Rencontre-dbat sur les problmes lis aux recours des
entreprises sous traitantes dans le secteur
du commerce et des
services
Stphane FUSTEC (janvier 2006)
A
lÕinitiative de lÕunion syndicale CGT du commerce et des services de
Paris, une rencontre a t organise
sur les problmes lis la sous traitance le 13 dcembre 2005 Montreuil.
LÕobjectif
affich de cette runion tait de runir les diffrents acteurs qui ont
particip aux nombreux conflits marquants de ces dernires annes.
Etaient
prsents ce dbat, des syndicalistes, des juristes, un expert comptable, des
reprsentants du comit de soutien des salaris en lutte particulirement actif
sur le conflit ARCADE, des inspecteurs du travail et une sociologue.(SUD Nettoyage, CNT nettoyage,
Union locale CGT du 14me, collectif CGT nettoyage,CGT Accor, CGT
commerce Paris, Cabinet A prime, EVELYNE PERRIN, inspection du travail des 8me et 14me
arrondissements, PASCAL MOUSSY)
Si
la pluralit de cette rencontre a pu faire que certains ont grinc des dents,
elle a permis de confronter les expriences, de dresser un tat des lieux et dÕlaborer
des stratgies communes.
Les grandes lignes
La
sous traitance a t utilise dans un premier temps par les grands groupes
industriels dont le dsir affich tait de minimiser le cot du travail, empcher
les salaris de sÕorganiser collectivement et sÕexonrer de toute responsabilit
sociale sous couvert dÕun contrat commercial.
LÕtat
nÕest pas en reste, avec un recours de plus en plus frquent aux entreprises
sous traitantes, dernier exemple en date : le contrle et lÕaccompagnement
des chmeurs par des entreprises prives.
Si
le discours premier tait : Į faire excuter des tches qui ne
relvent pas de son savoir-faire Č, la ralit sÕest trs vite transforme
en une vritable remise en cause du service public.
Malgr
les alternances politiques de ces 30 dernires annes, aucun gouvernement nÕa
accept de remettre en cause le fondement inacceptable de la sous traitance.
Ainsi,
la rponse ministrielle du 20 mars 2000 est extrmement explicite :
LÕexercice but lucratif d'une activit
de sous-traitance est licite, lorsque les conditions suivantes sont runies :
- le contrat doit
avoir pour objet l'excution d'une tche nettement dfinie que le donneur
d'ordre ne veut ou ne peut pas accomplir lui-mme avec son personnel, pour
des raisons d'opportunit conomique ou de spcificit
technique
Le
libralisme est consacr !!!
Seul
un dcret de 1977 sur le dlit de marchandage et le prt de main dÕĪuvre
illicite offre quelques appuis juridiques pour lutter contre le recours abusif
la sous traitance, mais nous y reviendrons.
De la sous traitance de nouvelles problmatiques :
le constat
Insidieusement,
rapidement et rgulirement, la sous traitance avance et se dveloppe sous de
nouvelles formes.
Le
secteur du commerce et des services est aujourdÕhui particulirement touch par
ce phnomne.
Des
centres dÕappel Į dlocaliss Č lÕutilisation quasi systmatique de la sous traitance dans lÕhtellerie,
en passant par la prvention/scurit dans les gares et aroports, nous sommes
confronts aux mmes difficults.
Collatralement
se sont dveloppes de nouvelles zones de non droit, les dmonstrateurs dans
les grands magasins, la franchise et les mandats de gestion qui l aussi
privent les salaris des droits les plus lmentaires.
A
la SAMARITAINE, ce sont prs de 600 salaris, dmonstrateurs et dmonstratrices
qui sont privs des mesures prvues dans le plan de sauvegarde de lÕemploi
actuellement ngoci.
Au
sein du groupe ACCOR, prs de 20% du parc htelier est gr sous mandat de
gestion privant les salaris de ces tablissements du bnfice des accords dÕentreprise.
Sporadiquement,
des luttes sont menes, parfois avec succs, pourtant, ces nouvelles formes dÕexploitations
continuent poser de nombreux problmes au syndicalisme.
La sous traitance vcue par le monde du travail
Les
salaris des entreprises sous traitantes subissent de plein fouet la prcarit
sociale et des diffrences salariales normes (conventions collectives,
salaires, conditions de travail,É).
En
matire de formation et dÕhygine et conditions de travail le constat est
encore plus lourd, mme si dans le secteur du commerce et des services, le rsultat
de cette prcarit est moins Į voyant Č que dans le nuclaire ou dans
le BTP, pas besoin dÕexpertise pour en mesurer les effets sur la sant et les
conditions de vie des salaris.
Du
ct des salaris de lÕentreprise utilisatrice, la sous traitance est vcue
comme une vritable concurrence, voir une menace, le foss est creus, deux
mondes se ctoient, mais sans jamais se parler.
LÕobjectif
de segmentation tant dsir par le patronat est atteint.
La problmatique syndicale et citoyenne
Prcarit,
scurit, la sous traitance pose dÕautres problmes fondamentaux tels que la remise
en cause du droit de grve ou lÕexistence de vritables filires de travail
clandestin et de travail dissimul.
Si
le conflit qui a clat au sein de lÕhtel ASTOR (Paris 8me) en
2005 a dur 5 mois, cÕest bien cause du recours la sous traitance pour
remplacer les femmes de chambres majoritairement en grve.
Lors
de diffrents contrles, lÕinspection du travail a pu relever que de nombreux
salaris nÕtaient pas pourvus de titres de travail, le donneur dÕordre sÕest immdiatement retranch derrire
le contrat de sous traitance, niant toute responsabilit sociale.
