Airbus :
une crise Ç modle È ?
Franck MARSAL – avril 2007
Aprs
avoir ŽtŽ ŽrigŽ pendant des annŽes en modle par nos politiques de tous bords,
Airbus traverse la plus grave crise de son histoire. DifficultŽs industrielles,
impact de lÕEuro Ç fort È, sombres histoires de Ç stock options È,
de Ç parachutes dorŽs È pour dirigeants en disgr‰ce, milliards
d'euros ŽchangŽs discrtement entre actionnaires, feuilleton
politico-barbouso-mŽdiatique, intenses mais en grandes parties secrtes
tractations diplomatiques entre grandes puissances, É, la situation d'Airbus
est ˆ plus d'un titre emblŽmatique du capitalisme de notre sicle.
La restructuration engagŽe sous
le nom de Ç Power 8 È aura un impact Žnorme (plus de 10 000
suppressions de postes), alors que de nombreuses filires industrielles sont dŽjˆ
sinistrŽes en France et plus largement en Europe. Mme sans licenciement sec,
dans la situation Žconomique actuelle, un emploi supprimŽ est toujours, et
pendant de longs mois, un ch™meur supplŽmentaire. Un intŽrimaire aspire comme
tout autre salariŽ a la garantie de son avenir. Il en est de mme des salariŽs des entreprises
sous-traitantes. Un dŽpart en retraite non remplacŽ, c'est une chance de moins
pour un jeune arrivant sur le marchŽ du travail de trouver un emploi. Au delˆ
des drames individuels, les cožts sociaux induits sont Žnormes, tant pour l'Žtat,
les collectivitŽs locales que pour les rŽgimes sociaux. Ils n'ont pourtant fait
l'objet, dans toute la couverture presse qui a suivi l'annonce du plan,
d'aucune tentative de chiffrage.
La situation d'Airbus
questionne globalement notre Ç modle È Žconomique :
l Le dŽveloppement
de la sous-traitance va t-il faire des industries de pointe des industries Ç comme
les autres È soumises ˆ la diminution inŽluctable de l'emploi, ˆ la
concurrence des pays ˆ bas cožts de main dÕoeuvre et aux dŽlocalisations ?
l Quel
est le poids rŽel de la baisse du dollar dans la situation d'Airbus, faut-il y
rŽagir, comment peut-on le faire ?
l Que rŽpondre
ˆ un Ç rŽalisme È Žconomique et industriel qui sacrifie la vie de
milliers de travailleurs mais prŽserve les Ç stock options È
faramineuses de quelques dirigeants et actionnaires ?
l Les
activitŽs de service, seul secteur crŽateur d'emploi dans les pays industrialisŽs,
peuvent-elles poursuivre durablement leur dŽveloppement ou seront-elles rattrapŽes
par la disparition progressive de l'industrie ?
L'objet de cet article n'est
pas d'apporter une rŽponse ˆ toutes ces questions, mais d'en Žclairer
l'actualitŽ ˆ travers une analyse du Ç cas Airbus È. Cette analyse
est en elle-mme difficile. L'information disponible est limitŽe. Le modle Žconomique
d'Airbus est complexe. L'objectif de cet article est de clarifier quelques
questions vitales que pose Ç Airbus È.
