Ethnologie française n° 31
ACTUALITE DE L’ENQUETE OUVRIERE
articles de Sylvain Lazarus, Laure Pitti,Myriam Hidouci & Laurence Kundid , Anne Duhin, Samia Moucharik...
Tous ceux qui ont trouvé un intérêt au dossier du dernier
numéro de Praxis sur l’enquête auront à coeur de chercher à se procurer le
dernier numéro de la revue Ethnologie française (éditée par les PUF), consacré
à l’enquête ouvrière.
Le
dossier est introduit par Sylvain Lazarus avec l’article «Anthropologie
ouvrière et enquêtes d’usine : état des lieux et problématique». Il y expose les méthodes d’enquête et
d’analyse des entretiens élaborées à partir des années 1980 et de l’étude des
grèves des OS de l’automobile. Le développement le plus intéressant concerne la
définition de la catégorie du «possible» comme celle au travers de laquelle se
constitue la pensée. Pour Lazarus il s’agit de «repérer et d’analyser des
prescriptions, des pensées qui ne relèvent pas de la répétition, de la
récurrence ou de la loi, mais bien du nouveau et de la rupture». Il se démarque
nettement de la pensée historienne traditionnelle, avec laquelle la catégorie
de présent est selon lui «impensable». Pour Lazarus l’intérêt est d’étudier la
«prescription», «intellectualité dont le régime propre est celui du possible».
L’essentiel
de la méthode de Lazarus, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle
préconisée par l’Organisation politique, est reprise par les autres
contributeurs qui analysent chacun un point particulier.
Samia
Moucharik se livre à l’étude comparée de trois romans sur la condition
ouvrière, montrant que la catégorie d’ «ouvrier» n’est pas un «invariant
structurel».
Anne
Duhin pose la question de l’existence d’une «figure ouvrière féminine» à
travers l’exemple d’une usine du nord de la France. Elle montre que des
catégories comme «homme» ou «femme» ne sont pas opératoires à l’usine, où seul
compte le mot «ouvrier».
Dans
«Grèves ouvrières versus luttes de l’immigration : une controverse entre
historiens», Laure Pitti étudie la grève des ouvriers des presses de Renault en
1973. Elle développe une thèse semblable concernant l’immigration et critique
la manière dont cette catégorie n’a pas été pensée par les personnes concernées
qui se voyaient avant tout comme des ouvriers.
Enfin,
Myriam Hidouci et Laurence Kundid se livrent à une critique acerbe de la
démarche des sociologues Beaud et Pialoux. Il leur est reproché de tout voir
par le prisme déformant des rapports dominants / dominés, même s’il n’est plus
opératoire.
Les
auteurs réunis par Lazarus entendent, eux, s’attacher avant tout à la pensée
ouvrière. Ce faisant, ils aident aussi à formuler des énoncés pour la lutte.