Peut-on imaginer "la ville pour tous" ?
Militant n° 4, mars 2004
«Venue de province, j’ai habité pendant plusieurs années dans un foyer de jeunes travailleurs du 18ème arrondissement. Cette année, j’ai enfin trouvé un studio, dans le 12ème». C’est à partir de témoignages comme celui de Ouarda que s’est engagé le débat lors de la session de l’Université populaire libératrice du 8 février dernier.
Habiter un quartier plutôt qu’un autre réside dans le «hasard» (Pierrick, Paris 20e), surtout quand on pas pas les moyens. Ceux qui sont dans le centre ont choisi (Dominique, Paris 4e) mais «les gens saisissent ce qu’ils peuvent» (Tanguy, Paris 18e).
banlieues ghettoïsées
Certains participants, comme Ludovic (Paris 5e), ont implicitement opposé «ville» et «banlieue». Il travaille dans un lycée de l’Oise, «dans une ZUP, sans commerce de proximité, avec des voitures brûlées». Pour lui «à Paris on est dans une ville» alors que les banlieues sont «ghettoïsées». «Sarkozy a promis d’aller y faire un tour», s’amuse Belaïd (Paris 7e) qui s’estime chanceux de bénéficier d’un logement de fonction mais s’inquiète, comme d’autres, de la démagogie du ministre de l’intérieur.
Etudiante, Céline (Montreuil) a fait un stage dans un quartier populaire de Lille. Elle y a constaté comment «sous couvert de mixité sociale, les pauvres partent en banlieue». C’est un phénomène comparable qu’observe Adrien (Paris 14e) qui subit «une augmentation de loyer chaque année» et voit «de plus en plus de gens qui ne peuvent plus vivre dans le quartier».
Pour Gene (Paris 11e) «il y a très peu de différence entre les ghettos de banlieue et ceux de Paris». Pour elle «il y a des clivages en plein Paris». Elle raconte comment elle a accédé à son premier logement HLM à 41 ans, car «quand vous êtes sur la touche, on vous y laisse». Sylvie (Paris 20e) a quant à elle commencé par fréquenter un foyer pour jeunes mères, suite à une séparation avec son ami. Ensuite elle a eu une proposition d’appartement mais se sent maintenant coincée dans son HLM de la Porte de Montreuil.
Halima (Paris 11e) pointe la question du sort des enfants, largement absente des préoccupations médiatiques. Comment étudier quand «les jeunes n’ont pas où faire leurs devoirs» et sont «obligés de s’habiller dans le couloir» comme le faisait son fils ? Dans les quartiers populaires, les jeunes ne sont pas pris en charge : on ne leur propose que des stages bidons ou des choses comme le RMA. La priorité c’est donc l’éducation et l’emploi car «les gens ont besoin de travail, pas d’allocations».
changer les choses
Plusieurs personnes constatent qu’alors qu’il faudrait «faire appliquer les lois», on a «pas le droit de l’ouvrir». Pour Gene, qui vient d’un foyer de la DASS, «il n’y a pas de fatalité» car «on a pas besoin de passer par un programme pour réfléchir».Ce refus de la fatalité est partagé par d’autres, qui notent que «quand il y a une action, les choses peuvent changer».
Comment agir pour de meilleures conditions de vie ? C’est la question que se sont posée, en conclusion, les participants. Pour la majeure partie d’entre eux, la question la plus urgente est celle de la jeunesse, laissée aujourd’hui sans perspectives. Quant au fond de tous les problèmes, c’est l’emploi. C’est en effet la stabilité par rapport au travail qui permet d’accéder au logement et à des conditions de vie dignes. C’est ce qu’exprime Nohza (Créteil) qui partage son loyer avec la famille qui l’héberge : «je cherche un emploi déclaré, après on verra». Si construire «une ville pour tous» est un objectif souhaitable, cela ne pourra se faire qu’en réglant la question sociale n
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