Praxis n°4 - décembre 2001
Débats au sein de l'opposition de gauche
Le Parti communiste français a de plus en plus de mal
à exister politiquement. Ce n’est pas un scoop. A chaque échéance électorale,
il poursuit un recul inexorable malgré (certains diront à cause de) la
«mutation» entreprise sous la houlette de Robert Hue. Depuis plusieurs années,
un nombre croissant de militants s’oppose à ce qui est jugé comme une dérive et
une adaptation grandissante à l’orientation du Parti socialiste et du gouvernement
Jospin. C’est ainsi que s’est structuré un groupe de 500 puis 700 militants
parisiens du PCF en opposition avec la «ligne» de Robert Hue. Virtuellement
majoritaire dans la capitale, ce courant a été défait suite à des manoeuvres
bureaucratiques de grande ampleur à l’occasion du 29ème congrès du PCF. Depuis,
ses initiateurs ont lancé un appel national intitulé «Nous assumons nos
responsabilités» sur lequel on trouve les signatures de Charles Hoareau
(responsable des chômeurs CGT de Marseille), les députés André Gérin
(Vénissieux) et Carvalho (Oise) ainsi qu’un grand nombre de militants dont
Raymond Debord et Dominique Cornet, animateurs de la Voie Populaire.
A l’approche du 31ème congrès, les débats se sont
faits de plus en plus âpres et on a senti nettement des velléités «sortistes»
de la part des différentes oppositions. Bien souvent, on reste malheureusement
dans le domaine du non-dit. Il semble pourtant que la majorité des animateurs
de l’appel «Nous assumons nos responsabilités» se préparent à une telle
initiative.
C’est dans ce cadre que plusieurs militants, dont
Debord (PCF 18ème) et Cornet (PCF 4ème) ont décidé de mettre les pieds dans le
plat en expliquant pourquoi cette solution leur paraissait lourde de dangers.
Malheureusement, l’ensembles des groupes
oppositionnels continuent à fonctionner avec les bonnes vieilles méthodes
d’autrefois... Ainsi les animateurs de l’appel «Nous assumons nos
responsabilités», tout en prétendant qu’il «n’y a pas de chef» dans leur groupe
ont toujours préparé secrètement les réunions et pris des décisions d’envergure
hors de toute instance démocratiquement élue. Le texte de Debord «Rester et
se battre» n’a pas été diffusé au sein de l’opposition parisienne et aucun
bulletin de discussion n’a été distribué, sous le prétexte douteux du manque de
moyens financiers...
Dans le même temps, après avoir passé pas mal de temps
à casser du sucre sur le dos des autres opposants, Lassalle et Vaubaillon,
principaux inspirateurs de «Nous assumons nos responsabilités» ont effectué un virage
à 180° (non discuté sérieusement en interne) et rallié le bloc anti Robert Hue.
Ce tournant s’est fait sur la base d’un discours commun plaçant en avant les
vieilles lubies étatistes (présentées pudiquement sous le terme de «défense des
services publics») et d’une opposition à l’Europe aux forts relents
nationalistes. Du coup, certains préfèrent l’original à la copie et des
adversaires soi-disant «de gauche» de Robert Hue se rallient à Chevènement,
comme Pierre Lévy (signataire de «Nous assumons nos responsabilités») ou Rémi
Auchédé (compagnon de route du Parti des travailleurs). La confusion est donc à
son comble, alors que l’orientation souverainiste et bonapartiste de
Chevènement (même Poujade le soutient !) est finalement encore pire que la pitoyable
alliance social-libérale de la gauche plurielle.
S’il y a des moments pendant lesquels il faut savoir
rassembler, il en est d’autres durant lesquels il vaut mieux être seul que mal
accompagné. C’est le cas aujourd’hui, l’opposition à l’orientation de Robert
Hue et Marie George Buffet restant indispensable mais nécessitant d’être libre
de toute attache avec les débris du stalinisme plus ou moins mal reconvertis
dans un patriotisme hors de propos. Il y a donc urgence pour les communistes
réellement libertaires, internationalistes et autogestionnaires à présenter un
profil indépendant dans les débats qui animent le PCF.
C’est
en tout cas le choix fait par les militants communistes qui se reconnaissent
dans les idées du journal La Voie Populaire. D’autant que certains de leurs
pronostics politiques sont en train de se vérifier. «La crise majeure du PCF
est encore à venir» et «il est encore temps de s’organiser dans cette
perspective» expliquait Franck Marsal dans un texte d’octobre 2000 (*). A
l’époque, les supporters de la Voix Populaire pensaient que si l’écart entre le
parti et les couches populaires continuait à croître, des fissures allaient
apparaître dans les sommets de l’appareil.
Et
effectivement, au moment même où les opposants déclarés sont en train de
manoeuvrer à contre-temps en préparant leur sortie, on voit enfin tout un pan de la direction (dont
Pierre Zarka, les dirigeants du Val de Marne, etc) se démarquer nettement en
publiant avec les «Refondateurs» un texte qui accuse Hue de ne pas savoir où il
va. En cas d’échec à la présidentielle, il n’est donc pas exclu qu’un véritable
putsch ait lieu au sein du comité national...
(*) Franck Marsal «Lettre ouverte aux
militants de la gauche révolutionnaire» in Praxis n°3, mars 2001.
