Un courant révolutionnaire à reconstruire

Extraits d'un appel aux communistes de France (*)

Jeudi 17 juillet 2003

par André Gérin, député du Rhône et Maxime Gremetz, député de la Somme

Le mouvement populaire s'exprime de plus en plus fort, large et déterminé. Qu'il s'agisse de la paix dans le monde, de la lutte contre les idées d'extrême droite, des retraites par répartition, de l'école, c'est à chaque fois le capitalisme qui est mis en cause à travers la condamnation des politiques du gouvernement Chirac-Raffarin et des orientations antisociales du patronat.

La légitimité et la crédibilité du capitalisme mises en cause

La mondialisation impérialiste fait flamber les inégalités et les guerres, développe des sociétés cadenassées sur un océan de misère et de pauvreté, des sociétés sécuritaires qui imposent l'austérité à l'immense masse des peuples. Les pays capitalistes s'alignent sur les États-Unis.

Maastricht, Amsterdam, le pacte de stabilité, le traité de Nice, Barcelone sont autant de pierres noires sur la route des abandons sociaux et nationaux, démocratiques. Dans le même temps, une caste étroite étale sa richesse et son opulence toute honte bue.

Plus que jamais, la question du socialisme, du communisme sont à l'ordre du jour des combats pour l'émancipation humaine. Les bouleversements que connaît la société française, bien loin d'invalider la lutte des classes, l'élargit, la généralise.

Dans ce contexte, le Parti socialiste affiche un réformisme de gauche pour renforcer son hégémonie. Il inscrit ses orientations dans le fil des évolutions du capitalisme et confirme sa volonté de reprendre sa gestion sociale libérale s'il revenait au pouvoir (comme le montre son positionnement vis-à-vis de la réforme des retraites).

L'équipe dirigeante du PCF reste atone. Elle abandonne l'identité révolutionnaire et poursuit son alignement sur la politique du PS. Elle n'entend pas l'appel de dizaines de milliers de communistes qui se sont exprimés en février 2003 sur des textes alternatifs ou qui ont traduit en abstention leur mécontentement. Elle ignore ces dizaines de milliers de communistes qui condamnent la dérive réformiste, qui restent attachés à leurs idéaux et militent pour leur réalisation. Très largement majoritaires, ces communistes, adhérents ou non, sont disponibles pour reconquérir le PCF.

Pour la reconstruction d'un parti révolutionnaire

Notre combat pour la reconstruction d'un parti révolutionnaire organisé s'inscrit dans la perspective d'ouvrir un débouché politique aux luttes et de tracer une voie socialiste. Nous plaçons au cour de notre projet la prise des pouvoirs, notamment le pouvoir économique et financier, à tous les niveaux où ils s'exercent : quartiers, cités, collectivités, entreprises. Nous nous prononçons pour l'appropriation collective des grands moyens de production, de communication et d'information. Nous voulons révolutionner les institutions, en finir avec la Constitution de 1958, la Ve République et faire émerger une nouvelle démocratie autogestionnaire.

Agir de façon révolutionnaire, c'est refuser toute fatalité, c'est combattre radicalement les pédagogies du renoncement au changement de société et faire en sorte que le PCF retrouve son autonomie, son indépendance et sa notoriété.

Nous pouvons prendre appui sur le rejet majoritaire de la ligne de capitulation dont a accouché le congrès de 2003, en particulier sur les militants qui veulent affirmer leur attachement aux choix fondamentaux de 1920.

Pour que vive un parti de classe en phase avec la radicalité sociale, nous engageons un combat national en créant au sein du parti une structure officielle et publique, ouverte aux communistes adhérents ou non, capable d'exprimer des positions politiques et d'agir, de rassembler, de renforcer le parti dans les milieux populaires, parmi les travailleurs, au sein de la jeunesse exploitée, humiliée, bafouée.

