« Pour un débat de tous les communistes »

 

De : Gilles Ravache

Société : Parti Communiste Français

À : Militant <militant@le-militant.org>

Date : lundi 27 juin 2005 20:06

Objet : Re: FW: [info] Appel aux signatures / PCF : programme et participation gouvernementale

 

Chers amis,

 

Je ne signerai pas votre texte (1) ni aucun autre issu de quelque réseau, collectif, appel, groupement, rassemblement que ce soit. Ce texte illustre exactement ce que je ne souhaite pas pour le débat au sein de mon parti, entre communistes.

Il y est dit des choses avec lesquelles je suis plutôt d'accord. Il y est dit en revanche des choses que je n'approuve pas. Il est également argumenté à partir de faits qui ne me semblent pas tout à fait exacts, voire franchement erronés. Ce n'est pas un jugement de valeur mais un fait : vous n'arriverez jamais à écrire exactement ce que je pense. Moi même je n'écris pas assez vite.

 

Ce texte n'est pas qu'une contribution au débat. Il affirme des conditions sine qua non pour se prétendre, communiste, adversaire irréductible du capitalisme. Il vise donc à établir l'épine dorsale des orientations que devront fixer les communistes à l'occasion du congrès de leur parti.

S'il n'était qu'une contribution au débat il n'aurait d'ailleurs aucun besoin de ma signature.

S'il n'était qu'une contribution au débat, ses auteurs auraient logiquement considéré que leur point de vue devait bien avoir germé dans l'esprit d'autres communistes et que donc ces derniers le défendraient dans leur cellule, section, fédération et même au congrès national. Il n'y a pas besoin d'être un expert en matérialisme dialectique pour considérer qu'une idée ayant toujours quelque rapport à la réalité, il est peu probable qu'elle ne germe que dans un cerveau.

 

Si je devais le signer je serais logiquement amené à le défendre pour que mes camarades de parti l'approuvent. Signer quelque document que ce soit c'est s'engager, prendre position, défendre une cause. Je ne discuterais plus librement avec mes camarades, je défendrais mordicus un texte.

Que défendrais-je alors ? Ce qui me convient ou ce qui ne me convient pas, ou les deux ? Les deux bien sûr. Et empêtré dans cette logique je ne pourrai plus changer de point de vue sans trahir ceux qui avec moi auront signé ce texte. Je ne pourrai donc que défendre avec intransigeance un texte qui comme n'importe quel autre ne me satisfait pas.

 

Jusqu'à la conclusion du congrès je demande comme tous les communistes à pouvoir écouter les points de vue de mes camarades et émettre le mien.

Je ne peux défendre mes convictions que si le camarade de ma cellule peut également défendre les siennes. Je réclame de pouvoir évoluer au cours du débat. Je réclame le droit de ne pas redire dans six mois ce que je dirais aujourd'hui. Sinon passons au vote tout de suite.

 

Enfin une dernière remarque. Puis-je demander le droit de débattre plus à fond des nationalisations sans être taxé de pencher vers le PS ?

Savez-vous que dans les premières années de son existence le Parti communiste français était hostile aux nationalisations ? Je vous encourage à revoir ce qu'il en disait à l'époque.

Et est-ce exact que des pays ont connu une économie entièrement nationalisée, est-ce que cela les a conduit à générer un progrès social exemplaire ? La SNCF, EDF, GDF ne sont-elles pas propriété d'état à 100% et développent-elles une politique de service public exemplaire ? Rien n'est simple. par exemple, un pourcentage très élevé du capital investi en France vient de fonds de pension anglo-saxon (on dit 40%). On les spolie ? Mais ce sont les économies constituées par les salariés de là-bas en vue de leurs retraites. On leur paie ? Mais où trouve-t-on des sommes pareilles ? A ce sujet, qui décide des placements des fonds de pension ? En l'occurrence le plus important n'est pas la propriété du capital (il appartient aux épargnants).

 

Je ne signerai donc ni votre texte, ni un autre.

Je ferai tout ce que je peux pour que les décisions du congrès soient à la hauteur des défis de notre époque. Et pour y parvenir le plus efficace et le plus responsable me semble de faire de mon mieux pour qu'elles soient le fruit du débat de tous les communistes.

 

Bien à vous

 

Gilles Ravache

Adhérent du Pcf

Secrétaire fédéral de Haute-Savoie

Secrétaire du comité régional de Rhône-Alpes

 

 

(1) PCF : programme et participation gouvernementale (La Riposte, 23 juin 2005)