Ç Nous sommes le
dernier lien crdible È
Stphane FUSTEC (Secrtaire adjoint de lĠUnion
syndicale commerce CGT de Paris)
Propos recueillis par Raymond Debord
(
Stphane, peux-tu te prsenter rapidement ?
Ç Je
suis secrtaire adjoint de lĠUS commerce Paris. Je suis permanent syndical
depuis assez longtemps mais jĠtais dans mon syndicat dĠentreprise avant et je
suis ici depuis peu prs deux ans.
Tu
travaillais o ?
Dans
le groupe Accor. Je dcouvre un peu le monde syndical
Ç institutionnel È. Pour moi cĠest quelque chose de neuf. Depuis deux
ans je mĠclate parce que ce quĠon fait est vachement diversifi. On rencontre
des gens passionnants et on vit des conflits extrmement enrichissants.
Le
site Militant a publi des articles sur la grve de lĠhtel Astor. Comment sĠest-elle
termine ?
Le
travail a repris dans de bonnes conditions puisque maintenant on ne les embte
plus. Cinq mois de grve, ce nĠest pas rien ! Bon ce nĠest quĠune victoire
dĠtape, il ne faut pas se leurrer. Ils ont quand mme perdu deux mois et demi
de salaire. Maintenant continue juridiquement pour quĠils ne perdent pas de
salaire. Parce que cĠest trop injuste. Le procs verbal qui a t dress par lĠinspection
du travail tait pour remplacement illicite. Et donc nous on considre que si
le conflit a dur aussi longtemps cĠest bien parce quĠil y avait une infraction
pnale, que les salaris taient remplacs : donc responsabilit,
prjudice et indemnisation. On espre un rsultat mais va tre long. Il y en
a au minimum pour deux ans et comme il y a la prsidentielle dans deux ans,
peut aussi nous couper les pattes. Mais on va jusquĠau bout. CĠest mme pas une
question de fric, parce quĠils ont fait une croix dessus, cĠest une question de
principe.
Ce
qui mĠa frapp dans cette grve, cĠest quĠil y avait une dimension de lutte
pour la dignit.
CĠest
parti sur de toutes petites revendications, pour trs vite aboutir
effectivement des questions de principes qui sont celles de la dignit, du
libre exercice du droit de grve, parce que cĠest qui a t mis en pril
avec toutes ces histoires de sous-traitance et compagnie, et puis quand on a
gratt un peu on sĠest aperus quĠil y a des problmes de racisme. Ce
mouvement a t exemplaire par le courage des salaris face lĠattitude de la
direction : cĠtait du Zola. Et donc cĠtait intressant bien sr. Et ce
conflit a aussi renvoy le syndicalisme dans ses limites, parce quĠen terme de
mobilisation, de solidarit, en vrit il y a de grands dbats. AujourdĠhui
lĠUS Paris est compltement mise lĠcart parce quĠon a soutenu dans des
congrs quĠil fallait des caisses de grves. CĠest bien joli de dire aux gens
Ç faites grves È, mais comment ? Il y a des vrais dbats, qui
ne sont pas tranchs. JĠentends bien Bernard Thibault qui dit Ç faut
mutualiser les moyens, faut faire ceci, faut faire cela È. Mais
comment ? Quand tu es confront des patrons comme ceux dĠAstor, comment
tu mnes la grve ? Tu as dĠun ct un syndicalisme institutionnel qui dit
Ç quand on fait grve on perd du salaire, cĠest normal È et puis tu
as un syndicalisme pragmatique et
proche du terrain qui pense quĠon ne peut pas laisser les gens en plan, surtout
dans des secteurs comme le ntre.
Parles
nous de lĠUS CGT commerce
Sur
Paris, nous avons un mode dĠorganisation trs faible dans la mesure o nous ne
disposons que de deux postes et demi de permanents pour un champs de
syndicalisation qui concerne 200 000 salaris. Nous fdrons 250 syndicats dans
les grands magasins, la prvention et scurit, les agences de tourisme et les
services. Malheureusement, nous nĠorganisons pas les salaris du nettoyage, qui
dpendent dĠune fdration part : les ports et docks. CĠest un syndicat pourri
avec lequel nous sommes en conflit systmatique. Quand il y a un conflit, leur
attitude est gnralement de se pointer en costard – cravate et de dire
aux grvistes Ç reprenez, on va ngocier È. CĠest un secteur o SUD
essaie de faire des choses, ce qui est positif. Nous revendiquons le champs
syndical des entreprises sous-traitantes qui exercent les tches de nettoyage
au sein des entreprises du commerce.
Nous
avons aujourdĠhui 4 500 adhrents lĠUS CGT commerce de Paris. Nous avons
connu une progression de prs de 20 % de nos effectifs en deux ans, ce qui est
beaucoup et peu la fois. Nous nĠorganisons en effet que 2 % des salaris
parisiens concerns. Une des grandes difficults auxquelles nous sommes
confronts est celle de la communication. Nous allons essayer de rgler tout
et nous allons en particulier mettre en ligne un site internet qui ouvrira le 1er
janvier. Notre structure est malheureusement trs lgre, quand on compare par
exemple avec nos camarades postiers qui ont sept permanents pour 800 adhrents.
