De : SV.Presumey <sv.presumey@wanadoo.fr>

Ë : promethe fabrol, Militant militant@le-militant.org

Date : samedi 4 juin 2005 23:36

Objet : quelques mots

 

Chers camarades,

 

ayant peu ˆ peu pris connaissance sur le site du Militant de textes ayant trait ˆ votre diffŽrent politique actuel, je voudrais dans ce courrier non pas prendre position -je serais en peine de le faire, vous ne me le demandez certainement pas et il n'est pas sžr que ce soit nŽcessaire, utile ou judicieux- mais m'exprimer sur deux passages de ces textes dans lesquels je suis directement concernŽ, d'une part, et vous apporter, d'autre part, quelques remarques sur les articles en cause.

 

J'en viens d'abord aux deux passages de la correspondance suscitŽe par votre diffŽrent qui me concernent incidemment. Il ne sont pas sur le mme plan.

 

L'un est la remarque que fait Raymond sur notre action commune actuelle, la rŽunion du 26 mars, celle du 19 juin et ce qui suivra Žventuellement. Il rŽcuse l'expression que j'ai parfois employŽe de "petit front unique". Je lui donne raison, mais pas forcŽment pour les mmes raisons que lui. C'est une expression rapide et facile, mais le front unique ouvrier c'est le besoin du mouvement d'ensemble de la classe ouvrire, et ce n'est de toute faon pas la conjugaison des forces de quelques petits groupes, ni mme de forces bien plus importantes, qui peut tre un morceau de "front unique". Toutefois, cela ne nous renvoie pas automatiquement dans la catŽgorie "blocs de propagande entre groupuscules dont le seul avenir est soit d'Žclater soit de dŽboucher sur une fusion". Si cette seconde formule a le mŽrite de faire voir que ce que nous faisons ensemble pose implicitement (maintenant c'est donc explicite) la question d'une organisation commune, d'un cadre commun, elle est quand mme un peu "trotskyst sect pattern" je trouve, car nous ne sommes pas en premier lieu des petits crocodiles qui s'observent pour savoir s'ils vont fusionner, mais bien des militants qui se sont trouvŽs d'accord sur quelques points fondamentaux -le double Non, la rupture avec Chirac, la recherche d'une formulation concrte de la question du pouvoir- en dŽpit de bien des diffŽrences par ailleurs. Embryon du front unique de la classe, non, mais version petite ˆ cette Žtape d'une sorte d'Alliance socialiste au bon sens du terme, ou d'Alliance ouvrire (laquelle combattait pour le front unique de la classe), sans doute, quand mme (Alliances dont le contenu Žtait en dŽfinitive l'organisation commune, les Socialists Alliance y ayant ŽchouŽ en GB quoi qu'il y ait le SSP, l'Alliance ouvrire ayant en grande partie donnŽ le POUM en Espagne ...).

 

Le second est le passage d'un mail de Franois Ferrette qui je dois dire pourrait tre un malentendu. Je ne connais pas directement Franois Ferrette et je me demande quelle image mythique il peut avoir de mon orientation ou quelle image peut en avoir son fameux "camarade FSU en rupture de ban". Faut toujours se mŽfier des images mythiques qu'on peut se faire les uns des autres. Les rŽunions parisiennes si difficiles ˆ monter seraient justifiŽes mme si leur seule qualitŽ Žtait d'aider ˆ les dissiper par des rencontres directes. Moi-mme responsable dŽpartemental FSU, je suis relativement bien placŽ pour avoir pu constater l'absence de bataille pour la non signature des conventions de transferts des TOSS entre RŽgions et Etat -tout en ayant avec la structure syndicale que j'anime et ses militants rŽellement menŽ cette bataille - cela alors que la situation politique et la crise de l'Etat ont suscitŽ elles-mmes de telles non-signatures, mais de manire pour ainsi dire incognito, sans pression des travailleurs et pression syndicale, donc dans des conditions qui au final n'empchent pas les transferts (c'est lˆ un dŽveloppement que la Lettre de Liaisons n'a pas traitŽ ˆ fond comme il l'aurait fallu en raison de la polarisation par la campagne pour le Non).

