ElŽments pour une analyse sŽrieuse de la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT sur la reprŽsentativitŽ syndicale.

 

Vincent PRESUMEY (19/04/2008)

 

Ç Rendre les organisations professionnelles, syndicales et patronales, plus fortes et plus responsables, nous appuyer sur le dialogue social pour conduire les rŽformes, transformer notre systme de relations sociales pour favoriser la nŽgociation collective : tels sont les engagements que j'ai pris pendant la campagne. Pourquoi ? Parce que j'ai l'intime conviction que, pour expliquer et mener ˆ bien les rŽformes dont notre pays a besoin, nous devons le faire en partenariat Žtroit avec ceux qui reprŽsentent les intŽrts des salariŽs et des entreprises. È

(Nicolas Sarkozy, Le Monde du 19 avril 2008)

Ç Souvenez-vous de la rŽforme des retraites, il va y en avoir une autre, et chaque fois quÕil y a un gouvernement qui dit jÕai quand mme lÕaccord de un ou deux syndicats mais si ce sont des syndicats qui nÕont pas la lŽgitimitŽ suffisante, cÕest un argument qui ne suffit pas ˆ gagner la conviction de la lŽgitimitŽ dÕune rŽforme. Je pense que cÕŽtait, pour tout le monde, de moins en moins praticable È.

(Bernard Thibault devant la CE confŽdŽrale de la CGT, 16 avril 2008).

 

I. L'hŽritage.

 

C'est une affaire entendue : les rgles en vigueur en France en matire de reprŽsentativitŽ syndicale dans les entreprises, c'est-ˆ-dire les rgles lŽgales qui dŽfinissent les critres par lesquels un syndicat de salariŽs a le pouvoir de nŽgocier des accords collectifs avec le ou les patrons, par lesquelles ses dŽlŽguŽs bŽnŽficient de quelques protection contre la vindicte de leurs employeurs, et l'organisation a accŽs ˆ diverses sources de financement autres que les cotisations de ses syndiquŽs, ces rgles sont aberrantes. Elles se rŽsument ˆ la fameuse "prŽsomption irrŽfragable de reprŽsentativitŽ" (sic ! ) qui octroie pour toute ŽternitŽ ˆ cinq confŽdŽrations, la CGT, la CGT-FO, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, le statut d' "organisations syndicales reprŽsentatives".

 

Ce statut permet un jeu dans lequel les moins reprŽsentatives et de loin dans ce club des cinqs, que sont la CFTC et la CFE-CGC, signent des accords qui arrangent bien le patronat et permettent le cas ŽchŽant aux autres confŽdŽrations de s'en laver les mains. Ce jeu est bien connu et dure depuis longtemps ; toute fŽdŽration minoritaire dans une branche peut d'ailleurs s'y adonner. D'autre part, la "prŽsomption irrŽfragable" Žcarte les organisations implantŽes essentiellement dans la fonction publique et qui, ˆ des degrŽs divers, tendent ˆ s'implanter dans les entreprises (UNSA, Solidaires c'est-ˆ-dire les SUD, Žventuellement FSU) ainsi que des organisations plus petites comme les rameaux de la CNT, voire, a fortiori, toute organisation nouvellement crŽŽe par les salairŽs eux-mmes. Notons que la reconnaissance tout azimuths ne serait pas en soi favorable ˆ la classe ouvrire car les patrons ne se privent pas le cas ŽchŽant de monter des syndicats "maison". Une situation dŽmocratique serait la suivante et serait d'ailleurs beaucoup plus simple que la situation actuelle, et encore bien plus que celle que veut instaurer la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT :

 

1¡) Ce sont les salariŽs eux-mmes qui dŽcident des syndicats qui les reprŽsentent, par leur adhŽsion ˆ l'organisation syndicale d'abord, par leur vote ensuite, et uniquement.

 

2¡) Si ces critres peuvent entra”ner des reprŽsentativitŽs diffŽrentes au niveau de l'entreprise, au niveau de la branche et au niveau interprofessionnel (national), toute section syndicale constituŽe dans une entreprise par exemple devant bŽnŽficier d'une protection contre la vindicte patronale que son organisation soit reprŽsentative ou non aux niveaux supŽrieurs, il doit tre clair que le principe de faveur ne souffre aucune exception. Le principe de faveur veut qu'entre les dispositions d'un accord d'entreprise, d'une convention collective de branche, d'un accord national interprofessionnel, c'est toujours la disposition la plus favorable aux salariŽs qui prŽvaut. La dŽrogation de l'entreprise par rapport ˆ la branche, etc. doit donc tre impossible. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui et l'est encore moins avec la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT, on va le voir.

 

Ce second point est important non seulement du point de vue de l'avantage salarial matŽriel qu'il garantit, mais parce que la classe ouvrire affronte globalement la classe capitaliste, et non les salariŽs de telle entreprise ou branche les patrons de celles-ci seulement, cela parce que la classe ouvrire est globalement exploitŽe par la classe capitaliste et non pas tels travailleurs juste par leur patron. La plus-value produite par les salariŽs est rŽpartie ˆ l'Žchelle de toute la classe capitaliste et l'ensemble des lois, rŽglements, conventions collectives, reconnaissances de qualifications, dŽfinissent un cadre national du marchŽ du travail. Le capital oeuvre actuellement ˆ l'Žclatement de ce cadre, non pas pour attŽnuer la rŽpartition de la plus-value entre tous les patrons, au contraire celle-ci circule de plus en plus vite, mais pour Žclater, fractionner, la rŽsistance et l'organisation du salariat, et ˆ terme interdire les mouvements nationaux (a fortiori internationaux) qui menacent sa domination, posent la question du pouvoir politique et ralentissent la mise en oeuvre de ses plans, comme ceux que la France a connus en 1995, 2003 et 2006. Le mandat du capital ˆ Sarkozy est justement d'arriver ˆ en finir avec cela, ˆ l'instar de Thatcher dans les annŽes 1980 en Grande-Bretagne.

