Raymond Debord & Dominique Cornet
adhérents du PCF (Paris)
En janvier 2004, des représentants de 11 partis se sont
rencontrés à Berlin et se sont mis d'accord pour lancer un parti européen.
Parmi ceux-ci on trouve le Parti communiste français, les partis communistes
Autrichien et Slovaque, la Gauche Unie d'Espagne, le Parti du Socialisme
Démocratie allemand, le Parti communiste grec de l'Intérieur, le Parti de la
Refondation Communiste italien.
Ce processus a suscité un véritable déferlement de critiques
venant de tous les secteurs de l'opposition de gauche au sein du PCF : lettre
d'André Gérin, pétition de la Gauche communiste, motion de la section du 15ème
arrondissement parisien, déclaration du PRCF, tribune d'Yves Dimicoli, Laurent
Frajerman et Nicolas Marchand dans l'Humanité, etc.
Disons-le clairement et en toute fraternité : la plupart des
arguments avancés relèvent soit d'un manque d'information (de partialité ?)
soit d'un chauvinisme des plus éculé. Sur le premier point, la lecture des
projets de documents du PGE (manifeste et statuts) et la réponse de Francis
Wurtz à Dimicoli-Frajerman-Marchand dans l'Humanité lèvent toute ambiguïté.
Sur le second, à savoir les questions liées à la
"souveraineté" de la France et des communistes français, il y a un
problème très sérieux.
Le fait que la mise en place du PGE aggrave le tournant
"euroconstructif" du PCF n'est pas démontré. Oui, le PCF connaît de
très sérieuses dérives politiques dont la plus significative a été sa
participation loyale au gouvernement Jospin. Mais celle-ci n'affecte pas moins
des partis comme le PDS allemand qui participe à Berlin à une coalition menant
une politique calamiteuse. Même Refondation communiste a soutenu dans le passé
la soi-disant "Coalition de l'Olivier". On notera à ce sujet que RC
est partie prenante du PGE alors que sa scission "ministérialiste",
le Parti des Communistes italiens, reste en dehors pour l'instant. Comme quoi
il faut se méfier des caricatures. En tout état de cause, si opportunisme à
l'égard des institutions européennes il doit y avoir, ce sera avec comme sans
le PGE.
Par contre, l'existence d'un parti européen permettrait sans aucun
doute de développer les échanges entre militants à la base des différents
partis. Jusqu'à preuve du contraire, ce genre de choses n'a jamais favorisé
l'opacité et l'opportunisme mais toujours mis en difficulté les bureaucraties
et poussé en avant les tendances les plus démocratiques et les plus favorables
aux revendications ouvrières.
Alors oui, il est vrai que le programme du PGE tient en huit
points qu'on peut juger comme très limités. Mais il n'est malheureusement pas
beaucoup plus limité que celui de chacun des partis nationaux qui y
participent, qu'ils s'intitulent "communistes" ou pas. La question
des étiquettes est certes importante mais elle ne permet en aucun de définir un
contenu. Cela il n'y a que le programme qui permette de le faire. Reste à
s'entendre sur ce qu'il devrait être. S'il s'agit de préférer à l'adaptation
aux courants europhiles de la bourgeoisie un repli national portant en germe
une autre forme de collaboration de classe (comme le sous-entendent les
références appuyées de certains camarades au Conseil national de la
résistance), quel est l'intérêt pour des communistes ?
Une grande partie du débat entre partisans et adversaires du PGE
tourne autour de la question de la "souveraineté" des partis
nationaux. Le rappel de celle-ci figure d'ailleurs noir sur blanc dans la
motion soumise au vote des adhérents par la direction du PCF. Cette
souveraineté est légitime pour ce qui concerne la tactique nationale de chaque
parti. Faut-il pour autant la présenter comme quelque chose de principiel et
d'atemporel ? On est en droit de se le demander.
Rien ne permet de présupposer que la majorité des membres du PCF
soient plus à gauche que la majorité des communistes européens et des membres
des forces appelées à rejoindre le PGE. Pourquoi avoir peur du plein exercice
de la démocratie en son sein, selon le principe "un homme, une voix"
et se retrancher derrière des prérogatives nationales ? Le consensus risque
fort de conduire à l'immobilisme. L'intérêt bien compris des militants n'est-il
pas de pouvoir participer à un parti européen fonctionnant selon la règle de la
majorité, à partir du moment où des garanties existent sur le représentation
démocratique de toutes les sensibilités ?
Le courant révolutionnaire est minoritaire, que ce soit dans le
futur PGE comme dans le PCF ou chacun des partis nationaux. Il est minoritaire
dans la société. C'est bien dommage mais c'est un fait. Et c'est un fait qu'on
ne fera pas changer en cédant aux sirènes d'un chauvinisme qui n'a jamais
profité sur le long terme à la classe travailleuse ou à ses représentants.
Elever la conscience de classe, c'est chercher à lui donner une
dimension internationaliste. L'existence d'un Parti de la gauche européenne,
même sur les prévisibles bases réformistes qui seront les siennes, permettra à
cette démarche de prendre une dimension beaucoup plus concrète. Le PGE n'a pas
le tort de se constituer, il a celui de ne pas aller assez loin, tant sur le
fond (le programme) que sur la forme (le fonctionnement). En tout état de
cause, il représente un pas en avant pour les intérêts bien compris des
salariés de France comme du reste de l'Europe.
N'oublions pas qu'aucun parti révolutionnaire n'est né ex-nihilo
mais toujours à la suite d'une radicalisation du salariat et de sa réfraction
dans les partis réformistes. C'est d'ailleurs ainsi qu'est né le PCF. Il n'en
sera pas autrement demain alors que le besoin d'un outil ad-hoc se fera chaque
jour sentir davantage face à la structuration des institutions européennes. En
permettant d'unir les partis parlementaires les plus à gauche de l'Union, le
PGE favorisera le processus de constitution d'un seul parti révolutionnaire
centralisé au niveau européen, c'est-à-dire un Parti communiste de l'Union
européenne.
04 mai 2004
Voir
aussi :
-
Raymond Debord et Dominique Cornet : L’heure est à la clarté
politique (janvier 2002)