5me congrs de la FSU, (29 janvier – 02 fŽvrier 2007 – MARSEILLE)

 

Redonner du souffle au syndicalisme

 

Franois FERRETTE (mars 2007)

 

 

Si la FSU reste une organisation secondaire par rapport aux confŽdŽrations CGT, CFDT ou FO, ses prises de position, ses interventions peuvent avoir des consŽquences dans le paysage syndical et le mouvement social. Nous lĠavons ainsi vu en 2003, dans la batailles contre la rŽforme des retraites o la FSU a jouŽ un r™le central. De plus, les dŽcisions de Marseille conditionnent les luttes ˆ venir de la fŽdŽration au delˆ des PrŽsidentielles, quel que soit le nouvel Žlu. CĠest bien pourquoi ses positions de congrs peuvent permettre de crŽer les conditions de victoires prochaines, ou affaiblir les revendications syndicales.

 

Les textes soumis au dŽbats dans les congrs dŽpartementaux

 

Sans nous porter sur le terrain de lĠanalyse de ÇlĠidŽologie È que vŽhicule la FSU, il faut bien convenir que les textes soumis ˆ la discussions reflŽtaient un manque de souffle, un manque de prŽcisions quant ˆ lĠanalyse des coups portŽ, sur la dŽfinition des mots dĠordre et sur lĠavenir de la FSU.

 

Quelques dŽbats du congrsÉ

 

LĠavenir de la FSU avait ŽtŽ quasiment rŽglŽ avant mme le congrs de Marseille. PrŽcisons que la FSU est en proie ˆ des interrogations sur son avenir : se transformer en confŽdŽration ? se rallier ˆ la CGT ? sĠunir avec Solidaires ? maintenir le statu quo ? Les diffŽrents scŽnarios sont tous portŽs par des militants, sections dŽpartementales voire des syndicats nationaux. Mais ils le sont de faon minoritaires. Ainsi, lĠidŽe dĠun rapprochement avec lĠintŽgration de la FSU ˆ la CGT est soutenue par quelques dŽpartements, ce qui est aussi le cas de dŽpartements qui souhaitent la transformation de la FSU en confŽdŽration. Entre ces deux polaritŽs, une foule de militants reste dans lĠexpectative. Aussi, est-il sagement dŽcidŽ de conserver un point dĠŽquilibre et de nĠappliquer que le mandat du congrs de Perpignan de fŽvrier 2004 : extension du champ de syndicalisation dans toutes les fonctions publiques. Mais, dŽjˆ, le bilan de trois ans laisse songeur. Il nĠy a pas eu dĠimplantation notable et malgrŽ le volontarisme de certains disant au congrs que Ç les agents de la Fonction publique hospitalire nous attendent È. Pire, la baisse des effectifs des syndicats actuels nĠa pas ŽtŽ discutŽe. Comment faire le choix de sĠŽtendre hors de notre secteur traditionnel alors quĠil y a une dŽsyndicalisation dans nos propres syndicats ? Si le statu quo en terme dĠavenir syndical est provisoirement adoptŽ, la bataille pour la rŽunification doit se poursuivre pour expliquer que la confŽdŽralisation, dŽclarŽe ou latente, nĠest pas la bonne voie.

 

AdhŽsions internationales

 