 

Une croyance vulgaire assez rŽpandue parmi de nombreux militants aborde la question des nŽgociations actuelles sur la reprŽsentativŽ sans tenir compte de ce contexte pourtant dŽterminant et en ayant la vue suivante des choses :

 

1. Tout vaut mieux que de garder le systme actuel puisque toute prise en compte mme partielle de l'audience rŽelle mesurŽe par les rŽsultats aux Žlections professionnelles ne peut qu'aller dans le bon sens.

 

2. C'est pourquoi la position de la CGT et de la CFDT va dans le bon sens, mme si il est vrai qu'elle n'y va pas complŽtement comme le souhaiterait Solidaires (ainsi que l'UNSA).

 

3. Les "mŽchants" dans cette affaire sont par contre ceux qui veulent s'accrocher ˆ la "prŽsomption irrŽfragable ..." comme FO notamment, et la CFTC et la CGC.

 

En se contentant de ce prt-ˆ-penser, on est sžr de se faire avoir. Ci-dessous, je vais 1. tenter de rŽsumer le plus "objectivement" possible le contenu de la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT, 2. Analyser celui-ci, 3. Le situer dans le cadre de la politique de Sarkozy, 4. Commenter rapidement les positions des principales organisations, 5. Tenter de dŽgager ce qui est politiquement essentiel dans cette affaire.

 

II. Que contient la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT sur la reprŽsentativitŽ syndicale ?

 

L'article 1 dŽfinit 7 critres de reprŽsentativitŽ : effectifs et cotisations ; "transparence financire" ; "indŽpendance" ; "respect des valeurs rŽpublicaines" ; "influence" comportant "l'activitŽ", "l'expŽrience" et "l'implantation gŽographique et professionnelle" ; une anciennetŽ fixŽe ˆ deux ans ; et "l'audience" basŽe sur les rŽsultats des Žlections professionnelles. Ces critres sont "cumulatifs et s'apprŽcient dans un cadre global". Le point sur la transparence financire fait rŽfŽrence ˆ des normes non fixŽes ˆ ce jour : " ... telles qu'elles seront fixŽes par la loi en prŽparation sur la certification et la publication des comptes [ des organisations syndicales]" (art. 1.6).

 

L'audience est ŽvaluŽe sur la base des rŽsultats obtenus au 1¡ tour dans les Žlections au ComitŽs d'Entreprises (CE) ou de DŽlŽguŽs du Personnel (DP) (par partage Žgal du score commun ou selon les proportions indiquŽes par les syndicats en cas de listes communes), avec un seuil de 10%, abaissŽ provisoirement ˆ 8% pour dŽfinir l'audience au niveau des branches et au niveau national interprofessionnel. S'ajoute, pour la dŽfinition de l'audience, le critre de reprŽsentativitŽ gŽographique ŽquilibrŽe au niveau de la branche, et le critre de reprŽsentativitŽ reconnue ˆ la fois dans des branches de l'industrie, du commerce, de la construction et des services pour le niveau national (article 2).

 

Un point essentiel est donc prŽsent, mais implicitement et comme s'il s'agissait d'une Žvidence, dans cet article 2 : puisque l'audience est calculŽe de manire diffŽrente au niveau de l'entreprise, au niveau de la branche et au niveau national interprofessionnel, la reconnaissance de la reprŽsentativitŽ est donc diffŽrenciŽe selon ces niveaux : il y aura des syndicats reconnus au niveau de l'entreprise mais pas de la branche ou pas nationalement, etc., toutes les combinaisons devenant possibles. Cette interprŽtation est explicitŽe dans l'article 3-2 : "la reprŽsentativitŽ n'emporte d'effets qu'aux niveaux o elle est reconnue ...". Au niveau des entreprises la reprŽsentativitŽ sera donc revue ˆ chaque Žlection, et elle sera rŽvisŽe tous les 4 ans au niveau des branches et au niveau national interprofessionnel. La mise en place de toutes ces dispositions se fait dans un dŽlai maximum de 5 ans ˆ partir de maintenant.

 

Paralllement ˆ cette mise en place, s'effectuerait un passage progressif ˆ une logique d'accords majoritaires dans les branches puis au niveau national interprofessionnel. La premire Žtape, ˆ partir du 1¡ janvier 2009, consisterait en ce qu'un accord de branche ou d'entreprise, pour tre valable, devrait avoir la signature d'organisations reprŽsentant au moins 30% des salariŽs de la branche, et la non opposition de celles reprŽsentant la majoritŽ de ceux-ci (article 5). Mais la capacitŽ ˆ nŽgocier au niveau de l'entreprise n'est pas rŽservŽe aux organisations syndicales : elle s'applique aussi aux Žlus au CE ou aux DP non syndiquŽs ainsi qu'aux salariŽs mandatŽs par les organisations syndicales reconnues au niveau de la branche, sous le contr™le d'une commission paritaire de branche qui se limite ˆ vŽrifier la non infraction des accords d'entreprises ˆ la loi ou ˆ des dispositions conventionelles non dŽrogatoires (article 4).

