NumŽro 6, novembre 2005

 

LE Ç PLANISME È DES ANNEES 1930 : UNE TENTATIVE DE SOCIALISME SANS LE PROLETARIAT

 

Raymond DEBORD

 

 

La limite de lĠhorizon politique et syndical aux Ç rŽformes È, la mŽfiance devant la colre populaire et lĠobsession de la conqute des Ç classes moyennes È ne sont pas une invention de nos modernes Franois, ChŽrque ou Hollande. LĠŽlitisme, le philanthropisme, lĠassimilationnisme[1] sont des variantes du socialisme plus anciennes que le marxisme lui-mme[2]. Pour autant, certaines de ces tendances les plus droitires quĠait connu le mouvement ouvrier ont su ˆ un moment donnŽ se donner des allures radicales en proposant des mesures qui sont aujourdĠhui totalement hors de propos mme pour des gens comme Vincent Peillon, Marie-George Buffet voire Olivier Besancenot : la nationalisation des grandes branches industrielles, des banques et lĠinstauration dĠune planification de lĠŽconomie.

 

Le contexte

 

Au tournant des annŽes 30, plusieurs facteurs vont se combiner pour donner un nouvel essor aux idŽes qui se cristallisent dans le Ç planisme È. Le premier est lĠampleur de la crise de 1929 qui sĠŽtend aux quatre coins du monde industriel et jette des millions dĠouvriers, dĠemployŽs et de petits-bourgeois au ch™mage tandis que sŽvit une inflation galopante. Pour ne citer que rapidement lĠexemple de la France, pour une production intŽrieure brute de 100 en 1929, on rŽgresse jusquĠˆ 89 en 1932, le niveau initial nĠŽtant rattrapŽ quĠen 1939, soit dix ans aprs le dŽbut de la crise[3]. Entre 1930 et 1935, le pouvoir dĠachat baisse de 15 %. Quant au nombre de ch™meurs, il explose pour atteindre 2 millions en 1935, pour une population active de 12, 5 millions de salariŽs.

 

Le discrŽdit du capitalisme sĠaccro”t et sĠaccompagne largement de celui du parlementarisme. Le mouvement communiste, aurŽolŽ du prestige de lĠURSS Žtend son influence dans les milieux ouvriers. Le fascisme tente de capter la colre de la petite bourgeoisie ruinŽe. Partout Žmerge lĠidŽe que seules des solutions rŽsolues, portŽes par une intervention forte de lĠEtat, seront en mesure de fournir des solutions. Ce mouvement touche sous des formes diverses toutes les couches sociales, toutes les sensibilitŽs philosophiques et toutes les forces politiques. Il sĠexprime aussi bien par la thŽmatique du Ç New Deal È chez le dŽmocrate amŽricain Rossevelt que par lĠŽmergence du personnalisme chrŽtien ou lĠemprise du stalinisme. De leur c™tŽ des technocrates se demandent si ce nĠest pas ˆ eux, plut™t quĠaux capitalistes, que devrait appartenir la direction des affaires nationales.

 

Au delˆ des conclusions qui en seront tirŽes, ce nĠest donc pas sans raison que des intellectuels de formation marxiste pourront spŽculer ˆ la fin des annŽes 30 sur la Ç bureaucratisation du monde È[4] ou lĠavnement de Ç lĠre des managers È[5].

 

Un certain nombre de militants socialistes croient constater que le refus de la prolŽtarisation est le principal phŽnomne ˆ lĠÏuvre, dans les classes moyennes mais aussi au delˆ. Le mouvement ouvrier a perdu son caractre universaliste et les fascistes en tirent profit. Il sĠagit donc de faire sortir le socialisme de son Žternel Žcartlement entre discours maximaliste et compromissions en proposant un ensemble de rŽformes immŽdiates mais radicales qui seront appliquŽes systŽmatiquement : un plan.

