UNIVERSITÉ POPULAIRE LIBÉRATRICE
Dimanche 1er juin 2003, AGECA (Paris)
LA CRISE DU LOGEMENT, PARLONS-EN !
(extraits)
Ceci
est la transcription intégrale de
la première partie de la réunion, un problème technique ayant empêché la
transcription de la seconde. Les personnes sont désignées par leur prénom, à
l'exception de celles qui ont mentionné leur nom de famille.
Raymond
D. Le but de la réunion d'aujourd'hui
est donc de parler des questions de logement, sachant que d'après les chiffres
que l'on a, les chiffres officiels, la situation du logement continue à être
très très mauvaise dans toute la France en général, et en particulier en région
parisienne. J'ai ramené deux ou trois petits articles. Çà c'est Le Monde : "La
pénurie de logement s'aggrave en Ile de France" - "Les élus de Seine Saint Denis promettent
de prendre des mesures pour permettre de répondre aux 50 000 demandes de
logement toujours en souffrance dans le département". Pour Paris si mes souvenirs sont bons je crois qu'on
doit être à 150 000 demandes de logement. Donc l'idée c'était de voir un petit
peu les situations qu'on pouvait connaître et puis de faire le point sur ce
problème du logement : voir s'il y a des solutions, voir quelle est l'attitude
des pouvoirs publics par rapport à ce qui se passe... On aura quelques exemples
à donner. Je veux bien dire un petit mot comme on est peu nombreux pour
resituer l'action qu'on a entreprise au niveau de l'association. On départ on a
mené beaucoup d'actions sur le logement. Fut un temps où on ne faisait
pratiquement que çà, à nos débuts en 1997. Et en particulier on avait défendu
des squatters dans le 18ème arrondissement, rue Myrha. Donc çà a été une
bagarre qui a été terrible et qui a duré pendant quatre ans. Ils ont fini par
être relogés. Et puis comme cette affaire là avait fait pas mal de bruit, on a
été contactés et sollicités par des gens qui eux n'étaient pas des squatters
mais juste des mal-logés qui voulaient changer de situation. Ce sont des gens
qui en général louent des logements dans le privé qui sont soit insalubres soit
surpeuplés et qui n'arrivent pas à accéder à des logements HLM. On a toujours
eu des dossiers de logement ; çà c'est un petit peu tassé ces derniers temps et
puis là çà revient avec à nouveau pas mal de cas dans le 18ème mais pas
seulement. On a en particulier des gens dans un immeuble de la rue Stéphenson,
dans le quartier de la Goutte d'Or. C'est un immeuble insalubre, qui
s'effondre, et où on a des locataires qui louent dans le privé et qui sont dans
une situation tout à fait mauvaise. Suite à çà, on le raconte un petit peu dans
le bulletin Militant, on a eu deux rendez-vous avec l'adjoint au logement à la
mairie du 18ème qui en gros nous dit... d'aller jouer ailleurs (rires). Alors nous on aurait bien aimé savoir comment çà se
passait la question de l'attribution des logements. Malheureusement, pour ce
qui concerne le 18ème cette personne là nous dit qu'il y a un nombre limité
d'associations dans la commission d'attribution des logements (je crois qu'il
n'y en a que deux) et qu'ils n'ont pas besoin de nous. Suite à çà on a commencé
à faire signer une pétition aux habitants du 18ème arrondissement. L'idée c'est
d'avoir quelques centaines de signatures, de manière à pouvoir mettre notre nez
dans la commission d'attribution des logements. Voilà en gros. Alors ce qui
serait bien c'est que chacun connaissant des situations personnelles ou
d'autres personnes puisse s'exprimer.
Halima
Z. Il faudrait entendre Madame
Bourezgui.
Raymond
D. Madame Bourezgui fait partie de
l'association Droit Au Toit de Gennevilliers, une association très active et
dans un esprit voisin du nôtre.
Mme
Bourezgui. D'abord on était chacun pour
soi, chacun de son côté. Chacun se bat comme il peut. On a été voir
l'assistante sociale. On est rejetés, ils ne veulent rien savoir. Pas mal
d'entre nous avaient écrit, jusqu'à Monsieur Chirac, le Préfet, la Mairie. On
demande un rendez-vous pour qu'on s'explique etc. mais çà dure 6 mois, 7 mois,
sans rien. Vers la fin on a décidé de parler entre nous. On ne connaissait
absolument rien. La difficulté de la langue française elle est là parmi nous.