La vŽritable
situation Žconomique d'Airbus :
EADS (maison-mre
d'Airbus), novembre 2005 :
Ç
La forte amŽlioration de l'EBIT (l'EBIT, de l'anglais Ç Earnings before
interests and taxes È, est une mesure couramment utilisŽe par les
financiers pour Žvaluer la rentabilitŽ d'une compagnie) de EADS
a ŽtŽ principalement produit par Airbus, qui a bŽnŽficiŽ essentiellement d'un
haut niveau de livraison (271 avions livrŽs sur les 9 premiers mois de 2005
comparŽ ˆ 224 dans la mme pŽriode de 2004) et a diminuŽ plus rapidement ses cožts
par rapport au plan Route06. EADS a enregistrŽ un rŽsultat net de 1,025
Milliards d'euros sur les 9 premiers mois de 2005 (comparŽ ˆ 588 Millions
d'Euros pour la mme pŽriode 2004), soit 1,29 Û par action (0,73 pour la mme pŽriode
2004). È
EADS, mars 2007 :
Ç Gr‰ce
ˆ un fort Žlan commercial, EADS affiche une croissance de son chiffre d'affaire
dans toutes ses divisions. De hauts niveaux de production ont conduit ˆ un
chiffre d'affaire de 39,4 milliards d'Û en hausse de 15 %. (...)
Les
difficultŽs d'Airbus ont masquŽ en 2006 une prise de commande remarquable de
790 avions, une livraison record de 434 avions, le lancement du programme A350
XWB et le succs de la certification de l'A380. (...)
La trŽsorerie
nette d'EADS s'Žlve ˆ 4,2 milliards d'Û (fin 2005 : 5,5 milliards) a ŽŽ impactŽ
par le rachat des 20 % de parts de British Aerospace (BAE Systems ) pour
2,75 milliards d'euros et le paiement de dividendes. AjustŽ de l'effet isolŽ de
l'Žvolution de l'actionnariat d'Airbus, la position de trŽsorerie s'est amŽliorŽe,
soulignant la force des tendances sous-jacentes actuelles des affaires. (...)È
AjustŽ
sur un dollar stable, les revenus d'Airbus se maintiendront, basŽs sur 440 ˆ
450 livraisons d'avion dans l'annŽe, et en dŽpit de contributions plus faibles
que prŽvu de l'A400M (l'Airbus ˆ vocation militaire). Airbus affichera une
nouvelle perte substantielle en 2007, attribuable au cožt de la restructuration
Power8, des cožts supplŽmentaires du programme A380, du cožt de lancement
potentiel du programme A350, de dŽpenses de R&D supŽrieures ainsi que de
l'impact de la dŽgradation de la paritŽ de change entre l'Euro et le Dollar. È
Voici, en quelques lignes,
l'analyse que fait la direction d'EADS de la situation Žconomique et financire
de sa sociŽtŽ et de celle de sa filiale Airbus. Au delˆ de lourdes difficultŽs
conjoncturelles (notamment les retards de l'A380, annoncŽs comme cožtant 2,1
milliards d'Û ˆ Airbus), les tendances Žconomiques sont excellentes (de 224
avions livrŽs en 2004 ˆ 450 en 2007). Les carnets de commandes
exceptionnellement pleins continuent progresser sur un rythme soutenu (790
avions commandŽs en 2007) et atteint fin 2006 le volume record de 2533 avions
en commande, pour un montant (prix catalogue) de 210 milliards d'Û (soit
presque l'Žquivalent du produit national brut annuel du Danemark!). Dans cette
situation, la sociŽtŽ rŽalise des dŽpenses importantes (R&D, lancement du
programme A350, mais aussi, paradoxalement, les frais du plan Power8 estimŽs ˆ
680 millions d' Û pour le seul 1er trimestre 2007) pour prŽparer son avenir, et
qui se traduiront par une perte (que tout indique comme provisoire) en
2007.
