La Voie Populaire n°32 (août 2002)
PAROLES
D'OUVRIERS, D'EMPLOYES, DE CHOMEURS
Fatima, 25 ans
employée chez Mac Donalds
a voté Laguiller
Mon père était ouvrier et on avait pas d’argent à la maison.Aujourd’hui, c’est toujours pareil : il n’a pas pu s’acheter un logement, devenir propriétaire et il devra payer un loyer toute sa vie. Quant à moi, c’est mon tour d’avoir du mal à vivre. Aujourd’hui je gagne 10.000 F brut. Cela peut paraître bien par rapport aux équipiers qui sont au SMIC. Mais je vis avec quelqu’un qui n’a pas d’emploi et je ne reçois aucune aide. Alors le loyer de 3.200 F c’est lourd.
Arlette, 46 ans
déléguée syndicale chez Cerruti, a voté Laguiller
Seuls LO et le PC ont essayé de contacter l’inspection du travail, de nous donner des pistes. Il y a un décalage entre ce qui occupe la gauche au pouvoir, les petites phrases et le marketing politique, et ce qui se vit dans les couches sociales.
Jean-Claude, 55 ans
vendeur à la FNAC,
a voté Chirac
Les 35 h c’est bien mignon, mais c’est une espèce de chape de plomb qui m’empêche de progresser. Je ne peux pas me payer le luxe de m’offrir du temps libre ; je préfère faire des heures sup’. Et là je sais que je peux tirer un trait sur une augmentation de salaire.
Olivier, 32 ans
chômeur
n’a pas voté
Je suis choqué par les inégalités. Avec d’un côté des patrons capables de prendre 120 millions d’euros d’indemnités et de l’autre des exclus de la croissance qui n’ont rien vu des soi-disant bénéfices de la mondialisation. Des multinationales qui affichent des profits records, et en face plus de 4 millions de personnes au dessous du seuil de pauvreté. Et le pire c’est qu’on pointe du doigt les plus démunis, qu’on leur demande de bouffer du travail jetable, de travailler après 60 ans...
Gwenola
employée municipale
a voté Mamère
Les présidentielles ont été un assez gros choc : voir l’extrême droite à ce point là ! Il y a eu des mouvements populaires quand même. Avec l’appel à voter Chirac, la gauche aurait dû redynamiser son tissus militant et poser des actes forts qui montrent que ce n’était pas un soutien véritable à Chirac (la droite, elle, ne se serait certainement pas désisté comme la gauche l’a fait).
Ces élections sont une remise en cause des partis de gauche. Ils ne répondaient plus aux attentes populaires. Aussi, beaucoup de gens des couches populaires se sont reportés sur Le Pen. Je pensais que le sursaut démocratique du 2ème tour des présidentielles allait porter ses fruits. Mais la campagne des législatives a été pitoyable. Personne (ni les partis politiques, ni les électeurs) n’a tiré la leçon de ce qui s’est passé.
Lila
Aide ménagère (Boulogne)
n’a pas le droit de vote
Les élections, c’est une surprise et un choc : le FN au 2ème tour. C’était une menace pour les étrangers, les gens qui sont installés depuis des années, les enfants nés ici qui ont des parents immigrés. Maintenant, la menace elle existe toujours. Des millions de gens qui pensent FN. Il faut être sur ses gardes. J’aimerais bien que les manifestations faites réveillent la conscience des gens. Le Pen a des idées très arrêtées : la peine de mort, etc. Avec lui, le pays serait totalitaire. Ce serait un retour en arrière comme en Iran.
Lhioui
n’a pas le droit de vote
Je souhaitais que la gauche gagne. Et malheureusement, je n’ai pas le droit de vote. La gauche a sorti des lois pour les gens des couches populaires. Mais moi, je ne touche personnellement pas d’aide. Je n’ai pas droit à l’APL ni aux allocations chômage.
Béatrice, 46 ans
ouvrière chez Lu
a voté Laguiller
J’ai toujours voté Jospin ou socialiste avant le plan de restructuration. Pour moi c’est normal : le socialisme a toujours défendu l’ouvrier. Quand Danone a dit qu’il fermait Calai, le gouvernement nous a lachés. C’est pour ça que j’ai voté pour Madame Laguiller.
1, 2, 3, 4, 8 Repris de Libération
5, 6, 7 Propos recueillis par Dominique Cornet