Lettre à Marie-George Buffet

André GERIN(30/03/04)

Maire de Vénissieux, député du Rhône, vice-président de la Communauté urbaine de Lyon

Chère Marie-George,

Notre pays a besoin du Parti communiste français. Le pluralisme politique à la française est un élément vital de la démocratie. Il fait partie de notre histoire et de l’exception française.

Le 21 mars, le Parti communiste a retrouvé droit de cité, grâce à la présence de listes distinctes de celles du parti socialiste, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, en Picardie, en Auvergne et en Ile-de-France. L’existence de ces listes a été obtenue par des votes majoritaires des adhérents.

Les résultats dans ces régions confirment qu’il existe un potentiel électoral pour le PCF. Mais faute d’une volonté nationale claire et d’un débat audible avant le premier tour, le choix des électeurs communistes a été brouillé. Le potentiel électoral du PCF demeure largement sous-estimé.

Il faut le faire fructifier, car il existe le danger d’une alternance, en 2007, avec un parti socialiste hégémonique. L’étau de la bipolarisation se profile, qui vise à gérer le capitalisme, à quelques variantes près, sans s’attaquer à une transformation sociale radicale, en poursuivant la marginalisation de la force communiste.

Telle est la question centrale qui nous est posée maintenant pour ne pas recommencer l’impasse mortelle de 1997. L’existence, la présence, l’influence du Parti communiste français dans une dynamique sociale et politique est vitale pour notre avenir, essentielle pour reconstruire l’espoir dans notre pays. Le rééquilibrage de la gauche en faveur du PCF est une question stratégique pour ne pas hypothéquer l’avenir. Va-t-on considérer cet équilibre comme la principale préoccupation du conseil national pour redonner au PCF une place de premier plan en 2007 ?

Par deux fois, le 21 avril 2002 et le 21 mars 2004, les équipes au pouvoir ont subi d’énormes sanctions. Dans ce contexte, le Parti communiste français peut redonner sa dignité à notre peuple, en se donnant une politique nationale lisible, en travaillant au recul de l’abstention, en combattant pour éliminer le Front national.

Menons une bataille idéologique sans précédent sur les idéaux et les valeurs du socialisme et du communisme ! Forts de notre identité communiste, audacieux pour élargir notre enracinement, élaborons un véritable projet politique qui fasse à la fois le bilan de nos actions passées, qui nous permettent de multiplier les initiatives d’envergure contre le capitalisme ravageur et qui ouvre un horizon vers un monde meilleur.

La consultation des adhérents est d’autant plus urgente que se profilent à très brève échéance les élections européennes et que le projet de constitution européenne doit être décidé au sommet de juin. Nous avons à décider de nos choix stratégiques et, de ce point de vue, il faut ajourner sine die la perspective de constituer un parti de gauche européen qui n’aurait d’autre résultat que de faire disparaître l’identité communiste.

Inspirons-nous de l’esprit toujours actuel du Conseil national de la résistance pour cultiver à la fois l’esprit de résistance et celui de reconstruction avec la majorité de la nation. Faisons fructifier tout ce qu’il y a de meilleur dans les acquis du XXè siècle.

Décidons un plan de reconquête des quartiers populaires, du monde du travail et de la création. Recréons partout des cellules communistes. Appelons notre peuple à renforcer, à adhérer largement au Parti communiste français. Redonnons-lui sa vocation populaire, nationale et internationaliste.

L’heure est à l’action, à l’unité des communistes dans leur diversité, adhérents ou non, ces dix dernières années. Réexaminons les orientations du 32è congrès afin de redéfinir des choix stratégiques qui permettent cette unité.

C’est l’existence même d’un Parti communiste français, d’un parti révolutionnaire en France qui est en jeu. Les conditions existent pour mener ce combat de reconquête. Va-t-on sans délai ouvrir ce débat ?

Reçois, chère Marie-George, mes fraternelles salutations.