Assemblée nationale : séance du mardi 25 novembre
2003
Projet de loi portant décentralisation en matière de revenu
minimum d'insertion
et créant un revenu minimum d'activité
Maxime GREMETZ
Député
de la Somme
S’il fallait à l’évidence revenir sur les
insuffisances et les échecs du RMi, en particulier en terme d’insertion, la
voie engagée par le gouvernement n’est certainement pas la meilleure.
Vous avez purement et simplement renvoyé à la charge
des départements la prise en charge et la gestion du Rmi.
Ce que vous invoquez comme une « rénovation du
RMI » n’est rien d’autre qu’une phase supplémentaire de la
décentralisation qu’il faudrait plutôt qualifier de désengagement de l’Etat de
la gestion du social.
Cette rénovation, mais chacun s’en doutait, se fera
sans les financements adéquats ! Bonjour à une nouvelle augmentation des
impôts.
Elle ne veut absolument pas tenir compte de la réalité
de la prise en charge du RMI que vont vivre les départements.
Et lorsque l’on constate la baisse généralisée du
niveau de l’emploi en France, nous ne sommes pas au bout de nos peines. En
déséquilibrant les budgets solidarité des départements, vous déséquilibrez le
traitement du RMI selon les départements en fonction de la richesse et de la
politique sociale de ces derniers.
Concernant la création du RMA, notre pugnacité vous a
poussez dans vos retranchements, vous obligeant à jeter le masque. La
commission des affaires sociales, et sa rapporteure, avait bien travaillé pour
saisir au mieux les dangers de la création imaginative d’un contrat totalement
atypique dans notre législation sociale.
Il s’agit d’un royal cadeau aux entreprises qui vont
pouvoir substituer aux CDD des RMA à 200 euros. C’est la précarité généralisée
puissance 10 alors qu’il y a plus de 3 millions de précaires, 2 millions et
demi de chômeurs et un chômage des moins de 25 ans qui progresse de 8%
Non seulement vous avez assoupli les maigres verrous
que la loi prévoyait à l’origine, mais surtout avec votre majorité, vous avez
fait repousser tous les amendements qui proposaient de prévenir tout effet
d’aubaine.
Ce faisant, vous tirez une croix sur les 330 000
bénéficiaires du Rmi ayant plus de 3 ans d’ancienneté à cette allocation et qui
sont les plus éloignés de l’emploi. En réduisant a un an l’ancienneté au RMi
pour avoir droit au RMA, vous mettez à disposition du patronat une main d’œuvre
à bon marché et ne favorisez pas l’insertion de ceux qui en ont le plus besoin.
En effet, vous avez refusé de plafonner le nombre de
Rma par entreprises pour éviter les abus. Vous avez refusé d’inscrire une durée
minimum en RMA pour éviter les effets Kleenex. Vous avez refusé d’assimiler le
RMA à un salaire, ce qui aurait permis de donner au bénéficiaire les droits
sociaux commun à tous les salariés.
Vous êtes même allé jusqu’à ouvrir le RMA aux
entreprises de travail temporaire
comme si l’insertion durable se faisait dans une entreprise
temporaire !
Vous avez menti sur l’objectif visé qui est en réalité
d’exploiter et précariser ces gens ! Vous tournez le dos à votre discours
initial de rendre aux exclus la dignité par l’emploi.
Je ne doute pas que la Conseil Constitutionnel vous
rappellera le droit.
En refusant de mieux maîtriser le recours au RMA pour
en faire vraiment un tremplin pour l’emploi et la réinsertion des plus exclus,
votre but, en fait, était d’inscrire dans le code du travail cet OVNI
dérogatoire sans garanties pour le salarié. C’est le début du détricotage du
code du travail avant l’examen de votre projet de réforme du dialogue social.
Les associations qui proposaient un contrat unique
d’insertion condamnent votre texte et appellent même au retrait du projet.
Pour toutes ces raisons nous voterons contre votre
texte.
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