La lutte contre le gauchisme dans le mouvement des sans-papiers
Bien qu’ayant de sérieux désaccords avec le 9ème collectif de sans-papiers, l’Association populaire d’entraide lui a tendu la main[1] à la lecture d’un communiqué dans lequel celui-ci semblait opérer un tournant vers les organisations syndicales. Rendu public, ce courrier a suscité des réactions chez les « soutiens » des sans-papiers et relancé le débat sur les méthodes visant à s’en prendre physiquement aux organisations de gauche.
1°) Lettre de l’Association populaire d’entraide au 9ème collectif de sans-papiers
mercredi 30 avril 2005
Chers camarades,
Nous ne nous sommes pas manifestés jusqu’ici dans les actions de soutien au 9ème collectif dans la mesure où nous désaprouvions l’orientation suivie lors de l’occupation du local du PS 93 (et ses suites) et ne comprenions pas l’intérêt de celle en direction de l’UNICEF.
Nous sommes partisans d’une part de cibler en priorité la politique du gouvernement Chirac-Raffarin-Villepin et d’autre part d’interpeller fortement le mouvement syndical pour qu’il prenne en compte la question de la régularisation des ouvriers sans-papiers.
Nous diffusons à ce sujet une pétition que vous trouverez sur le site Militant : http://www.le-militant.org/immigration/lettreouverte.htm.
Cette choses étant dîtes, nous constatons un accord entier avec le texte ci-dessous[2] et sommes prêts à vous apporter notre concours sur cette base, dans la mesure de nos modestes moyens.
2°) Commentaire de Jean-François Hirsch
Camarades,
Je suis cinéaste et militant de la lutte des sans papiers depuis 10 ans.
Si j'exprime des réserves sur la réalité de l'autonomie du 9 ème collectif,
j'ai cependant participé avec fierté et détermination à l'occupation du PS.
Attaquer l'ex gauche plurielle qui na rien fait pour les sans papiers en 5
ans est légitime et justifiée.
Si ces rigolos reviennent au pouvoir, il faut qu'ils changent et arrêtent
d'être complice de la barbarie raciste.
Défendez les si vous voulez, mais sans moi !!!
L'ex gauche plurielle doit s'excuser auprès des sans-papiers , sans parler
du refus du PS de saisir le conseil constitutionnel lors de la réforme de
l'AME.(Aide Médicale d'Etat) pb sur lequel je prépare un film.
Les complices des racistes sont mes ennemis et pas mes alliés !!
LIberté de circulation et d'installation !!
Des papiers pour tous !!!
Non à la lâcheté de l'ex gauche plurielle !!
Solidairement.
Jean-François HIRSCH (militant-cinéaste)
2 bis) Réponse de Raymond Debord (27/04/05)
Cher camarade,
Nous ne cherchons nullement à "défendre" l'ex "gauche plurielle" dont le bilan est accablant et contre laquelle nous avons lutté avec détermination quand elle était au pouvoir. Nous constatons par contre qu'elle n'y est plus et que les ouvriers sans-papiers sont confrontés (comme tous les salariés) à la politique anti-sociale et liberticide de Mrs Chirac-Raffarin-Villepin. Nous ne voyons donc pas pourquoi il faudrait tirer sur les ambulances au lieu de s'en prendre aux réels détenteurs du pouvoir. Je suis également d'accord avec toi pour dire que si les socialistes et leurs alliés "reviennent au pouvoir il faut qu'ils changent et arrêtent d'être les complices de la barbarie raciste". Mais penses tu que c'est en occupant leurs locaux et en les attaquant dans les manifestations qu'on y parviendra ? Ces "succès" sont d'autant plus éphémères que les supporters des sans-papiers se comptent par dizaines et les électeurs de gauche par millions. La question posée est : que fait-on pour que çà change ?
