Bruits de chiottes
au ComitŽ de RŽdaction du site Ç
Militant È
Jean-Michel
EDWIN, le 6 mars 2006
Vous connaissez cette vieille tendance bien connue des psychologues
qui consiste ˆ prŽter aux autres ses propres travers, pour leur attribuer indžment
ses affects et intentions ˆ soi. En termes
techniques cela s'appelle de la Ç projection È .
On
trouve un cas flagrant de Ç projection È dans le cadre du ComitŽ de RŽdaction
de Militant quand RD Žvoque l'activitŽ rŽdactionnelle du CPGB dont le journal,
Weekly Worker, serait Ç consacrŽ ˆ 80 % aux Ç bruits de chiottes È de
lÕextrme-gauche È.
Loin
des bruits en question,
l'hebdomadaire du CPGB (*) consacre en fait une surface rŽdactionnelle
importante ˆ des articles politiques documentŽs et solidement argumentŽs,
sur l'activitŽ des principales
forces d'extrme-gauche d'outre-manche (y compris la gauche du Labour Party !)
et d'ailleurs. C'est cela qui lui vaut une audience Žnorme par rapport ˆ ses
effectifs militants, ˆ savoir quelques 15 ˆ 16000 lecteurs chaque semaine (dont
plus de 14000 pour le Weekly Worker en ligne disponible chaque jeudi sur
internet).
Quelles
sont ces forces d'extrme-gauche en ce qui concerne la Grande-Bretagne ? D'abord le SWP, un petit parti d'une certaine importance qui a sž
crŽer et animer, avec sa manire ˆ la fois opportuniste et sectaire, la campagne Ç Stop the War Coalition È,
faisant descendre dans les rues plusieurs millions de personnes contre la
guerre d'Irak ; et la coalition Žlectorale RESPECT associant le SWP et
plusieurs de ses partenaires.
Autre
force non nŽgligeable Žgalement, le SSP Žcossais, un parti dont le
dŽveloppement en Ecosse intŽresse
Žgalement les (ex)-camarades irlandais et amŽricains de Raymond qui pour sa
part ne partage pas du tout cet intŽrt ; leur dŽsaccord sur ce point est
justement l'un des motifs de Ç l'Žloignement rŽciproqueÈ annoncŽ entre Mlitant
(France) et ses Ç camarades
dont on pouvait penser quÕils Žtaient les plus proches politiquement de
Militant, ˆ savoir le groupe informel rŽuni autour des amŽricains de Labor
Militant Voice lors des rŽunions de Donegal (Irlande) et la Tendance Marxiste
Internationale È.
Egalement le Socialist Party, la tendance animŽe par Peter Taaffe,
qui est aujourd'hui ˆ l'initiative d'une Campagne pour un nouveau parti des
travailleurs s'appuyant sur un nombre respectable
de dirigeants et militants syndicaux, d'o l'intŽrt non seulement du CPGB mais
Žgalement, lˆ encore, des Ç camarades-dont-on pouvait-penser-que etc È. On vera plus loin que cet intŽrt du CPGB pour la dŽmarche du
Socialist Party comporte certains bŽmols que nos chers camarades ontprŽfŽrŽ
ignorer car cela gne quelque peu leur
dŽnonciation hargneuse et caricaturale du CPGB.
Comment
le CPGB (et son journal) abordent-ils en rŽalitŽ ces diffŽrentes forces
significatives de l'extrme-gauche britanique? A la faon des Ç sectes È, ˆ
savoir cour ŽhontŽe le lundi, dŽnonciation virulente le samedi suivant? C'est
ce qu'on pourrait croire, ˆ lire la prŽsentation qui en est faite. Mais point du
tout! Au lieu de cela, le CPGB
polŽmique de faon systŽmatique avec ces courants sur les problmes
politiques majeurs que pose leur programme ou leur
ligne d'action politique.
Au
SWP le Weekly Worker reproche sa capitulation systŽmatique devant ses alliŽs de
Ç l'aile droite È virtuelle de Respect que sont le dŽputŽ catholique en rupture
du Labour Party George Galloway et l'Association des Musulmans Britaniques (proche des Frres Musulmans). Pour
complaire ˆ ses alliŽs, le SWP s'est montrŽ capable, entre autres exemples, de
mettre de c™tŽ ses propres positions de dŽfense du droit des femmes ˆ
l'avortement et plus gŽnŽralement d'Žviter d'Žcrire quoi que ce soit qui puisse
choquer les courants pro-islamistes. Est-ce ce genre de polŽmique que vous
appelez des Ç bruits de chiottes È?
Le
CPGB a choisi d'investir ses militants et sympathisants en Ecosse dans la
construction du SSP. Ceux-ci participent ˆ une Plateforme minoritaire du SSP
qui refuse la dŽformation nationaliste de ce parti. Le CPGB a ŽtŽ par ailleurs
en premire ligne pour dŽfendre le dirigeant ouvrier Tomy Sheridan et l'appeler
ˆ rester ˆ la tte du SSP il y a un an, quand la presse Ç people È s'en est
prise ˆ ce dirigeant ouvrier particulirement populaire et dynamique pour de
stupides Ç histoires de fesses È. La ligne dŽfendue dans le Weekly Worker Žtait
que les dirigeants d'un parti ouvrier digne de ce nom ne doivent pas cder ˆ la
pression en capitulant face aux Ç bruits de chiotte È rŽpandus par la
bourgeoisie. Que Sheridan ait, oui ou non, une Ç ma”tresse cachŽe È, cela
n'intŽresse pas la vie politique ouvrire et il est inadmissible de cder au
moralisme et au voyeurisme ambiant.
