NumŽro 7, 2006

 

La gauche et les nationalisations

 

 

SĠil est commun de considŽrer que des mesures aussi radicales relvent du communisme le plus archa•que, cĠest largement le fruit dĠun anachronisme. Initialement, cĠest dans la social-dŽmocratie que se recrutent les partisans de lĠŽtatisme comme moyen de retirer graduellement son pouvoir ˆ la grande bourgeoisie, la transition au socialisme Žtant assurŽe progressivement par une sŽrie de rŽformes. Il sĠagit en quelque sorte dĠaccompagner la tendance naturelle du capitalisme ˆ la concentration et ˆ la constitution de monopoles.

 

CĠest une approche quĠon trouve chez lĠallemand Bernstein ou chez les britanniques de la Fabian Society[1] quĠon prŽsente ˆ tort comme des fondateurs du Parti travailliste (quĠils ont rejoint parce quĠils nĠavaient gure le choix) et qui plaident pour lĠinfiltration des centres de pouvoir.

 

Dans les annŽes 1920, il y a un fossŽ culturel trs important entre le mouvement communiste alors en pleine ascension et les sociaux-dŽmocrates de gauche sur la question de la transition au socialisme et de la place que doit occuper lĠEtat dans la rŽgulation Žconomique en systme capitaliste. Laissons parler lĠInternationale communiste :

 

Ç Revendiquer la socialisation ou la nationalisation des plus importantes branches d'industrie, comme le font les partis centristes[2], c'est encore tromper les masses populaires. Les centristes n'ont pas seulement induit les masses en erreur en cherchant ˆ les persuader que la socialisation peut arracher des mains du capital les principales branches d'industrie sans que la bourgeoisie soit vaincue, ils cherchent encore ˆ dŽtourner les ouvriers de la lutte vitale rŽelle pour leurs besoins les plus immŽdiats, en leur faisant espŽrer une mainmise progressive sur les diverses industries les unes aprs les autres, aprs quoi commencera la construction Ç systŽmatique È de l'Ždifice Žconomique. ils reviennent ainsi au programme minimum de la social-dŽmocratie, c'est-ˆ-dire ˆ la rŽforme du capitalisme, qui est aujourd'hui une vŽritable duperie contre-rŽvolutionnaire È (IIIe congrs 1921 : thses sur la tactique)[3].

 

A la revendication de la nationalisation, quĠils ne rejettent pas dans certains cas extrmes mais comme mŽthodologie politique, les communistes prŽfrent nettement la mise en Ïuvre du contr™le ouvrier, cĠest ˆ dire la mise sous tutelle des entreprises par les travailleurs dans une perspective de construction dĠun double pouvoir.

 

Ce nĠest que par une sŽrie de glissements successifs que les partis communistes finiront par modifier leur optique pour rejoindre la mŽthodologie social-dŽmocrate. En France, le tournant sera achevŽ en 1968 avec la mise en avant de la perspective dĠune Ç dŽmocratie avancŽe È comme Žtape Žlectorale et pacifique vers le socialisme[4]. La garantie dĠun non retour en arrire devait tre garantit par un certain nombre de Ç rŽformes de structure È modifiant substantiellement les rapports de force au sein du systme capitaliste.

 

R. D.

 

 

 

Voir aussi :

 

Classes moyennes salariŽes : avant-garde des luttes Žconomiques ou forces du statu quo ?

Dominique Cornet (novembre 2005)

L'intervention de l'Etat dans l'Žconomie a le vent en poupe au sein du monde de gauche, en particulier parmi les associations critiques du libŽralisme : ATTAC, Copernic... Le but de cet article est de tenter, dans un premier temps, de dŽceler les affinitŽs entre l'interventionnisme Žconomique et les classes moyennes salariŽes. Dans un second temps, il s'agira de s'interroger sur les liens entre ces classes et le systme Žconomique.

 

Encadrement capitaliste et reproduction du capital : pour un nouveau paradigme marxiste des rapports de classe

Alain Bihr (novembre 2005)

La question qui y est ici posŽe est celle de la nature de classe de ce que vulgairement on nomme les Ç couches moyennes salariŽes È. Je prŽciserai dĠemblŽe de qui ou quoi il s'agit.

 

De Ç lĠencadrement capitaliste È ˆ Ç lĠencadrement ethnique È : le r™le des classes moyennes migrantes dans le projet communautariste libŽral

Amir Sa•ghi (novembre 2005)

Il peut sembler pour le moins Žtonnant que la problŽmatique du r™le des classes moyennes dans le projet capitaliste soit ˆ ce point Ç le parent pauvre È de la pensŽe de la gauche dite Ç rŽvolutionnaire È.

 

DŽcembre 2001 : rŽvolte des classes moyennes argentines ?

Didier Landy (novembre 2005)

Chez le meilleur Žlve de la banque mondiale et du FMI, lĠargentinazo des journŽes insurrectionnelles du 19 et 20 dŽcembre 2001 constitue un objet fort intŽressant du point de vue de notre problŽmatique : la place et le r™le des classes moyennes dans les processus de rupture politique.

 

 



[1] BaptisŽe du nom du dictateur romain Fabien, dit Ç le temporisateur ÈÉ

[2] Partis ayant rompu avec la social-dŽmocratie suite ˆ son ralliement ˆ lĠunion sacrŽe pendant la guerre de 1914-1918 mais refusant de rejoindre la IIIme internationale, communiste.

[3] http://www.marxists.org/francais/inter_com/1921/ic3_02.htm

[4] PCF, Pour une dŽmocratie avancŽe, pour une France socialiste, brochure 1968 (connue Žgalement sous le nom de Ç manifeste de Champigny È).