Praxis n°4 – décembre 2001
Il faut reconnaître les droits démocratiques de tous les
producteurs
communiqué de presse (23/02/2001)
Le
communiqué suivant a été diffusé par Salima JAMILI lors de la conférence de
presse tenue par les immigrés présentés symboliquement par les Verts parisiens
comme têtes de listes aux élections municipales. Sur le bilan de cette action,
voir la Voie Populaire n°29.
La Voix Populaire et l’Association
populaire d’entraide se félicitent de l’initiative des Verts de présenter «pour
l’exemple» des immigrés comme têtes de listes aux municipales.
Cette initiative, nous aurions aimé que
d’autres aient le courage de la prendre aussi, comme l’avait fait en son temps
le jeune PCF qui présentait des femmes aux élections législatives alors
qu’elles n’avaient pas le droit de vote et à fortiori celui d’être élues.
Enfin, ne
boudons pas notre plaisir, même si celui-ci risque d’être de fort courte
durée...Et bravo donc aux Verts qui ont eu le courage de porter cette idée
jusqu’au bout.
Au moins aurons nous l’occasion, ne serait-ce
que durant une conférence de presse, de dire qu’on ne peut plus continuer comme
ça à ignorer ceux qui constituent la base du pays : les ouvriers de
l’automobile, les ouvriers des chantiers, ceux de la restauration, du
nettoyage, de la sécurité, des emplois domestiques...
On ne peut plus ignorer qu’une partie
importante, voire déterminante, du salariat, se trouve marginalisée, exclue du
droit, privée de parole et enfermée dans des ghettos de misère qui entourent
les grandes villes.
Bien sûr, nous n’ignorons pas que le
débat sur le droit de vote des immigrés revêt parfois un aspect politicien et
que cette revendication est souvent une simple caution destinée à marquer comme
«démocrates» ou «de gauche» des politiciens qui sont prêts à tout sauf à s’engager
sur les problèmes de fond et à se positionner clairement sur la question
sociale.
Les mêmes cantonnent généralement la
revendication du droit de vote aux élections municipales et européennes,
ignorant délibérément les législatives car ce sont pour eux les seules
élections qui comptent : celles qui engagent la nation et déterminent l’avenir
du pays.
Alors nous, partisans de la Voix
Populaire, nous disons que tous les gens d’ici doivent être reconnus comme
tels. Nous refusons que la discussion sur le droit de vote serve à évacuer les
grandes questions immédiates comme celle des sans-papiers. Nous disons
qu’incontestablement les travailleurs immigrés et leurs familles (avec ou sans
titre de séjour) ont une communauté de destin avec le reste du peuple de
France. Nous disons que leurs enfants, tous de nationalité française,
représentent cette rencontre et notre avenir à tous. Nous disons enfin qu’il
faut reconnaître ce fait en accordant les pleins droits de citoyenneté aux
immigrés.
Cette intégration démocratique ne peut
qu’être profitable à tous, à commencer par la partie la plus exploitée et
marginalisée de la population même si elle dispose par naissance de tous ses
droits de citoyens, il est vrai assez formels. C’est pourquoi le mouvement qui
porte la Voix Populaire, composé à près de 90 % de travailleurs immigrés ne se
présente pas comme un mouvement communautaire mais comme un outil de lutte
contre les inégalités sociales et l’organisation du peuple par lui-même.
Ce combat, que nous avons commencé à
mener il y a plus de cinq ans, avec opiniâtreté et sans esbroufe, continuera au
delà des élections.