 

Les Žlections professionnelles (CE et DP) au niveau de l'entreprise "lˆ o elles sont organisŽes" (entreprises de plus de 50 salariŽs) comportent comme auparavant deux tours (scrutin de liste avec reprŽsentation proportionnelle ˆ la plus forte moyenne), le 1¡ tour ne comportant que des candidatures syndicales, mais le second Žtant ouvert aux candidatures non syndicales (article 9) -le patronat demandait que les non syndiquŽs puissent se prŽsenter dŽs le 1¡ tour, ceci n'est pas retenu mais l'accord de branche n'est plus une condition pour ouvrir des nŽgociations avec des Žlus non syndiquŽs ou des salariŽs mandatŽs. Les organisations syndicales reconnues reprŽsentative au niveau national interprofessionnel peuvent dŽsigner hors Žlections un reprŽsentant qui aura le statut de salariŽ protŽgŽ, mais qui le perdra si le seuil des 10% n'est pas franchi aux Žlections professionnelles (article 10). Elles peuvent de mme en dŽsigner dans les entreprises de moins de 50 salariŽs (art. 10). Mais les dŽlŽguŽs ainsi dŽsignŽs n'ont pas pouvoir de nŽgociation. Il y a donc trois sortes de dŽlŽguŽs : ceux qui ont pouvoir de nŽgociation suite ˆ une Žlection leur ayant donnŽ au moins 10% des voix, appelŽs seuls "reprŽsentants", ceux qui ne l'ont pas ayant ŽtŽ seulement dŽsignŽs par une organisation reprŽsentative nationalement, et ceux des entreprises de moins de 50 salariŽs sur les attributions desquels le texte ne dit rien.

 

Les parties signataires (dont MEDEF, CGPME, CGT et CFDT) formeront des groupes de travail paritaires pour mettre au point des accords futurs concernant la reprŽsentation des personnels dans les petites et trŽs petites entreprises, question qui reste donc pendante, sur les mesures d'aides aux organisations syndicales susceptibles de les aider ˆ augmenter le nombre de leurs adhŽrents, et la crŽation d'une "Fondation du Dialogue Social" devant encadrer la situation des "salariŽs ayant eu un engagement syndical de longue durŽe" et leurs droits en matire de formation et de reclassement "prenant en compte l'apport des responsabilitŽs syndicales exercŽes" (on peut penser par exemple ˆ une valildation de l' "expŽrience syndicale" dans la validation des acquis de l'expŽrience professionnelle ...) (articles 11 ˆ 13). Le calendrier de ces groupes de travail est mis en place et prŽvoit leurs rŽunions, et implicitement (mme si ce n'est pas automatique) le rendu de leurs conclusions d'ici mi-2009 au plus tard (article 18).

 

L'article 14 annonce la montŽe en puissance du "Dialogue social territorial". En toute logique, le dŽveloppement de ce niveau de "dialogue social" devrait ˆ terme (le texte ne le dit pas) dŽboucher sur la possibilitŽ de nŽgovier ˆ ce niveau, donc sur la crŽation d'un ou de plusieurs niveaux "territoriaux" de reconnaissance de la reprŽsentativitŽ. Le texte attire l'attention sur le r™le des COPIRE. Les COPIRE (Commisions Partaires InterrŽgionales de l'Emploi) sont des organismes associant patrons et confŽdŽrations Žmettant des avis et faisant des propositions en matire d'emploi et de formation, dont le secrŽtariat est assurŽ par les MEDEF rŽgionaux.

 

S'ajoutent ˆ cet ensemble les articles 15 et 16 sur le financement, qui ne disent en fait pas grand chose au delˆ de principes gŽnŽraux dŽjˆ en vigueur (rappelons que la dŽfinition du critre de "transparence financire" relvera d'une loi non encore adoptŽe par l'assemblŽe UMP ...), et quelques dispositions finales rŽcapitulatives au mileu lesquelles est dissimulŽ un hors d'oeuvre, ˆ l'article 17 : "Des accords d'entreprise conclus avec des organisations syndicales reprŽsentatives et ayant recueilli la majoritŽ absolue des voix aux Žlections des reprŽsentants du personnel peuvent ds ˆ prŽsent, ˆ titre expŽrimental, prŽciser l'ensemble des conditions qui seront mises en oeuvre pour dŽpasser le contingent conventionnel d'heures supplŽmentaires prŽvu par un accord de branche antŽrieur ˆ la loi du 4 mai 2004, en fonction des conditions Žconomiques dans l'entreprise et dans le respect des dispositions lŽgales et des conditions de travail et de vie qui en dŽcoulent." Curieusement, la "position commune" inclut donc une "expŽrimentation" Žtendant la signatures d'accords d'entreprises dŽrogeant ˆ certaines conventions collectives en augmentant les contingents d'heures supplŽmentaires.

 

Enfin, l'analyse du contenu de ce texte serait incomplte si l'on en soulignait l'esprit, l'idŽologie. Celle-ci est bien exprimŽe dans l'article 7, qui se compose d'une seule phraser ˆ vrai dire passablement langue de bois pour le plus grand malheur de la syntaxe de la langue franaise : "Le dŽveloppement de la nŽgociation collective et par voie de consŽquence le renforcement des organisations syndicales doit passer par le franchissement d'une nouvelle Žtape de la consŽcration de sa place dans l'Žlaboration de la norme sociale corrŽlativement ˆ la rŽalisation de l'objectif du passage ˆ un mode de conclusion majoritaire des accords collectifs au niveau interprofessionnel." Pfouh ! Cette phrase interminable est la version longue de son modle, qui figurait dans un projet du MEDEF du 20 mars : "Le renforcement des organisations syndicale doit passer par la consŽcration de sa place dans l'Žlaboration de la norme sociale."

