Numro
6, novembre 2005
LE Ç PLANISME È
DES ANNEES 1930 : UNE TENTATIVE DE SOCIALISME SANS LE PROLETARIAT
Raymond DEBORD
La
limite de lĠhorizon politique et syndical aux Ç rformes È, la mfiance
devant la colre populaire et lĠobsession de la conqute des Ç classes
moyennes È ne sont pas une invention de nos modernes Franois, Chrque ou
Hollande. LĠlitisme, le philanthropisme, lĠassimilationnisme[1]
sont des variantes du socialisme plus anciennes que le marxisme lui-mme[2].
Pour autant, certaines de ces tendances les plus droitires quĠait connu le mouvement ouvrier ont su un moment
donn se donner des allures radicales en proposant des mesures qui sont aujourdĠhui
totalement hors de propos mme pour des gens comme Vincent Peillon,
Marie-George Buffet voire Olivier Besancenot : la nationalisation des
grandes branches industrielles, des banques et lĠinstauration dĠune
planification de lĠconomie.
Au
tournant des annes 30, plusieurs facteurs vont se combiner pour donner un
nouvel essor aux ides qui se cristallisent dans le Ç planisme È. Le
premier est lĠampleur de la crise de 1929 qui sĠtend aux quatre coins du monde
industriel et jette des millions dĠouvriers, dĠemploys et de petits-bourgeois
au chmage tandis que svit une inflation galopante. Pour ne citer que
rapidement lĠexemple de la France, pour une production intrieure brute de 100
en 1929, on rgresse jusquĠ 89 en 1932, le niveau initial nĠtant rattrap quĠen
1939, soit dix ans aprs le dbut de la crise[3].
Entre 1930 et 1935, le pouvoir dĠachat baisse de 15 %. Quant au nombre de chmeurs,
il explose pour atteindre 2 millions en 1935, pour une population active de 12,
5 millions de salaris.
Le
discrdit du capitalisme sĠaccrot et sĠaccompagne largement de celui du
parlementarisme. Le mouvement communiste, aurol du prestige de lĠURSS tend
son influence dans les milieux ouvriers. Le fascisme tente de capter la colre
de la petite bourgeoisie ruine. Partout merge lĠide que seules des solutions
rsolues, portes par une intervention forte de lĠEtat, seront en mesure de
fournir des solutions. Ce mouvement touche sous des formes diverses toutes les
couches sociales, toutes les sensibilits philosophiques et toutes les forces
politiques. Il sĠexprime aussi bien par la thmatique du Ç New Deal È
chez le dmocrate amricain Rossevelt que par lĠmergence du personnalisme chrtien
ou lĠemprise du stalinisme. De leur ct des technocrates se demandent si ce nĠest
pas eux, plutt quĠaux capitalistes, que devrait appartenir la direction des
affaires nationales.
Au
del des conclusions qui en seront tires, ce nĠest donc pas sans raison que
des intellectuels de formation marxiste pourront spculer la fin des annes
30 sur la Ç bureaucratisation du monde È[4]
ou lĠavnement de Ç lĠre des managers È[5].
Un
certain nombre de militants socialistes croient constater que le refus de la
proltarisation est le principal phnomne lĠÏuvre, dans les classes moyennes
mais aussi au del. Le mouvement ouvrier a perdu son caractre universaliste et
les fascistes en tirent profit. Il sĠagit donc de faire sortir le socialisme de
son ternel cartlement entre discours maximaliste et compromissions en
proposant un ensemble de rformes immdiates mais radicales qui seront appliques
systmatiquement : un plan.
Les
mesures proposes par les principaux Ç plans È des annes 30, celui
du Parti ouvrier belge et celui de la CGT auront en commun de puiser assez
largement dans lĠarsenal du programme rvolutionnaire, en particulier la
nationalisation des banques et des grands groupes industriels, tout en vacuant
la perspective de rupture avec le capitalisme et par consquent le Sujet
susceptible de la porter : le proltariat.
