La Voie Populaire n°32 (août 2002)

La Voie Populaire n°32 (août 2002)

 

VOILA CE QUI ARRIVE QUAND ON OUBLIE LE PEUPLE

Raymond Debord

 

APRES avoir mené pendant cinq ans une politique de droite, la gauche s’est retrouvée laminée à la présidentielle : PCF à 3 %, PS disqualifié pour le second tour, l’extrême-gauche atteignant elle 11 %.

  Le Front National s’étant retrouvé au second tour par les hasards de l’arithmétique et du système électoral, la gauche - de la mal nommée LCR au PS - s’est donc mise dans la situation d’appeler à voter Chirac....

  Du coup «supermenteur» a réalisé un score digne des pires pays totalitaires, au delà même de ses rêves les plus fous.

  Après avoir trahi le mandat implicite donné par la grève de masse de novembre-décembre 1995 puis l’esprit du vote de juin 1997, la Gauche plurielle et ses appendices ont été au bout de leur logique en préférant sauver la Vème République (dont Chirac était supposé le «rempart») plutôt qu’en assumant une crise institutionnelle.

  Comment s’étonner dans ce contexte que les législatives qui ont suivi aient connu le record d’abstentions de l’après-guerre ?

  Alors que les ouvriers, les petits employés et les jeunes ont massivement déserté les urnes, les débris de la gauche plurielle se sont retrouvés à se disputer les restes du vote des «classes moyennes», dont un nombre considérable a par ailleurs opté pour la droite. Pas étonnant dans ce contexte que les technocrates du PS aient paru les plus porteurs d’un vote «utile» pour les fonctionnaires et les cadres.

 

  Par la faute des dirigeants faillis de la gauche, les représentants du MEDEF se trouvent donc sous le sigle UMP au pouvoir pour cinq ans, alors que de toute évidence ils sont minoritaires dans le pays.

  De plus, par la grâce d’institutions anti-démocratiques auxquelles la gauche n’a jamais voulu toucher, un parti qui ne représente que 33 % des électeurs s’étant exprimés se trouve maintenant disposer de tous les pouvoirs.

  Le peuple est donc privé de représentation parlementaire, ou presque. Qu’on ne s’étonne donc pas qu’il déplace le terrain d’affrontement avec le patronat et ses sbires dans la rue.

  Mais après tout n’est-ce pas là le terrain naturel où se déroulent les conflits entre les classes, un terrain autrement plus favorable aux opprimés que l’arène parlementaire ?

 

  Aujourd’hui, la classe dominée est désorientée et désabusée, les groupes d’extrême-gauche n’ayant été perçus comme une alternative que le temps d’un premier tour de présidentielle.

  Pour le monde du travail, la seule perspective réaliste est tout d’abord dans de puissantes luttes défensives contre les attaques qui ne manqueront pas de pleuvoir du côté de l’UMP ou du MEDEF.

  Ces luttes seront économiques bien sûr, mais aussi démocratiques tant il faut s’attendre à ce que la droite mène une violente offensive contre la jeunesse d’origine immigrée pour faire diversion et mater les nouvelles «classes dangereuses».

  Ensuite, la question clef sera la lutte politique pour la défense des intérêts généraux du salariat, autrement dit pour savoir une bonne fois qui doit diriger le pays : ploutocratie capitaliste ou vraie «France d’en bas».

 

  Alors que tout le monde s’entend enfin à constater qu’il y a quand même des ouvriers , des smicards et des exploités dans ce pays, reste à affirmer l’existence d’une sensibilité qui sera capable de passer aux actes et d’intervenir activement dans les conflits qui ne manqueront pas d’éclater dans les prochains mois, voire les prochaines semaines.