 

Plus habituŽ aux gauchistes souponneux de mes positions syndicales, je suis donc un peu surpris, en l'occurence, de cette assimilation de la Lettre de Liaisons du 17 janvier avec une analyse des syndicats plut™t "gauchiste", si j'ai bien compris, attribuŽe ˆ l'article sur le mouvement lycŽen. Que le "camarade FSU en rupture de ban" de Franois Ferrette ait commencŽ, indŽpendemment de la Lettre de Liaisons, ˆ diffuser l'info sur la non signature des conventions de transferts, c'est trŽs bien et cela aurait dž l'inciter avec Franois ˆ voir dans cette lettre un point d'appui ou le signe qu'ils n'Žtaient pas tout seuls -rŽaction qui fut d'ailleurs celle de plusieurs lecteurs de cette lettre, responsables FSU "en rupture de ban" ou non et notamment responsables UNATOS. Car il est bien vrai que la presse syndicale, comme le disait cette lettre, ne s'est pas prŽcipitŽe pour diffuser l'info ! ... et donc que le constater, c'Žtait le constater, c'Žtait dire la vŽritŽ, voila tout, et non pas faire des effets "pour arracher le masque tra”tres des directions syndicales" ! A moins que Franois Ferrette considre que c'Žtait une fausse information propagŽe dŽlibŽremment "pour arracher " etc. ? Mais non, il ne le dit pas, et c'Žtait tout simplement le constat d'un fait (ˆ vrai dire tel ou tel bulletin a pu nous Žchapper, mais le texte incriminŽ ne laissait pas de doute sur le fait qu'il Žtait question de la presse syndicale nationale ˆ cette date). Bref, il m'est ici prŽtŽ une "vision du syndicat manipulateur et comploteur" qui ne repose sur rien d'autre qu'une interprŽtation sans fondement.

 

C'est lˆ un bel exemple de la manire "trotkyst sect pattern" de lire ce qu'Žcrivent les autres : on voit entre les lignes, on attribue des intentions, des Žtiquettes, et du coup on catalogue au lieu, parfois, de faire des critiques qui pourraient tre utiles. Car manifestement ici, la crainte ou le soupon de la "vision manipulatrice et comploteuse" Žtait telle chez notre camarade avant ou aprŽs en avoir parlŽ avec son "responsable en rupture de ban" qu'il a vu dans une Lettre de Liaisons en l'occurence innocente un texte "prŽsumŽ" coupable ! Ce n'est pas bien grave, mais c'est rŽvŽlateur.

 

Quelques mots maintenant sur les articles sur la publication desquels vous vous tes opposŽs.

 

Je voudrais dire que, quoi que certains me tiennent peut-tre pour une sorte de la•card socialo et d'autres pour un sectaire incurable, voire pour les deux ˆ la fois, je n'ai pas particulirement sursautŽ ˆ la lecture de ces articles litigieux. Je ne suis absolument pas en mesure d'avoir un avis sur l'opportunitŽ de publier ces articles dans PromŽthŽe eu Žgard au projet politique et Žditorial de cette revue, et comme vous ne me le demandez d'ailleurs pas je me garderai bien d'essayer de le donner, mais je tenais ˆ dire quelques mots sur leur contenu.

 

Le premier article de Samir Benkheldoun sur l'islam, publiŽ dans PromŽthŽe, m'avait intŽressŽ, je l'avais d'ailleurs dit ˆ l'occasion ˆ Emile, quoi que son style ne soit pas habituel dans la presse militante, mais pourquoi pas de temps en temps ? En tous cas il m'avait semblŽ contenir des ŽlŽments de rŽflexion utiles sur le statut idŽologique du texte coranique. Je n'avais, du coup, pas compris la vigueur de son deuxime article mis en ligne sur le Militant, qui rŽpond ˆ des "socialistes de gauche" et autres "la•cards" dont je crains qu'ils ne soient en partie des reprŽsentations mythiques. L'auteur a rŽagi ainsi parce qu'un camarade semble avoir vu dans cet article un dŽguisement islamisant ou clŽrical, mais une caricature ne rŽpond pas ˆ une caricature, mais en ajoute une autre. Je devine d'ailleurs qui est ce camarade socialiste et libre-penseur et j'ai le plus grand respect et amitiŽ pour lui, mais je ne pense pas qu'il soit juste de le qualifier de victime de la "folie ethno-identitaire" !