Ç Ce
nĠest pas par la rvolution quĠon peut arriver au pouvoir, cĠest par le pouvoir
quĠon peut arriver la rvolution È (Henri De Man)
CĠest
le choc de la premire guerre mondiale qui a provoqu la rupture nette dans le
parcours politique du jeune socialiste belge Henri De Man, jusquĠalors plutt
orthodoxe. Ralli Ç par instinct È aux thses de la dfense nationale (jusquĠ sĠengager
volontairement), De Man dresse en 1919 un bilan de lĠexprience quĠil vient de
vivre. CĠest lĠouvrage The Remaking of a mind: A
soldierĠs thoughts on war and reconstruction (La Refonte d'un esprit : rflexions d'un soldat sur la guerre et la
reconstruction), publi New York et Londres. De Man y esquisse un nouveau
socialisme Ç accordant plus d'importance lĠide du contrle des moyens
de production qu' celle de leur proprit et ÒrelativisantÓ la doctrine de la
lutte de classe par la conscience de la solidarit sociale lie l'intrt
commun de la grande majorit È[6].
En 1926, Henri De Man publie son plus clbre ouvrage, Au del
du marxisme, qui sera
traduit en 26 langues. Il propose de rejeter le marxisme, compris comme un dterminisme
induisant la passivit, pour valoriser une thique commune selon lui au
socialisme, au christianisme et la dmocratie. De Man abandonne aussi le
concept de lutte des classes, suspect de rduire le proltariat un groupe dfendant
des intrts spcifiques. Pour les salaris, il prconise Ç un salaire quitable
pour un travail quotidien quitable È. La phrase nĠest pas anodine dans la mesure o elle revient
explicitement sur une dmonstration de Marx qui voyait dans cette formule Ç un
palliatif È qui ne
gurissait pas le mal de lĠexploitation[7].
Pour De Man, les problmes essentiels ne viennent pas de lĠexistence de la
proprit prive des moyens de production mais de la confusion entre proprit
et gestion. Il sĠagit donc non dĠabolir la premire par lĠtatisation mais de
confier la seconde des institutions de droit public. Le socialisme nĠest plus
alors Ç une antithse du capitalisme È mais Ç un systme de
socialisation concurrentielle et exprimentale È.
Ayant tir un trait sur les capacits rvolutionnaires des masses
et privilgiant lĠducation des cadres (principalement syndicaux), De Man
considre que lĠenjeu politique essentiel est la conqute des classes moyennes
auxquelles il sĠagit de proposer une perspective alternative au fascisme alors
en plein essor. Les trois ides force de De Man sont : 1Ħ le passage
graduel au socialisme ; 2Ħ la mise en Ïuvre dĠun Ç plan È port
par une alliance lectorale et alliant mesures immdiates et rformes de
structure (nationalisations et contrle du crdit) ; 3Ħ la co-gestion de lĠconomie.
Il se rapproche sur ce point des thses fascistes dans la mesure o il se
reconnat dans Ç lĠorganisation autonome des intrts professionnels, cĠest
dire du corporatisme, plutt que dans la contrainte bureaucratique centralise,
cĠest dire lĠtatisme È.
Au
dbut des annes 30, la pression du proltariat pousse la social-dmocratie
chercher les moyens dĠpouser les aspirations des solutions radicales tout en
contrecarrant une option rvolutionnaire. Le Parti ouvrier belge fait alors
appel Henri De Man, alors retir en Suisse, pour lui confier la direction dĠun
Bureau dĠtudes sociales. De Man sĠattelle immdiatement la rdaction dĠun
projet conomique. Celui-ci est adopt au congrs du POB de 1933 sous lĠintitul
Ç Plan du Travail È et De Man devient vice-prsident du parti.
Le
Ç Plan du Travail È prconise lĠinstauration dĠune conomie mixte.
Les grands axes proposs sont la cration dĠun secteur public par la
nationalisation des banques, des monopoles industriels, des transports et de la
grande proprit foncire. Il sĠagit dĠune nationalisation par rachat et non
par expropriation. Le Ç plan È prvoit la constitution du Conseil conomique
devant rassembler salaris et employeurs, organisme ne remettant pas en cause
la concurrence mais disposant de prrogatives importantes[8].
Le mot dĠordre du POB est Ç le Plan, rien que le plan, tout le plan È.
Les
rvolutionnaires belges dcident sous la houlette de Lon Lesoil[9]
dĠentrer dans le POB pour pousser en avant la dynamique quĠils dclent[10].
