Lorsque
le doute transparaît, un critère infaillible permet de lever
l'incertitude: le réalisme. Face à la complexité
croissante du monde actuel qui s'impose à nous à travers les
défis d'aujourd'hui qu'il nous faut relever pour pouvoir regarder
sereinement vers l'avenir si nous voulons nous préserver une chance
d'être en mesure d'avoir les capacités de faire face à la
complexité croissante du monde, il convient d'être réaliste.
Soyons réalistes: le monde se divise en deux camps. D'un
côté il y a ceux qui, lucides sur le monde, connaissent les points
de passage obligés de l'avenir. De l'autre, nous avons les rêveurs
(doux dans le meilleur des cas, mais généralement plutôt
irresponsables voire dangereux de par leur obstination à vouloir
s'engager dans des voies sans issue). Cette partition entre réalistes et
irréalistes recoupe largement la séparation entre modernes et
archaïques, progressistes et rétrogrades ou encore entre entrepreneurs-managers-cadres-supérieurs-créateurs-deprojets-ouverts-
sur le monde-et les marchés-en –temps réel -
prêts-à -affronter –la concurrence et les
ouvriers-fonctionnaires–conducteurs-de
trains–et–de–métros–toujours-en-grève-monolithiques-crispés-sur-leurs-privilièges-ne-pensant-qu’à-leurs-acquis-sociaux-le-cul-sur-leur-chaise.
Etre
réaliste, c'est ainsi :
-
accepter l'extension des marchés (car c'est inévitable)
- accepter les privatisations ( car il faut être de
son temps)
- accepter la diminution des impôts (car il faut aider
les riches pour qu'ils aident l'économie qui aide les pauvres)
- accepter la réduction des services publics (car il
ne faut pas exagérer)
- accepter l'intensification de la concurrence (car c'est
comme ça)
- accepter les directives européennes (car c'est pas
nous, c'est les autres qui l'ont décidé) -accepter l'augmentation
du stress au travail ( car ça rend productif)
- accepter la disponibilité vis à vis des
employeurs et des clients (car il faut répondre à la demande)
- accepter l'investissement personnel sans limite dans
l'activité professionnelle (car il faut cultiver le savoir-être )
- accepter la vente de soi (car si on veut s'insérer,
il faut se bouger)
- accepter la loi de l'audimat (car il faut bien vendre pour
pouvoir vivre)
- accepter les manipulations et expériences
génétiques et techniques variées (car on ne peut pas
s'opposer au progrès)
- accepter le renforcement des mesures policières et
des moyens militaires (car il y a maintenant le terrorisme)
- accepter la fin de l'histoire (car ça y est, on a trouvé
dans quelle société il fallait vivre~ -accepter le
réalisme ( car il faut être réaliste )
premier
petit exercice pour évaluer les connaissances acquises. Voici trois
alternatives :
1)
la décentralisation des personnels ou le maintien de leur statut actuel
2) la retraite après 37,5 ans de cotisations ou
autour de 42 ans environ (sans garantie, on verra bien)
3) enclencher un mouvement social autogéré de
grève général jusqu'à obtention des revendications
démocratiquement choisies ou ne rien faire et laisser les
spécialistes décider et négocier à notre place)
Dans
chaque cas, dire qui c'est qu'est réaliste.
(Indice: plus on est passif, plus c'est pénible et
plus il y a de chances que ce soit réaliste)
deuxième
petit exercice; en étant réaliste, dire pourquoi c'est bien
d'allonger la durée de travail au cours de la vie réponse :
1) parce que c'est très simple, il va y avoir plus de
personnes âgées
2) parce que c'est très compliqué et qu'il
faut écouter les experts qui savent mieux qu'il faut faire comme
ça
troisième
petit exercice: en étant réaliste, dire pourquoi la
décentralisation c'est mieux réponse :
I) parce qu'on est plus proche du terrain (d'ailleurs le
gouvernement, lui-même, est proche de la population)
2) si on fait que de poser des questions, déjà
qu'au mois de mai il y a beaucoup de ponts, le travail, il n'avance pas
(surtout quand on est des travailleurs pas productifs comme dans
l'enseignement).
complément
de réponse :
la suppression d'une catégorie (telle celle des
surveillants ) constitue l'achèvement du processus de
décentralisation car il permet, à travers la recherche d'emploi,
d'être complètement en phase avec le terrain.
Soyons
conscients du fait que le réalisme n'est pas figé une fois pour
toutes. Il présente cette inestimable qualité qu'est la souplesse
d'esprit, l'adaptation aux réalités, la capacité de rester
flexible pour suivre les inévitables évolutions et changements
dus au progrès. Le réalisme, c'est 40 ans de cotisations
bientôt, 41 ans, après, 42 ans, plus tard et on ne sait pas quoi
encore plus tard.
