numéro 8, juin 2005

 

Victoire exemplaire des salariés d’Astor

 

Ce vendredi midi, pour la première fois depuis très longtemps, vous ne verrez pas les salariés d’Astor manifester devant l’hôtel. Si vous ne les voyez pas c’est parce qu’ils ont - enfin - gagné le conflit qui les opposait à leur direction .

 

D’après les premières informations en notre possession, il semble que les femmes de chambre aient obtenu de ne pas faire 17 chambres par jour au lieu des 16 actuellement et que les plongeurs aient obtenu d’être payés pour effectuer les tâches confiées auparavant à un sous-traitant (sortir les poubelles etc). Les salariés devraient donc reprendre le travail la semaine prochaine.

 

Le seul point à régler demeure le paiement des jours de grève, le patron le mettant en balance avec les 50 000 € d’amendes reçues pour avoir illégalement employé des intérimaires comme « jaunes » pour les remplacer.

 

Cette victoire est d’autant plus extraordinaire qu’elle survient après une grève de quatre mois et demi ! Quatre mois de résistance et de courage, sans toucher un centime ! Quatre mois et demi d’angoisse et d’incertitude !

 

Quelle souffrance n’avait-elle pas été endurée auparavant pour produire une telle détermination…

 

Cette victoire est une victoire de la dignité de la part de gens tellement opprimés et exploités qu’ils avaient décidé que cette fois trop c’était trop et qu’ils refuseraient de travailler plus sans augmentation.

 

C’est aussi une victoire contre le mépris d’un patron particulièrement arrogant qui a refusé pendant plus de quatre mois d’ouvrir la moindre négociation.

 

Relever la tête

 

Nous espérons qu’elle encouragera d’autres travailleurs de la restauration, secteur particulièrement sinistré en terme social (ce n’est pas un hasard s’il ne parvient pas à recruter de personnel). Nous espérons aussi qu’elle amènera tout un chacun à réfléchir à la situation des salariés dans notre pays et qu’elle sera aussi source d’encouragement.

 

Si les plus exploités et les plus précarisés peuvent s’organiser et gagner dans des conditions aussi difficile, c’est un formidable encouragement pour que chacun d’entre nous décide maintenant de relever la tête.

 

N’est-ce pas ce qu’a exprimé à sa manière la victoire du NON au projet de Constitution européenne, marqué entre autres par le rejet par un nombre croissant de citoyens des politiques libérales et de leurs conséquences désastreuses en terme d’emploi.

 

Le NON a exprimé également un véritable « ras le bol » vis à vis de la situation actuelle faîte aux ouvriers et aux employés, aux professions intermédiaires, à une jeunesse dont les CDD semblent le seul avenir.

 

Parmi les inquiétudes légitimes figure en bonne place le statut des salariés, sans cesse tiré vers le bas au nom de la « concurrence » entre entreprises, que ce soit au niveau européen ou national. Chacun a bien compris que la logique animant les politiques suivies par l’Union européenne était non pas l’harmonisation mais la mise en con­currence des salariés et donc la dislo­cation programmée des droits sociaux et du code du travail.

 

Dissolution

 

Au lieu de tirer les conséquences logique du désaveu reçu, Chirac refuse de démissionner et de dissoudre une assemblée minoritaire et illégitime comptant 90 % de partisans du « Oui ». Il prétend avoir entendu le message des Français mais préconise déjà de lutter contre le chômage en instaurant encore davantage de précarité pour les salariés et en particulier pour les plus modestes d’entre eux avec la « période d’essai de deux ans ». Autrement dit, il réagit à l’exact opposé de ce que souhaitent les Français.

 

En votant le 29 mai dernier, une majorité d’électeurs a montré qu’elle comprenait clairement où se situaient les enjeux sociaux et les risques induits pour chacun par le nivellement par le bas.

 

A leur manière, les grévistes d’Astor qui ont mené un combat exemplaire pour la dignité et la justice se sont battus pour les intérêts généraux des salariés de toutes les professions et de toutes les branches.

La seule réponse immédiate à l’exploitation et à la mise en concurrence des salariés c’est leur organisation : c’est pourquoi nous ne pouvons qu’inciter tout un chacun à rejoindre une organisation syndicale.

Au delà, nous invitons les lecteurs de ce tract à réfléchir au moyen de stopper l’appétit patronal et de reconquérir les droits sociaux : n’attendons pas 2007 et exigeons la dissolution de l’Assemblée pour permettre l’élection d’une majorité favorable aux salariés. Réinvestissons les partis de gauche pour qu’ils adoptent un programme conforme à nos aspirations n

 

 

 

Voir aussi :

- Photos de l’action du 27 mai 2005