Un de leurs dirigeants, Vereeken[11],
sĠy oppose nanmoins en formulant des critiques parfois formalistes (contre lĠentrisme)
ou superficielles (sur lĠaspect suppos inflationniste du Plan) mais en tant
le seul pointer les similitudes avec le fascisme. Il ne sera pas entendu.
De
fait, le Ç Plan È ne sera jamais appliqu, le POB acceptant en 1935 dĠentrer
dans un gouvernement dĠunion nationale tripartite (socialistes, libraux et
catholiques) dont De Man devient le ministre des travaux publics et de la rsorption
du chmage. Il occupe plusieurs ministres jusquĠen 1938 puis prend la prsidence
du POB en 1939. Trs contest au sein du parti, il tend de plus en plus prconiser
un socialisme Ç national È puis finit par accueillir la dfaite de la
Belgique face lĠAllemagne comme une Ç dlivrance È pour les travailleurs aprs Òla
dbcle du rgime parlementaire et de la ploutocratie capitalisteÓ.
Le
Ç planisme È en France
Le Ç planisme È
tente de se dvelopper au del des frontires belges et trois confrences
internationales sont organises entre 1934 et 1937. En France, il suscite un
intrt immdiat dans les milieux socialistes[12]
et syndicaux. Ds 1930, Marcel Dat publie Perspectives socialistes un ouvrage inspir des ides dĠHenri De Man et qui
esquisse une orientation nouvelle sur deux points centraux : la volont de
sĠadresser aux classes moyennes et lĠapologie du ministrialisme. Bien que
subissant une critique immdiate de la direction du parti, Dat accrot son prestige
en remportant en 1932 une lection lgislative Paris contre le responsable
communiste Jacques Duclos. Pour son ami Marquet, le socialisme doit apparatre
comme un Ç lot dĠordre et un ple dĠautorit È dans une socit en crise. Pour ceux quĠon nomme les Ç no-socialistes È,
le dirigisme, le nationalisme et le corporatisme doivent tre des thmatiques
primordiales, le Ç planisme È ayant lui pour fonction de les incarner
en limitant les abus du capitalisme.
Mais le dbat entre
socialistes majoritaires et Ç nos È demeure assez confus car il
porte la fois sur le contenu des politiques proposes et sur les tactiques lectorales.
Les amis de Dat sont en effet des partisans rsolus de lĠalliance
gouvernementale avec les radicaux, alors que Lon Blum se pose en dfenseur de
lĠorthodoxie marxiste et nĠenvisage alors au mieux quĠune forme de soutien sans
participation. Exclus en 1933, les Ç nos È constituent le Parti
socialiste de France – union Jean Jaurs. Ils disposent de 20.000 membres
et dĠun certain nombre de parlementaires et dĠlus. Leurs positions ne les empchent
pas dĠtre sollicits au moment du Rassemblement populaire[13],
auquel ils participent aux cts des communistes, des radicaux et des
socialistes officiels.
Le fonds de la politique
de Ç front populaire È consistant rallier les classes moyennes par
une alliance avec le Parti Radical, il nĠy a aucune raison de formuler des
exclusives lĠgard des Ç nos È qui ont t les premiers plaider
pour une reconstitution du Ç bloc des gauches È[14].
DĠautres
tendances socialistes se rclament aussi du Ç planisme È et avancent
la ncessit de combiner rformes de structure dans une perspective dĠconomie
mixte et une orientation vers les classes moyennes. Il y a donc le journal LĠHomme
nouveau, le groupe Rvolution
constructive qui compte dans ses
membres le futur historien du socialisme Georges Lefranc ou Claude Lvi –
Strauss ; Le Combat marxiste de
lĠconomiste Laurat ou la Tribune des fonctionnaires de Lacoste. Pour le groupe Rvolution constructive, il sĠagit non de remettre en cause lĠEtat (comme
pourraient le faire des rvolutionnaires) mais dĠobtenir sa Ç rnovation È
pour Ç substituer au Gouvernement des hommes quĠil est encore lĠadministration
des choses quĠil tend devenir mais que nous ferons lucide et comptente È[15].