 

Les mesures proposŽes par les principaux Ç plans È des annŽes 30, celui du Parti ouvrier belge et celui de la CGT auront en commun de puiser assez largement dans lĠarsenal du programme rŽvolutionnaire, en particulier la nationalisation des banques et des grands groupes industriels, tout en Žvacuant la perspective de rupture avec le capitalisme et par consŽquent le Sujet susceptible de la porter : le prolŽtariat.

 

Ç Ce nĠest pas par la rŽvolution quĠon peut arriver au pouvoir, cĠest par le pouvoir quĠon peut arriver ˆ la rŽvolution È (Henri De Man)

 

CĠest le choc de la premire guerre mondiale qui a provoquŽ la rupture nette dans le parcours politique du jeune socialiste belge Henri De Man, jusquĠalors plut™t orthodoxe. RalliŽ Ç par instinct È aux thses de la dŽfense nationale (jusquĠˆ sĠengager volontairement), De Man dresse en 1919 un bilan de lĠexpŽrience quĠil vient de vivre. CĠest lĠouvrage The Remaking of a mind: A soldierĠs thoughts on war and reconstruction (La Refonte d'un esprit : rŽflexions d'un soldat sur la guerre et la reconstruction), publiŽ ˆ New York et ˆ Londres. De Man y esquisse un nouveau socialisme Ç accordant plus d'importance ˆ lĠidŽe du contr™le des moyens de production qu'ˆ celle de leur propriŽtŽ et ÒrelativisantÓ la doctrine de la lutte de classe par la conscience de la solidaritŽ sociale liŽe ˆ l'intŽrt commun de la grande majoritŽ È[6].

 

En 1926, Henri De Man publie son plus cŽlbre ouvrage, Au delˆ du marxisme, qui sera traduit en 26 langues. Il propose de rejeter le marxisme, compris comme un dŽterminisme induisant la passivitŽ, pour valoriser une Žthique commune selon lui au socialisme, au christianisme et ˆ la dŽmocratie. De Man abandonne aussi le concept de lutte des classes, suspectŽ de rŽduire le prolŽtariat ˆ un groupe dŽfendant des intŽrts spŽcifiques. Pour les salariŽs, il prŽconise Ç un salaire Žquitable pour un travail quotidien Žquitable È. La phrase nĠest pas anodine dans la mesure o elle revient explicitement sur une dŽmonstration de Marx qui voyait dans cette formule Ç un palliatif È qui ne guŽrissait pas le mal de lĠexploitation[7]. Pour De Man, les problmes essentiels ne viennent pas de lĠexistence de la propriŽtŽ privŽe des moyens de production mais de la confusion entre propriŽtŽ et gestion. Il sĠagit donc non dĠabolir la premire par lĠŽtatisation mais de confier la seconde ˆ des institutions de droit public. Le socialisme nĠest plus alors Ç une antithse du capitalisme È mais Ç un systme de socialisation concurrentielle et expŽrimentale È.

 

Ayant tirŽ un trait sur les capacitŽs rŽvolutionnaires des masses et privilŽgiant lĠŽducation des cadres (principalement syndicaux), De Man considre que lĠenjeu politique essentiel est la conqute des classes moyennes auxquelles il sĠagit de proposer une perspective alternative au fascisme alors en plein essor. Les trois idŽes force de De Man sont : 1Ħ le passage graduel au socialisme ; 2Ħ la mise en Ïuvre dĠun Ç plan È portŽ par une alliance Žlectorale et alliant mesures immŽdiates et rŽformes de structure (nationalisations et contr™le du crŽdit) ; 3Ħ la co-gestion de lĠŽconomie. Il se rapproche sur ce point des thses fascistes dans la mesure o il se reconna”t dans Ç lĠorganisation autonome des intŽrts professionnels, cĠest ˆ dire du corporatisme, plut™t que dans la contrainte bureaucratique centralisŽe, cĠest ˆ dire lĠŽtatisme È.

