Praxis n°4 – décembre 2001

 

Note de lecture

Ethnologie française n° 31

ACTUALITE DE L’ENQUETE OUVRIERE

 

articles de Sylvain Lazarus, Laure Pitti,Myriam Hidouci & Laurence Kundid , Anne Duhin, Samia Moucharik...

 

Tous ceux qui ont trouvé un intérêt au dossier du dernier numéro de Praxis sur l’enquête auront à coeur de chercher à se procurer le dernier numéro de la revue Ethnologie française (éditée par les PUF), consacré à l’enquête ouvrière.

Le dossier est introduit par Sylvain Lazarus avec l’article «Anthropologie ouvrière et enquêtes d’usine : état des lieux et problématique».  Il y expose les méthodes d’enquête et d’analyse des entretiens élaborées à partir des années 1980 et de l’étude des grèves des OS de l’automobile. Le développement le plus intéressant concerne la définition de la catégorie du «possible» comme celle au travers de laquelle se constitue la pensée. Pour Lazarus il s’agit de «repérer et d’analyser des prescriptions, des pensées qui ne relèvent pas de la répétition, de la récurrence ou de la loi, mais bien du nouveau et de la rupture». Il se démarque nettement de la pensée historienne traditionnelle, avec laquelle la catégorie de présent est selon lui «impensable». Pour Lazarus l’intérêt est d’étudier la «prescription», «intellectualité dont le régime propre est celui du possible».

L’essentiel de la méthode de Lazarus, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle préconisée par l’Organisation politique, est reprise par les autres contributeurs qui analysent chacun un point particulier.

Samia Moucharik se livre à l’étude comparée de trois romans sur la condition ouvrière, montrant que la catégorie d’ «ouvrier» n’est pas un «invariant structurel».

Anne Duhin pose la question de l’existence d’une «figure ouvrière féminine» à travers l’exemple d’une usine du nord de la France. Elle montre que des catégories comme «homme» ou «femme» ne sont pas opératoires à l’usine, où seul compte le mot «ouvrier».

Dans «Grèves ouvrières versus luttes de l’immigration : une controverse entre historiens», Laure Pitti étudie la grève des ouvriers des presses de Renault en 1973. Elle développe une thèse semblable concernant l’immigration et critique la manière dont cette catégorie n’a pas été pensée par les personnes concernées qui se voyaient avant tout comme des ouvriers.

Enfin, Myriam Hidouci et Laurence Kundid se livrent à une critique acerbe de la démarche des sociologues Beaud et Pialoux. Il leur est reproché de tout voir par le prisme déformant des rapports dominants / dominés, même s’il n’est plus opératoire.

Les auteurs réunis par Lazarus entendent, eux, s’attacher avant tout à la pensée ouvrière. Ce faisant, ils aident aussi à formuler des énoncés pour la lutte.