Il y a des gens qui ne savent pas lire. Les gens ont aussi leur fierté qui fait
qu'ils ne peuvent pas oser parler en face, qu'ils ne peuvent pas dire
"voilà, on souffre" ou dire qu'on a un enfant malade. Il y a des gens
qui n'ont pas de papiers. Chacun il souffre dans son coin. On est là et on tourne
en rond. Chacun il essaie de se débrouiller. Il y a des familles nombreuses
avec 6 personnes dans un 20 ou dans un 30 m2. Il y a des noirs, il y a des
blancs, il y a de toutes les couleurs. Alors on a décidé : tant qu'à être
rejetés, au moins on serre les coudes. Il y a des gens qui nous amènent
beaucoup d'aide comme Monsieur Aloisio qui est directeur d'école et conseiller
municipal (*) à la mairie. Ils nous a proposé de nous montrer le chemin, de
nous dire comment faire. Donc on a commencé avec une petite réunion puis on a
créé cette association. Ce n'était pas facile de prendre la parole devant les
média ou devant les journalistes ou même pour se réunir comme çà. C'était le
blocage total. Mais petit à petit, petit à petit on a essayé de parler. Et
voilà, maintenant on se défend. On a réussi à obtenir quatre logements. On est
reçus par la mairie, par l'adjointe au maire Madame Moncel, etc. J'ai reçu
votre tract, alors je suis venue voir ce que vous faites.
Halima
Z. Qu'est-ce que fait votre
association ? Comment vous faites pour les gens qui n'ont pas de logement ?
Mme
Bourezgui. On a des dossiers. On les
fait remplir aux gens. On leur demande depuis quand ils sont là, leur
souffrance, tout ce qu'il faut pour remplir un dossier. Après on prend
rendez-vous avec notre présidente, on prend rendez-vous avec l'adjointe au
maire, avec la personne qui s'occupe du service du logement, et on se présente.
On ne présente pas qu'un seul dossier : on présente 30 dossiers à la fois. Et
bien sûr à la première réunion ce n'est pas facile. On ne vous dit pas tout de
suite oui, qu'on peut vous loger.
Halima
Z. Et vous avez eu des relogés ?
Mme
Bourezgui. Oui, on a eu 4 personnes
relogées. Et maintenant on a fait un rassemblement à la préfecture avec
Monsieur le Maire. Il a fait appel à la population pour faire signer une
charte. Et cette signature là çà va, soi-disant, on est pas encore sûrs,
résoudre pas mal de problèmes de logement. Mais c'est pas encore sûr. Mais pour
moi dans une association, il faut être solidaires. Il faut dire. Il faut
parler. Il faut être présent. Par exemple quand on fait une réunion, il ne faut
pas dire "j'ai des courses à faire" ou bien "j'ai mon
travail". On ne peut pas réussir comme çà. Parce qu'on a ce problème là.
Les gens ils veulent être logés, et tout de suite, mais quand par exemple on
fait un appel pour un rassemblement ils ne viennent pas nombreux. Pour
l'instant on a fait que des rassemblements parce qu'on ne veut pas aller trop
vite. Parce que çà dépend comment çà va tourner. Bloquer une rue ou bloquer un
boulevard c'est pas facile. Surtout quand vous êtes engagés, que vous avez dans
la tête qu'il va y avoir au moins 100 personnes ou 150 personnes et que vous
vous retrouvez avec 10 ou 15 personnes. Çà c'est pas facile. Alors pour
réussir, il faut être solidaires, dans tous les domaines. Il faut être là, il
faut être présent. Et faites le savoir. Si vous êtes là, il y a vos amis, vos
cousins, voisins... Même s'ils n'en ont pas besoin, qu'ils viennent ! Il faut
convaincre. La plupart des gens, ils ne savent pas lire. Même les gens qui
savent lire, ce n'est pas suffisant le tract tout seul. Ce qui est important
c'est l'oral : parler. J'aimerais bien laisser le racisme à part parce qu'on
est tous des êtres humains, on a le même sang qui coule dans nos veines, on a
le droit à un logement. C'est un droit. Droit. On a le droit de vivre, on a le
droit au logement. Alors ils doivent nous donner ce droit là. On ne demande pas
la lune, ou bien le satellite. On demande un logement. Mais pour réussir,
franchement, il faut serrer les coudes. Moi j'aimerais bien qu'on prenne
contact avec nos présidente, tout le monde. On est tous intéressés. Même les
gens qui ont un logement, ils sont là parmi nous, ils nous aident. Çà c'est
bien. Les réunions toutes seules çà c'est pas suffisant. Alors il faudrait
sortir dans la rue. Que ce soit pour les papiers ou pour le logement, c'est
pareil. Pour les gens qui n'ont pas de papiers et qui n'ont pas de logement,
c'est l'enfer total. Et surtout quand il y a des enfants, çà c'est terrible.