 

Au dŽbut des annŽes 30, la pression du prolŽtariat pousse la social-dŽmocratie ˆ chercher les moyens dĠŽpouser les aspirations ˆ des solutions radicales tout en contrecarrant une option rŽvolutionnaire. Le Parti ouvrier belge fait alors appel ˆ Henri De Man, alors retirŽ en Suisse, pour lui confier la direction dĠun Bureau dĠŽtudes sociales. De Man sĠattelle immŽdiatement ˆ la rŽdaction dĠun projet Žconomique. Celui-ci est adoptŽ au congrs du POB de 1933 sous lĠintitulŽ Ç Plan du Travail È et De Man devient vice-prŽsident du parti.

 

Le Ç Plan du Travail È prŽconise lĠinstauration dĠune Žconomie mixte. Les grands axes proposŽs sont la crŽation dĠun secteur public par la nationalisation des banques, des monopoles industriels, des transports et de la grande propriŽtŽ foncire. Il sĠagit dĠune nationalisation par rachat et non par expropriation. Le Ç plan È prŽvoit la constitution du Conseil Žconomique devant rassembler salariŽs et employeurs, organisme ne remettant pas en cause la concurrence mais disposant de prŽrogatives importantes[8]. Le mot dĠordre du POB est Ç le Plan, rien que le plan, tout le plan È.

 

Les rŽvolutionnaires belges dŽcident sous la houlette de LŽon Lesoil[9] dĠentrer dans le POB pour pousser en avant la dynamique quĠils dŽclent[10]. Un de leurs dirigeants, Vereeken[11], sĠy oppose nŽanmoins en formulant des critiques parfois formalistes (contre lĠentrisme) ou superficielles (sur lĠaspect supposŽ inflationniste du Plan) mais en Žtant le seul ˆ pointer les similitudes avec le fascisme. Il ne sera pas entendu.

 

De fait, le Ç Plan È ne sera jamais appliquŽ, le POB acceptant en 1935 dĠentrer dans un gouvernement dĠunion nationale tripartite (socialistes, libŽraux et catholiques) dont De Man devient le ministre des travaux publics et de la rŽsorption du ch™mage. Il occupe plusieurs ministres jusquĠen 1938 puis prend la prŽsidence du POB en 1939. Trs contestŽ au sein du parti, il tend de plus en plus ˆ prŽconiser un socialisme Ç national È puis finit par accueillir la dŽfaite de la Belgique face ˆ lĠAllemagne comme une Ç dŽlivrance È pour les travailleurs aprs Òla dŽb‰cle du rŽgime parlementaire et de la ploutocratie capitalisteÓ.

 

Le Ç planisme È en France

 

Le Ç planisme È tente de se dŽvelopper au delˆ des frontires belges et trois confŽrences internationales sont organisŽes entre 1934 et 1937. En France, il suscite un intŽrt immŽdiat dans les milieux socialistes[12] et syndicaux. Ds 1930, Marcel DŽat publie Perspectives socialistes un ouvrage inspirŽ des idŽes dĠHenri De Man et qui esquisse une orientation nouvelle sur deux points centraux : la volontŽ de sĠadresser aux classes moyennes et lĠapologie du ministŽrialisme. Bien que subissant une critique immŽdiate de la direction du parti, DŽat accro”t son prestige en remportant en 1932 une Žlection lŽgislative ˆ Paris contre le responsable communiste Jacques Duclos. Pour son ami Marquet, le socialisme doit appara”tre comme un Ç ”lot dĠordre et un p™le dĠautoritŽ È dans une sociŽtŽ en crise. Pour ceux quĠon nomme les Ç nŽo-socialistes È, le dirigisme, le nationalisme et le corporatisme doivent tre des thŽmatiques primordiales, le Ç planisme È ayant lui pour fonction de les incarner en limitant les abus du capitalisme.

