Militant n°3 novembre 2003

Il faut prendre l'argent où il est : chez les pauvres selon Raffarin

Roger Paturaud

 Le gouvernement Raffarin, parle, parle de ceux d'en bas et agit pour ceux d'en haut.

  Alors que la part des salaires dans la valeur ajouté est passée de 72,5 % en 1982 à 64,7 % en 2001, et celle des profits montant de 25 % à 31,6 %, qu'il baisse d'1,8 milliard d'€* l'impôt sur les riches,  il vient de décider la baisse du taux des intérêts versés sur le livret A. Par cette décision, il montre publiquement à l'avantage de qui il agit. Ce livret est celui des couches populaires avec 46 millions de détenteurs pour un encours de 113 millions d'€, son taux passant de 3% à 2,25%.

  Son argument se veut rationnel, c'est pour faciliter la construction des logements sociaux dit-il , en rendant moins chers pour les organismes de HLM ( Habitation à Loyer Modéré ) les emprunts qu'ils font auprès de la Caisse des dépôts.

  Non seulement il manifeste son mépris pour les petits épargnants qui s'en servent comme d'un moyen de payement courant, beaucoup ne disposent que d'une somme inférieur à 150 €, mais il dissimule la raison principale de cette décision, réorienter l'épargne vers des placements plus rémunérateurs : caisses de retraites, placement immobilier, actions, obligations et bons du trésor. Comme ce n'est pas les plus démunis qui iront sur ces placements, certains risqués comme les actions boursières, à la fois parce qu'ils ne les connaissent pas et parce qu'ils n'en ont pas les moyens, il y aura bel et bien une baisse des encours avec ce qui en découle, moins de crédit possible pour la construction du logement social.

  Le manque cruel de logements sociaux à Paris concentrés sur quelques arrondissements ou banlieues, restera en souffrance. Mais de plus agissant pour les siens en leur restituant 1,8 milliards d'€, ce gouvernement agit aussi pour lui. Ayant creusé un déficit abyssal, la dette publique atteignant 1000 milliard d'€, le déficit du budget de l'Etat, proche de 4% du PIB ( Production Intérieure Brut ), le trou de la "Sécu" qui court vers les 11 milliards d'€, il a besoin de réorienter les flux financiers pour couvrir les emprunts de l'Etat qui se font eux pour les riches à un taux beaucoup plus élevé.

généreux pour les riches

  Pour trouver d'autres sources de financement, il se montre généreux pour les riches, pingre avec les pauvres et les plus faibles, il fait  limiter à deux ans l'allocation spéciale de solidarité ( ASS ) versée aux chômeurs en fin de droits. Cette mesure est dévastatrice pour les 130 000 chômeurs de longue durée ( plus de trois ans). En les passant sur éventuellement le RMI ( le mal nommé, Revenu Minimum d'Insertion, d'insertion il n'y en a pas), il les sort des statistiques du chômage.

  En outre, contrairement à ce qu'il croit, les mesures qu'ils prend pèseront sur l'activité des entreprises et accroitront le chômage. En effet, un des principaux moteur économique est la dépense des ménages. Ce qui est donné aux riches ne sera pas dépensé en consommation, mais ira sur les autres formes d'épargne, d'ailleurs voulue par le gouvernement. L'épargne générale des ménages est de 17% du PIB. Tandis que les mesures de compensation qu'il devra prendre en plus de celles ci-dessus, frapperont les plus faibles et diminueront leur pouvoir de consommation, pesant en retour sur l'activité économique mue par la dépense des ménages. Non, ce gouvernement n'est pas le nôtre.

 

 

l Un milliard d'€ = 683 153 Smic annuel.

 

Retour rubrique politique/mouvement social