Le cours de l'action EADS
traduit globalement cette situation : aprs s'tre situŽ entre 20 et 25 Û en 2004, il a progressŽ vers un
record de 35 Û dŽbut 2006, avant de revenir depuis sur des niveaux de 20 ˆ 25 Û :
pas dÕeffondrement, plut™t un retard dans la rentabilitŽ attendue É
Le plan
Power 8 :
EADS, 28 fŽvrier 2007
:
Power8
permettra ˆ Airbus d'affronter le dŽfi trs important constituŽ par la
faiblesse du dollar amŽricain, la pression compŽtitive croissante, le fardeau
financier provoquŽ par les retards de l'A380 mais aussi de rŽpondre ˆ ses
besoins d'investissements futurs. (...) Dans le cadre de Power8, le management
d'Airbus mettra en place de fort efforts de rŽductions de cožt et de production
de Ç cash È pour une contribution globale ˆ l'EBIT de 2,1 milliards
de dollars ˆ partir de 2010 et 5 milliards de dollars de cash cumulŽs sur la pŽriode
2007 – 2010. Une large part des Žconomies sera rŽalisŽe par la rŽduction
de la force de travail Airbus (y compris la force de travail temporaire et les
sous-traitants travaillant sur site Airbus) de 10 000 postes.
Il n'est pas anodin de noter
que les difficultŽs de l'A380 ne viennent qu'en troisime point des motifs de Power8,
derrire la question Ç trs importante È du dollar et la pression
compŽtitive globale. C'est pourtant ce point qui a ŽtŽ le plus dŽveloppŽ par
les mŽdias. Nous allons donc, pour lever toute Žquivoque, lÕexaminer en
premier.
1er
problme : La gestion des 3 dernires annŽes et la crise de l'A380
La situation d'Airbus fait clairement appara”tre des
erreurs de gestion (ˆ la fois industrielle, l'incapacitŽ ˆ prŽvoir correctement
le dŽveloppement de l'A380, mais aussi financires et probablement commerciales),
des manipulations de cours, des transferts financiers massifs de l'entreprise
vers ses actionnaires qui l'ont rŽellement destabilisŽ. C'est malheureusement
une tendance trs gŽnŽrale du capitalisme contemporain, notamment dans des opŽrations
dite Ç LBO È, lorsqu'un fond d'investissement achte une entreprise,
lui pompe sa trŽsorerie, la dŽpce de ses actifs les plus faciles ˆ vendre et
l'abandonne ensuite ˆ son triste sort, privŽe des moyens de se relever.
Trois ŽlŽments sont ˆ relever :
1) Les
deux actionnaires majoritaires d'EADS, les groupes Lagardre et
Daimler-Chrysler ont rŽalisŽ chacun plus de 2 milliards d'Û de plus-value avant
que l'annonce des retards de l'A380 n'entra”ne une chute des cours.
2) Les
dirigeants d'Airbus eux-mmes ont rŽalisŽs (notamment No‘l Forgeard mais pas
seulement lui) des plus-values trs importantes avant de se laver les mains du
sort de leurs salariŽs (et de bŽnŽficier de scandaleuses indemnitŽs de dŽpart
de plus de 8 millions dÕEuros !)
3) BAE
s'est retirŽ d'Airbus et a cŽdŽ la totalitŽ de ses parts (18 % du capital
d'Airbus), au dŽtriment de la trŽsorerie dÕEADS qui a dž racheter ces parts.
DÕaprs, les chiffres donnŽs
par EADS, lÕimpact des retards est ŽvaluŽ ˆ 2,1 Milliards dÕEuros, alors que le
plan Power 8 cožte, pour sa seule mise en place et pour le seul 1er trimestre, 680 Millions et que le rachat
des parts BAE a cožtŽ ˆ EADS 2,75 milliards dÕEuros. Il nÕest pas difficile de
vŽrifier que les retards de lÕA380 ne sont quÕun facteur de circonstance dans
la crise actuelle. Il aurait ŽtŽ beaucoup plus difficile de justifier le plan Ç Power
8 È par la simple nŽcessitŽ de garantir ˆ EADS une plus value rapide sur
le rachat de ces actions BAE É
Dans une situation comme celle
d'Airbus, chaque euro qui part est un euro qui manque. Mme si les erreurs de
gestion ne sont pas le facteur principal, on ne peut et on ne doit pas passer
ce genre d'actions par pertes et profits. La revendication d'une commission
d'audit sur la gestion passŽe d'Airbus et l'attitude de ses dirigeants est
essentielle. Cette commission devrait tre contr™lŽe par les syndicats, tre
internationale, chercher ˆ s'allier les compŽtences et/ou les tŽmoignages de
managers intermŽdiaires d'Airbus qui connaissent les problmes et la vŽritŽ de
sa gestion. Elle devrait pouvoir examiner l'ensemble des documents comptables
et financiers, les rapports et comptes-rendus des instances dŽcisionnaires
d'Airbus et pouvoir proposer toute mesure utile, qu'il s'agisse de mesures de
gestion internes ˆ Airbus, ou de la restitution des fonds captŽs sous diverses
formes par les actionnaires ou administrateurs d'Airbus et des sociŽtŽs qui lui
sont liŽes.
