
SĠil
est commun de considrer que des mesures aussi radicales relvent du communisme
le plus archaque, cĠest largement le fruit dĠun anachronisme. Initialement, cĠest
dans la social-dmocratie que se recrutent les partisans de lĠtatisme comme
moyen de retirer graduellement son pouvoir la grande bourgeoisie, la
transition au socialisme tant assure progressivement par une srie de rformes.
Il sĠagit en quelque sorte dĠaccompagner la tendance naturelle du capitalisme
la concentration et la constitution de monopoles.
CĠest
une approche quĠon trouve chez lĠallemand Bernstein ou chez les britanniques de
la Fabian Society[1] quĠon prsente tort comme des fondateurs du Parti
travailliste (quĠils ont rejoint parce quĠils nĠavaient gure le choix) et qui
plaident pour lĠinfiltration des centres de pouvoir.
Dans
les annes 1920, il y a un foss culturel trs important entre le mouvement
communiste alors en pleine ascension et les sociaux-dmocrates de gauche sur la
question de la transition au socialisme et de la place que doit occuper lĠEtat
dans la rgulation conomique en systme capitaliste. Laissons parler lĠInternationale
communiste :
Ç Revendiquer la socialisation ou la nationalisation des
plus importantes branches d'industrie, comme le font les partis centristes[2], c'est encore tromper les masses
populaires. Les centristes n'ont pas seulement induit les masses en erreur en
cherchant les persuader que la socialisation peut arracher des mains du
capital les principales branches d'industrie sans que la bourgeoisie soit
vaincue, ils cherchent encore dtourner les ouvriers de la lutte vitale relle
pour leurs besoins les plus immdiats, en leur faisant esprer une mainmise
progressive sur les diverses industries les unes aprs les autres, aprs quoi
commencera la construction Ç systmatique È de l'difice conomique.
ils reviennent ainsi au programme minimum de la social-dmocratie, c'est--dire
la rforme du capitalisme, qui est aujourd'hui une vritable duperie contre-rvolutionnaire È
(IIIe congrs 1921 : thses sur la tactique)[3].
A
la revendication de la nationalisation, quĠils ne rejettent pas dans certains
cas extrmes mais comme mthodologie politique, les communistes prfrent
nettement la mise en Ïuvre du contrle ouvrier, cĠest dire la mise sous
tutelle des entreprises par les travailleurs dans une perspective de
construction dĠun double pouvoir.
Ce
nĠest que par une srie de glissements successifs que les partis communistes
finiront par modifier leur optique pour rejoindre la mthodologie social-dmocrate.
En France, le tournant sera achev en 1968 avec la mise en avant de la
perspective dĠune Ç dmocratie avance È comme tape lectorale et
pacifique vers le socialisme[4]. La garantie dĠun non retour en arrire devait tre
garantit par un certain nombre de Ç rformes de structure È modifiant
substantiellement les rapports de force au sein du systme capitaliste.
R.
D.
Voir
aussi :
Classes moyennes
salaries : avant-garde des luttes conomiques ou forces du statu
quo ?
Dominique Cornet (novembre 2005)
L'intervention de l'Etat dans l'conomie a le vent en
poupe au sein du monde de gauche, en particulier parmi les associations
critiques du libralisme : ATTAC, Copernic... Le but de cet article est de
tenter, dans un premier temps, de dceler les affinits entre
l'interventionnisme conomique et les classes moyennes
salaries. Dans un second temps, il s'agira de s'interroger sur les liens entre
ces classes et le systme conomique.
Encadrement capitaliste et
reproduction du capital : pour un nouveau paradigme marxiste des rapports
de classe
Alain Bihr (novembre 2005)
La question qui y est ici pose est celle de la nature de
classe de ce que vulgairement on nomme les Ç couches
moyennes salaries È. Je prciserai dĠemble de qui ou quoi il s'agit.
De Ç lĠencadrement
capitaliste È Ç lĠencadrement ethnique È : le rle des
classes moyennes migrantes dans le projet communautariste libral
Amir Saghi (novembre 2005)
Il peut sembler pour le moins tonnant que la
problmatique du rle des classes moyennes
dans le projet capitaliste soit ce point Ç le parent pauvre È de la
pense de la gauche dite Ç rvolutionnaire È.
Dcembre
2001 : rvolte des classes moyennes argentines ?
Didier Landy (novembre 2005)
Chez le meilleur lve de la banque mondiale et du FMI,
lĠargentinazo des journes insurrectionnelles du 19 et 20 dcembre 2001
constitue un objet fort intressant du point de vue de notre
problmatique : la place et le rle des classes moyennes
dans les processus de rupture politique.
[1] Baptise du nom du dictateur romain Fabien, dit Ç le temporisateur ÈÉ
[2] Partis ayant rompu avec la social-dmocratie suite son ralliement lĠunion sacre pendant la guerre de 1914-1918 mais refusant de rejoindre la IIIme internationale, communiste.
[4] PCF, Pour une dmocratie avance, pour une France socialiste, brochure 1968 (connue galement sous le nom de Ç manifeste de Champigny È).