Cordialement
Raymond Debord
3°) Commentaire de Martin Zerner (26/04/05)
> At 11:14 +0100 20/04/05, Militant wrote:
>> ----------
>> De : voie.populaire <voie.populaire@noos.fr>
>> Date : Wed, 20 Apr 2005 11:13:20 +0100
>> À : Jacques Belin (…)
>> Cc : zz APE lettre ouverte (sans-papiers)
>> Objet : Re: [zpajol] Tract 9e collectif
>>
>> Chers camarades,
>>
>> nous ne nous sommes pas manifestés jusqu'ici dans les actions de soutien au
>> 9ème collectif dans la mesure où nous désaprouvions l'orientation suivie
>> lors de l'occupation du local du PS 93 (et ses suites) et ne comprenions pas
>> l'intérêt de celle en direction de l'UNICEF.
>
> Il y aurait intérêt à être plus clair (plus explicite) sur ces deux
> points, ca permettrait peut)etre d'en discuter;.
>
>> Nous sommes partisans d'une part de cibler en priorité la politique du
>> gouvernement Chirac-Raffarin-Villepin
>
> Mais cela ne doit pas nous faire oublier que ce serait celle de la
> gauche au pouvoir et d'ailleurs que le PS ne s'oppose meme poas a
> cette politique, fut ce verbalement, maintemant qu'il est dans
> l'opposoition.
>
>
Ø Martin
3 bis) Réponse de Raymond Debord (27/04/05)
Cher ami,
Le point soulevé concernant les actions contre le PS va bien au delà de l'affaire de l'occupation du local de la fédération de Seine Saint Denis. Il pose des questions de méthode qui concerneraient de la même manière le "démontage" du stand du PS au Larzac, les échauffourées opposant régulièrement CNT et PS, etc. A mon avis deux questions sont posées :
1°) qui cibler lors d'une action ?
Quand on se bat, je crois qu'il faut agir contre le décideur à l'origine d'un problème. Si les ouvriers d'une entreprise sont mécontents de leurs salaires, ils font grève contre le patron. Si la population est mécontente d'une loi, elle manifeste contre le gouvernement. Etc. A partir de là on comprend mal les raisons qui poussent à manifester... contre l'opposition ! Le seul effet qui peut être obtenu est de semer la confusion et de faire le jeu de ceux qui détiennent le pouvoir. C'est dans ce sens que je désapprouve totalement toutes les aventures comme celles citées plus haut.
2°) comment compte t-on gagner et avec qui changer les choses ?
L'autre question, mais les deux sont liées, est de savoir comment compte t-on gagner dans les luttes, autrement dit qui espère t-on faire basculer dans son camp et comment. Nous avons là deux options stratégiques opposées. La première, commune à la totalité des sectes post-gauchistes est de croire que c'est en s'affirmant qu'on arrivera à convaincre les gens. On est groupusculaire, on se drape dans une posture puriste et on attend que les gens vous rejoignent.
L'autre option, que je partage,est de chercher les moyens tactiques de placer l'écrasante majorité des gens de son côté. Ceci implique par voie de conséquence une certaine attitude vis à vis des organisations dans lesquelles ils se reconnaissent ou qu'ils soutiennent (même par défaut). Le problème n'est nullement de faire des compromis sur les revendications mais de chercher à placer le PS (mais aussi le PCF, les directions syndicales, etc) en porte-à-faut, les amenant soit à soutenir le mouvement, soit à se démasquer et donc se minoriser vis à vis de leurs propres partisans. De ce point de vue, les actions aventuristes comme l'occupation de la fédération de Seine Saint Denis, les colibets et les menaces dans les manifestations,etc, ne dissocient pas les adhérents et supporters du PS de la direction de ce parti : elles les soudent contre les "agresseurs", les "fauteurs de trouble", "l'extrême-gauche qui manipule les sans-papiers" etc.
C'est au vu de ces éléments, exposés succintement, qu'il paraît naturel de cibler les responsables de la situation des ouvriers sans-papiers : les Chirac-Raffarin-Villepin. Tout autre choix est au pire contre-productif, au mieux une perte de temps.
C'est pourquoi on comprend mal pourquoi le 9ème collectif de sans-papiers et ses "soutiens", après avoir menée une campagne acharnée contre le Parti socialiste se sont brusquement retournés contre l'ONU et ont décrété la question du statut des enfants comme "LE" sujet essentiel. Et demain quoi ?
Pour conclure je reviendrais encore une fois sur mon soucis "tactique".