Alors il n'y a que la rue. La première arme, c'est la rue. Et s'est les gens
qui sortent, les gens qui s'expriment dans la rue. Quand on marche dans la rue
ce n'est pas pour casser ou insulter les autres. Marcher, c'est demander nos
droits. On est des êtres humains, on demande nos droits. Vous travaillez, vous
êtes un homme ou une femme sérieuse, vous cherchez uniquement un toit pour
vivre mieux. Et alors donc pourquoi pas ne pas essayer pour déplacer les gens
de déplacer une ville avec une autre ville ? Par exemple, Paris avec
Gennevilliers ? Marcher ensemble. Au moins ils sauront qu'on est ensemble.
Voyez moi, hier à la Préfecture des Hauts de Seine, votre tract je l'ai
accroché à un de nos petits panneaux. C'est pour dire qu'il y a des gens qui
souffrent et qui font appel à nous. Alors on doit marcher dans la rue ensemble.
C'est le seul moyen pour faciliter la tâche dans certaines démarches.
Raymond
D. Quelqu'un veut ajouter quelque
chose ? Notre idée c'est effectivement de se rassembler et c'est pour çà qu'on
a invité Droit au Toit, mais aussi d'autres qui ne sont pas venus. Parce que
des associations comme les nôtres, il y en a partout, sur différents sujets, et
en gros c'est toujours la même chose. Après, il y a deux sortes d'associations,
à mon avis : il y a des associations qui font la charité et des associations
qui se battent pour que les gens aient leurs droits. Alors nous on est plutôt
dans cette catégorie là et si on pouvait se rassembler avec les autres ce
serait une bonne chose. Par exemple le 1er mai, on a manifesté dans la rue à
Paris avec une association de chômeurs du Val de Marne qui font beaucoup de
trucs sur le logement eux aussi.
Halima
Z. C'est ce que les gens n'arrivent
pas à comprendre. Il y en a qui disent "je veux me battre pour le
logement" le reste çà ne m'intéresse pas. Il y en a qui disent "moi
je viens pour les papiers, mais çà ne m'intéresse pas parce que c'est le
logement". Ce qu'il faut dire c'est : "vous me soutenez aujourd'hui,
je vous soutiens demain". Mais les gens pour les convaincre... Les gens
veulent qu'on leur ramène tout. Monsieur est servi, Madame est servie... Moi
j'en ai vu de toutes les couleurs. J'ai vu la police, j'ai vu les R.G.. J'ai
été ramassée, frappée, pour obtenir un logement. Et j'étais dans 9m2 avec mes
enfants. J'en ai vu de toutes les couleurs.
Raymond
D. Eh bien, racontes nous comment çà
c'est passé.
Halima
Z. Le camion nous emmène au
commissariat. On nous garde trois ou quatre heures pour nous emmerder, parfois
toute la journée. Après on nous relâche. On a pas été tabassés parce qu'on a le
droit de se battre. On est pas des voyous. Même si on passe devant le juge, on
dit "voilà, moi je me bats pour avoir un logement ; j'habite 9m2". Et
c'est vrai, moi j'ai souffert, souffert, souffert. Il y a sept ou huit ans,
deux de mes enfants, ils étaient petits, ils avaient la gale. Les enfants, ils
font leurs devoirs dans les escaliers. Les cafards, moi je vous dis pas, quand
on éteint la lumière, les cafards c'est la peste. Et je suis arrivée à avoir
trois pièces, un bel appartement. Et maintenant je soutiens les sans-papiers.
C'est pas parce que je suis bien, que je j'ai mon logement, que je ne fais
rien.
Raymond
D. Tu avais participé à quelles
actions ?
Halima
Z. J'étais avec le DAL. Quand on
expulsait les gens, j'y allais. On a fait des occupations. On a fait tout. Là
où j'ai eu peur pour la première fois de ma vie, c'est quand on a occupé le
théâtre à Paris 2e, au Châtelet. On a occupé un dimanche. En sortant, c'est la
première fois que j'ai vu des policiers avec des boucliers. J'ai paniqué.
Sinon, on a passé des nuits sous des tentes, sous la pluie. Beaucoup beaucoup
de choses. Mais maintenant les gens ils aiment rester à la maison. Quand vous
faîtes partie d'une association, il faut faire confiance. Je me suis aussi
battue pour mon fils quand il a eu une reconduite à la frontière. Je me suis
même battue toute seule pour que mon fils me rejoigne : il a fait sa scolarité
ici et à sa majorité il s'est retrouvé avec une reconduite à la frontière. Je
me suis battue, battue, battue. Pour le logement, j'ai obtenu ce que je
voulais. Maintenant à force de venir à des réunions, je ne perds pas espoir
mais je me fatigues. Mais je suis battante.
