Du débat à la scission : contributions à une discussion d’articles de Prométhée
Les documents suivants émanent de membres du comité de rédaction du site Militant et de la revue Prométhée. Ils ont été diffusés dans le cadre du débat interne préparatoire à la publication du numéro 61 entre le 2 et le 4 mai. Alors qu’aucun autre article n’avait été soumis à discussion et qu’aucun des rédacteurs mis en cause n’avait eu le temps de répondre, un nombre indéterminé de personnes se sont consultées par téléphone et ont décidé d’appliquer sans attendre la recommendation figurant dans le dernier texte ci-dessous : « débattre entre nous n'a aucun sens en raison de l'importance des divergences. Nous ne sommes pas réunis pour cela mais au contraire pour faire connaitre des positions communes à l'extérieur ». En fonction de quoi Emile Fabrol, propriétaire du titre Prométhée, l’a mis à l’imprimerie lundi 9 mai avec un contenu déterminé par lui et sa fraction.
De : EFabrol
Date : lundi 2 mai 2005 18:32
Objet : PROBLEMES
Camarades,
Après une lecture attentive des articles suivants : le citoyennisme, la folie ethno-identitaire et le mouvement lycéen et après une longue discussion entre Albert, Emile et Yannick, nous exprimons les plus vives réserves sur ces articles joints avec ce message pour les camarades qui ne les auraient pas reçus.
Concernant l’article sur la folie ethno-identitaire, nous sommes profondément désolés mais nous n’y avons strictement rien compris. A la fin de l’article nous en sommes encore à nous demander ce que le camarade veut démontrer. Enfin, nous exprimons une opposition ferme à l’usage sans définition ni sociale ni politique de la notion de classes moyennes. Parle-t-on des couches intermédiaires entre bourgeoisie et prolétariat ou évoque-t-on tous ceux qui ont encore la chance d’avoir une situation non précaire ? Pour notre part il n’y a que la première approche qui est valable.
Concernant l’article sur le mouvement lycéen, nous avons été particulièrement déçus. Cet article rate l’analyse en profondeur du phénomène qui a traversé toute la jeunesse lycéenne durant plusieurs mois de lutte quasiment seuls contre la loi Fillon, adaptation de l’école au capitalisme actuel selon les directives de la stratégie de Lisbonne adoptée, en 2000, par les chefs d’états et de gouvernements de l’Union européenne. D’autre part, nous ne pouvons pas admettre l’explication par « l’individualisme » comme rempart à la « récupération ». Nous sommes également obligés de constater que l’absence de structuration est peut être une cause de l’échec (l’article élude cette question). Enfin, et surtout nous ne pouvons souscrire ni de prés ni de loin à la qualification des syndicats comme organes de « médiation entre les pouvoirs en place et les salariés » et que ce serait cela qui « justifie leur existence ». Certes les bureaucraties syndicales sont ce qu’elles sont et elles doivent être combattues mais cela ne peut conduire à écrire de telles énormités sur les syndicats en tant qu’organisations de défense des intérêts des travailleurs. Sinon à quoi bon y militer, à quoi bon s’être battu d’arrache pied dans la CGT, la FSU ou SUD pour qu’elles se prononcent pour le non à la constitution européenne et y avoir remporter des succès politiquement capitaux.
Concernant l’article sur le citoyennisme, nous sommes arrivés à la conclusion que l’article ne parvient pas à démontrer ce qui était son sujet, sujet politiquement important en lui-même. Nous avons énormément de mal à saisir la plupart des critiques exprimées tout simplement parce que nous ne connaissons pas les thèses critiquées et que l’article ne fait que les survoler. Nous ne prendrons qu’un exemple, celui que nous connaissons le mieux, la thèse de Négri sur les multitudes et l’empire, thèse que mériterait un article à elle seule pour démontrer en quoi Négri (et Hardt) défend et illustre à sa façon la thèse de l’idéologie dominante sur la non existence des classes sociales, et par voie de conséquence de l’Etat, et les exemples concrets ne manquent pas pour mettre cette thèse en défaut à commencer par notre campagne militante contre la constitution européenne. Qualifier Négri de « gourou dissocié » n’arrange rien, comme il ne nous paraît pas judicieux (et un tantinet faux) de qualifier Bourdieu également de « gourou » ou de tomber à bras raccourcis sur le malheureux Besancenot. L’agressivité verbale ne se substituera jamais à une démonstration sereine. Enfin, est contraire à notre analyse (nous pouvons nous tromper, mais alors il faut préalablement en discuter) la façon d’aborder les services publics (mis entre guillemets) et celle de traiter les cadres d’entreprises (lesquels ?), les fonctionnaires (re lesquels ?), les salariés du para-public et les travailleurs sociaux de partisans de l’étatisme. Une note sur le livre d’Alain Bihr n’est pas suffisante : les lecteurs de Prométhée l’ont-ils lu ? Et en avons-nous discuté entre nous pour savoir si nous partagions cette thèse ? Nous ne pouvons également accepter que l’article donne l’impression d’associer dans une même critique les organisations qui ont du mal ou qui refusent d’adopter une position de classe et la msse des opprimés et exploités, en particulier les jeunes, qui se mobilise sur ces thèmes faute de rencontrer dans leur juste révolte contre les effets dramatiques du capitalisme un parti communiste révolutionnaire de masse.