Que l'on trouve çà bien ou pas, le FAIT est que la majorité de la population laborieuse considère le vote PS comme la meilleure arme contre la droite et le patronat. C'est ce qui a été démontré de manière éclatante aux cantonales et aux régionales. Compte-tenu du discrédit du président, du gouvernement et du régime ce mouvement va s'amplifier et la gauche est partie pour l'emporter dans tous les cas de figure.
Il est exact que le PS ne s'oppose pas frontalement au gouvernement sur la question des ouvriers sans-papiers et qu'on n'imagine pas à l'heure actuelle qu'il développe un projet progressiste sur la question d'ici 2007 (mais ceci dépend en grande partie de QUI dirigera ce parti au lendemain du 29 mai).
Nous devons donc nous poser la question suivante : comment faire grandir au sein de la population laborieuse le soutien à la cause des ouvriers sans-papiers et influencer les choix programmatiques qui seront ceux de la gauche ?
La réponse est d'autant moins simple que le "mouvement" des sans-papiers est démoralisé, émietté, en guerre ouverte avec ses soutiens traditionnels (CNSP) ou dans une posture d'ignorance réciproque (le Rassemblement).
L'Association populaire d'entraide, dont je suis membre, n'a pas échappé à ce recul qui est aussi un produit de la démoralisation causée par la fermeture par Sarkozy de toutes les possibilités de régularisation qui restaient.
Ceci étant dit, et pour que les choses soient claires, nous considérons comme légitime que les groupes de sans-papiers continuant à lutter préservent leur "visibilité" y compris par des actions dures comme des occupations de lieux publics (bien choisis).
Mais il me semble impératif de "rencentrer" la lutte :
1° en clarifiant le fait qu'il s'agit d'un combat collectif qui ne peut déboucher que par des changements législatifs (et non par la négociation conflictuelle de "listes" de gens à régulariser)
2° en affirmant que le combat des sans-papiers est un combat d'une fraction du salariat qui doit être pris en charge par les organisations de salariés <http://www.le-militant.org/immigration/lettreouverte.htm>
3° en le liant fortement à la bataille qui se mène actuellement dans le pays pour stopper l'offensive libérale et pour balayer un régime minoritaire et illégitime.
Cordialement
Raymond Debord
4°) commentaire de Solange (27/04/2005)
>
> Bonjour "militant-le militant";
> Désolé 3 pages, c'est illisible, alors déjà le terme "ouvrier sans papier"
> pitié!...un peu obsolète non,
> Les s.p. tous des "ouvriers" : c'est une vision étrange, mais bon, le petit
> père Joseph aimait bien ces termes.
>
> Donc visiblement le trio : Jospin/ Vaillant/ Guigout : tu penses
> "militant-le Militant" anonyme que c'était des gentils protecteurs des
> s.papiers cette brochette du P.S....avec la cerise sur le gateau :
> Chevènement!
> Vaillant, le bien nommé ministre de l'intérieur P.S. : le vaillant défenseur
> du dialogue à bâton rompu! : c'est cela la "gauche" qui fait barrage à la
> droite??
>
> Quant au démontage du stand du P.S. à Millaut : j'étais là,et fière de
> l'être, et je ne fais partie de "casseurs gauchistes" ou autre connotation
> absurde sur la CNT! : qu'elle vision du syndicalisme.
>
> Petit rappel : Jospin/ Chevènement et le reste c'est leur politique qu'
> applique à la lettre le MEDEF :la politique migratoire utilitariste :
> "toute la misère du monde"..pas chez nous, sauf pour un contrat à durée
> déterminée..cette force de travail Jospin l'a maintenue dans l'ombre
> effectivement, car il en connaît la valeur : c'est une force vive, qui coute
> pas chère et peu rapporter gros.
> ( petit rappel : voir "la lettre ouverte à Jospin" rédigée en 97, par le
> Gisti, LDH, Mrap,Ciomade,etc publiée dans les journaux )
>
> Alors oui, la réaction des militants P.S. si violente lors de l'occupation
> du 9em collectif avec délation nominative aux flics pour inculpation :
> inadmissible!