Cette commission dŽborderait naturellement du cadre lŽgal
actuel et il serait tout ˆ fait essentiel de demander aux candidats ˆ l'Žlection
prŽsidentielle (et lŽgislative) de faire Žvoluer ce cadre pour que, dans chaque
sociŽtŽ soumise ˆ plan social, une telle commission puisse tre constituŽe,
avec ces mmes pouvoirs.
2me
problme : Les difficultŽs commerciales et les enjeux stratŽgiques d'Airbus
Il est avŽrŽ que les carnets de commande sont pleins.
L'industrie aŽronautique est effectivement en plein Ç boom È.
Toutefois, il s'agit d'un marchŽ instable, avec un duop™le Ç Airbus /
Boeing È sous-tendu par des relations Žtatiques fortes et de probables
nouveaux entrants sur le marchŽ dans les dix ans qui viennent (la Chine a
annoncŽ vouloir produire un concurrent ˆ l'A320 sous trois ans, dÕautres comme
le BrŽsil, la Russie sont potentiellement candidats). Ce marchŽ est donc de
plus en plus concurrentiel, avec notamment le poids croissant des nouvelles
compagnies Low Cost ou des acteurs du transport aŽrien de Fret, dont la gestion
est nettement plus indŽpendantes des Žtats que celle des compagnies nationales
classiques. Dans ces conditions, on ne peut pas fermer les yeux sur les
difficultŽs commerciales rencontrŽes par Airbus et ses enjeux stratŽgiques.
Cette situation est identique ˆ celle de beaucoup d'industrie de production de
masse (biens de consommation, automobile, ...) qui ont toutes dŽveloppŽes des
modles de sous-traitance sŽparant l'ingŽnierie de la fabrication afin de rŽduire
leurs cožts et de retrouver une
capacitŽ plus importante d'adaptation aux fluctuations de leur carnet de
commande.
Comme dans ces autres cas, il
s'agit de trouver de nouvelles organisations de travail, plus productives
(meilleure standardisation des process, partage de certaines filires de
production avec d'autres industries voire avec des concurrents), mais il s'agit
simultanŽment de procŽder ˆ la mise en place de conditions de concurrence plus
rudes entre les salariŽs, de rŽpartir les centres de dŽcision de manire ˆ
augmenter le niveau de pression que la concurrence fait peser. Quand une unitŽ
est une filiale d'Airbus, il est plus difficile pour la direction d'Airbus de
la mettre directement en concurrence avec d'autres producteurs mondiaux. On
peut parier que dans un certain nombre de cas, le transfert ˆ la sous-traitance
sera suivi d'une dŽlocalisation de la production.
Il faut cependant tre trs clair
sur un point : tant que les conditions du marchŽ mondial seront de type
capitaliste et concurrentiel, il
ne saurait y avoir d'alternative ˆ court terme ˆ la nŽcessitŽ, pour les salariŽs
d'Airbus, au fait d'tre compŽtitif avec leurs concurrents de Boeing ou
d'ailleurs. Les compagnies n'achteront
pas les avions Airbus s'ils sont, ˆ performance Žgale, sensiblement plus cher
que leurs Žquivalents Boeing. Et si l'on peut imposer aux gouvernements europŽens
des concessions, il sera beaucoup plus difficile de convaincre le gouvernement
Chinois, UPS, Emirates ou RyanAir d'augmenter le prix des avions.