La volontŽ de sĠaffilier cožte que cožte ˆ la CES et la nouvelle Internationale mondiale la CSI avait de quoi laisser pantois. Au lieu de mener un dŽbat de fond, cĠest le forcing qui a prŽvalu. Cette maladresse aura dŽconsidŽrŽ une partie des dirigeants qui ne voulaient pas de dŽbats. Aussi, le congrs a-t-il repoussŽ ˆ quelques voix prs la proposition dĠune demande dĠaffiliation directe. Un dŽbat sera donc fait et une dŽcision devrait tre prise dĠici juin 2007. Remarquons que les approches sont souvent trs idŽologiques mais ne tiennent pas compte de la situation objective du mouvement syndical franais et international. Il faut en effet prendre en compte le fait que les confŽdŽrations sont trs largement rŽformistes et que cela a des consŽquences au plan international. Si les organisations syndicales comme la FSM qui se revendiquent de la lutte des classes ont peu dĠŽcho cela tient au reflux de la conscience politique. Une page sĠest, pour un temps, fermŽe avec la fin du bloc socialiste. Il faudra que les masses subissent de nouvelles expŽriences montrant les limites de ce rŽformisme pour reprendre le chemin dĠorganisations rŽvolutionnaires. A propos de la nouvelle organisation internationale, la CSI, faisons attention ˆ ne pas caricaturer ce cadre. Les organisations qui lĠintgrent pseront autant et mme plus que le cadre lui mme. Le rŽformisme est tout ˆ fait capable de prendre un aspect trs combatif tel quĠon peut le voir en GuinŽe. Dans ce pays, lĠintersyndicale est membre fondateur de la CSI et a poussŽ ˆ la grve gŽnŽrale, a organisŽ une manifestation nationale sur la capitale et a demandŽ le dŽpart du PrŽsident de la RŽpublique. Vue de France, cette intersyndicale serait considŽrŽe Ç rŽvolutionnaire È ! La caricature quĠen font les camarades les plus remontŽs contre la CSI risque de voler en Žclat rapidement. Enfin, comment peser sur le mouvement syndical sur des bases de classe en Žtant loin du rŽformisme ? Comment espŽrer fonder des organisations syndicales rŽvolutionnaires de masse en ne disputant pas le leadership aux dirigeants rŽformistes qui influencent des millions de syndiquŽs ?

 

Sur les tendances

 

Certains camarades[1] ont diffusŽ des textes demandant ˆ sanctionner les deux tendances majoritaires. La tendance majoritaire UnitŽ et Action a augmentŽ son audience entre 2004 et 2007 en pourcentage et voix (73%). ƒcole ƒmancipŽe a un peu reculŽ (15,6%). Seule ƒmancipation (4,5%) progresse mais reste trs marginale, tandis que Front Unique (2,1%) et PRSI (4,4%) stagnent.

 

En rŽalitŽ, les rapports de forces sont plus complexes puisquĠils peuvent recouper, sur tel ou tel thme, des militants dĠhorizons diffŽrents. UnitŽ et Action est en proie ˆ de multiples divisions mais sa rŽunion de tendance a tout de mme rassemblŽ 280 personnes le soir du 29 janvier 2007 au congrs de Marseille. Les principaux dirigeants des syndicats Žtaient prŽsents. UnitŽ et Action reste la principale rŽfŽrence pour les cadres syndicaux.

 

Pourtant, la masse des adhŽrents, voire des militants, nĠarrive plus ˆ se repŽrer dans le dŽdale des tendances. Il serait tentant de les dŽclarer caduques et de passer ˆ de nouvelles. Mais toutes les tentatives ont ŽchouŽ et forment des groupuscules supplŽmentaires. DĠautre part, lĠidentitŽ de tendance est de plus en plus forte au fur et ˆ mesure que lĠon se hisse en haut de lĠappareil.

 

Comment faire Žvoluer positivement la FSU ? Cette question en pose une autre : comment tre efficace ? DĠune part, le bilan des tendances minoritaires est peu attrayant : pratique de la distinction permanente, analyse plus idŽologique que pratique, voire dŽtachŽ du mouvement rŽel. Enfin, le choix de constituer des tendances faisant entre 2 et 4% ™te toute possibilitŽ de peser.

 

ĉtre efficace

 

Il faut inverser la mŽthode minoritaire et dŽsespŽrante qui consiste ˆ chercher un profil de distinction permanente. Il faut faire un bilan des mŽthodes employŽs, se convaincre que lĠexpression minoritaire, malgrŽ la pertinence de certaines analyses et interventions, nĠaboutit pas et rencontre des difficultŽs souvent insurmontables : construction dĠune tendance dans la durŽe, lŽgitimitŽ de la parole, approche trs idŽologisŽe de certains thmes que ne comprennent pas les adhŽrents, culture de la diffŽrence, sectarisme outrancier pour certains, refus du temps long dans la prise de conscience. Tout dĠabord, UnitŽ et Action doit tre investie par tous les militants lutte de classe qui ne se contentent pas de formules et cantonnŽs dans leur prŽ carrŽ. Il faut aller ˆ la discussion avec tous les camarades, ˆ tous les niveaux, et convaincre. Si certaines orientations nĠont pas ŽtŽ retenues lors de ce congrs, il faut principalement lĠimputer aux militants UnitŽ et Action[2]. LĠarrt de la transformation de la FSU en Union de syndicats ou en confŽdŽration est du dĠabord au dŽbat interne ˆ cette tendance. De mme, lorsque des syndicats de lĠenseignement privŽ ont proposŽ de sĠintŽgrer ˆ la FSU, lĠopposition est venue des rangs de UnitŽ et Action.

