Réponse à trois militants qui soutiennent
les listes autonomes du PCF et la liste de Marie-George Buffet et Claire
Villiers en Ile de France
Voter pour ces listes serait, selon nos trois
camarades (*), une façon de défendre l’existence d’un Parti Communiste qui
reste utile malgré ses échecs et ses tares : en luttant contre sa
satellisation par un PS qui, malgré les protestations de certains dirigeants
plus à gauche, serait « incapable de tirer le moindre bilan de sa
politique antisociale sous Jospin ».
Par contre, dans les régions où le PCF s’est engagé dans « l’impasse
totale (qu’est) la reconduction pure et simple de la ‘gauche
plurielle’ », nos camarades « comprennent » ceux qui choisiront de voter LO-LCR.
Si, à mon tour, je comprends bien la leçon de cette
explication de vote, il s’agit d’accompagner les quelque 40% de militants soucieux de préserver un
PCF vécu comme « le parti de la classe ouvrière » et d’aider à son
renouveau. Ces militants-là voteront certainement pour les listes autonomes là
où elles existent. Ailleurs beaucoup iront, plus ou moins honteusement, mettre
par défaut dans l’urne le bulletin honni de « l’extrême-gauche
sectaire » représentée par les listes LO-LCR.
Que nos trois camarades révolutionnaires proposent ainsi
d’accompagner certains des meilleurs militants du PCF, cela se conçoit. Mais jusqu’où les
accompagner ? Et que leur dire au soir du premier tour ? C’est une
autre question.
Pour y répondre, il est bon de rappeler quels sont les
enjeux des prochaines élections régionales. J’en vois trois.
Premier enjeu, ces élections seront des élections
« intermédiaires », une sorte de sondage général à mi mandat par
rapport aux choses « vraiment sérieuses » que sont en France les
législatives et les présidentielles. Elles indiqueront où en est le rapport de
force entre la majorité de droite et ses opposants, le PS et ses satellites.
Elles montreront si d’autres forces politiques sont capables de faire une
percée : au centre, à l’extrême-droite, à l’extrême-gauche. Elles pèseront
sur les débats internes à chacun des partis en présence en soulignant l’échec
probable ou le début de réussite de leurs directions respectives.
Deuxième enjeu, le
renouvellement de centaines de CDD de quatre ans qui font vivre les partis en
leur assurant un certain nombre de permanents correctement rémunérés. Les
listes communes avec le PS dans 16 régions garantissent à l’appareil dirigeant
du PCF un certain nombre de ces postes et lui permettent ainsi de sauver la
mise.
Troisième enjeu que le PS et la direction du PCF ont
parfaitement bien saisi, ces élections régionales surviennent au moment même où
la Région gagne considérablement en importance pour la gestion des affaires en
devenant un échelon décisif de l’organisation territoriale de la France
intégrée à l’Union Européenne. Ainsi les conseils régionaux partageront-ils de
plus en plus le pouvoir avec Paris dans le respect, bien sûr, du
« principe de subsidiarité ». Les majorités de gauche plurielle à la
tête de plusieurs grandes régions auront à choisir entre résistance au pouvoir
central et cohabitation : ce choix - faut-il le préciser ?- est déjà
fait et ne sera pas contesté par les élus PCF.
Maintenant qu’adviendra-t-il de nos « listes
autonomes » au soir du premier tour et comment s’inscrivent-elles dans les
enjeux du scrutin ?
En termes de rapport de force interne au parti
communiste, ces listes mettent en situation dangereuse les fédérations qui ont
tenté l’aventure : si le score fatidique de 5% n’est pas atteint, c’est la
perte des élus sur toute une région, situation encore plus grave là où le PS
remportera le second tour. Les partisans de la dissolution du PCF au sein d’un
grand parti de la gauche plurielle en tireront argument. La liste
Buffet-Viliers est un cas particulier. Pour peu qu’elle atteigne les 5% de voix, elle fournira à la
Secrétaire Nationale du PCF l’argument pour proposer une voie médiane entre
« l’autonomie » et la dissolution dans un bloc dirigé par le
PS : ce qu’elle appelle déjà une politique « d’ouverture citoyenne ».
Il peut donc paraître justifié, dans ce sens, d’apporter tout le soutien
possible à ceux qui ont choisi de prendre le risque, en espérant que leur
éventuel succès donnera de la force aux gauches face aux liquidateurs ou
permettra l’ouverture du PCF à des forces sociales qui jusqu’à maintenant ne
s’y retrouvent pas : tel est le point fort, le seul à mon avis mais qui
mérite considération, dans l’argumentation de nos trois camarades.