Bannir les jeux politiciens

Dans le bocal institutionnel, on s'agite déjà pour 2007 ! Les politiciens du sérail ne pensent qu'à ça, conditionnés et pervertis par la tournure plébiscitaire de l'élection du président de la République. Nous disons non, franchement non à une alternance façon 1981, 1988 ou 1997, autour d'un Parti socialiste singeant l'UMP et d'une nouvelle mouture de la gauche plurielle. Non à une participation gouvernementale pour gérer les affaires du capitalisme !

En redemander aujourd'hui, en se prononçant notamment pour la constitution de listes communes avec le PS pour les régionales et les européennes de 2004, ou avec l'extrême gauche, ce serait la fin du PCF comme force politique, une démission devant la droite et le MEDEF ! Pour quelles raisons ferions-nous ce cadeau à tous ceux qui veulent notre mort. Le PCF peut exister en toute indépendance, sans intégrer un pôle de radicalité ou se dissoudre dans la social-démocratie.

Le séisme du 21 avril 2002 n'est pas né de rien. Il s'est formé dès les premiers abandons de juillet 1997, que le PCF a avalisé, pour sa part, lors de son 30e Congrès à Martigues, en proclamant que sa participation à un gouvernement pratiquant une politique de collaboration de classe était une question stratégique et en faisant passer cette soumission avant sa vocation révolutionnaire.

Après la sévère défaite aux municipales, la marginalisation aux européennes et le cataclysme du 21 avril, on apprécie hautement les vertus de cette stratégie !

Des millions de Français ont exprimé dans les urnes ou par l'abstention leur dégoût pour ces combines, mais aussi, de façon contradictoire et chaotique, leurs espoirs en un monde meilleur. C'est cela que nous voulons faire germer.

Réhabiliter le militantisme, donner la primauté aux militants, c'est la raison d'être de l'engagement communiste. L'urgence pour le PCF c'est de retrouver ses couleurs, son esprit rebelle et tribunitien pour regagner la confiance des milieux populaires et intellectuels.

Des initiatives nationales

Nous décidons de nous engager résolument pour :

 une réforme progressiste et démocratique de la Sécurité sociale ;

 une vraie réforme de contenu progressiste pour l'éducation nationale ;

 des propositions pour donner des moyens et des pouvoirs nouveaux aux salariés afin de s'opposer aux licenciements boursiers et aux délocalisations ;

 la présentation de listes ou de candidats autonomes du PCF partout, pour toutes les élections, au premier tour. Cette exigence est particulièrement importante pour les cantonales, les régionales et les européennes de 2004 ;

 une consultation nationale des communistes sur ces questions ;

 dire non à la constitution européenne et exiger l'organisation d'un référendum ;

 être partie prenante d'initiatives unitaires pour la Palestine, l'Irak, défendre Cuba ;

 participer aux combats des communistes, des révolutionnaires, des progressistes du monde, qui ouvrent vers un nouvel internationalisme ;

 l'approfondissement de nos analyses de classe intégrant les évolutions du mode de production capitaliste et de la mondialisation impérialiste ;

 la relance du travail théorique, philosophique et de la réflexion stratégique ;

 une contribution à une histoire objective du XXe siècle, du capitalisme, du fascisme, du colonialisme, du stalinisme ;

 la réhabilitation du socialisme et du communisme ;

 à partir des réalités nationales et internationales, élaborer un vrai projet communiste.

 

(*) André Gerin, député du Rhône ; Maxime Gremetz, député de la Somme ; Yves Coquelle, sénateur du Pas-de-Calais ; Jean-Claude Danglot, secrétaire de la fédération du PCF du Pas-de-Calais ; Henri Martin, ancien membre du Comité central du PCF ; Marie-Christine Burricand, ancienne membre du Comité national du PCF ; Freddy Huck, syndicaliste ; Floriane Benoît, journaliste ; Jean-Pierre Meyer, responsable du PCF du Var.