La Voie Populaire n°32 (août 2002)
"DOUBLE
PEINE" POUR LES OUVRIERS IMMIGRES DE CHEZ RENAULT
PENDANT des décennies, les immigrés ont constitué le coeur du syndicalisme dans les grandes entreprises de la métallurgie. Ainsi, chaque chaîne avait ses «sous marins», chaque langue ou chaque nationalité ses délégués : 78 sur le site de Billancourt avant sa fermeture en 1982.
Ces ouvriers, fer de lance dans la collecte des timbres syndicaux et l’organisation des débrayages, ont été maintenus par Renault à leur niveau d’embauche après 20 à 30 ans d’activité d’OS et ont été les premiers sur les listes de licenciés au fil des restructurations successives.
Dans le même temps, ces militants ont été tenus soigneusement à l’écart des responsabilités syndicales.
Après avoir subi cette «double peine» (militants de base et étrangers), les voilà maintenant exclus des accords signés depuis quelques années (2001 pour Renault) afin de tourner la page des discriminations anti-syndicales. Ainsi l’accord signé par la direction de la CGT chez Renault prévoit d’indemniser les élus du personnels et représentants syndicaux mandatés qui n’ont pas eu un déroulement de carrière normal.
La révolte gronde dans certaines sections syndicales comme la CGT Renault-Douai qui s’insurge contre le retrait dans les critères «de tous les militants qui font le syndicat et qui, tout autant que les responsables, ont été victimes de discriminations».
Quant au collectif immigration de la CGT, il s’indigne aussi du refus de la confédération de mener la bataille sur la discrimination sociale, syndicale et raciale prévue par la loi, une loi que la direction et les syndicats n’entendent pas appliquer. L’enjeu porte sur le passé mais concerne aussi la deuxième génération, afin qu’elle ne subisse pas ce qu’on connu ses pères.