 

Ce n'est pas du charabia, ou plus exactement le charabia recouvre un contenu, celui de la notion de "norme sociale", un concept de droit cher au MEDEF qui est capable, entre une perquisition ˆ son sige et une engueulade entre ses chefs, de thŽoriser lˆ-dessus en s'inspirant ˆ la fois de la Common law anglo-saxonne et de la doctrine chrŽtienne du "bien commun" : la "norme" doit tre ŽlaborŽe par les "partenaires" puis prendre force de loi, ce qui suppose une organisation des professions, des branches, associant institutionnellement des syndicats "forts" ... et coopŽratifs ˆ leur fonctionnement. Ce n'est pas neuf : De Gaulle en rŽvait en 1958, et ... PŽtain en 1942. Car la "norme sociale", c'est la co-lŽgislation, le contraire de la nŽgociation appuyŽe sur un rapport de force qui, elle, ne fait qu'acter la lutte des classes.

 

III. Quelles modifications rŽelles apporte ce texte ?

 

Le principal changement rŽel n'est pas du tout celui dont on parle le plus : il consiste dans la distinction des trois niveaux de reprŽsentativitŽ, national-interprofessionnel, de branche et d'entreprise -sans oublier l'article 14 qui ouvre la perspective ˆ terme d'un ou de plusieurs niveaux territoriaux supplŽmentaires.

 

Cette distinction nouvelle n'est pas introduite dans un contexte "neutre" mais dans un cadre dŽjˆ modifiŽ par la loi Fillon de 2004 sur le "dialogue social" qui a rendu possible dans divers domaines touchant notamment ˆ l'organisation du travail des accords d'entreprises dŽrogatoires aux conventions collectives et ne respectant pas le principe de faveur.

 

La conception d'ensemble du patronat et du gouvernement est d'aller vers un Žclatement des lois et garanties. Ainsi, dans la lettre de cadrage qui mettait en route la "nŽgociation" -les guillements sont nŽcessaires puisque, on le voit, ce fut une nŽgociation voulue et cadrŽe par le gouvernement mme si Chrque et Thibault furent consentants- le premier ministre Fillon demandait aux "partenaires sociaux" de faire de la durŽe du travail le domaine par excellence du "dialogue social rŽnovŽ", en rendant de fait la durŽe du travail nŽgociable entreprise par entreprise. Selon la CGT c'est donc une grande victoire que ceci ne figure pas dans le texte qu'elle entend signer avec le MEDEF. En fait il en reste quelle chose, c'est ce que dit l'article 17 sur les dŽpassements de contingents annuels d'heures supplŽmentaires. C'est ce qui s'appelle mettre le pied dans la porte pour pouvoir ensuite l'ouvrir de plus en plus -exactement comme dans l'accord de janvier sur la "modernisation du marchŽ du travail" est introduit, de manire trŽs limitŽe certes, mais effective, la possibilitŽ de rupture "ˆ l'amiable" d'un CDI pour aller vers des "CDI" "de mission".

 

Il est vrai que ce que demandait le MEDEF (inscrire dans la constitution la primautŽ des accords d'entreprises sur la loi et sur les conventions collectives ! ) est encore loin, mais la question n'est pas de savoir si le verre est ˆ moitiŽ plein ou ˆ moitiŽ vide, mais de savoir dans quelle direction va le texte : il va dans celle du MEDEF en matire d'accords d'entreprises dŽrogatoires. Surtout que l'AssemblŽe UMP par la loi ou le gouvernement par dŽcrets gardent pleine possibilitŽ d'Žlargir le champ des possibilitŽs de dŽrogation. Dire comme le fait Michel Donnedu, du Bureau confŽdŽral de la CGT, aux membres de la commission exŽcutive confŽdŽrale, que c'est impossible puisque ce n'est pas dans le texte, c'est clairement prendre ses interlocuteurs pour des abrutis.

 

