Militant
n°2 - juillet 2003
Faut-il toujours
respecter la loi ?
COUP
de fil à Rabia B., une camarade sans-papiers dont le dossier a scandaleusement
été classé sans-suite par la Préfecture de police pour un soi-disant manque de
preuves. «La loi, c’est la loi», me dit-elle, totalement désabusée et presque
résignée.
Est-ce bien sûr ? En tout cas, il est
permis de s’interroger sur ce qu’est la loi et sur la manière dont elle est
faite ou appliquée.
Notons tout d’abord que la loi n’est
pas quelque chose d’éternel, qui tomberait en quelque sorte du ciel. Une loi
c’est un texte, écrit et adopté par des hommes, qui est susceptible d’être
modifié ou abrogé. Le caractère non figé des lois vient d’être démontré, de
manière négative, par les durcissements apportés par les députés aux
dispositions concernant le statut des étrangers.
antidémocratique
L’existence d’une loi néfaste n’est
donc pas une raison pour accepter son existence passivement et pour se résigner
à ce qu’elle s’installe dans la durée.
Il est également tout à fait permis de
s’interroger sur la manière dont les lois sont adoptées et sur la légitimité de
ceux qui les votent. On notera par exemple que le système électoral actuel, dit
«uninominal à deux tours» est antidémocratique. Il permet d’éliminer les
«petits» partis... qui reçoivent quand même près de 60 % des suffrages des
électeurs.
C’est ainsi que l’UMP, avec 30 % des
voix au premier tour des législatives, s’est retrouvée avec la majorité absolue
au parlement.
En tout état de cause, il est aussi
possible de s’interroger sur le caractère «démocratique» de la simple
possibilité laissée au citoyen de glisser un bout de papier dans une urne une
fois tous les cinq ans...
En général ceci ne change guère les
choses, surtout que les institutions excluent totalement - au nom du «droit de
propriété» ce qui se passe dans l’entreprise du champs de décision
démocratique.
rapport de force
Fort heureusement, il est quand même
possible de changer la loi sans même disposer d’une majorité parlementaire.
Quand le salariat décide de se mobiliser pour la défense de ses intérêts, comme
il l’a fait en 1936, dans les circonstances très particulières de 1945 ou en
mai 1968, il lui est possible d’arracher des réformes de grande ampleur.
Car plus que le rapport de force à
l’Assemblée, c’est celui dans la société toute entière qui est important.
Ce fait est d’ailleurs reconnu
implicitement par la classe dominante, puisqu’elle admet le droit de grève,
même si elle cherche à l’encadrer au maximum. Or qu’est-ce que le droit de
grève, si ce n’est la possibilité d’exercer une pression directe sur
l’employeur ou sur l’Etat, sans recourir au système représentatif ?
Jadis, à l’époque où la bourgeoisie
était encore une force progressiste, elle avait inscrit elle-même ces phrases
dans la constitution de 1793 :
«Article 34 : Il y a oppression contre
le corps social lorsqu’un seul de ses membres est opprimé, il y a oppression
contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé».
«Article 35 : Quand le gouvernement
viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et chaque
portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des
devoirs».
Si ces mots ont été bannis par les
possédants, qu’ils soient la propriété de tous les opprimés.