>
> Le P.S se devait de démontrer" face à la droite et au patronat", qu'il
> revenait (mieux vaut tard que jamais) sur sa mauvaise analyse des
> politiques migratoires, sous "la gauche plus rien" :
> Jospin/Chevènement/
> Pour le P.S. une immigration utilitariste " choisie et non subie" : les lois
> modifiées X fois toujours plus restrictives de l'Ordonnance de 45, et
> innombrables circulaires sous Jospin en sont la preuve.
> Vous ne pouvez nier les chiffres de la Cima concernant les statistiques sur
> les expulsions, et arrestations sous le très socialiste Jospin...
>
> Bon je ne veux pas faire comme vous, au fait que veut dire "voie.populaire"
> : qui parle pour qui , qui peut s'attribuer la parole "du peuple" ? .
> cela sent la poussière pour être soft.
>
> Pour rappel, relisez la déclaration de l'UNICEF : assez peu claire sur son
> soutien aux enfants raflés dans les écoles comme en 40...
> C'est là le vrai débat et le soutien et protection exigée auprès de
> l'UNICEF!
> (que veut dire " acharné contre le P.S., et retournés contre l'ONU" : je
> vois pas il faut m'expliquer!
>
> Bon, je n'aime par parler au nom des autres , et encore moi des sans
> papiers, cependant là je ne comprends pas trop non plus ceci
>
> "quant à la lutte émiettée, en guerre ouverte avec ses soutiens
> traditionnels : lesquels? :- la CNSP ; elle ne représente qu'elle mm., et
> les graves malversations dénoncées par une dizaine d'orga. Dont la
> CGT,Solidaires, M.Aounit, Tubiana,Gisti, heureusement que l'autonomie des
> collectifs est là et bien là,
> Ils ne sont pas manipulés, embrigadés, ni sans qualificatif d' "ouvrier
> sans papier"!, ou autre "association populaire",ou encore "population
> laborieuse" ...
> "qui vote P.S. pour faire barrage à la droite et au patronat!,"
>
> on rigole , merci Jospin du 21 avril!
> Ho hé le "laborieux" : nous sommes en 2005 : bon réveil!
>
> Solange, une militante ordinaire , pas "CNT" ou encore de couteau entre les
> dents : simplement qui suit depuis plus d'une décennie les politiques
> migratoires mises en place par la gauche, puis appliquées à la lettre, par
> la droite.
>
> P.S.
> "P. comme pourri, S. comme. salaud ": effectivement je comprends,
> maintenant la colère légitime, lorsque l'on voit des militants du P.S. virer
> de cette façon de leur local des s.papiers avec des enfants, au lieu
> d'apporter aide et soutien : pas beau,
> Lorsqu'on emploie la force : c'est que l'on se sent impuissant, c'est vrai,
> mais de là à "dénoncer" : c'est moche....
>
> De grace merci de ne surtout pas répondre sur liste pajol faite pour les
> actions et autres sujets concernant la lutte des sans papiers.
>
>
4 bis) Réponse à Solange
Chère amie,
Pour commencer, je te rassure sur le fait que je ne transmets pas ce message sur la liste pajol. J'en suis membre depuis plusieurs années et je n'ai pas l'habitude de l'encombrer. Ceci étant, j'ai utilisé ce canal pour répondre à Martin Zerner car c'est sur pajol qu'il avait adressé ses commentaires à la lettre de l'Association populaire d'entraide. Pour mémoire, celle-ci n'était en rien polémique mais consistait en une offre de soutien au 9ème collectif, accompagnée d'une ligne d'explications sur son caractère tardif (un désaccord sur la ligne suivie durant l'occupation du local PS 93).
J'ajouterais aussi que mon courrier à Martin Zerner était signé, comme je le fais toujours. En tout état de cause la liste des animateurs du site Militant est publique et figure en bonne place sur celui-ci http://www.le-militant.org/presentation.htm
Je suis aussi désolé d'avoir fait long, mais c'est nécessaire si l'on veut avancer des arguments et ne pas se contenter d'un échange de noms d'oiseaux sans grand intérêt. L'échange que nous avons eu avec Martin Zerner comme celui que nous avons maintenant (y compris avec le ton vif qui est le tien) témoigne avant tout des points communs que nous avons : celui de lutter aux côtés des sans-papiers.
