La Voie Populaire n°32 (août 2002)
LA REVOLTE DES
FEMMES DE CHAMBRE
Depuis plus de quatre mois, 27 salariés d’Arcade - filiale du groupe Accor - sont en grève. Huit d’entre eux ont été licenciés depuis le début de la grève. Pourtant le mouvement continue, avec le soutien du syndicat SUD-propreté.
Les femmes de chambre sont payées 1, 63 euros (10, 69 F) par chambre nettoyée en 17 mn. Quand il n’y a pas de travail, elles sont déclarées en absence !
Corvéables à merci, avec des cadences infernales, elles doivent être toujours prêtes à travailler sur leur temps de repos mais ne sont jamais payées plus de cinq heures par jour.
Aujourd’hui, une partie d’entre elles a choisi de se rebeller contre des esclavagistes travaillant en sous-traitance pour le groupe ACCOR.
Elles en ont marre d’être exploitées par des gens qui pratiquent des méthodes d’un autre siècle : pas de vestiaire, par d’endroit pour manger, boire (elles doivent se cacher dans les toilettes), rien pour se laver, etc.
Les femmes de chambre réclament, outre la réintégration des licenciés, une prime de fin d’année de 305 euros, des contrats à temps plein et un ralentissement de la cadence avec 2, 5 à 3 chambres par heure.
travail aux pièces
Alors que les femmes de chambres travaillant directement pour ACCOR n’ont que 16 chambres à nettoyer en huit heures, celles d’ARCADE doivent en faire de 20 à 23 en seulement six heures.
En réalité, c’est un véritable système de travail à la tâche déguisé qui est mis en place : la direction compte le nombre de chambres nettoyées par chaque salariée et le divise par celui de la cadence imposée.Du coup, soit les gens font des heures supplémentaires gratuites en nettoyant plus de chambres, soit ils touchent moins que le salaire normal.
Le groupe ACCOR déclare ne pas être concerné par ce conflit, se défaussant sur ARCADE. Cette dernière société prétend que c’est le donneur d’ordre - donc ACCOR - qui impose les cadences et les conditions de travail.
Il est vrai que les sociétés sous-traitantes font «la danse du ventre devant ACCOR», pour reprendre le mot de Vincent Campion, avocat des grévistes.
monopole des expulsions
En tout état de cause, la mauvaise réputation d’ACCOR n’était plus à faire : cette société organise dans ses hôtels les congrès du Front National ; a reçu le MNR de Mégret au Novotel Vaugirard le soir de l’élection présidentielle ; gère des centres de rétention (dans des conditions humanitaires lamentales) pour l’internement des sans-papiers ; une de ses filiales organise l’expulsion hors des frontières des «sans-papiers».
Le «marché» des expulsions d’immigrés a en effet été privatisé il y a dix ans par Charles Pasqua, avec un accord donnant le monopole aux Wagons-lits-Carlson-travel.
Les expulsés sont peut-être les frères ou les cousins des femmes de chambre travaillant pour ACCOR, pour la plupart originaires du Mali ou du Sénégal.
Jusqu’ici, cette population semblait particulièrement appréciée de l’entreprise car supposée «maléable, corvéable» car «illétrée et fraichement immigrée en France» comme le note Christian Chedouba de SUD propreté.
Même si la grève des femmes de chambre reste ultra-minoritaire parmis les 2.400 salariés d’ARCADE, elle a néanmoins valeur d’exemple et marque assurément une rupture avec des années de souffrance silencieuse.
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