LES VIOLENCES CONJUGALES

 

Aline CHALOT

Juin 2007

 

            En France, 6 femmes meurent en moyenne tous les mois suite aux violences commises par leur mari ou par leur compagnon. Des milliers d'autres femmes sont battues tous les jours. Elles sont sans doute infiniment plus nombreuses tre victimes d'autres violences, elles aussi traumatisantes: menaces de coups ou de mort, chantage sur les enfants, restrictions ou interdiction de sorties, impossibilit de disposer d'argent en propre, etc. Des violences dont on parle peu, mais qui sont galement trs frquentes.

Les violences conjugales concernent toutes les classes sociales, tous les ges et galement, tous les milieux politiques, toutes les religions, mais aussi les milieux athes ou agnostiques. Elles ne sont pas l'apanage de dsquillibrs mentaux, elles sont avant tout des faits sociaux et culturels. Elles sont encourages la fois par une mentalit profondment ancre dans notre inconscient collectif, qui considre que la femme est la proprit de son mari, ainsi que par une raction passive de la part de la socit.

            Quand une famille entire dcide de tuer une de ses membres parce qu'elle a fait un choix soit-disant contraire son honneur, c'est un crime li une traditions qui considre que la fille reprsente l'honneur de sa famille, et que si elle ne respecte pas les rgles tablies, l'honneur doit tre lav avec le sang. Or, que dire des crimes soi-disant  passionnels  qui se comptent par dizaines chaque anne, de ces hommes qui assassinent leur femme, voire leurs enfants parce qu'ils ne  supportent  pas le divorce ou une infidlit? La justice considre souvent que ces hommes ont agi sous un  coup de folie  et leur accorde souvent de nombreuses circonstances attnuantes. Pourtant, ces  crimes passionnels  sont eux aussi mettre directement en relation avec le sentiment de proprit, qui est fortement ancr dans l'inconscient collectif. Cet instinct de proprit se transmet de gnration en gnration par l'ducation et par la socialisation au sens large. Le simple fait d'apprendre au garon l'esprit de conqute et d'apprendre aux petites filles que leur destin est de se consacrer toutes entires au  prince charmant  qu'elle rencontreront, inscrit dj les enfants dans une relation de domination homme-femme. Ainsi, plus tard, l'homme  conquiert  la femme, qui vue de cet angle devient sa proprit, et la femme consacre sa vie au bien-tre de son conjoint. La plupart des couples ne sentira jamais ce rapport dominant-domin qui existe entre l'homme et la femme. Ces normes sont tellement intriorises, qu'elles ne sont de fait presque jamais remises en cause, sauf si le couple traverse une crise. Ces crises ont comme effet d'exacerber ces relations de dominations. Ainsi, la majorit des violences conjugales sont commises quand la femme adopte une attitude allant l'encontre de l'instinct de proprit de son compagnon. Les raisons peuvent tre diverses: quand elles dcident de se consacrer un peu plus leurs relations amicales, quand elles veulent mener une carrire professionnelle qui exige de rentrer plus tard, quand elles veulent s'habiller comme elles veulent, quand elle veulent matriser leur fcondit, ou qu'au contraire, elles veulent un enfant que leur compagnon ne veut pas, ...A ce moment bien souvent, le Prince Charmant dont tait tombe amoureuse la femme se transforme en croquemitaine. Bien sr, la plupart des hommes ne deviennent pas violents, ni menaants, ni mme insultants, mais le fait est suffisamment frquent pour qu'on puisse parler de fait social, mme s'il ne concerne qu'une minorit de couples.

Il ne s'agit pas pour autant de considrer le couple comme une entit alinante. Quand il existe un vritable respect entre l'homme et la femme, le couple peut mme tre un lieu d'panouissement et de bonheur.

            Quand une femme est victime de violence et qu'elle veut se protger, elle se heurte souvent un mur de la part de la socit. Il existe bien certains centres d'accueil pour femmes battues, mais d'une part leur nombre est insuffisant, d'autre part, il s'agit souvent de structures prcaires qui ne permettent pas la femme de dmarrer une nouvelle vie avec la scurit matrielle. Or, cette scurit est indispensable pour gagner l'indpendance par rapport au conjoint.

Par ailleurs, il n'existe quasiment aucune structure pour aider les femmes victimes de certains types de violences. Par exemple, il n'existe rien pour aider et conseiller les femmes menaces par leurs compagnons parce qu'elles sont enceintes et qu'elles ne veulent pas avorter. Il s'agit d'une violence dont on parle peu, et qui est namoins frquente. Les associations intgristes telles que SOS-Touts Petits ne sont pas destines aider les femmes, mais lutter contre l'avortement libre et gratuit. Elles ne sont pas des interlocutrices aptes apporter l'appui solide dont elles ont besoin, dans ces moments o elles doivent la fois faire face un compagnon violent et la prparation de la naissance de leur enfant.

Une femme victime de violence, a parfois une raction ambivalente avec son compagon: d'une part elle craint pour sa scurit, mais d'un autre ct, elle a encore des sentiments pour lui. Beaucoup se laissent piger quand leur compagnon leur demande pardon et jurent de ne plus jamais tre violent. D'autres retournent auprs de leur conjoint, par pression familiale, par menace sur elle ou ses enfants ou parce que matriellement elle risque de se retrouver la rue. Sans tenir compte de la complexit de la situation, face la femme qui est retourne auprs d'un mari ou d'un compagnon violent, la raction de la socit est sans appel:  si elle est retourne auprs de lui, c'est qu'elle aime a. .  La victime devient coupable. Victime de nouvelles violences, la femme, n'aura alors plus personne ni aucune structure vers quoi se tourner.  Or, les associations et les militantes fministes devraient tenir compte de ce fait. Quand, une femme veut malgr tout rester avec un mari ou un compagnon violent, il faut d'une part lui donner des conseils pour qu'elle assure malgr tout sa scurit (se retrouver le moins souvent possible seule avec lui – quitte demander des proches de vivre avec eux un certain temps, lui donner les coordonnes d'interlocuteurs aptes l'aider en cas de besoin,..) et d'autre part cesser de juger les femmes qui font ce choix risqu de retourner auprs d'un homme violent.

            Malgr les luttes menes par des gnrations de fministes, et malgr les lois qui ont amlior la  protection des femmes contre les violences conjugales, bien des femmes sont victimes, des degrs divers de coups, de menaces et de privations de la part de leur mari ou de leur compagnon. Ces violences existeront tant qu'existera le sentiment de supriorit et de proprit de l'homme sur la femme, un sentiment qui est d'autant plus redoutable qu'il est inconscient, car parfaitement intrioris. Il est de notre responsabilit de parents ou d'acteur ducatif de transmettre nos enfants la notion d'galit entre l'homme et la femme.

Tant que ce type de violences existera, seule la solidarit et la vigilance des fministes permettra aux femmes qui en sont victimes de  se protger et de se reconstruire. En fait, aujourd'hui, plus que jamais, le fminisme reste d'actualit.