 

Quant ˆ l'article sur le mouvement lycŽen il est naturellement discutable mais sur le plan descriptif, et, pour employer lˆ encore un mot qui pourrait surprendre, sur un plan phŽnomŽnologique (si ! si ! ) il est d'un intŽrt certain.

 

Enfin, j'ai trouvŽ important le fait que l'article de Raymond sur le citoyennisme aboutisse ˆ partir de prŽmisses et d'un emploi des mots qui sont a priori aux antipodes de ma propre mŽthode politique (qu'on peut appeler "ligne de la dŽmocratie", et du front unique ouvrier, les deux Žtant pour moi liŽs, liŽs en plus ˆ la la•citŽ et mme ˆ la nation : donc vachement droitier du moins selon les critres de la logique formelle ! ) nous ayions pas mal de conclusions communes ˆ propos du "citoyennisme", des "nouveaux mouvements sociaux", de Negri ...

 

Et comme par ailleurs nous avons tous des positions sinon similaires, du moins fondamentalement proches, dans la pŽriode actuelle, sur des aspects essentiels de la lutte des classes et des positions politiques ˆ dŽvelopper en France, sur Chirac notamment, il y a lˆ matire ˆ une rŽflexion thŽorique qu'il serait sans doute, indŽpendemment des alŽas de tel ou tel article, responsable, et peut-tre utile, de dŽvelopper entre nous. Ceci est d'autant plus frappant quand on a eu des positions gravement opposŽes ˆ d'autres Žtapes (en gros autour de la chute du Mur de Berlin comme le sait Raymond). Le dŽbat sur les religions, la question du millŽnarisme et la la•citŽ est un aspect de ce dŽbat, mais pas forcŽment le premier ˆ aborder. Les prŽmisses thŽoriques de Raymond, la place qu'y occupe la pensŽe de Sorel, sont pour moi ˆ prendre tout ˆ fait au sŽrieux. Qu'entendons-nous par dŽmocratie ? Mais, bon ... nous sommes des militants et des groupes habituŽs au vase clos des petits groupes mme quand on sait intervenir dans les masses et agir en commun, et il nous manque un milieu commun o une telle discussion pourrait se dŽvelopper selon ses propres nŽcessitŽs, reliŽes bien sžr ˆ celles de la lutte des classes. Il n'empŽche ... on pourrait peut-tre se poser la question de commencer ces discussions.

 

Raymond peut, s'il le juge utile, mettre ce courrier en ligne ou le communiquer aux camarades concernŽs, idem Emile dans ses propres "mŽdias". Merci en tous cas de le communiquer au moins ˆ F.Ferrette.

 

AmitiŽs militantes, socialistes, communistes (É)

 

Vincent PrŽsumey.

 

 

Voir aussi :

-       Du dŽbat ˆ la scission : contributions ˆ une discussion dÕarticles de PromŽthŽe (E. Fabrol, F. Ferrette, JM. Edwin, K. Lakjaa, mai 2005)

-       Une approche du citoyennisme et de sa critique (Raymond Debord, mai 2005)

-       La folie ethno-identitaire ou la pensŽe en uniforme (Samir Benkheldoun, mai 2005)

-       Un mouvement lycŽe dŽterminŽ qui ouvre les portes de lÕavenir (Dominique Cornet, avril 2005)

-       Meeting du 26 mars : objectif politique atteint (La Lettre de Liaisons, 04/04/2005)