En ce qui me concerne, je dis toujours les "ouvriers sans-papiers". C'est bien mal connaître l'histoire du mouvement socialiste du siècle passé que d'y voir une allusion à Staline, lequel a toujours mené une politique qui leur a été foncièrement hostile et qui a pavé la voie à la brutale restauration capitaliste (teintée de chauvinisme) qui se déroule aujourd'hui en URSS. Passons. Ce mot ouvrier est important et il doit être prononcé comme hier on a décidé à juste titre de remplacer le mot "clandestin" par celui de sans-papiers. Il indique la position de la lutte des sans-papiers dans toutes celles qui se font jour en France. C'est une lutte d'une fraction du salariat contre la sur-exploitation et l'oppression dont elle est l'objet. Dans ce sens elle renvoie à la question du travail et du statur des travailleurs dans la société française. D'ailleurs si les sans-papiers n'étaient pas des ouvriers (ie. des employés non qualifiés du bâtiment, de la restauration, du nettoyage, des services à domicile) cette question n'aurait jamais pris l'ampleur qu'elle a eu. Tu peux d'ailleurs constater toi même que l'attitude des pouvoirs publics est singulièrement différente envers les entrepreneurs, les agents des Etats étrangers et demain des cadres et techniciens supérieurs qu'on envisage de FAIRE VENIR. Dans le même temps où Villepin, Sarkozy et le patronat nous parlent d'importer de la main d'oeuvre super-qualifiée, il est pour eux exclu de régulariser les gens qui se trouvent déjà là... parce qu'ils sont des ouvriers.
Je n'ai jamais pensé une seconde que les caciques du PS style Jospin-Vaillant (ni Chevènement !) étaient capables de faire barrage à la droite. Je constate juste un fait : c'est ce que pensent des millions de nos concitoyens, en particulier des millions d'ouvriers et d'employés, catégories qui comme tu l'as remarqué me tiennent à coeur. Il y a là un problème que les emportements, les indignations (certes justifiées) et les rappels de la litanie des trahisons du PS ne suffisent pas en soi à résoudre.
Car si c'était le cas, çà se saurait depuis le temps ! Or le registre du rappel historique et de la dénonciation, s'il peut fonctionner à l'échelle d'individus, n'a aucun impact à l'échelle de la société. Faute de quoi nous ne serions pas à discuter ici puisque nous aurions déjà convaincu tout le monde.
J'attire ton attention sur les élections présidentielles etlégislatives, puisque tu y fais allusion. A la présidentielle, Jospin a pris une déculottée méritée et une certaine radicalité s'est exprimée dans le vote Laguiller et Besancenot. 10 % ce n'est pas rien. Mais que c'est t-il passé aux législatives, qui se sont tenues quelques semaines plus tard ? Les mêmes se sont retrouvés à 2 % avec par exemple 50 % des électeurs de Besancenot qui se sont reportés sur le PS dès le premier tour ! C'est énervant j'en conviens et la LCR a sûrement une part de responsabilité mais c'est un autre débat.
Depuis, nous avons eu la victoire éclatante du PS aux européennes (30 % des voix à lui seul) puis aux cantonales et enfin aux régionales. Je ne peux que constater que si ni toi ni moi ne considérons que ce parti peut faire barrage à la droite, ce n'est pas l'avis du reste de l'électorat, Y COMPRIS DE L'ECRASANTE MAJORITE DES GENS QUI ONT DE LA SYMPATHIE POUR LA CAUSE DES SANS-PAPIERS. Alors, que faire pour que çà change ?
Voilà la question que je pose et à laquelle je n'entends aucun argument en retour.
Je partage naturellement ta caractérisation du comportement scandaleux des dirigeants du PS et de leurs nervis au moment de l'occupation de la fédération de Seine Saint Denis. Ce n'est guère étonnant et jadis les dirigeants socialistes ont su faire bien pire quand ils étaient au gouvernement.
Etait-ce pourtant intelligent d'engager ce type de bras de fer avec ce parti alors qu'il n'est pas au pouvoir ? Je ne prends pas les dirigeants du 9ème collectif (que je ne connais pas) pour des imbéciles ni des débutants : je crois donc qu'ils ont commis une faute. Si le but n'est pas de se minoriser mais de faire en sorte qu'un autre gouvernement mène demain une autre politique, alors il faut procéder autrement vis à vis de la gauche. Je ne veux pas dire qu'il faille être "coulant" mais qu'il faut définir une approche qui n'entre pas en contradiction avec les aspirations légitimes des millions d'électeurs et de la centaine de milliers d'adhérents de ce parti.