Sur
ces diffŽrents points, on peut accorder au ComitŽ de RŽdaction du site Le
Militant le bŽnŽfice du doute en supposant qu'il est mal informŽ.
Par
contre, sur d'autres questions, comme celle des syndicats et du Labour
Party, il est flagrant que
l'ignorance cde le pas ˆ la dŽsinformation. On peut lire en effet que,
consacrant exclusivement sa rŽflexion aux groupes d'extrme-gauche, Ç le CPGB ne tŽmoigne dÕaucun
intŽrt pour le Parti travailliste È. D'autre part,
le ComitŽ de RŽdaction reproche ˆ ses camarades du Ç groupe informel È de
Donegal de soutenir la Campagne pour une nouveau parti des travailleurs : Ç cette campagne initiŽe par le syndicat
des cheminots (qui sÕest dŽsaffiliŽ du Parti travailliste) posait plusieurs
problmes : 1¡) LÕappel ˆ la dŽsaffiliation des syndicats du Labour est non
seulement une erreur mais une faute en lÕabsence dÕune alternative ; 2¡)
alors que le Labour reoit encore 35 % des voix (...) considŽrer que lÕheure dÕun parti alternatif au travaillisme
est venue relve de lÕaveuglement È.
Or
le CPGB loin de se Ç dŽsintŽresser È de la question
considre que la dŽsaffiliation de syndicats par rapport au Labour Party est
une faute et, en l'absence d'un parti ouvrier de masse auquel s'affilier ˆ la
place, entra”ne l'Žnorme risque de concourrir ˆ la dŽpolitisation des
syndicats.
Le
CPGB considre qu'il faut se battre maintenant
pour construire un parti ouvrier ˆ la fois d'avant-garde et de masse, un parti
marxiste, en clair un vŽritable parti communiste. A la diffŽrence des groupes
sectaires, le CPGB ne prŽtend pas Ç tre le parti È qu'il suffirait de Ç
rejoindre È pour rgler une fois pour toutes la question. Mais, ˆ la diffŽrence
du SWP et du SP, le CPGB ne pense pas non plus que la classe ouvrire
d'aujourd'hui est tellement Ç arriŽrŽe È qu'il n'est pas possible de lutter
ouvertement pour un parti rŽvolutionnaire,
qu'il faudrait donc pour l'instant se contenter de proposer la formation d'un
Labour Party N¡ 2 (que ce soit ˆ travers Respect ou la Campagne pour un nouveau
parti des travailleurs).
En
contraste total avec l'attitude des sectaires, le CPGB est capable de critiquer
de telles intitatives tout en y participant. MalgrŽ toutes leurs faiblesses,
elles sont en effet des lieux dans lesquels ont peut se battre pour faire
avancer le projet d'un parti marxiste.
Ainsi
le CPGB a participŽ ˆ la confŽrence du 20 janvier 2006 organisŽe par le
Syndicat des Cheminots RMT, fortement soutenue par le SP, sur le thme Ç la
crise de reprŽsentation de la classe ouvrire È.
Dans son compte-rendu (WW N¡609 du 26 01 06) Peter Manson note que les orateurs
ont poliment applaudi le dŽputŽ travailliste du RMT John McDonnell dont ils ne
partageaient pas la conviction qu'il Žtait possible de Ç reprendre le Labour
Party È. Ç Certes, Žcrit Peter Manson, Žtant
un parti ouvrier bourgeois, il n'a jamais ŽtŽ rŽellement le notre, mais la
plupart des intervenants ont une vision compltement bornŽe sur la question.
Pour eux, non seulement le Labour ne peut pas tre Ç repris È : mais il est
carrŽment mort comme lieu de lutte, que ce soit maintenant ou dans le futur.
C'est vraiment ne rien comprende au r™le du travaillisme. È Il faut au contraire, propose-t-il en substance, s'attendre ˆ ce
qu'une nouvelle pŽriode de lutte de classe intense redonne son r™le
traditionnel au Labour avec comme consŽquence le dŽveloppement de la gauche
travailliste. Ç C'est pourquoi, toujours selon Peter Manson, il est absurde de tracer un trait sur la
Gauche Travailliste et de minimiser l'importance qu'il y a ˆ travailler avec
les membres du Labour Party et, le moment venu, d'entreprendre un travail ˆ
l'intŽrieur de ce parti È.
Loin
de se Ç dŽsintŽresser È du Labour Party, le CPGB donne rŽgulirement la parole ˆ
des militants de la Gauche Travailliste. Ainsi, en juillet dernier, sous le
titre Ç gauche travailliste, Faible mais toujours en vie È il consacrait une double page du
Weekly Worker ˆ l'AG annuelle du Labour Representation Committee, au cours de
laquelle des militants de la gauche du Labour ont pronŽ une attitude
non-sectaire et insistŽ sur l'importance de l'unitŽ d'action entre des
camarades qui aujourd'hui agissent les uns ˆ l'intŽrieur, les autres ˆ l'extŽrieur
du Labour.
Que
l'Žquipe du Militant prenne donc
en compte ces dŽbats et ces informations : si elle veut vraiment apporter quelque chose d'utile ˆ la rŽflexion
sur la gauche en Grande-Bretagne, elle
a peut-tre mieux ˆ faire que rŽpandre des "bruits de chiotte"
sur le CPGB.
(*) Bilan de la
rencontre gŽnŽrale du comitŽ de rŽdaction du 28/01/2006 (Militant) Cette
rŽunion a abordŽ
quatre thmes : les relations internationales, le syndicalisme dans la
FSU, la stratŽgie de dŽveloppement et les projets Žditoriaux pour 2006.