M.
X. (inaudible) C'est tous des étrangers qu'on souffre ici.
Raymond
D. Et vous habitez dans quel quartier
?
M.
X. Dans le 19e, à Jaurès.
Raymond
D. Pour les étrangers, la question
c'est...
Quelqu'un
dans la salle. Le racisme
Raymond
D. Il y a trente ans ou quarante ans,
les pauvres c'étaient des Français. Ils ne voulaient déjà pas de pauvres à
cette époque là. Çà ne s'est pas arrangé depuis. Paris par exemple c'est une
ville qui a de moins en moins d'habitants. Moi quand j'étais petit, il y avait
deux millions deux ou deux millions trois cent mille habitants ; aujourd'hui on
est à un million huit ou un million neuf. Des logements vides dans Paris, il y
en a 120 ou 130 mille. Sans parler de tous ceux qui ont été transformés en
bureaux entre temps. La politique générale, c'est une politique qui est de
sortir les pauvres des villes. Qu'est-ce qui est nouveau là dedans ? Ce qui est
nouveau, c'est que maintenant il y a beaucoup d'étrangers parmi les pauvres. Et
donc aux yeux des gouvernements, des partis politiques, de l'opinion publique
et autres, vous dites pauvres ou étranger, c'est la même chose. Et que se passe
t-il dans les mairies de banlieue, même si elles étaient des mairies de gauche
ou des mairies ouvrières ? Ils ne reconnaissent plus la population.
C'est-à-dire qu'ils ne se reconnaissent plus eux mêmes dans la population. Ils
ne se disent pas "on est comme eux, nous aussi on est des ouvriers ou des
anciens ouvriers". Ils se disent "nous on est mieux qu'eux parce
qu'eux ils sont étrangers". Donc on est aussi sur une politique qui est
aussi d'essayer de les mettre de plus en plus loin. Il n'y a pas de limites à
ce truc là. C'est un truc de fous. On veut sortir les gens de Paris ; on veut
les sortir de banlieue ; mais après il faudra bien finir par les mettre quelque
part.
Quelqu'un
dans la salle. Ou à les mettre dans
le bateau (rires).
Dominique
C. Peut-être qu'ils se disent que les
gens des classes moyennes ou supérieures paient plus d'impôts pour la mairie...
Mme
Bourezgui. Il faut se serrer les
coudes et ne pas regarder notre couleur. C'est pas nous qui avons demandé à être
blancs, rouges ou noirs. On est tous des êtres humains : égalité à tout le
monde. On ne doit pas rentrer dans leur politique : çà n'est pas notre
problème. Notre problème c'est ce qui nous manque pour vivre et çà c'est leur
domaine. Il faut montrer notre force. Notre force ce n'est pas notre force de
faire n'importe quoi. Notre force c'est de dire qu'on est des êtres humains et
qu'on accepte pas la haine. Dire riches ou pauvres on s'en fiche. Nous on est
dans notre quartier, on défend notre quartier et le secteur où on vit. Par
exemple, quand un maire il fait un appel pour des Assises pendant des mois et
qu'il fait payer pendant des mois des dizaines de personnes derrière, des
journalistes etc. uniquement pour réunir tout le monde pour donner la parole et
parler, parler, parler, et demander ce qu'ils veulent exactement. Et dire par
la suite : changement du quartier. Changement du quartier çà veut dire
changement d'image. Çà veut dire qu'ils veulent changer le peuple qui est là.
C'est comme à Barbès ou dans le 19e à Stalingrad : changement du quartier c'est
changement de population. C'est pousser les immigrés vers le fond, vers le
fond. Et croyez moi il n'y a pas que les immigrés qui sont touchés. Moi j'ai vu
des Français qui ont quitté Gennevilliers pour aller en Bretagne. Il y a une
souffrance. Les gens qui sont faibles, qui peuvent pas prendre leur parole, eh
bien ils s'écrasent. Et à la fin ils se tirent. Et j'ai vu pas mal de familles
qui sont sorties de Gennevilliers. Alors, que vous soyez dans le 18e, le 19e,
le 15e ou je ne sais pas où : l'essentiel c'est que vous êtes dans votre
quartier et que vous avez le droit d'habiter dans votre quartier. Moi je viens
du 92 et je fais appel à d'autres associations qui ont le même problème que
nous, et on doit faire par exemple une journée à Paris. Comme ils ont fait pour
la manif pour l'Irak : on doit faire une journée. Il faut faire appel à
d'autres associations. Il faut faire changer les idées qu'ont les maires chacun
dans son petit coin de faire dégager les pauvres parce qu'on a pas les moyens.