 

Mais le dŽbat entre socialistes majoritaires et Ç nŽos È demeure assez confus car il porte ˆ la fois sur le contenu des politiques proposŽes et sur les tactiques Žlectorales. Les amis de DŽat sont en effet des partisans rŽsolus de lĠalliance gouvernementale avec les radicaux, alors que LŽon Blum se pose en dŽfenseur de lĠorthodoxie marxiste et nĠenvisage alors au mieux quĠune forme de soutien sans participation. Exclus en 1933, les Ç nŽos È constituent le Parti socialiste de France – union Jean Jaurs. Ils disposent de 20.000 membres et dĠun certain nombre de parlementaires et dĠŽlus. Leurs positions ne les empchent pas dĠtre sollicitŽs au moment du Rassemblement populaire[13], auquel ils participent aux c™tŽs des communistes, des radicaux et des socialistes officiels.

 

Le fonds de la politique de Ç front populaire È consistant ˆ rallier les classes moyennes par une alliance avec le Parti Radical, il nĠy a aucune raison de formuler des exclusives ˆ lĠŽgard des Ç nŽos È qui ont ŽtŽ les premiers ˆ plaider pour une reconstitution du Ç bloc des gauches È[14].

 

DĠautres tendances socialistes se rŽclament aussi du Ç planisme È et avancent la nŽcessitŽ de combiner rŽformes de structure dans une perspective dĠŽconomie mixte et une orientation vers les classes moyennes. Il y a donc le journal LĠHomme nouveau, le groupe RŽvolution constructive qui compte dans ses membres le futur historien du socialisme Georges Lefranc ou Claude LŽvi – Strauss ; Le Combat marxiste de lĠŽconomiste Laurat ou la Tribune des fonctionnaires de Lacoste. Pour le groupe RŽvolution constructive, il sĠagit non de remettre en cause lĠEtat (comme pourraient le faire des rŽvolutionnaires) mais dĠobtenir sa Ç rŽnovation È pour Ç substituer au Gouvernement des hommes quĠil est encore lĠadministration des choses quĠil tend ˆ devenir mais que nous ferons lucide et compŽtente È[15]. 

 

Les liaisons dangereuses

 

SĠil est un point sur lequel les partisans du Ç planisme È avaient raison, cĠest sur lĠintŽrt que cette dŽmarche pouvait susciter dans la petite-bourgeoisie. CĠest par exemple le cas des technocrates du groupe X-Crise, polytechniciens qui proposent sous lĠimpulsion de Jean Coutrot un Ç planisme des ingŽnieurs È. Il y a aussi des personnalistes comme Georges Izard dĠEsprit,  des intellectuels Ç non conformistes È comme Bertrand Jouvenel et lĠŽquipe de Lutte des jeunes ou Maulnier, directeur du journal Combat. Ces derniers, reprŽsentants de la Ç jeune droite È dĠinspiration nitzchŽenne, sont alors ˆ la recherche dĠun Ç socialisme national È.

 

LĠŽcrivain Jules Romain tente de fŽdŽrer lĠensemble des Ç planistes È de droite comme de gauche et une sŽrie de rŽunions accouche dĠun document : Ç le Plan du 9 juillet È (1934). Celui-ci est signŽ par des polytechniciens dĠX-Crise, lĠancien communiste Paul Marion, des nŽo-socialistes, mais aussi et surtout des reprŽsentants de lĠextrme-droite fascisante : Roger de Saivre des Jeunesses Patriotes et Bertrand de Maudhuy des Volontaires Nationaux.

 

Sous la devise Ç LibertŽ, Ordre, Justice È, le Ç Plan du 9 juillet È propose des rŽformes institutionnelles ˆ caractre corporatiste. La rŽfŽrence explicite ˆ cette doctrine est retirŽe Ç in extremis È mais les Ç planistes du mouvement ouvrier È[16] sont mal ˆ lĠaise malgrŽ lĠonction donnŽe par DŽat.

