dans toute l'Europe que des millions attendent le Non des travailleurs et du peuple de France, et que ce mouvement est européen.

Un nouveau tour de discussion a alors abordé divers sujets, dont la laïcité, sujet abordé entre autres par Francis Paillares et par un militant de l'UFAL. Une camarade a demandé que l'on n'oublie pas les professions libérales et les petits patrons indépendants dont beaucoup pourraient être intéressés par la perspective de la victoire du Non, et qui connaissent des situations difficiles. Claude Monnier a engagé une discussion avec Jean-Maurice Dehousse sur la paysannerie. A ce stade, il est sans doute exact de dire que tout le monde était fatigué mais content, même si tout le monde n'a sans doute pas pu finalement intervenir. En quelques mots, Vincent Présumey déclara "je ne sais pas si la salle a apprécié la tribune, mais de la tribune, la salle était bonne" et proposa de se retrouver début juin, dans de brefs délais après le référendum.

 

Photos F-A O (DR)

 

 

 

Voir aussi :

- Intervention d’Emile Fabrol au nom de la rédaction de Militant