Le voile en marche en Europe
Roger Paturaud
C'est
dans sa version iranienne que le voile islamique est apparu sur la scène
médiatique, comme signe de réveil de l'islam. L'imam Khomeyni exigeait des
journalistes femmes qu'elles se présentent devant lui la tête couverte. La
proclamation de la République islamique d'Iran marquera le triomphe de la
morale islamique rigoriste, qui autorise la relégation des femmes et prohibe la
mixité. Le hidjab version arabe du tchador est devenu depuis lors l'étendard
des islamistes, hostiles à l'égalité entre hommes et femmes reconnue dans les
sociétés occidentale comme un acquis des droits de l'homme. En France, et plus
largement en Europe, la situation des femmes musulmanes est assurément plus
enviable que leurs consoeurs vivant sous la loi islamique. Pourtant, ici aussi
hélas, les courants islamiques fortement implantés dans les quartiers immigrés
ont introduit des changements de rapports de sexe avec un contrôle social sur
les femmes qui dépasse largement le strict cadre familial. L'adoption du
hidjab, d'abord par les adolescentes, plus réceptives au discours identitaire
des idéologues islamistes, atteint maintenant les femmes en situation active.
Nous dit Hanifa Cherifi médiatrice sur le voile au ministère de l'Education
nationale, dans le Nouvel Obs du 2 octobre
Chahdortt
Djavann, écrivain d'origine iranienne voilée pendant 10 ans, dans un livre,
"Bas les voiles!" affirme à propos des intellectuels musulmans :
"S'ils adorent autant le voile, n'ont qu'à le porter eux-mêmes" les autres, paternalistes et
communautaristes sont prêts à "paver de bonnes intentions l'enfer des
autres"; Elle se dit révulsée par les petites françaises "minaudantes
sous leurs voile tout neuf", Elles invoque à tout bout de champ la pudeur
pour se rapprocher de dieu. "Mais dieu vous voit nue" leur
rétorque-t-elle, "c'est du regard des hommes que vous vous cachez.
Pourquoi ?". "C'est des droits de l'homme qu'il s'agit, pas de la
laïcité. Le voile des mineures est une maltraitance comme l'excision".
Tout
le monde s'accorde pour juger le voile islamique comme un moyen parfois
d'oppression, en tous les cas de domination des femmes. Est ce que nous sommes
d'accord pour dire que c'est aussi un étendard brandit par les fondamentaliste
et les intégristes islamistes ? La question du voile investit maintenant tout
le champ politique, devient un enjeu politique qui divise tous les partis,
organisations et associations. Reprocher aux partis politiques de politiser
cette affaire, est un contre sens, si le rôle des partis n'est pas de
politiser, je ne comprends plus rien à rien. [Je me limiterai à la question
scolaire, bien que je reconnaisse] Il faut reconnaître qu'une grande partie de
l'émergence du voile est du à la non intégration sociale et nationale d'une
grande partie de la jeunesse maghrébine. Elle se sent parce qu'elle l'est,
rejetée. Se dire de confession musulmane est le moyen de se revendiquer de sa
communauté d'origine, comme autrefois le juif se sentait juif d'abord dans le
regard de l'autre. Certains partisans du voile dans les écoles voudraient nous
affubler du terme infamant d'islamophobe, comme d'autres veulent faire passer
les antisionnistes pour des antisémites. Islamophobe peut être vrai pour moi
comme militant athée qui combat toute les religions, mais ceux qui se prononce
contre par peur de l'islam sont plutôt arabophone et racistes. Deux grands
types de réponses sont apportées, assorties d'arguments divers. Ceux qui se
prononcent pour la tolérance et acceptent le port du voile à l'école et ceux
qui prônent son interdiction, que cela soit par la loi ou par réglementation.
La divergence provient que les premiers s'attachent à répondre d'abord à la
personne porteuse du voile, les seconds à résoudre le problème de la remise en
cause de la laïcité que provoque ce comportement. Toute la difficulté vient, il
me semble, et c'est une évidence, que personne et problème sont liés. Dans le
positionnement pour l'interdiction du voile à l'école, que certains voudraient
même étendre à tout l'espace publique, il y a parfois la crainte de l'islam, vu
comme intégriste dans son ensemble, ce n'est pas mon cas, je me place du point
de vue de la laïcité. Son noyau dur, ceux qu'on appelle laïcards pour les
discréditer en les présentant comme des intégristes, ont des raisons légitimes
et historiques de vouloir l'interdiction du voile à l'école. Il a fallut sortir
les prêtres catholiques des écoles pour imposer la laïcité, les voir revenir
derrière le voile avec les imams et les rabbins est vécu comme une provocation.