La situation dans les entreprises de moins de 50 salariŽs, PME et TPE, ne serait dans l'immŽdiat pas modifiŽe par ce texte. Par contre, en permettant la nŽgociation d'entreprise par des Žlus non syndiquŽs, et en menaant de retirer son statut de salariŽ protŽgŽ au dŽlŽguŽ d'un syndicat dŽs lors qu'il passerait sous le seuil des 10% au niveau de l'entreprise, il fragilise quelque peu la situation des dŽlŽguŽs dans les boites. Les nŽgociations dŽcidŽes autour d'une "Fondation du Dialogue Social" ne compenseront pas cette fragilisation, mais procureront des garanties de rŽembauche (en thŽorie), de reclassement et de formation aux militants devenus permanents ou quasi permanents. En particulier, la validation de l'expŽrience syndicale dans le cadre des procŽdures de validation des acquis pourrait mme leur procurer des avantages pŽcuniaires. Donc d'un c™tŽ, la rŽpression antisyndicale dans les boites n'est pas attŽnuŽe et la question du droit, plus exactement du non-droit de fait, syndical dans les PME et TPE reste entire, mais de l'autre cotŽ des avantages et compensations pourraient tre apportŽs aux militants devenus permanents ˆ temps partiel ou complet, avantages et compensations extŽrieurs ˆ leur entreprise. La couche qui est visŽe ici, c'est celle des dŽlŽguŽs dans les boites grandes ou moyennes de la mŽtallurgie, par exemple. Si les entreprises sont faiblement syndiquŽes en France au total, la majoritŽ des boites un tant soit peu importante (en gros les plus de 100 salariŽs autres qu'intŽrimaires) ont des dŽlŽguŽs qui sont un enjeu, souvent CGT, parfois FO ou CFDT, qui sont organiquement liŽs ˆ leurs collectif de travail mme si une partie d'entre eux, tout en Žtant brimŽ en termes d'avancement et de notation, ont des heures de dŽlŽgation qu'ils passent souvent dans l'entreprise, rendant de nombreux "petits" services. Les Žvnements de 1995, 2003 et 2006 ont ˆ chaque fois montrŽ que cette couche de dŽlŽguŽs sont un maillon dŽcisif dans la propagation de tout mouvement social important et de toute action commune rŽellement sŽrieuse. En les fragilisant encore un peu plus d'un c™tŽ, tout en les privilŽgiant d'une faon qui pourrait les "sortir" de plus en plus de leur collectif de travail originaire, le texte de la "position commune" comporte un trŽs gros risque potentiel. Car nul doute que patronat et Etat ne souhaitent en France parvenir ˆ annuler le risque social que prŽsente encore ces cadres syndicaux liŽs ˆ la classe ouvrire.

 

Dans son rapport ˆ la CE confŽdŽrale de la CGT, Bernard Thibault explique que si le problme du droit syndical dans les PME demeure entier, l'amŽlioration qu'est censŽ apporter la "position commune" dans les entreprises au dessus du seuil des 50 fera que les patrons des PME ne pourront pas Žternellement faire comme si de rien n'Žtait et qu'il faudra bien aussi amŽliorer le droit syndical dans ce secteur. Il explique qu'en ce sens, le verre est ˆ moitiŽ plein et ˆ moitiŽ vide et que c'est aux militants de le remplir en s'appuyant sur les avancŽes obtenues, etc. Mais lˆ encore la question ne se pose pas en fait en termes de "verre ˆ moitiŽ plein ou ˆ moitiŽ vide" comme si patronat et confŽdŽrations avaient nŽgociŽ cette "position commune" en dehors de tout contexte politique, Žconomique et social ; la question est : dans quel sens va-t'on ? La dynamique qu'induirait l'orientation de ce texte sur les accords d'entreprises et les dŽlŽguŽs et reprŽsentants syndicaux au niveau des entreprises ne va pas dans le sens de construire des sections syndicales dans toutes les boites par l'organisation des travailleurs eux-mmes (Žvidemment le patronat n'aurait d'ailleurs pas signŽ une chose pareille ! ) mais dans le sens de systme de dŽlŽgation extŽrieure ˆ la vie syndicale dans l'entreprise, avec un recours accru aux non syndiquŽs et aux salariŽs mandatŽs, selon une pratique qui est le mieux ma”trisŽe, actuellement, par la CFDT, mais qui ne correspond pas aux traditions des unions locales CGT cherchant ˆ s'implanter rŽellement dans telle ou telle entreprise en commenant par la construction de l'outil ŽlŽmentaire : la section syndicale.

 

Alors, bien sžr, il y a -enfin- la prise en compte de l'audience. Mais on a vu combien celle-ci est encadrŽe et saucissonŽe. De plus, faut-il tant se rŽjouir de ce que cette audience repose sur les Žlections aux comitŽs d'entreprises et de dŽlŽguŽs du personnel, qui ont lieu entreprises par entreprises ? Lˆ encore, pour la reconnaissance de la reprŽsentativitŽ au niveau de la branche et au niveau national-interpro., c'est l'entreprise qui est sacralisŽe. Alors que les salariŽs ne sont pas exploitŽs entreprise par entreprises, mais globalement, et que leur reprŽsentation concerne aussi les retraitŽs et les ch™meurs ; en ce sens, ce sont des Žlections aux organismes de SŽcuritŽ sociale du type de celles qui ne furent organisŽes qu'une seule fois dans l'histoire, en 1982, qui pourraient bien plus lŽgitimement servir de rŽfŽrence pour la reprŽsentativitŽ au niveau interprofessionnel. De mme, on ne peut qu'tre frappŽ de l'absence de toute mention des prud'hommes dans la "position commune" -alors que des Žlections prud'hommales doivent avoir lieu cet automne. Voila pourtant un scrutin national, et en mme temps organisŽ en principe dans chaque entreprise, qui pourrait lui aussi servir de rŽfŽrence. Sauf que des dizaines de juridictions prud'hommales sont en train d'tre fermŽes par la rŽforme de la carte judiciaire de Sarkozy et Dati ...

 

Certes, des accords minoritaires comme il en a tant, par le passŽ, ŽtŽ signŽs par la CFTC et la CGC et parfois de petites fŽdŽrations FO ou CFDT contre l'intŽrt et l'avis de la majoritŽ des salariŽs de la branche, ne seront ˆ terme -ˆ terme- plus possibles, mais les possibilitŽs de manoeuvre en jouant sur les trois niveaux de reprŽsentativitŽ et la part faite officiellement aux non syndiquŽs dans les entreprises -sans parler de l'ŽventualitŽ d'une future reprŽsentativitŽ territoriale qui n'est pas aussi fumeuse qu'il y para”t loin s'en faut ...- compensent cela ...