Tu peux constater que malgré son éloignement des couches populaires (un fait sociologique) ce parti est au bord de la rupture à propos de la question européenne et qu'un puissante aile gauche se dégage. Que faut-il faire ? La renvoyer dos-à-dos avec Hollande ? Ou plutôt essayer de peser, de l'influencer dans le bon sens ?
Dans le fond, il n'y a qu'un seul moyen d'empêcher le PS de se livrer à de nouvelles volte-face : c'est de construire un puissant courant autogestionnaire au sein de la population. C'est à cette tâche que je travaille, aux côtés de mes camarades du site Militant et de l'Association populaire d'entraide.
Quand nous parlons de voiE populaire (et non voix) il ne s'agit pas de prétendre parler au nom de je ne sais qui mais simple de dire qu'il nous semble nécessaire pour les militants les plus conscients de se tourner résolument vers les couches les plus exploitées et opprimées de la population.
Les sans-papiers en font incontestablement partie et on ne peut que regretter que le mouvement soit aussi divisé qu'aujourd'hui. Je n'ai aucun élément sur les accusations dont fait l'objet la CNSP mais je ne donnerais pas non plus le bon dieu sans confession à des "soutiens" qui se sont toujours laissés aller à la tentation de confisquer la parole des sans-papiers et à se poser en "médiateurs" vis à vis des autorités. J'espère vivement que les collectifs qui demeurent actifs continueront à résister mais je ne crois pas qu'il le feront très longtemps s'ils ne lient pas explicitement leur combat à celui des autres "ouvriers".
Dans ce sens, le communiqué publié par le 9ème collectif au moment où il s'est réfugié à la Bourse du travail me paraissait très positif. Il plaçait les organisations syndicales devant leurs responsabilités tout en les approchant comme les défenseurs "naturels" des sans-papiers. C'est pourquoi l'Association populaire d'entraide leur a immédiatement tendu la main. En retour nous n'avons eu que des échanges assez rudes avec des soutiens. S'ils contribuent à éclairer les positions des uns et des autres au moins n'aurons nous pas perdu notre temps.
Cordialement
Raymond Debord
Militant
18 rue Victor Massé 75009 Paris
06 87 24 84 55
http://www.le-militant.org
Le 9ème collectif a toujours expliqué clairement les responsabilités des lieux occupés.Et oui delanoe pourrait refuser de payer opour les escortes, les départements de gauche pourraient abonder les fonds d'aide pour les familles sans-papiers.Surtout c'est une vision bien naive que de penser qu'il n'y pas actuellement des liens entre le ps et certains préfets, et des possibilités afférentes de faire pression.
C'est avoir une vue bien courte et amnésique que de ne pas comprendre qu'il faut faire peur au ps et à l'ensemble de la gauche plurielle dès maintenant, sil'on veut avoir une chance qu'ils fassent quelque chose surl'immigration et sur le reste quand ils seront réélus.
Nous avons eu les memes reproches sur l'occuaption des Verts au collectif mal-logés en colère: certains ont d'ailleurs fait un parallèle entre notrestratégie et celle du neuvième collectif, ce que nous trouvons extrêmement flatteur, n'ayant pas encore la même longévité ni la même combativité.Il se trouve que ces deux occupations nous permettent non seulement de faire avancer des dossiers particuliers, mais aussi comme rené dutrey le reconnait lui-même de pousser les verts parisiens à proposer des vœux notamment sur les marchands de sommeil.
Une sectaire post-gauchiste ( quelle inventivité dans les invectives ,
camarade )
Enfin,je me demande comment quelqu'un qui manifestement a des papiers peut se permettre de dire que la lutte ne doit pas passer par le dépôt de listes particulières mais uniquement par un combat global; d'une part les sans-papiers ont toujours mené les deux de front, d'autre part il est évident que les régularisations obtenues par la lutte en encouragent d'autres à se mettre en lutte.