A la lecture de ces trois articles nous avons le devoir d’exprimer ce qui nous apparaît comme une divergence de méthode et une divergence d’approche de la réalité contradictoire du mouvement populaire. Dans la mesure de nos moyens nous avons toujours cherché dans la rédaction de Prométhée de documenter nos articles et de démontrer nos arguments et nos hypothèses. C’est comme cela que nous avons travaillé sur des questions comme la Sécurité sociale, la réforme de l’Etat, les conclusions politiques du résultat des élections de 2004 (ce qui nous permis de rectifier notre orientation issue de la présidentielle de 2002), l’Union européenne, la guerre impérialiste pour ne parler que des derniers principaux sujets abordés. D’autre part, nous avons toujours essayé de travailler collectivement, de discuter préalablement les thèmes susceptibles d’être abordés, certains ont mis des mois pour être publiés, d’autres sont encore en discussion (comme celui de la question de l’Etat à la lumière de la construction de l’Union européenne). Dans le passé, le plus souvent c’était le rédacteur en chef qui faisait l’interface entre les rédacteurs et la synthèse des divers échanges, dans le futur il faudra formaliser par des conférences de rédaction cet indispensable travail. Quoi qu’il en soit, nous nous refusons à faire de Prométhée une juxtaposition de thèses strictement personnelles, pour cela rien ne nous empêche d'ouvrir une tribune de discussion, nous l'avons déjà fait sous le titre « Tribune communiste ». Nous avons toujours conçu Prométhée comme un apport à la prise de conscience des réalités du monde afin de dégager des hypothèses pour sa transformation révolutionnaire, nous ne voyons pas pourquoi ce qui a, au fil de ses 16 années d'existence, forgé sa (petite mais réelle) réputation devrait soudainement changer.
C’est pourquoi nous sommes au regret de considérer ces articles comme non publiables en l‚état dans le prochain numéro. Nous sommes très conscients des problèmes que nous soulevons, mais il était de notre devoir de les exprimer clairement et fraternellement.
Le 2 mai 2005.
Albert, Emile, Yannick.
De : François FERRETTE
Date : lundi 2 mai 2005 21:21
Objet : Re: PROBLEMES
Je voudrais réagir au mail de Emile, Yannick et Albert vu les conclusions qu'ils tirent à la lecture des 3 projets d'articles pour Prométhée.
L'article sur le mouvement lycéen :
A mon sens, il s'agit d'un travail de sociologie des pratiques sociales mais qu'il est effectivement peu "politique" au sens où il est détaché de son contexte européen, du lien avec les besoins du capitalisme. Sur les syndicats (je rappelle que je suis au bureau départemental de la FSU de l'Orne, que je représente mon syndicat à la structure régionale de la FSU et que je suis membre du bureau de section régionale du syndicat), l'article va faire fuir tous les camarades syndicaux à qui on serait tenter de proposer Prométhée. Pour souvenir, j'avais diffusé il y a qqs mois un texte de Présumey, à un camarade avec qui je milite dans la FSU qui est en rupture de ban avec la FSU nationale, ex PCF, et qui anime le petit réseau "Réunification syndicale". Présumey disait que les présidents de régions PS avaient fait un communiqué pour exprimer leur refus unanime de signer les conventions de transfert des TOS. Présumey disait, pour arracher vraisemblablement le masque traitre des directions syndicales que "aucun journal syndical, aucun communiqué national d'un syndicat... ne s'en sont fait l'échos" (lettre de Liaison n°125, 17 janvier 2005). Mon camarade de la FSU m'a appelé pour me dire être complètement étranger à cette vision du syndicat manipulateur et comploteur. Inutile de lui parler de Présumey et de la lettre de liaison... Pas de chance pour ce camarade, mon camarade FSU en rupture de ban avait diffusé l'info (moi également d'ailleurs).
