Un courant révolutionnaire à
reconstruire
Extraits d'un appel aux communistes de
France (*)
La légitimité et la crédibilité du capitalisme mises en cause
La mondialisation impérialiste fait flamber les inégalités et les
guerres, développe des sociétés cadenassées sur un océan de misère et de
pauvreté, des sociétés sécuritaires qui imposent l'austérité à l'immense masse
des peuples. Les pays capitalistes s'alignent sur les États-Unis.
Maastricht, Amsterdam, le pacte de stabilité, le traité de Nice,
Barcelone sont autant de pierres noires sur la route des abandons sociaux et
nationaux, démocratiques. Dans le même temps, une caste étroite étale sa
richesse et son opulence toute honte bue.
Plus que jamais, la question du socialisme, du communisme sont à
l'ordre du jour des combats pour l'émancipation humaine. Les bouleversements
que connaît la société française, bien loin d'invalider la lutte des classes,
l'élargit, la généralise.
Dans ce contexte, le Parti socialiste affiche un réformisme de
gauche pour renforcer son hégémonie. Il inscrit ses orientations dans le fil
des évolutions du capitalisme et confirme sa volonté de reprendre sa gestion
sociale libérale s'il revenait au pouvoir (comme le montre son positionnement
vis-à-vis de la réforme des retraites).
L'équipe dirigeante du PCF reste atone. Elle abandonne l'identité
révolutionnaire et poursuit son alignement sur la politique du PS. Elle
n'entend pas l'appel de dizaines de milliers de communistes qui se sont
exprimés en février 2003 sur des textes alternatifs ou qui ont traduit en
abstention leur mécontentement. Elle ignore ces dizaines de milliers de
communistes qui condamnent la dérive réformiste, qui restent attachés à leurs idéaux
et militent pour leur réalisation. Très largement majoritaires, ces
communistes, adhérents ou non, sont disponibles pour reconquérir le PCF.
Notre combat pour la reconstruction d'un parti révolutionnaire
organisé s'inscrit dans la perspective d'ouvrir un débouché politique aux
luttes et de tracer une voie socialiste. Nous plaçons au cour de notre projet
la prise des pouvoirs, notamment le pouvoir économique et financier, à tous les
niveaux où ils s'exercent : quartiers, cités, collectivités, entreprises.
Nous nous prononçons pour l'appropriation collective des grands moyens de
production, de communication et d'information. Nous voulons révolutionner les
institutions, en finir avec la Constitution de 1958, la Ve République et faire
émerger une nouvelle démocratie autogestionnaire.
Agir de façon révolutionnaire, c'est refuser toute fatalité, c'est
combattre radicalement les pédagogies du renoncement au changement de société
et faire en sorte que le PCF retrouve son autonomie, son indépendance et sa
notoriété.
Nous pouvons prendre appui sur le rejet majoritaire de la ligne de
capitulation dont a accouché le congrès de 2003, en particulier sur les
militants qui veulent affirmer leur attachement aux choix fondamentaux de 1920.
Pour que vive un parti de classe en phase avec la radicalité
sociale, nous engageons un combat national en créant au sein du parti une
structure officielle et publique, ouverte aux communistes adhérents ou non,
capable d'exprimer des positions politiques et d'agir, de rassembler, de
renforcer le parti dans les milieux populaires, parmi les travailleurs, au sein
de la jeunesse exploitée, humiliée, bafouée.
Dans le bocal institutionnel, on s'agite déjà pour 2007 ! Les
politiciens du sérail ne pensent qu'à ça, conditionnés et pervertis par la
tournure plébiscitaire de l'élection du président de la République. Nous disons
non, franchement non à une alternance façon 1981, 1988 ou 1997, autour d'un
Parti socialiste singeant l'UMP et d'une nouvelle mouture de la gauche
plurielle. Non à une participation gouvernementale pour gérer les affaires du
capitalisme !
En redemander aujourd'hui, en se prononçant notamment pour la
constitution de listes communes avec le PS pour les régionales et les
européennes de 2004, ou avec l'extrême gauche, ce serait la fin du PCF comme
force politique, une démission devant la droite et le MEDEF ! Pour quelles
raisons ferions-nous ce cadeau à tous ceux qui veulent notre mort. Le PCF peut
exister en toute indépendance, sans intégrer un pôle de radicalité ou se
dissoudre dans la social-démocratie.
Le séisme du 21 avril 2002 n'est pas né de rien. Il s'est formé
dès les premiers abandons de juillet 1997, que le PCF a avalisé, pour sa part,
lors de son 30e Congrès à Martigues, en proclamant que sa participation à un
gouvernement pratiquant une politique de collaboration de classe était une
question stratégique et en faisant passer cette soumission avant sa vocation
révolutionnaire.
Après la sévère défaite aux municipales, la marginalisation aux
européennes et le cataclysme du 21 avril, on apprécie hautement les vertus de
cette stratégie !
Des millions de Français ont exprimé dans les urnes ou par
l'abstention leur dégoût pour ces combines, mais aussi, de façon contradictoire
et chaotique, leurs espoirs en un monde meilleur. C'est cela que nous voulons
faire germer.
Réhabiliter le militantisme, donner la primauté aux militants,
c'est la raison d'être de l'engagement communiste. L'urgence pour le PCF c'est
de retrouver ses couleurs, son esprit rebelle et tribunitien pour regagner la
confiance des milieux populaires et intellectuels.
Nous décidons de nous engager résolument pour :
une réforme progressiste et démocratique de la Sécurité
sociale ;
une vraie réforme de contenu progressiste pour l'éducation
nationale ;
des propositions pour donner des moyens et des pouvoirs
nouveaux aux salariés afin de s'opposer aux licenciements boursiers et aux
délocalisations ;
la présentation de listes ou de candidats autonomes du PCF
partout, pour toutes les élections, au premier tour. Cette exigence est
particulièrement importante pour les cantonales, les régionales et les
européennes de 2004 ;
une consultation nationale des communistes sur ces
questions ;
dire non à la constitution européenne et exiger
l'organisation d'un référendum ;
être partie prenante d'initiatives unitaires pour la
Palestine, l'Irak, défendre Cuba ;
participer aux combats des communistes, des
révolutionnaires, des progressistes du monde, qui ouvrent vers un nouvel
internationalisme ;
l'approfondissement de nos analyses de classe intégrant les
évolutions du mode de production capitaliste et de la mondialisation
impérialiste ;
la relance du travail théorique, philosophique et de la
réflexion stratégique ;
une contribution à une histoire objective du XXe siècle, du
capitalisme, du fascisme, du colonialisme, du stalinisme ;
la réhabilitation du socialisme et du communisme ;
à partir des réalités nationales et internationales,
élaborer un vrai projet communiste.
(*) André Gerin, député du Rhône ; Maxime Gremetz, député de
la Somme ; Yves Coquelle, sénateur du Pas-de-Calais ; Jean-Claude
Danglot, secrétaire de la fédération du PCF du Pas-de-Calais ; Henri
Martin, ancien membre du Comité central du PCF ; Marie-Christine
Burricand, ancienne membre du Comité national du PCF ; Freddy Huck,
syndicaliste ; Floriane Benoît, journaliste ; Jean-Pierre Meyer,
responsable du PCF du Var.