Les
liaisons dangereuses
SĠil
est un point sur lequel les partisans du Ç planisme È avaient raison,
cĠest sur lĠintrt que cette dmarche pouvait susciter dans la
petite-bourgeoisie. CĠest par exemple le cas des technocrates du groupe
X-Crise, polytechniciens qui proposent sous lĠimpulsion de Jean Coutrot un Ç planisme
des ingnieurs È. Il y a aussi des personnalistes comme Georges Izard dĠEsprit, des
intellectuels Ç non conformistes È comme Bertrand Jouvenel et lĠquipe de Lutte des
jeunes ou Maulnier, directeur du
journal Combat. Ces derniers,
reprsentants de la Ç jeune droite È dĠinspiration nitzchenne, sont alors la recherche
dĠun Ç socialisme national È.
LĠcrivain
Jules Romain tente de fdrer lĠensemble des Ç planistes È de droite
comme de gauche et une srie de runions accouche dĠun document : Ç le
Plan du 9 juillet È (1934).
Celui-ci est sign par des polytechniciens dĠX-Crise, lĠancien communiste Paul
Marion, des no-socialistes, mais aussi et surtout des reprsentants de lĠextrme-droite
fascisante : Roger de Saivre des Jeunesses Patriotes et Bertrand de
Maudhuy des Volontaires Nationaux.
Sous
la devise Ç Libert, Ordre, Justice È, le Ç Plan du 9 juillet È propose des rformes institutionnelles caractre
corporatiste. La rfrence explicite cette doctrine est retire Ç in
extremis È mais les Ç planistes du mouvement ouvrier È[16]
sont mal lĠaise malgr lĠonction donne par Dat.
Les
directions de la SFIO et du PC dnoncent cette alliance contre nature Ç collaboration significative (É) qui reprsente
tout simplement la ligne moyenne de la pense bourgeoise È[17]. Ceci nĠempchera toutefois pas le gouvernement du Front
Populaire dĠoffrir deux ans plus tard des strapontins quelques technocrates
planistes comme Branger et Coutrot qui secondent le ministre de lĠconomie
Spinasse et crent le Centre national dĠorganisation du travail (CNOT).
CĠest
nanmoins au sein de la CGT que les ides Ç planistes È trouvent le
terreau le plus favorable et un vritable soutien avec lĠaction de Rvolution
constructive qui prfre lĠaction
syndicale un renouveau de la SFIO jug peu probable. Quelques - uns de ses
dirigeants contrlent lĠInstitut suprieur ouvrier de la confdration et
travaillent sur la nationalisation du crdit, celle de grands groupes
industriels et la rforme de lĠEtat. Le principal point de divergence avec De
Man est sur le corporatisme, rejet par les cgtistes.
La
direction confdrale peroit elle aussi la fragilit du rgime et dcide Ç de
constituer par elle-mme un organisme technique susceptible de prvoir la rorganisation
de demain, car il faut bien prvoir la faillite du rgime actuel È. La CGT ouvre dĠailleurs les colonnes de son journal
Le Peuple De Man qui y publie
en 1934 une srie dĠarticles invitant ne pas abandonner aux mouvements
fascistes le terme de Ç corporatisme È. La mme anne, la CGT passe
aux travaux pratiques en adoptant un Plan du Travail. Il ne sĠagit pas de
remettre en cause le rgime parlementaire mais de prendre en compte les Ç collectivits È
et plus seulement les individus. Il y a donc ncessit de crer des organismes
nouveaux permettant dĠarticuler les champs politique et conomique. La CGT
propose de confier ce rle une Assemble Economique qui aurait pour tche dĠtablir
un tableau prcis de lĠtat de lĠconomie franaise, dĠtre obligatoirement
consulte sur toutes les questions conomiques et sociales, de formuler des
propositions de lois et de contrler les dcisions prises.
On
trouve dans le plan de la CGT comme dans celui du POB un certain nombre de
nationalisations, mal prcises et bien sr avec rachat. Le projet est une
variante du capitalisme dĠEtat, mais un capitalisme dĠEtat o la bourgeoisie
dominerait encore et non un Ç capitalisme dĠEtat sous contrle ouvrier È[18] comme avait pu lĠtre celui de la Russie rvolutionnaire.