Que l'école actuelle porte encore largement les stigmates de la présence
catholiques et souffre de l'exception de l'Alsace-Moselle, ne doit pas pour
autant laisser la porte libre aux exigences religieuses exorbitantes comme
celle de réinterpréter la laïcité et de charger l'école d'assurer une certaine
formation religieuse au sein de l'école par le biais du "fait"
religieux, sous prétexte que l'Eglise n'y parvient plus. Les formations en
IUFM, les livres scolaires qui doivent traiter de cette question, sont toutes
et tous assurés par des personnes liées au catholicisme. Un des argument le
plus couramment opposé, est : En interdisant le "foulard", car ils
disent foulard pour ne pas reconnaître qu'il s'agit de voile islamique, ne
va-t-on pas exclure une minorité de filles qui iraient dans des écoles
confessionnelles, ou se jeter dans les bras des groupes intégristes. Le refus
de ces jeunes filles nouvelles converties, ou arborant ce nouveau comportement,
car avant elles allaient à l'école sans le voile, l'assistante sociale qui à la
Ville de Paris s'obstine à le porter dans le cours de son activité
professionnelle, s'est bien garder de le porter pendant un an afin d'assurer sa
titularisation.. Elles savent que nous sommes dans une société laïque, elles
veulent modifier sa signification et par là prouvent qu'elles agissent par
bravade ou sont déjà dans les bras des intégristes ou fondamentalistes, que
leur revendication n'est déjà plus le port discret d'un signe religieux, mais
le moyen de rendre visible l'islam au sein de l'école. Nous devons rester sur
l'interdiction du port ostentatoire de tous les signes religieux. L'autre
argument qui revient souvent, le refus de prendre en compte cette aspiration de
jeunes musulmans ne va-t-il pas radicaliser un islam somme toute occidentalisé
et le rendre plus revendicatif ? Il se retourne aussi vite en son contraire,
lui donner ce droit n'est ce pas l'encourager à demander plus comme
l'installation de lieu de prière qu'ils ne jugent pas contradictoire avec la
laïcité, la remise en cause de la mixité qui est la suite logique de
l'acceptation du voile, l'instauration d'heures différentes pour la
fréquentation par les hommes et les femmes, des piscines. Certains dénonce à
juste titre la régression que serait le retour de la séparation des filles d'avec
les garçons dans les collèges, mais ils ne disent pas que cette démarche est
fortement alimentée par les courants religieux qui veulent imposer le port du
voile à l'école sur "leurs" filles. Car ils considèrent qu'elles sont
à eux. Que deux filles soient tuées dans les cités dont l'une brûlée vive est
une atteinte insupportable au simple droit de vivre comme on l'entend. Que des
jeunes filles doivent se protéger, est une atteinte à la République. Peut-on
contenir ces actes si on accepte d'interpréter la laïcité qui selon eux
autorise le port du voile à l'école.
Je
me prononce pour une loi, qui ne soit pas tournée contre l'islam, car les
musulmans doivent avoir droit aux mêmes libertés religieuses que les autres
religions, mais une loi qui en rappelant à tous les règles de la laïcité, donne
un point d'appui aux proviseurs ou principaux des lycées et collèges. J'aurai
préféré que cette question soit réglée au cas par cas avec l'aide de la
médiatrice Hanifa Cherifi, mais il est visible que les chefs d'établissements,
pour avoir la "paix" et par manque de caractère ont capitulé, ont
accepté dans beaucoup d'endroit la pénétration du voile islamique avec ce qui
en découle, le refus de certains cours comme ceux de science de la vie et de la
terre portant sur l'évolution des espèces, ou d'éducation physique, les
insultes contres celles qui ne pratique pas pendant une fête religieuse la
remise en cause de la mixité. Ils ont besoins d'être soutenus, soutenons le
refus du voile à l'école. Il apparaît que la question du port du voile, que
l'on soit pour accepter sa tenue à l'école ou que l'on soit pour son
interdiction par la discussion, la circulaire du conseil d'Etat ou une loi, ne
peut pas être dissociée de la question générale de la laïcité à l'école qui
comprend le calendrier actuel et ses fêtes religieuses catholiques, les
aliments avec le poisson le vendredi, la viande hallal pour tous, la publicité
des marques, la présence des aumôneries au sein des écoles, le financement des
écoles privées, le statut spécial de l'Alsace-Moselle. Cela veut dire qu'il
faut relancer la laïcisation de l'école, l'arbre islamique ne doit pas cacher
la forêt catholique déclarait Benoît Mély avant de disparaître. Les livres
censés aborder l'histoire des religions à l'école sont tous écrits d'un point
de vue catholico-centré. Dixit Science et Vie N° 1033 d'octobre 2003. Il faut
en tirer les conséquences. Il faut dans ces questions religieuses, un point de
vue d'historiens non catholiques et de non adeptes d'une religion. Ils ne
peuvent pas s'abstraire de leur conviction, tout au plus édulcorer leur
position, ce que l'on comprend puisqu'il sont au service de
"leur"dieu. Lors de l'audition, des représentants de la Libre pensée,
"la plus ancienne association laïque de France", à la commission constituée
sur la laïcité par l'appareil d'Etat, ils ont été
qualifié"d'intégristes" par l'historien ( catholique ) René Rémond.