Enfin, quand à la distinction entre la base du Ps et la direction, je pense qu'autant des discussions sont possibles avec des militants, autant ces militants comme les autres doivent assumer les positions de leur parti.je parle en connaissance de cause,ayant été dans ma prime jeunesse membre d'un syndicat étudiant affilié au PS.la virulence des militants de la cnt à mon égard à l'époque m'a aussi fait prendre conscience de ce que j'étais en train de cautionner.
Sur la stratégie, je ne réponds même pas
Là où le radicalisme trouve ses limites c’est quand on se félicite d’avoir poussé les élus Verts à faire des « vœux » au conseil municipal. Chacun sait qu’un vœu n’a aucune conséquence pratique et que ce n’est qu’une pétition de principe. A mon avis il n’y a pas besoin d’occuper les locaux des Verts pour obtenir des « vœux » sur tout ce que vous voudrez : il suffit de demander gentiment. Sinon, allez voir le PCF, ce sont les grands spécialistes des déclarations qui n’engagent à rien mais qui justifient leur positionnement « gauche » au sein du conseil…
Quand je parle de post-gauchisme, j'entends par là une sensibilité fort différente du gauchisme classique. Celui-ci se distinguait du mouvement communiste (dominant à l'époque) par l'abstentionnisme électoral, l'hostilité aux syndicats et le refus de l'unité avec les socialistes. Après 1968, le gauchisme reprenait plus ou moins les mêmes thématiques, en incorporant parfois des éléments nouveaux (influence des situationnistes, de la psychanalyse etc). Mais dans tous les cas nous avions affaire à des organisations se situant dans une problématique "classiste" et cherchant à favoriser l'avènement d'une société nouvelle. Aujourd'hui, nous avons essentiellement des gens ou des petits groupes qui conservent du gauchisme classique l'aventurisme et l'hostilité aux organisations de masse héritées du mouvement ouvrier mais qui par contre rejettent toute référence non seulement à la lutte des classes mais aussi à l'existence d'un groupe social ouvrier par exemple. Pour citer un cas, une de mes contradictrices, Solange, justifiait les actions musclées contre le PS mais me critiquait aussi pour l'utilisation du terme "ouvrier sans-papiers" :
>> pitié!...un peu obsolète non,
>> Les s.p. tous des "ouvriers" : c'est une vision étrange, mais bon, le petit
>> père Joseph aimait bien ces termes.
Loin de moi l’idée de porter l’anathème contre les individus, mais il y a des idées politiques qu’on peut essayer de caractériser. Ici nous avons donc un post-gauchisme qui a ceci de particulier qu’il refuse de poser la question des sans-papiers comme une question sociale et la présente uniquement comme une question morale.
Tu te demandes comment quelqu’un qui a des papiers (c’est effectivement le cas, je suis français) peut se permettre de condamner la politique des « listes ». Le problème est que cet argument est parfaitement réversible : c’est facile aussi pour des « soutiens » français de pousser des gens qui risquent l’expulsion à se déclarer aux préfectures en déposant des dossiers dont on sait qu’ils ne « passeront » pas et de les encourager à occuper des bâtiments publics voire à faire des grèves de la faim… En ce qui me concerne et en ce qui concerne l’Association populaire d’entraide nous estimons effectivement que le seul combat à mener est un combat global (http://www.le-militant.org/ape/appel.htm). Tu sais comme moi qu’avec la loi Sarkozy personne n’est plus en mesure de remplir les critères exigés. Sur quelle base se font donc les négociations avec les préfectures ? De petits arrangements au cas par cas ? Si le succès est au rendez-vous, la question qui se pose est de savoir quel impact cela aura sur la masse des sans-papiers. Tu dis que çà les encourage à lutter. Cà reste largement à démontrer. Rappelles toi des suites de l’occupation de la Basilique de Saint Denis, quand des milliers de sans-papiers accouraient de toute l’Ile de France pour s’inscrire sur des « listes » bidons. Non seulement ils n’allaient pas aux manifs pour ne pas perdre leur place dans la queue mais les organisateurs ont appelé à deux reprises les CRS pour gérer la situation ! A t-on élevé le niveau de conscience et de mobilisation des gens ? Je ne crois pas. On a favorisé au contraire la passivité et un clientélisme que tout le monde feint de découvrir avec les accusations de corruption portées contre la CNSP. Dans un registre voisin, il y a eu récemment une rumeur totalement folle poussant des centaines de gens à se présenter en préfecture (http://ouvriersgensdici.free.fr/Campagnes en cours/Rumeurs.htm).