La
systmatisation du paiement du salaire Į la tche Č permet au
donneur dÕordre dÕabuser du travail dissimul en toute impunit.
Isols,
Prcariss, souvent victime dÕostracisme, les salaris de la sous traitance
sont trs rarement organiss et les conflits sont rares.
Au
niveau syndical, lorsque le problme de la sous traitance est pris en compte
(ce qui nÕest pas systmatique), les champs de comptence des diffrentes fdrations
ou syndicats viennent trs vite se heurter.
Des
expriences russies devraient pourtant pousser le syndicalisme dpasser les
querelles de Į chapelles Č.
La
mise en place de syndicats de site ou la cration de lÕunion syndicale
multi-professionnelle sur les chantiers de lÕatlantique sont autant de pistes
pour que le syndicalisme dpasse sa structuration par branche dpasse par les
nouvelles formes dÕorganisation conomique.
Le droit de la sous traitance
Deux
textes principaux apportent des restrictions au recours la sous traitance.
Le
dlit de marchandage :
Aux
termes de l'article L. 125-1 du
code du travail, toute opration but lucratif de fourniture de main-d'oeuvre
qui a pour effet de causer un prjudice au salari qu'elle concerne ou d'luder
l'application des dispositions de la loi, de rglement ou de Į convention ou
d'accord collectif de travail Č ou Į marchandage Č est interdite.
De
ce texte, il ressort que le dlit de marchandage est constitu et sanctionn pnalement,
lorsque deux lments sont runis :
¯
le fait matriel de
l'opration but lucratif de fourniture de main-d'oeuvre,
¯
le fait dommageable qui
rsulte soit d'un prjudice caus aux salaris soit de la non-application des
dispositions lgales, rglementaires ou conventionnelles.
Le
prt de main dÕĪuvre illicite :
toute
opration but lucratif ayant pour objet exclusif le prt de main-d'oeuvre est
interdite, ds lors qu'elle n'est pas effectue dans le cadre des dispositions
du code du travail relatives au travail temporaire. (Article L. 125-3 du code du travail)
LÕchange
entre les syndicalistes et les inspecteurs du travail a permis de faire
ressortir les diffrentes difficults rencontres pour faire respecter ces
textes.
Se
pose tout dÕabord le problme de la preuve, le droit syndical tant ce quÕil
est, il est extrmement complexe dÕtablir quÕil y a dlit de marchandage ou prt
de main dÕĪuvre illicite.
LÕextrme
prcarit des salaris de la sous traitance les poussent souvent tre rticents
pour apporter leur tmoignage ou fournir des documents par peur de reprsailles.
Si
les inspecteurs du travail disposent de moyens dÕinvestigation plus importants,
les procs verbaux quÕils sont amens dresser sont classs par le parquet de
faon quasi-systmatique.
Le
seul recours reste la constitution de partie civile des organisations
syndicales, opration coteuse et qui entrane des risques en cas de relaxe de
lÕentreprise.
Ainsi,
seules 1% des infractions pnales en matire sociale sont poursuivies, et
compte tenu de la lenteur des procdures et des nombreuses lois dÕamnistie, le
nombre des condamnations prononces est infime.
Conclusion :
Si
les difficults sont nombreuses et complexes autour des problmes lis la
sous traitance, le fatalisme nÕest pas de mise et il est hors de question
de laisser se dvelopper de nouvelles formes dÕorganisation du travail o le
droit et le syndicalisme nÕauraient pas lieu dÕtre.
Les
participants cette premire rencontre/dbat souhaitent informer trs
largement les salaris, quÕils soient issus de la sous traitance ou pas, de
leurs droits.
Une
sensibilisation des diffrentes structures syndicales et militantes semble galement
souhaitable.
La
CGT commerce et services Paris a indiqu quÕelle se porterait systmatiquement
partie civile sur les PV dresss par les inspections du travail et que conformment
aux dbats de son dernier congrs, elle proposera aux salaris de la sous
traitance travaillant dans le secteur quÕelle reprsente de se syndiquer.
LÕensemble
des participants a souhait que toutes les convergences et les soutiens soient
mis en Īuvre lors de conflits lis la sous traitance.
Pour
aller plus loin :
¯
Sous-traitance, prcarisation
du travail, risques professionnels, d'Annie Thbaud-Mony, Inserm, 1995
¯
Le film de SABRINA
MALEK et ARNAUD SOULIER, Saint NAZAIRE, tmoin du monde
¯
Entretien avec ANDRE
FADA http://www.gisti.org/doc/plein-droit/61/alstom.html
Voir
aussi :
INFO LUTTES SOCIALES, le bulletin du comit de
soutien aux salaris en lutte www.le-militant.org/vieautravail/infoluttes112.htm,
www.le-militant.org/vieautravail/Bull121.htm,
www.le-militant.org/vieautravail/Bull122.htm,
www.le-militant.org/vieautravail/Bull124.html,
www.le-militant.org/vieautravail/Bull125.htm
La rvolte des femmes de chambre www.le-militant.org/vieautravail/revoltfemme.htm
Į Nous sommes le
dernier lien crdible Č
Stphane Fustec
Interview du
Secrtaire adjoint de lÕunion syndicale commerce de la CGT-Paris
- Fin de conflit chez Arcade/Accor (interview de Mayant Fathi, juillet 2003) www.le-militant.org/vieautravail/findeconflit.htm
- Interview de Marie-Chantal Koman, dlgue
syndicale Astor www.le-militant.org/vieautravail/astor5.htm