Bien
évidemment, un
irréaliste tenterait certainement de s'engouffrer dans ce qu'il croit
être une brèche en demandant où s'arrête le
réalisme à
l'aide d'interrogations du type :
Est-il
réaliste d'avoir une retraite alors que la majorité des individus
de la planète n'en a aucune ?
Est-il réaliste d'avoir un système de
protection sociale qui n'existe que pour une infIme minorité de la
population mondiale ?
Est-il réaliste d'avoir un salaire minimum alors que
dans le tiers-monde, les salariés gagnent des salaires de misère
et nous font concurrence ?
Est-il réaliste de gagner un salaire alors que dans
le tiers-monde des esclaves travaillent gratuitement et nous font concurrence ?
Cette
ironie facile et superficielle n'est pas de mise car cet irréaliste
oublie trois choses : premièrement, le réalisme change selon les
époques et les circonstances
deuxièmement et en conséquence, il faut
être réaliste: on ne peut pas toujours être réaliste.
On ne peut préciser tous les contours du réalisme habituel
puisqu'il peut évoluer
troisièmement, si une situation pire est
réaliste, une situation encore pire ne l'est pas tout de suite. Il faut
attendre que la situation pire soit mise en place avant de pouvoir faire
accepter comme réaliste la situation encore pire (qui alors est plus
proche donc plus réaliste).
ô
bien sûr, un esprit fort pourrait également objecter qu'il arrive
parfois que certains réussissent à imposer leur volonté
contre la réalité des idées de la population. Ainsi un
contestataire invétéré prendrait un malin (et malsain)
plaisir à demander :
- Est-il réaliste (ne serait-ce qu'à 82%) de
postuler à la présidence quand on est attendu par le juge
d'instruction ?
- Est-il réaliste d'augmenter sa
rémunération de ministres de 70% quand on bloque le salaire
minimum ?
- Est-il réaliste de demander son départ
anticipé à la retraite en tant qu'ancien responsable politique
juste avant que ses amis n'allongent la durée de cotisation. ?
- Est-il réaliste que, dans un des pays les plus
riches, mille foyers fiscaux détiennent un patrimoine net de plus de 100
millions de francs quand une partie de la population est sans domicile, parfois
au péril de sa vie ?
- Est-il réaliste de traiter de
privilégié un conducteur de métro ou un allocataire de
prestations chômage pendant qu'un joueur de b~l~ au pied ou un donneur
d'ordre (généralement dénommé dirigeant)
perçoit plusieurs centaines de SMIC par mois ?
Le même esprit sectaire (incapable de comprendre que toutes ces personnes qui surprennent l'opinion ne sont en fait que de géniaux visionnaires en accord avec la réalité avant les autres) avancerait certainement que l'argument de réalisme ne vise qu'à obtenir l'acceptation passive des décisions d'une minorité agissante (la classe dirigeante et ses sbires, au pouvoir partout où il y a un pouvoir à exercer sur les autres). Et il en profiterait certainement pour rappeler que la réalité n'est pas seulement donnée, qu'elle se modifie et se construit à condition d'avoir la volonté d'agir et de ne pas accepter comme une fatalité tout ce que les dirigeants veulent imposer au profit de leur semblable~
De
tels propos ne sont pas acceptables car ils relèvent du terrorisme
intellectuel. On ne peut pas tout rejeter en bloc. La contestation (qui est
déjà une erreur en soi étant donnée son manque de
réalisme) ne peut être exprimée que dans les limites du
raisonnable. Autrement dit, il faut être d'accord pour pouvoir être
en désaccord.
Dernier
petit exercice de vérification des acquis : que faut-il faire en
temps de grève ? réponse :
I) rappeler que c'est irréaliste pour de multiples
raisons: revendications irréalistes, absence de moyens,
impossibilité de mobiliser l'ensemble du personnel, exigences du travail
qui empêchent de faire grève (même s'il ne faut pas manquer
de répéter que les fonctionnaires ne font pas grand chose)
2) essayer de convaincre les autres du fait que le mouvement
pourrait s'étendre si les revendications étaient plus
mesurées et donc plus réalistes. Il s'agit d'expliquer que la
grève aurait plus de chances de s'élargir et d'aboutir s'il y
avait moins de raisons de faire grève.
3) affiner clairement que l'on ne va pas tout changer et
qu'il est beaucoup plus réaliste d'accepter la logique actuel et de
tenter d'atténuer les effets les plus contestables des mesures
décidées
4) dès que possible s'efforcer d'obtenir
l'assentiment général sur le fait qu'il faut être
réaliste et savoir terminer une grève.
Soyons
réalistes: il est grand temps d'être réalistes.