Est-ce ˆ dire que les salariŽs
d'Airbus, comme ceux d'autres industries doivent accepter sans mot dire des
organisations du travail et de l'Žconomie fondŽes pour accro”tre la pression,
diviser les salariŽs et les rŽduire ˆ une dŽgradation permanente de leur revenu
et de leurs conditions de travail et d'existence ? Non, bien sžr ! Il est
indispensable que les salariŽs, qui sont LA classe productive qui assure la
survie de la sociŽtŽ, dŽfendent sans Žtats d'‰mes leur qualitŽ de vie et les
conditions de leur dŽveloppement personnel.
Pour le faire avec rŽalisme, on
peut travailler sur 3 axes immŽdiats :
1) Žquilibrer
les conditions de vie et de travail au niveau mondial (nous aborderons la
question du taux de change ultŽrieurement) : c'est donner les moyens ˆ chaque
salariŽ, quelque soit son pays de rŽsidence d'accŽder ˆ des outils essentiels
pour se dŽfendre (crŽation d'un fonds mondial d'action syndicale financŽ par
une taxe sur les flux financiers internationaux ou Žquivalent, crŽation de fŽdŽrations
syndicales sectorielles mondiales, ... bref, reproduire ˆ l'Žchelle mondiale
les mŽcanismes qui ont permis aux salariŽs des pays dŽveloppŽs de dŽfendre leur
conditions de vie en rŽgime capitaliste).
2) Žtablir,
lorsque c'est possible et pertinent, les barrires ˆ la concurrence temporaires
pour Žviter les chocs Žconomiques qui ruinent des rŽgions entires, c'est :
ouvrir
les nŽgociations commerciales internationales aux reprŽsentants des
travailleurs concernŽs. Si cela semble difficile pour une industrie
d'exportation comme l'aŽronautique, pourquoi ne pas lier dans ces nŽgociations
la question de l'industrie aŽronautique ˆ celle des ouvertures des espaces aŽriens
et des services de transports ? L'Europe et les USA viennent de signer un
accord dit Ç ciel ouvert È de libŽralisation du trafic !
se
doter d'organes de discussion entre salariŽs d'un mme secteur, indŽpendamment
du pays et du groupe ou de l'entreprise sous-traitante. Les salariŽs de Boeing
ne sont pas les ennemis de ceux dÕAirbus. Ils partagent les mmes consŽquences
de lÕintensification de la concurrence.
3) RŽpartir
Žquitablement les efforts, c'est :
s'assurer
que le capital social produit par l'activitŽ des salariŽs n'est pas accaparŽ
par une minoritŽ de privilŽgiŽs qui le dilapide pour vivre dans un luxe
insultant, cÕest mettre sous contr™le les flux de capitaux, la rŽmunŽration et
le niveau de vie de l'ensemble des couches dirigeantes (administrateurs, cadres
dirigeants, actionnaires privŽs, Žlus, ...) ; c'est un point qui peut et doit tre
regardŽ ˆ l'Žchelle de chaque entreprise et une commission ouvrire d'audit de
la situation d'Airbus pourrait tout ˆ fait s'emparer de cette question, soulevŽe
dÕailleurs par Louis Gallois lui-mme lors de son arrivŽe mais ŽvacuŽe
rapidement par les gouvernements et conseils d'administration. Le plan Power8
propose simplement un gel des salaires des cadres dirigeants, sans remettre en
cause globalement des rŽmunŽrations que chacun sait injustifiables.
s'assurer
que les baisses de prix liŽes aux importations de biens de consommations sont
bien rŽpercutŽes aux salariŽs consommateurs. Il est paradoxal de constater que,
plus les produits Ç ˆ bas prix È provenant notamment dÕAsie inondent
nos Žtalages, plus le cožt de la vie augmente.