Demander de laisser dieu à la porte, leur est insupportable. On est tenté de
répondre, il faut écraser l'infâme. Le comble est qu'un salarié a été récemment
licencié de son entreprise pour être venu en short l'été, licenciement confirmé
par le tribunal de prud'homme, et on laisserait le voile s'afficher dans les
services publiques ?
L'Espagne
et le Portugal sont en train de négocier l'introduction de Dieu dans la
constitution européenne, cela devrait nous faire réfléchir au danger bien réel
que constitue la volonté de ceux qui veulent nous imposer celle de dieu
Revenons
au port du voile, le dialogue est préférable, c'est entendu, mais quand il
devient impossible parce que imposer la présence du voile est une stratégie
étudiée, parce que les groupes islamistes cherchent à imposer leur conception
de la laïcité ? Faut-il accepter ou refuser ? Croire que l'avis du conseil
d'Etat est suffisant ne résout pas la question. A Aubervilliers, la décision
prise, exclusion des deux jeunes filles, est aussi son application. La
discussion générale qui est menée par médias interposés au sein de toutes les
associations, organisations et partis aide à faire prendre conscience et à
répondre aux situations nombreuses qui se sont installées par laxisme. Les
chefs d'établissements ont besoins de se sentir appuyés dans leur prise de
décision sur le voile. C'est à cela que correspond leur demande d'une loi sur
cette question, puisqu'elle ne pourrait venir qu'a la suite d'un débat au
parlement. Loi ou pas loi, un débat général est nécessaire. Il est entendu pour
moi que les musulmans doivent avoir les mêmes droits que les autres. Ils sont 5
millions approximativement, leur nombre augmentera encore, mais combien
fréquente les mosquées ? Le ramadan est suivi pour la plupart comme un rituel
identitaire festif, comme ceux qui font la fête le soir de Noël. Stigmatiser
leur communauté ne peut-être le fait que de ceux qui voudraient faire croire
que l'islam est un danger pour nous. Sont dangereuses toutes les sectes, pas
seulement celles qui se réclament de l'islam. Il ne faut pas confondre la
séparation nécessaire de la religion d'avec l'Etat et la séparation d'une population
dans ces quartiers, de leur non intégration économique et leur non formation,
le refus de leur donner un travail rémunérateur, bref d'user contre eux d'une
ségrégation raciste.
A
propos de l'exclusion des deux jeunes filles d'Aubervilliers, je remarque
qu'elles sont d'une famille non religieuse, la grand mère institutrice à la
retraite, le père d'origine juive, avocat au MRAP, reçoit la presse torse nu
devant ses filles qui invoquent la pudeur à tout bout de champ, la mère
d'origine kabyle n'est pas particulièrement religieuse, mais est catholique,
c'est donc un choix de nouvelles converties (des prosélytes ) à un moment donné
que prennent ces deux jeunes filles. Dans ce défit et bras de fer qu'elles ont
engagées volontairement avec l'administration et l'équipe enseignante du
collège, elles ont manifestées devant le collège avec ceux qui sont pour
l'application à l'anglo-saxonne, port du voile autorisé à l'école mais
séparation communautaire des populations. Elles font preuve de caractère, elles
se placent au centre de l'attention, des regards et se propulsent dans les
médias, leur avenir n'est donc pas menacé. Mais qu'en serait-il pour celles à
qui serait imposé le voile par la pression du milieu islamique ? L'invocation
de la pudeur et de ne pas attirer le regard, ne tient pas. Un vêtement banalisé
genre survêtement fait beaucoup mieux l'affaire si cela était la vraie raison.
Elles ne refusent aucun interview et apparemment, elles sont heureuses d'être
dans l'œil des caméras. L'argument est fréquemment mis en avant car il est
susceptible attirer la bienveillante compréhension de celles et ceux
qu'offusque la concupiscence trop présente des mâles. Mais, elles le disent, le
voile est une identification, elles se disent militante. Le statut religieux du
voile est donc bien revendiqué.