 

Bref, c'est si l'on ne considŽrait que l'aspect "prise en compte de l'audience" et "fin des risques d'accords minoritaires" que l'on pourrait, en ne considŽrant que cet aspect lˆ du texte qui est celui que les mŽdias et la direction de la CGT mettent seul en exergue, dire de manire raisonnable que "le verre est ˆ moitiŽ plein et ˆ moitiŽ vide". Mais il y a tous les autres aspects dont on parle dŽlibŽremment moins et qui comportent les risques qui viennent d'tre exposŽs. Donc, rŽpŽtons-le encore : le verre n'est pas ˆ moitiŽ plein et ˆ moitiŽ vide, la dynamique d'ensemble va dans le mauvais sens, le sens voulu par Md. Parisot et M.M. Sarkozy et Fillon ...

 

D'autant plus, pour finir sur ce point, que :

 

-la reprŽsentativitŽ sera mesurŽe tous les 4 ans par le pouvoir politique en place via le ministre du Travail, qui Žvaluera non seulement l'audience mesurŽe par les Žlections d'entreprises (o dŽjˆ les possibilitŽs d'embrouilles ne manquent pas), mais aussi la "transparence financire" et la connaissance des effectifs syndicaux entreprises par entreprises, l' "indŽpendance" et le "respect des valeurs rŽpublicaines" ... d'ores et dŽjˆ on confie au gouvernement du ministre "de l'immigration et de l'identitŽ nationale" la mission de jauger du "respect des valeurs rŽpublicaines" des seules organisations syndicales de salariŽs. Ce genre de choses figurait dŽjˆ dans l'ancienne lŽgislation sur la reprŽsentavitŽ ; elles sont reconduites, et n'en sont pas moins absurdes et dangereuses.

 

-la "transparence financire" sera dŽfinie, rappelons-le, par une loi qui reste ˆ Žcrire et voter par le gouvernement et les parlementaires UMP. On dirait donc vraiment qu'on peut leur faire confiance !

 

IV. Qu'en pense Sarkozy ?

 

Le prŽsident de la V¡ RŽpublique en personne a fait para”tre dans Le Monde du 18 avril une tribune pour saluer cette "position commune", dont il annonce qu'elle inaugure une re nouvelle, se fŽlicitant que jamais autant que depuis qu'il est prŽsident le dialogue social n'ait aussi bien marchŽ en France, citant pour preuve l'accord de janvier 2008 sur la "modernisation du marchŽ du travail", la rŽforme des rŽgimes de retraites dits spŽciaux des cheminots, Žlectriciens, gaziers, traminots ..., et la fusion ANPE-UNEDIC. TrŽs clairement, il explique que la force des syndicats, et donc la nŽcessitŽ de "syndicats forts", doit tre mise au service de "la rŽforme" : soit celle-ci est faite par accord entre les "partenaires sociaux", soit elle est dŽcidŽ par le lŽgislateur, mais de toute faon, elle se fait.

 

Celui qui peut se permettre cette interprŽtation n'est Žvidemment pas n'importe qui, et ne se trouve pas dans n'importe quelle situation. En apparence il est affaibli, dŽconsidŽrŽ, passe pour un guignol dans son propre camp, a perdu les Žlections municipales et cantonales, etc. Mais il frappe sans arrt mme si son gouvernement se contredit souvent au passage : envoi de troupes en Afghanistan, dŽremboursement annoncŽ des lunettes et des soins dentaires, rŽduction des allocations familiales, contraintes aux ch™meurs d'accepter aprŽs 6 mois un boulot demandant 2 heures de transport quotidien et une perte de 30% du dernier salaire, suppression de la clause de non recherche d'emploi pour les ch™meurs de plus de 57 ans, etc., etc., les mesures de ce gouvernement sont chaque semaine, ou plut™t chaque jour, un peu plus intolŽrables et un peu plus impitoyables. Plus il est faible plus il cogne.

 

Or c'est un nouveau cap qu'il entend mettre vers l'avenir tel qu'il le conoit au moyen du "dialogue social". Clairement, la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT sera proclamŽe et reconnue comme un succŽs de Sarkozy. Nul doute que dans la CGT les militants seront invitŽs ˆ hausser les Žpaules sur le thme "Sarkozy peut bien raconter ce qu'il veut a n'engage pas la CGT". Oui, mais, si cet accord matŽrialisait un recul du gouvernement, Sarkozy pourrait-il pavoiser ? Evidemment non.

 

Et les choses vont plus loin encore. Car cette "position commune" aprŽs que Sarkozy, comme il l'annonce dans sa tribune au Monde, ait reu tous les "partenaires sociaux", deviendra un texte de loi. Sarkozy se vante d'ailleurs du prŽcŽdent : l'accord de janvier sur la "modernisation du marchŽ du travail".

 

Cet accord lˆ n'a pas ŽtŽ signŽ par la CGT et c'est tant mieux. C'est en l'occurence sa signature par FO qui a ŽtŽ dŽcisive, car celle de la seule CFDT (et de la CFTC et la CGC) n'aurait pas suffi ˆ lui donner une apparence de lŽgitimitŽ. J.C. Mailly avait, de manire trŽs similaire ˆ ce que vient de faire B.Thibault, convoquŽ la direction de FO sans toutefois rŽunir un comitŽ confŽdŽral national et encore moins consulter les organisations, pour ne rien dire d'une Žventuelle consultation des syndiquŽs ... Comme B.Thibault en avril, J.C. Mailly en janvier avait expliquŽ que les mandats de congrŽs Žtaient bien suffisants pour dŽcider puisqu'une direction c'est fait pour diriger, et donc pour trancher quand le verre est un peu ˆ moitiŽ plein ˆ moitiŽ vide : aux militants d'obtempŽrer puis de faire le nŽcessaire pour que le verre se remplisse ... Suite du film : le vote parlementaire de cet accord transposŽ en loi, prŽvu le 29 avril prochain.