3me
problme : la question des taux de change :
C'est la question la plus complexe et nŽanmoins la plus
importante.
Dans le cas de l'aŽronautique, c'est la faiblesse du
dollar qui est ŽvoquŽe mais dans le cas d'autres industries, les cours des
monnaies des pays Žmergents crŽent des Žcarts de compŽtitivitŽ trs importants,
qui structurent les flux commerciaux. Comme toute variable Žconomique, les taux
de change rŽsultent d'un arbitrage des acteurs, en l'occurrence, celui-ci est dŽterminŽ
largement par l'action des diffŽrentes banques centrales. La question de la
fixation des taux directeurs des banques centrale (Banque Centrale EuropŽenne,
notamment) est une question politique de la plus haute importance. Or, c'est
justement la question dont on ne dŽbat pas dans la campagne Žlectorale
actuelle.
Or, qu'est-ce que le taux de change ? Pour les
capitalistes, le taux de change est ce qui dŽtermine les rapports de force sur
le marchŽ mondial des capitaux. Plus le taux de l'Euro est ŽlevŽ, plus les
profits dŽgagŽs par les entreprises sur le sol europŽen, les capitaux qu'elles
reprŽsentent, ont de la valeur sur le marchŽ mondial, permettent par exemple
d'exercer des OPA contre des concurrents Žtrangers, de se prŽmunir d'OPA
hostiles de leur part.
En contrepartie, il devient plus difficile d'Žcouler la
marchandise produite dans le pays considŽrŽ et le maintien de la rentabilitŽ nŽcessite
une pression de plus en plus forte sur les salariŽs. Par l'action des taux directeurs, les banquiers centraux
peuvent faire monter artificiellement le cours de leur monnaie, accro”tre la
pression sur les salariŽs pour maintenir la rentabilitŽ (sous la menace de la dŽlocalisation
notamment). C'est exactement ce que vivent les salariŽs europŽens aujourd'hui.
L'expŽrience actuelle montre que les banques centrales ne vont accepter de
baisser les taux directeurs que lorsqu'un autre pŽril vient menacer la valeur
du capital : la dŽflation, telle que le Japon l'a connu lors des 10 dernires
annŽes.
En octobre 2000, un euro valait
0,82 dollar. Aujourd'hui, le mme euro vaut 1,33 dollar. Cela signifie que la
valeur en dollar de l'heure de travail du salariŽ de France a augmentŽ de 62 %
en 7 ans. La productivitŽ supplŽmentaire nŽcessaire pour maintenir la compŽtitivitŽ
d'un site de production basŽ en France est du mme ordre. C'est colossal.
Or, lˆ encore, les questions
cruciales sont curieusement absentes du dŽbat politique :
l La
politique menŽe par la banque centrale europŽenne est-elle justifiŽe ?
l Qui en
juge et sur la base de quels critres ?
l Le
dollar peut-il encore baisser du fait des dŽficits amŽricains et quelles en
seraient les consŽquences ?
l Comment
dŽfinir des taux de changes ŽquilibrŽs entre pays industrialisŽs et pays en dŽveloppement
?
Airbus,
quelle solution ? (nationalisation ?)
Il ressort clairement des ŽlŽments
mme fournis par EADS, que la motivation majeure du plan Power 8 nÕest pas le
retard de lÕA380 mais bien lÕintensification de la concurrence internationale
et la faiblesse du dollar ou plus exactement les dysfonctionnements et
manipulations des marchŽs des changes.
Cela nÕa pas empchŽ la plupart
des politiques dÕŽluder ces questions des de proposer, au cas Airbus, des
solutions de faade dont la fragilitŽ est plus ou moins visible.
1re de ces solutions : il faut renŽgocier Ç Power 8 È.