 

Il faut ensuite dŽployer une pratique syndicale non dŽlŽgataire, appeler ˆ lĠaction permanente des salariŽs. Enfin, il faut revivifier la tendance sur des questions idŽologiques, seules ˆ mmes de rŽimpulser un tonus aux dŽbats.

 

Vers un renouveau idŽologique ?

 

Ce qui manque aujourdĠhui, cĠest un vrai bilan du passŽ. Sur quels obstacles ont butŽ les syndicalistes depuis des dŽcennies ? NĠy a-t-il pas un univers mental, revendicatif, dĠanalyse, qui empche dĠavoir un horizon prometteur ? Il y a des tabous quĠil faut affronter pour changer nos perceptions.

 

Ainsi, on pourrait questionner les limites du statut de la fonction publique et essayer de dŽfinir les contours dĠune autre forme Ç dĠadministration des choses È liŽe ˆ un projet Žmancipateur. Sur une question, la place attribuŽe ˆ la classe ouvrire (les Techniciens, Ouvriers et de Service- TOS) dans la fonction publique et la plupart des petits employŽs dans les statuts : ils sont catŽgorie C liŽ ˆ la notion Ç dĠagent dĠexŽcution È. CĠest une notion dŽvalorisante, hiŽrarchisante, et induit que dĠautres sont dans le domaine de lĠintellect. Il y a les manuels et les intellectuelsÉ CĠest une conception qui nĠest pas trs progressiste mais trs infantilisante. Il nĠest gure Žtonnant que lĠon ne demande pas son avis ˆ cette partie de la sociŽtŽ et quĠon ne la considre pas, par extension, comme digne de diriger la sociŽtŽ.

 

Si une critique de fond doit tre faite, cela nĠempche pas de dŽfendre lĠactuel statut quand les gouvernements veulent une situation moins favorable ˆ ce qui existe.

 

Il devient urgent Žgalement de rŽflŽchir ˆ lĠadaptation dangereuse du syndicalisme aux nouvelles formes dĠorganisation du travail : on dŽnonce la LOLF sans en exiger la suppression (pourquoi ?) ; on commence ˆ prter le flanc sur lĠŽvaluation des personnels sous prŽtexte de devoir rendre des comptes ˆ la sociŽtŽ. Les fonctionnaires ne rendent pas de compte ˆ la sociŽtŽ mais ˆ leurs supŽrieurs hiŽrarchiques, ce qui est trs diffŽrent. Il faut donc rŽinterroger de faon critique la fonction de lĠƒtat et comment peut se nouer une relation nouvelle entre le salariat et un organisme de gestion de services publics liŽ au peuple.

 

Lˆ aussi, la conception du travail est ˆ rŽflŽchir. Par exemple, il est temps de dŽmontrer que le travail ne peut tre ŽvaluŽ car il nĠexiste pas dĠunitŽ de mesure pour cela. Les apports de sociologues, de psychologues sont nŽcessaires.

 

La t‰che est ardue mais elle est indispensable ˆ tous ceux qui veulent amŽliorer le syndicalisme et sĠoffrir des perspectives dĠavenir pour eux, leurs enfants et tous les salariŽs.

 

 

 

Voir aussi :

 

Congrs de la FSU (FŽdŽration syndicale unitaire)

Amendements et motions favorables ˆ la rŽunification syndicale adoptŽs dans plusieurs congrs dŽpartementaux

 



[1] http://courantintersyndical.free.fr/

 

[2] quelque soit lĠapport en voix des tendances minoritaires constituŽes.