LES Ç VALEURS È SONT INSUFFISANTES POUR RE-ARMER LA GAUCHE

 

Raymond Debord (septembre 2007)

 

Contribution au dŽbat du club Ç Gauche Avenir È

 

SĠil est un terme ambigu en politique, cĠest bien celui de gauche. En effet, il ne dŽsigne pas une idŽologie particulire. La catŽgorie quĠil englobe ne se dŽtermine que de manire relative, en opposition ˆ une autre dont le contenu nĠest pas plus prŽcis : la droite. En tout Žtat de cause, le terme de Ç gauche È nĠappartient pas historiquement au mouvement communiste ou socialiste, mais au camp rŽpublicain de la rŽvolution franaise, ˆ lĠŽpoque o se rassemblaient ˆ gauche de lĠassemblŽe les adversaires au droit de veto royal. Mais mme si lĠon admet par commoditŽ lĠusage du terme de Ç gauche È il nĠest pas certain quĠil soit trs judicieux dĠaborder la discussion par une redŽfinition de Ç valeurs È, ce qui est pour le moins rŽducteur.

 

DŽfinir avant tout la Ç gauche È par des valeurs, cĠest dŽjˆ prter le flanc ˆ une des raisons fondamentales de lĠŽchec du 6 mai 2007 : lĠattŽnuation dĠun clivage droite / gauche vidŽ de tout contenu social. Qui dĠautre en effet que la direction du Parti socialiste  a sciemment occultŽ les enjeux de classe du combat contre la droite, et ce depuis des dŽcennies ? Qui dĠautre en effet que la direction du Parti socialiste (le PCF et les Verts embo”tant le pas) a dŽplacŽ le terrain de lĠaffrontement du social au sociŽtal ?

 

La gauche serait Ç solidaire È lˆ o la droite serait Ç individualiste È ; la gauche serait ÇgŽnŽreuseÈ lˆ o la droite serait Ç Žgo•ste È ; la gauche serait Ç novatrice È lˆ o la droite serait Ç traditionaliste ÈÉ Non seulement tout ceci ne peut convaincre personne parce quĠun tel positionnement se contente dĠune disqualification morale de lĠadversaire qui situe, comme la colre feinte de SŽgolne Royal lors du dŽbat tŽlŽvisŽ avec Nicolas Sarkozy, lĠenjeu sur un plan qui nĠest pas politique, mais aussi parce que nous devrions savoir depuis une bonne trentaine dĠannŽes que la gauche nĠa pas le monopole du cÏur.

HervŽ Le Filbec

http://gaucheavenir.org/index.php?option=com_content&task=view&id=76&Itemid=41

 

La campagne Žlectorale pour lĠŽlection prŽsidentielle 2007 a clairement montrŽ comment la droite sarkozyste Žtait capable dĠutiliser la concentration du dŽbat sur les questions mŽtaphysiques pour Žviter dĠentrer en confrontation avec les thŽmatiques sociŽtales portŽes par la gauche (statut des personnes issues de lĠimmigration, des minoritŽs sexuelles, de lĠenvironnement etc.) pour placer ses propres valeurs traditionnelles (effort, travail, mŽriteÉ) au cÏur du dŽbat. Du coup cĠest la candidate socialiste qui sĠest crue obligŽe de reprendre ˆ son compte un certain nombre de rengaines Ç de droite È sur lĠordre, la critique de la dŽmission parentale, les mŽrites Žducatifs de lĠarmŽe ou les fonctionnaires fainŽants.

 

Se rŽfŽrer ˆ des valeurs cĠest se rŽfŽrer ˆ des sentiments, des humeurs, des reprŽsentations idŽologiques et culturelles du bien et du mal. La plupart du temps, mais pas toujours, les combats de la gauche sĠidentifient avec la ceux pour la libertŽ, lĠŽgalitŽ, la dŽmocratie et les droits humains. Pour autant, la nŽcessitŽ du socialisme ne sĠancre pas dans la subjectivitŽ mais dans la rŽalitŽ mme du dŽveloppement historique du capital.

 

La possibilitŽ du dŽpassement du capitalisme est contenue dans sa tendance interne ˆ la concentration et ˆ la suppression de la concurrence, tout comme dans le heurt entre le dŽveloppement des forces productives et le maintien de rapports de production qui leur font obstacle. Quant ˆ lĠexistence des forces communistes et socialistes, elle prend sa source dans cette contradiction et dans la production par le capitalisme de la classe des travailleurs salariŽs.

 

Je suis loin dĠtre un connaisseur en philosophie, mais puisque la pŽriode est ˆ la rŽflexion, je proposerais aux spŽcialistes de proposer des contributions sur les limites du droit naturel – pensŽe commune ˆ la bourgeoisie et ˆ ses critiques de Ç gauche È et son opposition avec le droit historique.

 

Si la gauche veut regagner une majoritŽ qui soit autre chose quĠun choix par dŽfaut mais basŽe sur une rŽelle adhŽsion populaire, il est impŽratif quĠelle mette en veilleuse les Ç valeurs È pour se focaliser sur un programme qui soit susceptible de rŽpondre ˆ lĠurgence sociale et de mobiliser les Žnergies prtes au changement.

 

Pour gagner le cÏur de la majoritŽ de nos concitoyens, un tel programme doit naturellement tre autre chose quĠune simple liste de mesures ˆ prendre, aussi lŽgitimes soient elles : la mobilisation du peuple nŽcessite de construire de grands mythes, une IdŽe dans laquelle les gens puissent se reconna”tre et se projeter dans lĠavenir. Si les mythes sĠappuient naturellement sur de grandes valeurs – justice, ŽgalitŽ, libertŽ, fraternitŽ etc. – ils sĠen distinguent par le fait quĠils assignent des objectifs pratiques au mouvement : grve gŽnŽrale, contr™le, autogestionÉ

 

En tout Žtat de cause, la gauche ne pourra gagner durablement que si la grande majoritŽ de sa base sociale se pense investie dĠune mission dŽpassant la simple dŽfense des intŽrts catŽgoriels pour proposer un projet Žmancipateur pour lĠensemble de la population.