Il est clair que, nÕayant rien changŽ aux conditions initiales du problme, on
a toutes les chances dÕaboutir ˆ ce que les mmes personnes (la direction dÕAirbus
/ EADS) formule ˆ peu prs la mme solution,
2me solution : il faut recapitaliser (en sÕappuyant sur les Žtats
ou les rŽgions) Airbus. Cette solution pourrait rŽpondre ˆ une crise Ç passagre È.
Elle ne rŽpond en rien ˆ la problŽmatique de lÕintensification de la concurrence,
pas plus quÕˆ celle de la baisse du dollar. Surtout, compte tenu de la
structure actuelle des imp™ts, elle fait porter sur lÕensemble des travailleurs
la compensation des erreurs de gestion et des dŽtournements opŽrŽs par les
actionnaires et administrateurs.
3me solution : il faut renationaliser airbus. Cette
proposition est une version plus radicale de la prŽcŽdente, avec le cas ŽchŽant
le principe dÕune nationalisation Ç sans indemnisation È des propriŽtaires
actuels. Il faut noter ˆ cet Žgard que lÕappartenance ˆ lÕŽtat (lequel en lÕoccurrence ???)
ne garantit ni les erreurs de gestion (No‘l Forgeard a ŽtŽ nommŽ par lÕŽtat !),
ni la protection contre la concurrence mondiale. Le terme de Ç nationalisation È
qui renvoie clairement ˆ un contr™le de lÕŽtat est une illusion dangereuse, ˆ
laquelle, jusquÕau front populaire les syndicats avaient su sÕopposer. LÕŽtat nÕest
ni meilleur ni plus tendre patron.
Les solutions que nous avons
esquissŽ sur 3 des problŽmatiques majeures d'Airbus ne sont pas aussi
simplistes. Mais elles ont l'avantage d'tre un discours de vŽritŽ et de
proposer des axes communs pour tous les salariŽs victimes de l'intensification
de la concurrence et de la pression irrationnelle des taux de changes. Loin de
s'en remettre ˆ une puissance exterieure, qu'il s'agisse de l'Žtat ou des rŽgions,
elles s'appuie sur la mobilisation, l'intelligence et la capacitŽ autonome
d'organisation des salariŽs.
Quel
modle Žconomique pour le monde, l'aprs-mondialisation ?
Au delˆ du cas d'Airbus, et de
celui de nombreuses filires industrielles victimes des mmes processus, cette
situation Žconomique concerne l'ensemble de la population. C'est l'Žquilibre
des flux d'Žchanges mondiaux, l'Žquilibre de l'organisation Žconomique qui est
en jeu.
Derrire les mŽcanismes de taux
de change, qui perturbent les Žchanges commerciaux mondiaux, se cache une lutte
intense pour la rŽpartition internationale du profit, derrire les stock
options, les parachutes dorŽs, une rŽpartition occulte du pouvoir et des liens
de types mafieux.
L'industrialisation de certains
pays Žmergents est le moteur Žconomique fondamental de l'Žconomie mondiale.
Mais ce moteur a des ratŽs. Et comme dans toute phase d'industrialisation accŽlŽrŽe,
viendra le moment de la sur-production, des krashes, de la dŽflation. Viendra
le moment o la dŽsindustrialisation du nord, les dŽficits commerciaux,
l'endettement des mŽnages ne donneront plus de dŽbouchŽs suffisants.
Le capitalisme est toujours
sorti de ses crises en Žlargissant son pŽrimtre, en incorporant de nouvelles
masses de prolŽtaires, en intensifiant sa pŽnŽtration dans l'Žconomie, c'est ˆ
dire, en prŽparation pour l'avenir des crises plus gŽnŽrales, plus larges et
plus profondes. La phase actuelle de croissance, mme molle dans nos pays, n'Žchappera
pas ˆ cette rgle. C'est sans attendre qu'il faut jeter les bases d'un nouveau
modle Žconomique. L'exemplaritŽ du cas airbus peut nous y aider.