Tout ceci pour dire que l'extension de notre groupe et de l'audience que nous pouvons espérer avoir dans les milieux qui ont les mains "dans le cambouis de la lutte des classes" dépendra de notre capacité à ne pas reproduire certains traits "trotskistes" et ultra gauche. Les syndicats ne se résument pas à des organes intermédiaires pour négocier entre les masses et le gouvernement . Si on va sur ce terrain, on va à la catastrophe. La secrétaire de l'UL-CGT de Longwy risque de faire des bonds si on lui envoie Prométhée.
Quant au mouvement lycéen en lui-même, il y a eu une nette baisse de participation aux manifs dès lors que le projet de loi a été adopté à l'assemblée nationale. En mars, ils étaient 150 000 dans toute la France, en avril quelques dizaines de milliers puis cela s'est effiloché pour concentrer les luttes dans quelques poches géographiques.
L'article sur le citoyennisme
M'intéressant depuis quelques années aux idées en marge de l'idéologie dominante, je considère le citoyennisme comme un sujet sur lequel un article était nécessaire. Je ne sais pas si je suis "en avance" sur d'autres, mais la démonstration de Raymond me convient. Sa thèse n'est pas originale au sens où elle jaillit d'un secteur militant qui a déjà bossé le sujet, plutôt ultra gauche (libertaire, anar, intellectuels indépendants, etc.), ce qui ne discrédite pas en soi le sujet. Ce secteur a livré un certain nombre de textes qui malheureusement reste confiné dans son milieu. J'ai lu le bouquin de Bihr qui est à la fois stimulant mais à prendre avec des pincettes. Pour les adeptes de l'orthodoxie trotskiste, il remet en cause l'idée que l'URSS ait été dirigée par une caste bureaucratique alors que Bihr pense qu'il s'agissait d'une classe sociale en tant que telle. Ceci dit, son analyse sur l'idéologie des classes moyennes (qu'il appelle la classe de l'encadrement capitaliste) est séduisante. Mais, pour prendre Bihr à contre-pied, ne pourrait-on pas supposer que des couches et non des classes puissent elles aussi forger un discours iédologique depuis leur position sociale ? Ces sujets sont à travailler et retravailler. Il faudrait des exemples pratiques réguliers dans Prométhée pour montrer l'inanité du citoyennisme.
Par contre, les qualificatifs sur Besancenot ou Bourdieu sont effectivement déplacés. Pour info, il existe une maison d'édition "Climats" qui publie quelques textes décapants et hors des sentiers battus : http://www.editions-climats.com/
L'article sur la folie ethno-identitaire
L'article semble avoir été écrit rapidement à la suite de réactions diverses. Il y a beaucoup de soi dans cet article qui essaie de contrer une des formes de l'idéologie dominante qui se décline dans le discours des forces de gauche sur la base du communautarisme qui serait le filtre par lequel on explique tout. A l'analyse de classe, on aurait troqué une analyse ethnique et communautaire. Ce texte est plus un coup de gueule, un pamphlet, qu'un article de démonstration. C'est même plus proche de la poésie que du texte d'analyse.
J'écris longuement ce qui n'est pas dans mes habitudes mais je ne voudrais pas qu'on se divise sur des textes qui ne seront lus par presque personnes. Je ne suis pas favorable à censurer les articles parce que si on crée un précédent, cela sera reproductible par la suite. Prométhée doit rester ce lieu de débat et de confrontation. Comme proposition, on pourrait mettre le texte d'Amir en "coup de gueule du trimestre" avec un texte plus réduit, mettons 1/2 page, s'il est d'accord. L'article sur les lycéens en "tribune" (avec commentaires éventuels de Emile) et conserver tel quel l'article de Raymond. Par contre, je perçois des divergences politiques qui n'ont pas été traités en amont ou visibles lors de nos rapprochements avec Militant. Je suis un peu stupéfait de la vision, sans doute personnelle, des syndicats dans l'article sur les lycéens. Si des problèmes se posent, il faudrait convoquer une réunion nationale (le grand mot !) pour qu'on voit comment mieux fonctionner. Je viendrais.