Je suis fort aise que tu ais reçu la « révélation » sur les turpitudes du Parti socialiste par des militants étudiants de la CNT. Moi je les ais eu de mes parents qui étaient communistes et historiens. Mais nous sommes l’un comme l’autre confrontés à une question : pouvons-nous généraliser cette expérience toute personnelle à l’échelle de la société ? Si c’était le cas, la CNT serait depuis longtemps un vrai syndicat ! Quant à nous, nous ne serions pas là à ramer à contre-courant et à essayer de promouvoir une lutte marginale, y compris chez les intéressés… A l’échelle des masses, c’est-à-dire à l’échelle des millions de personnes, l’évolution de la conscience se fait par l’accumulation d’expériences historiques majeures. Et le rapport n’est pas mécanique : il faut beaucoup d’expériences déplorables pour un tout petit peu de conscience en plus. Après la grève générale de mai 68, pour une personne qui a rejoint les « gauchistes » il y en a eu 100 qui ont rejoint le PCF. Il a fallu des dizaines d’années de trahison socialistes pour faire passer à LO-LCR la barre des 5 % puis atteindre celle des 10. Et le phénomène était suffisament superficiel pour que les 3/5 èmes de ces personnes se rabattent à nouveau sur le PS après le 21 avril 2002.
Le problème du post-gauchisme est que c’est un « mouvement » auto-centré. Sa problématique n’est PAS de conquérir à ses vues (sur la questions des sans-papiers mais aussi sur le reste) la majorité de la population ni même la majorité des gens qui se situent déjà à gauche. Comme on est dans une posture morale (empêcher les gens de circuler c’est pas gentil) et qu’on refuse de considérer la question des sans-papiers comme un produit de la contradiction capital / travail, alors on cultive l’entre-soi. Les initiés. Ceux qui SAVENT que le PS n’est pas gentil.
Comme on est pas dans la conviction (qui s’articule nécessairement à un projet de société et à l’idée de conquête du pouvoir) on considère les autres comme une masse uniformément réactionnaire. On utilise le mot « fasciste » à tort et à travers comme Jean-François Hirsh, un autre de nos contradicteurs (qui n’aime pas la CNT mais soutien les actions contre le PS). On ne cherche pas à distinguer et encore moins à opposer la base du PS avec la direction. On renvoie chacun à sa responsabilité individuelle de citoyen qu’on peut, au mieux, essayer d’éclairer mais qui doit assumer ses positionnements. Ce faisant on ferme soi même la possibilité de faire évoluer les gens et d’exascerber les contribution. Mais paradoxalement, on se trouve dans la MEME problématique que la gauche plurielle : en appeler à la « raison » de l’individu pour obtenir des améliorations au système. Même si les oppositions peuvent être violentes (on l’a vu) il n’y a finalement pas de différence qualitative entre le « soutien » du collectif de sans-papiers et le militant du PS ou des Verts : seulement une différence d’appréciation sur ce qui est possible dans la situation actuelle.
[1] Elle a fait de même, sans suites, avec la Coordination nationale des sans-papiers suite à la rupture de celle-ci avec ses soutiens (PCF, CGT, LCR etc).
[2] Il s’agit d’un communiqué du 20/04/05, distribué aux gens fréquentant la Bourse du travail, dans laquelle s’était réfugié le 9ème collectif après son expulsion de l’UNICEF. Les sans-papiers y sont qualifiés « plus exploités parmi les travailleurs » qui « subissent la politique quotidiennement répressive et arbitraire du gouvernement Chirac-Raffarin-Villepin ». Parlant de la Bourse du travail, le collectif dit que « les sans-papiers sont venus dans ce haut lieu symbolique pour les droits des travailleurs afin de demander leur soutien et médiation aux forces syndicales ». Il propose aux syndicats de « discuter ensemble pour trouver les moyens de faire fléchir ce gouvernement » et conclue « égalité des travailleurs français et immigrés ».