 

Et le groupe parlementaire PS qui choisit de s'abstenir soi-disant parce que la signature de FO et de la CFDT donne une lŽgitimitŽ ˆ cette loi ... Ainsi la loi elle-mme serait faite dans le cadre du "dialogue social", et serait adoptŽ automatiquement -comme le traitŽ "europŽen" de Lisbonne le 4 fŽvrier- par le Oui de l'UMP et le refus de voter Non, contrairement au mandat de leurs Žlecteurs, des parlementaires PS !

 

Sarkozy sur cet aspect des choses peut bel et bien plastronner : le rŽgime politique qui fonctionner ainsi, c'est une V¡ RŽpublique dans laquelle la loi est faite par les "partenaires sociaux" ! Et cela va recommencer, car la suite du pige est connue : c'est la transposition en loi de la "position commune". Ce fut d'ailleurs un argument de B.Thibault devant la CE confŽdŽrale de la CGT : il doit y avoir une loi mais pour cause d'Žlections prud'hommales ˆ l'automne 2008 B.Thibault estime qu'elle ne saurait tre soumise au Parlement en mme temps, donc si l'on ne veut pas qu'elle soit remise aux calendes grecques il faut aller vite, trŽs vite, et signer tout de suite ! C'est donc que cette loi, il la veut, et au plus vite. Comme Sarkozy.

 

Si les choses se passent de cette manire, nous aurions avant septembre une loi soumise aux dŽputŽs et sŽnateurs rŽpŽtant la manoeuvre du 29 avril en plus fort, puisque la signature de la CGT pourrait donner ou servir de prŽtexte ˆ des Žtats-d'‰mes aussi dans le groupe parlementaire PCF. Autrement dit, l' "ouverture" parlementaire, par laquelle les dŽputŽs et sŽnateurs Žlus pour s'opposer cessent de s'opposer et collaborent avec Sarkozy, appuyŽe sur le "dialogue social", irait encore plus loin, de faon ˆ aider Sarkozy ˆ surmonter ses difficultŽs et ˆ mettre en oeuvre son mandat : faire en France le mal que Thatcher a fait en Grande-Bretagne !

 

En fait, il est probable que l'inscription ou non d'une loi transposant la "position commune" MEDEF-CGPME-CGT-CFDT avant l'ŽtŽ ou plus tard ne sera pas fonction de la plus ou moins grande surcharge du calendrier parlementaire mais du rapport de force permettant ou non, ou bien rendant urgente ou non, dans l'intŽrt de Sarkozy, cette transposition.

 

Car l'opŽration politique et sociale que Sarkozy organise en s'appuyant sur l'accord signŽ par FO et la CFDT en janvier et celui que signeraient la CGT et la CFDT en avril, va droit en sens inverse du mouvement rŽel qui se produit dans le pays, lequel est la vraie cause des difficultŽs de Sarkozy. Il y a une vague de grve pour les salaires dans les entreprises, sur le fond de laquelle se dŽgagent des mouvements plus durs et plus difficiles contre les fermetures et dŽlocalisation produites par la crise Žconomique montante, ou des mouvements remarquable comme la grve des sans-papiers en rŽgion parisienne, organisŽe par la CGT. Il y a une montŽe de la jeunesse soutenue par les profs qui dessine dŽjˆ la perspective d'un mouvement d'ensemble, national, en mai, de grande ampleur. Il y a la recherche, malgrŽ la division des directions, de l'unitŽ pour dŽfendre les rŽgimes de retraite par rŽpartition et se retrouver tous ensemble le 1¡ mai, parmi les militants syndicaux ; il y a eu les imposantes manifestations de retraitŽs du 6 mars. Bref, tous les ŽlŽments sont en train de se rŽunir pour un mouvement tous ensemble ˆ l'Žchelle national, les entreprises, le secteur public, les jeunes. La "position commune" s'inscrit directement contre ce mouvement mais elle ne l'empŽchera pas. Elle annonce, par contre, une volontŽ de collaborer au sommet, de protŽger Sarkozy, qui conduirait ˆ la confrontation entre les travailleurs et les syndiquŽs, d'un c™tŽ, les directions voulant imposer leur politique, de l'autre. Ce n'est pas du gauchisme ni de l'exaspŽration liŽe au mŽcontentement de syndicalistes combatifs mais minoritaires qui suggre cette apprŽciation, c'est le rŽalisme, c'est le sens des responsabilitŽs le plus ŽlŽmentaires.