FF
De : FABROL Emile
Date : mercredi 4 mai 2005 12:35
Objet : Problèmes suite
Camarades,
Avec Yannick nous avons pris connaissance du message de François qui conforte plusieurs des critiques que nous avons formulées avec Albert. Nous comprenons de souci de François et nous voudrions le partager, mais pour les raisons qui suivent nous maintenons notre proposition en soulignant qu'il ne s'agit pas de censure mais de méthode de construction d'une tendance politique du prolétariat comme nous nous y sommes tous engagés avec la déclaration publiée dans le numéro 60 de Prométhée. Au passage, nous rappelons que cette déclaration fut rédigée par les camarades issus de Militant et adoptée, sans possibilité de modification, par les camarades issus de Prométhée. De cette déclaration nous extrayons les deux passages suivants « contribuer à reforger une conscience de classe du prolétariat » et refuser tout « propagandisme messianique ». Nous considérons que notre activité (donc le contenu de Prométhée) doit respecter ces engagements.
Des trois articles que nous critiquons ressort une approche politique que nous ne partageons pas et que nous considérons comme contraire aux deux engagements cités. Il s'agit de l'approche des organisations syndicales exprimée à la fois dans l'article de Dominique et de Raymond : organes de médiation et acceptation (par qui ?) de leur ongisation). Il nous semble que nous devrions être tous d'accord pour dire que ces arguments n'ont pas leur place dans Prométhée. Il s'agit également de l'approche des « classes moyennes » exprimée à la fois dans l'article d'Amir et de celui de Raymond. Comme le fait remarquer François la thèse d'Alain Bihr est séduisante mais doit être prise avec des pincettes. Il nous semble que nous devrions être tous d'accord pour ne pas amalgamer les cadres dirigeants du privé comme du public (qui ont des intérêts au « bon » fonctionnement du capitalisme) avec la masse de ceux qui ne sont pas des producteurs directs de plus-value. A moins de considérer comme prolétaires que les couches les plus exploitées ou contraintes à la précarité et à la misère. Après réflexion, nous affirmons que ces deux approches n'en font qu'une, d'ailleurs cette divergence s'était manifestée lors de la réunion du 29 janvier. Il se peut que nous analysons la société avec le prisme du marxisme, pour reprendre l'expression d'Albert le 29 janvier, mais à tout prendre nous préférons ce prisme à une approche pseudo sociologique. Nous considérons que le prolétariat est avant tout une notion politique : la constitution du prolétariat en classe sociale donc en parti pour reprendre l'expression du Manifeste rédigé par Marx et Engels. Quoi qu'il en soit, nous tenons à exprimer le plus ferment et le plus fraternellement que nous considérons cette divergence comme politiquement fondamentale.
Cela va nous permettre de soulever un point de méthode : pour commencer la publication d'une étude qui peut (et doit) s'étaler sur plusieurs numéros de Prométhée et qui peut contenir des points de vues différents nous avons l'obligation d'en discuter collectivement avant, afin que nous définissions le cadre de nos recherches. Si nous prenons comme exemple le citoyennisme, nous rappellerons que François a déjà aborder dans Prométhée la question de la démocratie participative et que serait bien que nos recherches actuelles ne l'oublient pas, nous tenons à rappeler également qu'Emile a soulevé, le 29 janvier, la question de l'Etat bourgeois dans le cadre de l'Union européenne. Discutons préalablement entre nous, faisons le point de nos recherches, définissons quel objectif nous voulons atteindre, confrontons nos opinions ; mais de grâce ne nous précipitons pas, ne publions pas des à peu prêts. Pour ce qui nous concerne, nous nous refuserons toujours à transgresser cette méthode.
Dernier point que nous ne transgresserons pas non plus. Quand nous avons commencé à écrire dans un journal de tendance politique (Le Communiste), nos camarades expérimentés nous rappelaient souvent le principe suivant : Tu n'es pas derrière le lecteur pour lui expliquer ce que tu as voulu dire, il doit pouvoir le comprendre par lui-même. Or, il y a trop d'interprétations possibles dans les trois articles en question pour que le lecteur saisisse celle de chaque auteur.
En conclusion, pour ce qui est du prochain numéro de Prométhée nous ne voyons pas d'autre solution que de nous en tenir au projet de sommaire proposé début mars par Albert et Emile et qu'aucun camarade n'a remis en cause, ce qui tendrait légitimement à penser que ce projet était validé par tous. Il s'agit sur ce point également d'une question de travail pour construire collectivement la tendance politique que nous avons mis en chantier le 29 janvier. Nous ne pouvons envisager un seul instant que ce n'est pas la volonté de l'ensemble des camarades.