Ils veulent nous faire rejeter et on doit dire "non". Ils sont venus
pour chercher des gens pour les chantiers, pour faire le travail très difficile
: maintenant on est là. Et ils n'ont pas le droit de nous faire partir.
Raymond
D. Il y a un autre cas qu'il faut
prendre en compte parce qu'ici on a plusieurs amis qui habitent en foyer et en
particulier à Montreuil. Dans la même politique, il y a l'idée de supprimer les
foyers et de les fermer. Par exemple à Montreuil il y avait un grand foyer qui
s'appelait le foyer Nouvelle France qui a été démoli par la mairie il y a
quatre ou cinq ans. Un autre exemple, là dans le 18e arrondissement. Le foyer
il n'existait pas et à un moment ils voulaient en construire un. Un petit foyer
de 60 chambres. Vous voyez, il n'y avait pas de quoi s'énerver. Et il y a eu
une campagne de la mairie et des associations amies de la mairie sur le thème
"Non à l'ouverture d'un foyer de travailleurs immigrés dans le 18e".
Quelqu'un
dans la salle. Pourquoi ?
Raymond
D. Devines ! Ils se sont dit "on
ne veut pas en avoir 60 de plus", c'est tout. Ah, ils ne l'ont pas dit
comme çà ; ils ont dit "mixité sociale". Çà veut dire quoi. Si tu es à
Neuilly et que tu discutes mixité sociale, je comprends. Il y a trop de riches,
il n'y a pas assez de pauvres, il n'y a pas de HLM du tout, donc on va un peu
mélanger çà. Et on va faire en sorte qu'il y ait différentes catégories de
personnes qui puissent essayer d'habiter à Neuilly. Mais quand tu dis mixité
sociale dans le 18e arrondissement, çà veut dire "il y a trop de
pauvres". Çà ne veut pas dire qu'on va essayer de leur donner de l'argent
pour qu'ils deviennent riches.
Halima
Z. C'est Besancenot qui s'en occupe !
(rires)
Raymond
D. Il va avoir du boulot, le petit
facteur ! Il n'est pas au bout de ses peines (rires). Il y avait un projet
c'est de faire UN HLM à Neuilly (Neuilly c'est intéressant parce que c'est la
mairie de Sarkozy). Et il y a eu une pétition : "non à la construction
d'un HLM" ! Le HLM çà va nous amener la drogue, la délinquance : c'était
çà la pétition...
Dominique
C. Madame Bourezgui a apporté une
piste. Elle a dit tout à l'heure, si j'ai bien compris, "il faut que les
associations agissent ensemble". Il faut qu'on voit comment on peut
essayer de collaborer. Vous parliez de manifestation, c'est une piste. On n'a
peut être pas assez de forces, mais il faut essayer de voir.
Mme
Bourezgui. Il faut s'organiser, être
nombreux. Il faut dire que quand vous n'avez pas les papiers vous n'avez pas de
logement : c'est deux problèmes pareils. Il faut faire aussi appel aux
associations qui s'occupent des sans-papiers.
Dominique
C. Il faut faire appel aux associations,
même si elles ne s'occupent pas que de logement ?
Mme
Bourezgui. Oui, pourquoi pas ? Il
faut être ensemble, sinon les forts ils vont écraser les petits. On a pas
d'autre choix devant nous. Moi je vois que çà. Dans tous les domaines, les gens
ils n'ont qu'une force pour se défendre. Malgré que vous avez un dossier qui a
priori devrait passer en premier, quelqu'un derrière (je ne sais pas comment
ils font) hop, il passe devant vous. Dans tous les domaines, boulot, logement,
çà se passe comme çà. Bon, j'explique les choses à ma façon, je n'arrive pas à
trouver les mots, la langue française c'est très difficile. Donc comme je vous
disais les forts ils vont écraser les petits.
Halima
Z. Le gros poisson mange le petit
poisson.
Mme
Bourezgui. Voilà ! Comme dit notre
proverbe "houte yakoul houte ou liqulil jahdou imoute". Alors, il
faut être tous ensemble et montrer notre force n
(*)
Louis Aloisio (ex-PCF) est élu "Gennevilliers pour tous", liste
soutenue par la LCR et des militants associatifs arabes.
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