 

Les directions de la SFIO et du PC dŽnoncent cette alliance contre nature Ç collaboration significative (É) qui reprŽsente tout simplement la ligne moyenne de la pensŽe bourgeoise È[17]. Ceci nĠempchera toutefois pas le gouvernement du Front Populaire dĠoffrir deux ans plus tard des strapontins ˆ quelques technocrates planistes comme BŽranger et Coutrot qui secondent le ministre de lĠŽconomie Spinasse et crŽent le Centre national dĠorganisation du travail (CNOT).

 

La CGT

 

CĠest nŽanmoins au sein de la CGT que les idŽes Ç planistes È trouvent le terreau le plus favorable et un vŽritable soutien avec lĠaction de RŽvolution constructive qui prŽfre lĠaction syndicale ˆ un renouveau de la SFIO jugŽ peu probable. Quelques - uns de ses dirigeants contr™lent lĠInstitut supŽrieur ouvrier de la confŽdŽration et travaillent sur la nationalisation du crŽdit, celle de grands groupes industriels et la rŽforme de lĠEtat. Le principal point de divergence avec De Man est sur le corporatisme, rejetŽ par les cŽgŽtistes.

 

La direction confŽdŽrale peroit elle aussi la fragilitŽ du rŽgime et dŽcide Ç de constituer par elle-mme un organisme technique susceptible de prŽvoir la rŽorganisation de demain, car il faut bien prŽvoir la faillite du rŽgime actuel È. La CGT ouvre dĠailleurs les colonnes de son journal Le Peuple ˆ De Man qui y publie en 1934 une sŽrie dĠarticles invitant ˆ ne pas abandonner aux mouvements fascistes le terme de Ç corporatisme È. La mme annŽe, la CGT passe aux travaux pratiques en adoptant un Plan du Travail. Il ne sĠagit pas de remettre en cause le rŽgime parlementaire mais de prendre en compte les Ç collectivitŽs È et plus seulement les individus. Il y a donc nŽcessitŽ de crŽer des organismes nouveaux permettant dĠarticuler les champs politique et Žconomique. La CGT propose de confier ce r™le ˆ une AssemblŽe Economique qui aurait pour t‰che dĠŽtablir un tableau prŽcis de lĠŽtat de lĠŽconomie franaise, dĠtre obligatoirement consultŽe sur toutes les questions Žconomiques et sociales, de formuler des propositions de lois et de contr™ler les dŽcisions prises.

 

On trouve dans le plan de la CGT comme dans celui du POB un certain nombre de nationalisations, mal prŽcisŽes et bien sžr avec rachat. Le projet est une variante du capitalisme dĠEtat, mais un capitalisme dĠEtat o la bourgeoisie dominerait encore et non un Ç capitalisme dĠEtat sous contr™le ouvrier È[18] comme avait pu lĠtre celui de la Russie rŽvolutionnaire.

 

Le Plan du Travail de la CGT reoit le soutien critique des trotskystes qui y voient un moyen de pousser en avant la dynamique rŽvolutionnaire, alors que le PCF et la CGTU le dŽnoncent comme un Ç plan fasciste È. Une Ç fentre de tir È sĠouvre en janvier 1935 quand le Parti socialiste propose au PC une alliance autour de la revendication de la nationalisation des banques et des trusts industriels. Mais la proposition reoit une fin de non-recevoir au nom des conditions considŽrŽes comme non favorables par le PC. Ds lors la perspective que la CGT puisse trouver un relais se bouche et le plan dispara”t de lĠordre du jour.

 

De fait, la gauche sĠengage dans la dynamique du Rassemblement populaire qui triomphe aux Žlections de 1936 et dont un des effets est la rŽunification syndicale avec les communistes. La donne change dĠautant plus que la CGT est submergŽe par les nouveaux adhŽrents et passe de deux ˆ cinq millions de membres dans la foulŽe de la grve gŽnŽrale de juin 1936. Le Ç centre È de la confŽdŽration joue la temporisation et les Ç planistes È se voient cantonnŽs au r™le dĠultras de lĠanti-communisme, dŽnonant par la voie de la revue Syndicats[19] la Ç colonisation È de la CGT par le PCF. Leur thŽmatique traditionnelle ne peux revenir en force quĠˆ partir de 1938 (ils reoivent 30 % des voix au congrs de Nantes de la CGT) et surtout aprs lĠinterdiction du PCF[20] et lĠexclusion de ses membres de la CGT en 1939.