Le
Plan du Travail de la CGT reoit le soutien critique des trotskystes qui y
voient un moyen de pousser en avant la dynamique rvolutionnaire, alors que le
PCF et la CGTU le dnoncent comme un Ç plan fasciste È. Une Ç fentre de tir È sĠouvre en janvier
1935 quand le Parti socialiste propose au PC une alliance autour de la
revendication de la nationalisation des banques et des trusts industriels. Mais
la proposition reoit une fin de non-recevoir au nom des conditions considres
comme non favorables par le PC. Ds lors la perspective que la CGT puisse
trouver un relais se bouche et le plan disparat de lĠordre du jour.
De
fait, la gauche sĠengage dans la dynamique du Rassemblement populaire qui
triomphe aux lections de 1936 et dont un des effets est la runification
syndicale avec les communistes. La donne change dĠautant plus que la CGT est
submerge par les nouveaux adhrents et passe de deux cinq millions de membres
dans la foule de la grve gnrale de juin 1936. Le Ç centre È de la
confdration joue la temporisation et les Ç planistes È se voient
cantonns au rle dĠultras de lĠanti-communisme, dnonant par la voie de la
revue Syndicats[19] la Ç colonisation È de la CGT par le PCF. Leur thmatique traditionnelle
ne peux revenir en force quĠ partir de 1938 (ils reoivent 30 % des voix au
congrs de Nantes de la CGT) et surtout aprs lĠinterdiction du PCF[20]
et lĠexclusion de ses membres de la CGT en 1939.
Mais
la dcomposition du rgime et lĠentre en guerre posent dsormais les questions
dĠune toute autre manire. Ayant chou dans leur tentative de rgnrer le
socialisme et le mouvement syndical, les Ç planistes È vont
abandonner ce qui reste de leurs illusions dans les vertus dĠun parlementarisme
exangue. Reste lĠlitisme. Lefranc estime que le planisme a eu tort dĠavoir
compt sans Ç lĠinfriorit intellectuelle du plus grand nombre, sans
sa faiblesse morale, sans sa paresse aussi È[21]. La dfaite et lĠoccupation de la Belgique comme de
la France va lui donner, ainsi quĠ ses camarades de tendance, lĠespoir de voir
leur programme se raliser par dĠautres moyensÉ
Le planisme a constitu
en quelque sorte lĠanticipation de la phase ultrieure de lĠexistence du
mouvement socialiste : vacuation explicite du marxisme, ngation du rle
du proltariat, abandon de lĠide dĠun possible dpassement du capitalisme.
Mais le planisme voulait aussi rompre avec le perptuel double langage
socialiste.
Certains de ses partisans
ayant rejet la collaboration trouveront dans le gaullisme premire mouture un
terrain dĠexercice. Mais lĠide dĠun plan de rformes de structures port par
une alliance avec les classes moyennes a trouv une seconde jeunesse beaucoup
plus tard, avec lĠpisode du Programme commun PCF-PS-MRG[22]
entre 1972 et 1977.
Le rejet que suscite le Ç rformisme
de gauche È de Mrs Hollande, Strauss Kahn ou Jospin peut-il conduire une
forme de renouveau du planisme, cĠest dire dĠun socialisme qui se
contenterait de mesures contraignant le capital un certain nombre de
transferts sociaux ? CĠest une possibilit qui ne saurait tre carte. DĠautant
que le socialisme ouvrier nĠest plus une alternative, ne serait-ce quĠau niveau
du discours.
Voir
aussi
La gauche et les
nationalisations
Raymond Debord (novembre 2005)
SĠil est commun de considrer que des mesures aussi
radicales relvent du communisme le plus archaque, cĠest largement le fruit
dĠun anachronisme. Initialement, cĠest dans la social-dmocratie
que se recrutent les partisans de lĠtatisme comme moyen de retirer
graduellement son pouvoir la grande bourgeoisie, la transition au socialisme
tant assure progressivement par une srie de rformes.
Classes moyennes
salaries : avant-garde des luttes conomiques ou forces du statu
quo ?
Dominique Cornet (novembre 2005)
L'intervention de l'Etat dans l'conomie a le vent en
poupe au sein du monde de gauche, en particulier parmi les associations
critiques du libralisme : ATTAC, Copernic... Le but de cet article est de
tenter, dans un premier temps, de dceler les affinits entre
l'interventionnisme conomique et les classes moyennes
salaries. Dans un second temps, il s'agira de s'interroger sur les liens entre
ces classes et le systme conomique.
