LES ASSOCIATIONS DE
JEUNESSE ET D'EDUCATION POPULAIRE DOIVENT SE RECENTRER SUR LEUR METIER:
L'EDUCATIF
Jean-Franois CHALOT
Janvier 2007
Les
directions politiques des grandes associations d'Žducation populaire ont rŽussi
ˆ obtenir de ce gouvernement l'instauration d'un contrat d' Ç engagement
Žducatif È.
C'est
la prŽcarisation des animateurs qui est institutionnalisŽe...Les animateurs
dits occasionnels pourront tre payŽs ˆ raison de 2,20 H de SMIC par journŽe....pour parfois une durŽe
journalire de travail de 16 heures en centre de vacances!
Tous
les syndicats de salariŽs se sont opposŽs ˆ ce texte inique, le PCF et le PS
ont votŽ contre ce projet de loi au SŽnat mais qu'importe...On combat le libŽralisme
par son vote et on l'installe dans son secteur professionnel!?
Les
grandes associations d'Žducation populaire doivent changer d'orientation,
abandonner la voie de la marchandisation et de la recherche sans rivage de
subventions et redevenir des mouvements de transformation sociale.
Les
stages de formation d'animateurs sont pratiquement les seuls lieux o la
jeunesse qui vit dans les quartiers de relŽgation sociale rencontre les
mouvements d'Žducation populaire.
Ces
sessions de fomation de BAFA sont des espaces Žducatifs de rencontres et de
construction incontournables...
Nous
arrivons parfois en une semaine ˆ faire Žvoluer les mentalitŽs et ˆ contribuer ˆ
rendre un peu adultes des grands adolescents.
Voici
donc vingt jeunes, grands gaillards pour la plupart, venus directement de la
citŽ de Bagneux..Ils sont bruyants, plein de vie, un peu inquiets...La thŽorie
c'est pas leur truc, a-priori et ils craignent de retrouver le lycŽe...
Ils
attendaient des cours, ils ont du courir, sauter, jouer ds le premier jour...
Ils
Žtaient fatiguŽs mais assez contents.
Les
formateurs avaient cassŽ la reprŽsentation que les jeunes s'Žtaient faite du
stage ...
Naturellement
nous avons aussi discutŽ de questions essentielles : les droits de l'enfant,
les Žtapes du dŽveloppement, la responsabilitŽ...Beaucoup de thmes rŽcurents
mais aussi d'autres se rapportant ˆ la la•citŽ et ˆ la mixitŽ.
Le
deuxime jour les formatrices et les filles stagiaires n'Žtaient plus des meufs
mais des filles et les t‰ches mŽnagres se partageaient Žquitablement...
Que
du bonheur et de la fatigue, mais de la bonne fatigue.
Nous
avons pu faire partager nos valeurs et nos ambitions Žducatives.
Une
majoritŽ d'entre eux s'est retrouvŽe peu aprs ˆ exercer la fonction
d'animateurs professionnels...L'Žquipe
des formateurs Žtait saitisfaite : les animateurs ont compris qu'il Žtait prŽfŽrable
pour eux et pour l'animation qu'ils se retrouvent sur une autre ville que
Bagneux...L'idŽologie des grands frres en avait pris un coup...
Le
dernier jour, l'un des animateurs m'a posŽ la question qui semble tuer :
Ç
Comment as-tu rŽagi quand tu as vu vingt beurs et blacks dŽbouler au stage?.. È
La
rŽponse est venue de suite: Ç Oh lˆ lˆ, qu'ils sont grands, il va falloir
faire exploser le budget repas! È
C'Žtait
d'ailleurs ma seule crainte...
On
est d'ailleurs passŽ d'un cožt alimentationt de 40F par jour ˆ 65F .
Il
y a beaucoup ˆ faire dans ces quartiers mais voilˆ, il faut de la volontŽ
politique.
Malheureusement
, les grandes associations d'Žducation populaire n'interviennent pas dans ces
quartiers dits difficiles.
Certaines
se sont institutionnalisŽes et d'autres se contentent de chercher de nouveaux
marchŽs...
Les
contacts Žducatifs directs que des militants et militantes nouent avec des
jeunes dans le cadre de formations sont des moments intenses, certes, mais les
effets ne sont pas toujours durables surtout s'il n'y a pas de suivi systŽmatique...
Beaucoup
d'associations de jeunesse comme les CEMEA, les Francas, les Eclaireurs de
France affichent une volontŽ d'accompagner les jeunes stagiaires dans leur
cursus de formation en essayant de les rendre acteurs...Malheureusement la volontŽ n'est souvent pas suivie
d'effets, faute de moyens...
Le
permanent associatif ou le formateur bŽnŽvole est appelŽ ˆ d'autres t‰ches peu Žducatives:
il leur faut trouver des financements, monter des projets car sinon
l'association risque l'asphyxie.
Comme
syndicaliste, il m'est arrivŽ de dŽfendre un permanent d'association, licenciŽ
parce qu'il n'Žtait pas productif!
Instituteur
mis ˆ disposition, il devait abandonner la fonction qui Žtait la sienne parce
qu'il n'avait pas rŽalisŽ 200 000
F de chiffre d'affaire !?
On
croirait rver !
Ensemble
nous avons rŽussi ˆ ce qu'il soit Ç embauchŽ È par une autre
association lui confiant enfin une mission Žducative et non commerciale!
Mais
attention, tout n'est pas gris!
des associations suivent parfois la
mauvaise pente mais beaucoup d'entre elles essayent, malgrŽ les difficultŽs de
maintenir le cap et de rester des mouvements d'Žducation.
Aujourd'hui
il est nŽcessaire et indispensable que les mouvements d'Žducation populaire se
resaisissent afin de rŽorienter leur action Žducative vers du travail de
terrain...
Pour
ce faire, il faut mener le combat pour obtenir des subventions publiques,
certes mais aussi dŽcider de prendre pied ou de reprendre pied dans les citŽs.