Fraternellement .
Le 4 mai 2005.
Yannick et Emile
De : JM Edwin
Date : mercredi 4 mai 2005 15:47
Objet : Crise interne
Chers Camarades
Après lecture des échanges entre Emile/Albert et Raymond sur la conception de Prométhée, puis des articles de Raymond, d'Amir et de Dominique suivie de la réponse collective d'Albert Emile et Yannick, entraînant la réaction de François, nous devons constater l'état de crise interne de notre groupe Le Militant.
Ayant été précurseur et chaud partisan de la fusion Le Militant/Prométhée, je serais tenté comme François de chercher une solution de compromis qui préserve l'existence du groupe, le temps de débattre et d'avancer. Si une telle solution est trouvée, tant mieux....mais je n'y crois guère!
Si, comme je le crois, par un classique effet de miroir, Dominique ne fait que repérer dans son article chez les 15-16 ans, des traits qui caractérisent surtout notre propre petit groupe, alors il est à craindre que l'affirmation des fortes individualités dans le groupe l'emporte sur la solidarité collective même si les deux "ne sont pas forcément antagonistes" (DC). Je pronostique donc que les uns poursuivrons une problématique de "guèrillas individuelles" tandis que d'autres chercheront à assumer une cohérence et une stratégie collective...
Le vrai problème n'est certainement pas l'article d'Amir (je suis en prafait accord avec François sur sa lecture de l'article) ni vraiment celui de Dominique malgré les faiblesses et les erreurs d'orientation (sur les syndicats) qui ont déjà été pointées.
Par contre l'article de Raymond pose vraiment question. C'est un article-programme, qui de façon parfois acerbe, souvent allusive, mais cependant politiquement très solide et cohérente, jette les bases d'une orientation politique en profond décalage par rapport à notre accord politique du 29 janvier. Il dessine un tournant, une ligne nouvelle, une ligne essentiellement économiste, pimentée d'idéologie "autonome". Il constitue (au-delà des leaders de la gauche populaire visés) une charge contre les tenants de la démocratie, vue comme un compromis à l'intérieur de l'Etat bourgeois.
Je pense qu'il faut aller à l'inverse de ce que préconise Raymond. Se battre pour la plus extrème démocratie, dans le cadre même du système (voter NON au référendum, par exemple, alors que les "autonomes", les OCL et les amis de Badiou ne votent pas, ce que Raymond en toute logique devrait préconiser lui aussi...). Bataille pour l'extrème démocratie : pour pousser jusqu'au bout les contradictions du système ; pour donner au prolétariat des instruments supplémentaires pour ses luttes; pour dépasser les revendications sociales qui, prises isolément, sont la base de la conscience de classe-en-soi et favoriser l'émergence d'une conscience de classe-pour-soi.
Je suis pour que ce débat se mène lui aussi jusqu'au bout. Contre toute censure. Pour l'expression des points de vue minoritaires, qu'ils portent sur un point précis ou sur un plan plus général. Si nous disposions d'un hebdo je serais pour que l'article de Raymond paraisse en tribune libre cette semaine et que les réponses paraissent dès la suivante. Mais notre trimestriel ne permet pas cela.
La discussion doit donc avoir lieu hors Prométhée dans un premier temps, puis de façon contradictoire dès le numéro de septembre.
L'éclatement immédiat du groupe est l'issue malheureusement la plus probable. Si cela est évité, si nous pouvons développer des pratiques même morcelées mais assurant le minimum d'accord et de cohérence indispensables, et pousser le débat jusqu'à l'AG de janvier, il en ressortira une analyse et un programme d'autant plus élaborés et adaptés à la situation. Ce serait préférable, vu les responsabilités politique qui seront les notres peut-être dès le 30 mai.
JME le 4 mai 2005
De : LAKJAA Karim
Date : mercredi 4 mai 2005 15:53
Objet : RE : Crise interne
Un autre point de vue:
1) Le rapprochement Prométhée / Le militant m'a semblé une bonne solution en terme d'efficacité et de taille minimale au dessous de laquelle il ne faut pas descendre.
2) Mais, je n'y ai jamais cru. Les origines, parcours, les philosphies sont trop différents pour qu'il y ait amalgame. Les lectures différentes des articles en attestent.
3) Personnellement débattre entre nous n'a aucun sens en raison de l'importance des divergences. Nous ne sommes pas réunis pour cela mais au contraire pour faire connaitre des positions communes à l'extérieur.
Karim