 

Mais la dŽcomposition du rŽgime et lĠentrŽe en guerre posent dŽsormais les questions dĠune toute autre manire. Ayant ŽchouŽ dans leur tentative de rŽgŽnŽrer le socialisme et le mouvement syndical, les Ç planistes È vont abandonner ce qui reste de leurs illusions dans les vertus dĠun parlementarisme exangue. Reste lĠŽlitisme. Lefranc estime que le planisme a eu tort dĠavoir comptŽ sans Ç lĠinfŽrioritŽ intellectuelle du plus grand nombre, sans sa faiblesse morale, sans sa paresse aussi È[21]. La dŽfaite et lĠoccupation de la Belgique comme de la France va lui donner, ainsi quĠˆ ses camarades de tendance, lĠespoir de voir leur programme se rŽaliser par dĠautres moyensÉ

 

RŽminiscences planistes

 

Le planisme a constituŽ en quelque sorte lĠanticipation de la phase ultŽrieure de lĠexistence du mouvement socialiste : Žvacuation explicite du marxisme, nŽgation du r™le du prolŽtariat, abandon de lĠidŽe dĠun possible dŽpassement du capitalisme. Mais le planisme voulait aussi rompre avec le perpŽtuel double langage socialiste.

 

Certains de ses partisans ayant rejetŽ la collaboration trouveront dans le gaullisme premire mouture un terrain dĠexercice. Mais lĠidŽe dĠun plan de rŽformes de structures portŽ par une alliance avec les classes moyennes a trouvŽ une seconde jeunesse beaucoup plus tard, avec lĠŽpisode du Programme commun PCF-PS-MRG[22] entre 1972 et 1977.

 

Le rejet que suscite le Ç rŽformisme de gauche È de Mrs Hollande, Strauss Kahn ou Jospin peut-il conduire ˆ une forme de renouveau du planisme, cĠest ˆ dire dĠun socialisme qui se contenterait de mesures contraignant le capital ˆ un certain nombre de transferts sociaux ? CĠest une possibilitŽ qui ne saurait tre ŽcartŽe. DĠautant que le socialisme ouvrier nĠest plus une alternative, ne serait-ce quĠau niveau du discours.

 

 

 

Voir aussi

 

La gauche et les nationalisations

Raymond Debord (novembre 2005)

SĠil est commun de considŽrer que des mesures aussi radicales relvent du communisme le plus archa•que, cĠest largement le fruit dĠun anachronisme. Initialement, cĠest dans la social-dŽmocratie que se recrutent les partisans de lĠŽtatisme comme moyen de retirer graduellement son pouvoir ˆ la grande bourgeoisie, la transition au socialisme Žtant assurŽe progressivement par une sŽrie de rŽformes.

 

Classes moyennes salariŽes : avant-garde des luttes Žconomiques ou forces du statu quo ?

Dominique Cornet (novembre 2005)

L'intervention de l'Etat dans l'Žconomie a le vent en poupe au sein du monde de gauche, en particulier parmi les associations critiques du libŽralisme : ATTAC, Copernic... Le but de cet article est de tenter, dans un premier temps, de dŽceler les affinitŽs entre l'interventionnisme Žconomique et les classes moyennes salariŽes. Dans un second temps, il s'agira de s'interroger sur les liens entre ces classes et le systme Žconomique.

 

Encadrement capitaliste et reproduction du capital : pour un nouveau paradigme marxiste des rapports de classe

Alain Bihr (novembre 2005)

La question qui y est ici posŽe est celle de la nature de classe de ce que vulgairement on nomme les Ç couches moyennes salariŽes È. Je prŽciserai dĠemblŽe de qui ou quoi il s'agit.