Mais, si l’on considère maintenant le second enjeu des
élections régionales, le renouvellement des postes d’élus, en supposant cet
improbable grand succès des « listes autonomes »ou de la liste
« d’ouverture », on constate que la tactique préconisée de pousser au
gauchissement sera mise à très rude épreuve le soir même du premier tour. Car
le désistement pour le PS est acquis d’avance au niveau des directions qui
peuvent espérer obtenir après fusion des listes un ou deux éligibles de plus
que dans les seize autres régions, à supposer que l’électorat communiste
accepte de suivre les consignes de vote pour la gauche plurielle…
Que restera-t-il alors, mes camarades, de cette
campagne autonome ? Quoi d’autre que d’avoir mis en échec les
« candidatures sectaires » des listes LO-LCR, d’avoir ratissé à
gauche pour le vote PS, et d’avoir obtenu pour quatre ans quelques postes
d’élus et une vice-présidence de région ?
Quant à la gestion des régions, peut-être l’enjeu le
plus important de ces élections, on voit que c’est la gauche rassemblée au
second tour qui sera appelée à aménager et réaliser sur le terrain les
décisions prises par le gouvernement de droite : cela peut donner lieu –
plus fort que la cohabitation- à une véritable répartition des tâches.
Ainsi doit-on décrypter les déclarations des caciques
du PS conjuguant appels au respect des prérogatives de chacun et à la patience,
en attendant 2007, et appels à limiter, dès 2004, le cumul des pouvoirs entre
les mains de la droite en mettant les socialistes et leurs alliés à la tête des
régions. On connaît la position de Marie-George Buffet à ce sujet. Il s’agit de
« dépasser » à la fois « le
refus de prendre ses responsabilités de l’extrême-gauche purement
contestataire » et « l’absence
de volonté de changement du PS qui, lui, revendique d’exercer le
pouvoir ». On sait comment la direction
du PCF opère le « dépassement dialectique » de ces deux
attitudes : en contestant dans l’opposition pour mieux gérer les affaires
une fois au pouvoir…
Ce qui est proposé dans le concret par Marie-George
Buffet, c’est de donner plus de pouvoirs aux régions et d’y pratiquer une
politique de cogestion entre élus locaux, syndicats et associations censées
représenter les citoyens de base, et patronat. Car, nous explique-t-on, le
patronat « local » largement composé de PME-PMI serait un partenaire
acceptable, sensible aux besoins du terrain et pouvant s’affranchir des
pressions de la finance et des groupes multinationaux. La récente Conférence
Nationale du PCF a ainsi adopté (à l’unanimité moins six abstentions) quatre
décisions d’action dont deux concernent directement les régions. En
particulier, il est proposé de créer des Fonds régionaux appuyés sur un Fond
national, permettant aux régions de passer des accords avec les entreprises en
matière de financement, d’emploi et de licenciements, en vue d’une gestion
« plus sociale ». « Cela, nous affirme-t-on sans rire, permettrait d’infléchir et de
transformer les gestions des entreprises en commençant à les émanciper de la
domination des marchés financiers » !
(cf. l’Humanité du 11 02 2004).
Cogestion des
régions en passant des accords entre forces socialement opposées (classe
ouvrière et patronat). Cohabitation entre régions de gauche et gouvernement de
droite, en attendant 2007. C’est tout un programme ! Mais ce n’est
décidément pas le notre.
En votant, non pas
sous le manteau mais à visage découvert,
pour les listes LO-LCR, des milliers de militants communistes feront
savoir à l’équipe dirigeante du PCF qu’ils ne résignent pas à la
liquidation politique et organisationnelle de leur parti. En faisant cette démarche
collectivement et dans l’unité avec d’autres forces révolutionnaires, ils se
donneront les moyens de faire savoir aux dirigeants de LO et de la LCR que
contester aujourd’hui et attendre 2077 ou 2012 ne leur convient pas. Ils
pourront ainsi bousculer l’ensemble des forces politiques et sociales à gauche
du PS en faisant monter l’exigence d’aller vers la création d’un parti ouvrier
indépendant dont l’absence se fait cruellement sentir aujourd’hui. Quant aux
dirigeants du PS qui solliciteront les suffrages ouvriers pour le second tour,
il sera bon effectivement de leur tendre …le micro non pour exiger d’eux –ce
qui serait trop- de tirer le bilan de la politique antisociale de Jospin, mais
plus simplement pour leur demander : « vous engagez vous à abroger
les décisions antisociales de Raffarin, celles de Jospin et celles de
Juppé ? ». Si telle n’est pas leur volonté, c’est à la classe
ouvrière et à ses organisations de se préparer à prendre le pouvoir.
JME
(*)
Dominique Cornet, Raymond Debord, Benoit Guérard : pourquoi nous
soutenons les listes autonomes du PCF et la liste de Marie-George Buffet et
Claire Villiers en Ile de France