Encadrement capitaliste et
reproduction du capital : pour un nouveau paradigme marxiste des rapports
de classe
Alain Bihr (novembre 2005)
La question qui y est ici pose est celle de la nature de
classe de ce que vulgairement on nomme les Ç couches moyennes
salaries È. Je prciserai dĠemble de qui ou quoi il s'agit.
De Ç lĠencadrement
capitaliste È Ç lĠencadrement ethnique È : le rle des
classes moyennes migrantes dans le projet communautariste libral
Amir Saghi (novembre 2005)
Il peut sembler pour le moins tonnant que la
problmatique du rle des classes moyennes
dans le projet capitaliste soit ce point Ç le parent pauvre È de la
pense de la gauche dite Ç rvolutionnaire È.
Dcembre
2001 : rvolte des classes moyennes argentines ?
Didier Landy (novembre 2005)
Chez le meilleur lve de la banque mondiale et du FMI,
lĠargentinazo des journes insurrectionnelles du 19 et 20 dcembre 2001
constitue un objet fort intressant du point de vue de notre
problmatique : la place et le rle des classes moyennes
dans les processus de rupture politique.
[1] Quatre des
six catgories de Ç socialisme partir dĠen haut È rpertories par
Hal Draper dans QuĠest-ce que le socialisme partir dĠen bas ? http://www.alencontre.org/archives/10/10-08.html
[2] Et dnonces comme Ç socialisme petit-bourgeois È ou Ç bourgeois È par Marx et Engels en 1848 dans le Manifeste du parti communiste http://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000c.htm
[3] DĠaprs Carr, Dubois et Malinvaud, La croissance franaise, Paris, Ed. du Seuil, 1972, p. 35
[4] Bruno Rizzi
[5] James Burnham
[6] Biographie nationale publie par lĠAcadmie royale des
sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Tome 38, fascicule 2, p. 535 554, Etablissements Emile
Bruylant, Bruxelles, 1974.
[7] K. Marx Salaires
prix et profit, 1865 http://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626o.htm
[8] Pour tenter une analogie, il sĠagirait dĠun quivalent de notre Conseil conomique et social qui disposerait du pouvoir de proposer des lois.
[9] Ancien membre du comit central du PC belge, exclu en 1927, dirigeant de la grve des mines Charleroi en 1932.
[10] Ç Aider les ouvriers faire tourner lĠengrenage dans lequel les chefs opportunistes ont d mettre la main È (Lon Trotsky, Ïuvres tome 5 p. 126, EDI)
[11] Ancien membre du comit central du PC belge, exclu, dirigeant de la Ligue communiste internationale jusquĠen 1934.
[12] DĠaprs Dubief il influence Andr Philip, socialiste chrtien partisan du dirigisme conomique (Le dclin de la IIIme Rpublique Ed. du Seuil, Paris, 1976).
[13] Sigle officiel du Ç Front Populaire È
[14] Alliance du PS et des Radicaux dans les annes 1920, laquelle les communistes taient alors rsolument hostiles.
[15] Cit par le Maitron http://biosoc.univ-paris1.fr/histoire/textimage/gloss21.htm
[16] Georges
Lefranc : le courant planiste de 1933 1936, in Le Mouvement social nĦ54, 1966
[17] LĠHumanit, 31 juillet 1934
[18] Sur
lĠorigine de ce concept, voir
Joseph Green : The question of
"state capitalism under workers' rule" (http://home.flash.net/~comvoice/14cStateCapitalism.html)
[19] Anime par Lefranc et Belin
[20] Suite au pacte germano-sovitique
[21] Cit par
Jean-Pierre Le Crom Les syndicalismes et la crise du libralisme (1930-1950)
entre planisme, corporatisme et libert (communication
au colloque Le libralisme conomique et politique en questions, universit Paris VIII, octobre 1996).
[22] Mouvement des radicaux de gauche, anctre de lĠactuel PRG de Baylet. Une des deux branches de lĠancien Parti Radical aprs son explosion en 1972