Comment ds lors dvelopper le syndicalisme ? Il y a un dficit de
militants actifs. On ne trouve plus beaucoup de gens prts sĠengager
fortement. CĠest ce quĠon a vu par exemple lors de la grve dĠAstor o les
soutiens manquaient. Et encore, nous nĠavons pas dmissionn et sommes rests
jusquĠau bout aux cts des grvistes. Nous avons t trs critiqus pendant ce
conflit, certains syndicalistes dĠautres secteurs nous accusant dĠentretenir le
conflit pour exister. Mais les gens qui disaient nĠont pas vu une grve
depuis vingt ansÉ
Nous
avons aussi soutenu le mouvement chez Foot locker, o les salaris ressemblent
ceux de Mac Donalds et ont agi avec les mmes mthodes. Ils ont men une
journe de grve trs remarque, sur les salaires, les conditions de travail et
contre la pression morale quĠon leur fait subir. Il y avait chez ces jeunes une
forte volont de Ç marquer le coup È. Il y a eu 30 grvistes sur les
70 salaris du magasin des Halles et dĠimportantes discussions entre jeunes.
Ceux-ci ne sont pas des cons et sont susceptibles de dvelopper un discours de
classe aussi bien que leurs ans. Il est fort dommage que le mouvement ouvrier
ne dispose pas de relais significatifs dans les banlieues : on ferait des
choses formidables. Il y a malheureusement une norme pression mdiatique sur
la question des jeunes de banlieues, qui se rpercute dans toute la population,
y compris au sein de la CGT. Du coup il nĠy a pas beaucoup dĠouverture sur
cette question trs importante. En tant que syndicalistes, nous avons pourtant
des responsabilits : nous sommes le dernier lien crdible pour ces jeunes
et avons donc un vrai rle jouer. CĠest bien de parler de la crise des
banlieues sans tabou, y compris au sein des syndicats.
Pendant
la campagne pour le Ç non È au rfrendum sur le trait
constitutionnel europen, on a vu se dvelopper de vritables forums –
agora. CĠtait formidable. Dans un monde fragment, on a perdu la place du
village comme lieu de dbat spontan. Le syndicalisme aussi a vocation
recrer des espaces de discussion.
La
CGT prpare son congrs, quĠallez-vous y dfendre ?
Nous
sommes favorables une rforme de la ventilation des cotisations syndicales.
Nous, syndicalistes du priv, avons dsesprment besoin dĠaide !
AujourdĠhui nous servons de laboratoire au MEDEF et terme tout le monde est
menac. JĠai des dsaccords fondamentaux avec la CFDT mais je crois que nous
avons des ides prendre en terme dĠorganisation, dĠun syndicalisme plus
centralis. Il faut tre pragmatiques, efficaces : on ne lutte pas pour
perdre mais pour gagner !
Par
ailleurs, il y a des volutions qui nous inquitent au sein de la CGT. Nous
avons lĠimpression que la confdration drive vers une forme de syndicalisme
dĠaccompagnement. CĠest ce quĠon a vu au moment du conflit sur les retraites ou
rcemment aprs la dmonstration de force du 4 octobre qui est reste sans
suites. Un srieux Ç manque de peps È ! En ce qui nous concerne,
nous considrons que lĠquipe confdrale a le devoir dĠalimenter les luttes.
Nous
avons aussi des oppositions avec la majorit de la fdration du commerce, qui
ne comprend pas ce qui se passe sur le terrainÉ LĠinstitutionnalisation est une
vritable tare pour le syndicalismeÉ En ce qui nous concerne, nous nous sommes
jurs de ne rester dans nos fonctions que provisoirement et de ne pas finir en
Ç vieux cons de syndicalistes È !
Quelles
sont les principales luttes en cours ?
Il
y a menace de fermeture du Conforama Pont Neuf dans six mois. La bagarre
continue aussi la Samaritaine. Malgr la fermeture, nous essayons de retisser
les liens entre salaris et poursuivons la bataille contre le plan social, sur
un plan juridique comme par des rassemblements. Ce que nous avons obtenu chez
Tati nous vaut dĠtre couts. Le principal problme concerne les
dmonstrateurs, qui sont dans la misre noire depuis la fermeture. Nous menons
bataille pour amliorer leur statut. On est en plein dans le dbat sur la mise
en place dĠune scurit sociale professionnelle È.
Voir
aussi :
Ç On rentrera la tte haute È
Efili
Bomambo & Marie Chantal Koman (01/07/2005)
Interview
de deux grvistes de lĠhtel Astor.
Victoire exemplaire des salaris dĠAstor
Lire
le tract
diffus par les partisans du site Militant devant lĠhtel le 17 juin.
Rassemblement devant lĠhtel Astor
Voir
ici les photos de
lĠaction du 27 mai.
Ç On est obligs de continuer È
Interview
de Marie-Chantal Koman, dlgue syndicale de lĠhtel Astor en grve depuis le 3 fvrier.
Oser lutter : lĠexemple des salaris de lĠhtel
Astor
Tract
diffus par les partisans du site Militant lors des piquets devant lĠhtel.
Un mois de grve pour les salaris de lĠhtel Astor Saint Honor - Dans les htels, cafs et restaurants, les salaris sont bien dcids ne plus accepter plus de flexibilit et de prcarit. Communiqu sur une grve exemplaire.