 

V. Quelques rŽactions ˆ la "position commune".

 

La position de la direction de la CGT a ŽtŽ dŽjˆ commentŽe ˆ travers tout ce qui prŽcde, puisque c'est bien sa signature l'ŽlŽment dŽcisif, et de la validitŽ de la "position commune", et de la possibilitŽ pour Sarkozy de s'appuyer sur elle -aucun doute ˆ avoir : il n'aurait pas fait sa tribune au Monde s'il avait eu des craintes et donc s'il n'y avait pas eu auparavant la position unanime de la CE confŽdŽrale de la CGT, qui indique en effet un alignement sans prŽcŽdent depuis le dŽbat confŽdŽral sur le Non au rŽfŽrendum de 2005, des responsables confŽdŽraux sur le noyau dirigeant. La CFDT se rŽjouit de ce qu'"une dynamique est engagŽe" qui annonce des temps nouveaux selon elle. L'un des aspects de ces temps nouveaux, notons-le, est le suivant : " ... une Fondation du dialogue social sera crŽŽe, dont l'une des missions sera la reconversion des permanents des organisations syndicales et patronales. La dynamique engagŽe va donc se poursuivre.", ainsi se conclut l'Ždito de Philippe RŽaux, rŽdacteur en chef de Syndicalisme Hebdo, journal de la CFDT. Vers quoi ? Vers la "norme sociale", allons donc !

 

L'opposition de FO met en avant plusieurs des aspects ici examinŽs, mais de manire assez confuse dans l'ensemble et, surtout, il est notoire qu'elle a pour motif initial la volontŽ d'en rester ˆ l'ancien cadre, celui de la "prŽsomption irrŽfragable de reprŽsentativitŽ" en gardant un droit ˆ tre "reprŽsentatif" quel que soit le nombre de syndiquŽs et de suffrages des salariŽs. Cela la dŽcrŽdibilise largement, d'autant plus que FO vient de signer l'accord de janvier sur la "modernisation du marchŽ du travail". Il est cependant important de comprendre que, sur les questions de fonds, les militants FO ont les mmes raisons que les militants CGT de s'inquiŽter. Ce n'est pas en signant des accords comme celui de janvier et en cherchant ˆ jouer l'UIMM contre Parisot que l'on va combattre efficacement l'encadrement des relations sociales par l'Etat et le patronat et stopper la logique des accords dŽrogatoires d'entreprises : voila la question posŽe aux militants FO.

 

L'opposition de Solidaires de mme, passe souvent ˆ c™tŽ de ces questions de fond et est Žvidemment motivŽe par la situation difficile des sections SUD voulant s'implanter dans des entreprises, peu modifiŽe dans l'immŽdiat.

 

Il ne faut pas nŽgliger la portŽe de la rŽaction la plus frappante provoquŽe par la "position commune" dans le monde syndical, ˆ savoir la publicitŽ faite soudain autour de tractations de fusion entre l'UNSA et la CGC, pouvant aller jusqu'ˆ la CFTC voire, plus vraisemblablement, vers la formation frŽquentes de listes communes UNSA-CGC-CFTC. A la diffŽrence des fusions et rŽunifications syndicales opŽrŽes par le passŽ, une telle opŽration ne renforcerait pas la capacitŽ d'ensemble du salariat ˆ combattre pour ses intŽrts matŽriels et moraux, mais viserait simplement ˆ constituer dans plusieurs branches professionnelles une forte minoritŽ de blocage continuant le jeu pratiquŽ auparavant par les fŽdŽrations CGC et CFTC avec le patronat. Mais cette fusion aurait aussi une autre consŽquence, celle de modifier la nature de la composante principale de l'UNSA, le Syndicat des Enseignants, issu de l'ancienne FEN bien qu'en ayant reniŽ les fondements lors de sa destruction en 1992. Ce syndicat reste un syndicat de fonctionnaires issu du mouvement ouvrier, ce que n'est pas la CGC, attachŽ ˆ la la•citŽ qui syndique des personnels attachŽs ˆ la dŽfense de leurs intŽrts salariaux et de l'Žcole publique. Leur groupement avec les "cadres" renforcerait leur assimilation ˆ des "responsables", des salariŽs d'essence soi-disant supŽrieure se situant sur le mme plan que les DRH dans les entreprises et les policiers, dŽjˆ bien prŽsents tant dans l'UNSA surtout que dans la CGC. Ce serait un dernier coup portŽ ˆ ce qui reste de tradition syndicaliste chez les instituteurs de l'UNSA,dont il n'est pas sžr qu'il aille de soi.

 

En tous cas l'affaire du "rapprochement UNSA-CGC" montre que la "position commune" a pour premire consŽquence de renforcer non les tendances syndicalistes ˆ l'organisation des travailleurs par eux-mmes, mais les tendances d'appareil au rapprochement par les sommets dans la collaboration organique avec le patronat et avec l'Etat. Ce serait aussi un rapprochement entre des cadres du PS c™tŽ UNSA et des cadres de l'UMP c™tŽ CGC, ce qui n'est pas non plus sans portŽe ...

 

VI. Pour conclure.

 

Ce qui ressort de l'examen rapide des positions des organisations syndicales (je ne me suis pas appesanti sur celle de la FSU, la moins concernŽe directement mais qui l'est aussi ˆ moyen terme) montre la confusion qui prŽvaut. Des militants politiques du mouvement ouvrier (qui sont donc aussi des syndicalistes) doivent d'autant plus rŽagir en militants politiques, c'est-ˆ-dire se dŽterminer de manire indŽpendante, sur la base des intŽrts gŽnŽraux de la classe ouvrire. C'est leur responsabilitŽ de dire que la CGT ne doit pas signer cette "position commune", d'en montrer les consŽquences, et d'opposer au "dialogue social" voulu par Sarkozy la mise en oeuvre de l'unitŽ, tous ensemble, pour les salaires, les retraites, les pensions, les services publics et l'avenir de la jeunesse !