 

De Ç lĠencadrement capitaliste È ˆ Ç lĠencadrement ethnique È : le r™le des classes moyennes migrantes dans le projet communautariste libŽral

Amir Sa•ghi (novembre 2005)

Il peut sembler pour le moins Žtonnant que la problŽmatique du r™le des classes moyennes dans le projet capitaliste soit ˆ ce point Ç le parent pauvre È de la pensŽe de la gauche dite Ç rŽvolutionnaire È.

 

DŽcembre 2001 : rŽvolte des classes moyennes argentines ?

Didier Landy (novembre 2005)

Chez le meilleur Žlve de la banque mondiale et du FMI, lĠargentinazo des journŽes insurrectionnelles du 19 et 20 dŽcembre 2001 constitue un objet fort intŽressant du point de vue de notre problŽmatique : la place et le r™le des classes moyennes dans les processus de rupture politique.

 

 

 



[1] Quatre des six catŽgories de Ç socialisme ˆ partir dĠen haut È rŽpertoriŽes par Hal Draper dans QuĠest-ce que le socialisme ˆ partir dĠen bas ? http://www.alencontre.org/archives/10/10-08.html

[2] Et dŽnoncŽes comme Ç socialisme petit-bourgeois È ou Ç bourgeois È par Marx et Engels en 1848 dans le Manifeste du parti communiste http://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000c.htm

[3] DĠaprs CarrŽ, Dubois et Malinvaud, La croissance franaise, Paris, Ed. du Seuil, 1972, p. 35

[4] Bruno Rizzi

[5] James Burnham

[6] Biographie nationale publiŽe par lĠAcadŽmie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Tome 38, fascicule 2, p. 535 ˆ 554, Etablissements Emile Bruylant, Bruxelles, 1974.

[7] K. Marx Salaires prix et profit, 1865 http://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626o.htm

[8] Pour tenter une analogie, il sĠagirait dĠun Žquivalent de notre Conseil Žconomique et social qui disposerait du pouvoir de proposer des lois.

[9] Ancien membre du comitŽ central du PC belge, exclu en 1927, dirigeant de la grve des mines ˆ Charleroi en 1932.

[10] Ç Aider les ouvriers ˆ faire tourner lĠengrenage dans lequel les chefs opportunistes ont dž mettre la main È (LŽon Trotsky, Ïuvres tome 5 p. 126, EDI)

[11] Ancien membre du comitŽ central du PC belge, exclu, dirigeant de la Ligue communiste internationale jusquĠen 1934.

[12] DĠaprs Dubief il influence AndrŽ Philip, socialiste chrŽtien partisan du dirigisme Žconomique (Le dŽclin de la IIIme RŽpublique Ed. du Seuil, Paris, 1976).

[13] Sigle officiel du Ç Front Populaire È

[14] Alliance du PS et des Radicaux dans les annŽes 1920, ˆ laquelle les communistes Žtaient alors rŽsolument hostiles.

[15] CitŽ par le Maitron http://biosoc.univ-paris1.fr/histoire/textimage/gloss21.htm

[16] Georges Lefranc : le courant planiste de 1933 ˆ 1936, in Le Mouvement social nĦ54, 1966

[17] LĠHumanitŽ, 31 juillet 1934

[18] Sur lĠorigine de ce concept, voir  Joseph Green : The question of

"state capitalism under workers' rule"  (http://home.flash.net/~comvoice/14cStateCapitalism.html)

[19] AnimŽe par Lefranc et Belin

[20] Suite au pacte germano-soviŽtique

[21] CitŽ par Jean-Pierre Le Crom Les syndicalismes et la crise du libŽralisme (1930-1950) entre planisme, corporatisme et libertŽ (communication au colloque Le libŽralisme Žconomique et politique en questions, universitŽ Paris VIII, octobre 1996).

[22] Mouvement des radicaux de gauche, anctre de lĠactuel PRG de Baylet. Une des deux branches de lĠancien Parti Radical aprs son explosion en 1972